Étiquette : NBA

  • Cooper Flagg passe 49 points aux Hornets de Kon Knueppel

    Cooper Flagg passe 49 points aux Hornets de Kon Knueppel

    Rookie vedette des Dallas Mavericks, héritier du club depuis le départ de Luka Doncic, Cooper Flagg réalise une saison remarquable, avec déjà deux matches à plus de 40 points au compteur. En effet, il avait déjà marqué 42 points dans une défaite après prolongations face à Utah le 15 décembre dernier (133-140). C’est dans une nouvelle défaite face aux Hornets de Charlotte à domicile (121-123) que l’ailier décalé à la mène s’est illustré avec 49 points, 10 rebonds, 3 passes et un contre en 38 minutes (20/29 aux tirs dont 3/5 à 3 points). Rappelons que le prodige (2,06m pour 92kg), premier choix de la draft 2025 issu de Duke, a seulement 19 ans et 40 jours. C’est donc un record de points pour un joueur NBA de moins de 20 ans. Avec des moyennes de 19,5 points, 6,5 rebonds et 4 passes décisives en 44 matches, il garde toutes ses chances pour le titre de rookie de l’année. Si son principal rival et ancien coéquipier à Duke a certes remporté le match, Kon Knueppel (1,98m pour 97kg, 20 ans et demi) s’est « contenté » de 35 points, 4 rebonds et 3 passes en 36 minutes avec un joli 8/12 à trois points (2/4 à 2 points et 6/6 aux lancers-francs). Voici un résumé de leurs performances en vidéo.

  • La méthode Wemby qui surprend et agace

    La méthode Wemby qui surprend et agace

    La meilleure analyse concernant Victor Wembanyama pour sa seconde saison en NBA nous vient du canapé de Gilbert Arenas, et c’est Rashad McCants qui l’a énoncée – dommage que le bon Gil ne l’ait pas écouté, il aurait gagné du temps. McCants a tout dit en une phrase. La punchline. « Wemby fait des choses qu’on n’a jamais vues jusqu’à présent. Et on voudrait qu’il fasse du déjà vu. » Ce que fait Victor Wembanyama aujourd’hui, c’est un jeu à la KD et peut-être même Kobe Bryant avec un soupçon de Damian Lillard. Il développe sa zone de confort entre la ligne de demi-terrain et la ligne à trois-points, où tout peut arriver. Donc si vous pensiez qu’un joueur de 2,24m doit nécessairement jouer sous le cercle ou exclusivement dans la raquette et arrêter de tirer autant à 3 points, vous n’avez pas compris ce que cherche à faire Victor Wembanyama en NBA. Mais il finira par vous convaincre sur le terrain. Explications.


    La recherche d’équilibre extérieur/intérieur

    Idéalement, un joueur de basket doit être capable de prendre ce que lui offre la défense et réussir à marquer à chaque action, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Même si le panier n’est pas réussi, l’important est de se créer des opportunités de tir correctes en déjouant la défense et au bout du compte, les paniers finiront par entrer.

    24 points, 16 rebonds, 7 contres et 6 balles perdures en 33 minutes – 8/15 aux tirs dont 6/9 à 3 points

    Victor Wembanyama contre Utah le 9 novembre 2024 (Défaite, 110-111)

    La domination par l’extérieur

    Du haut de ses 2,24m, Victor Wembanyama est rarement gêné par la défense où qu’il soit sur le parquet. Dès qu’il tend les bras, il est plus haut que tout le monde; s’il se crée un minimum d’espace, aucun défenseur ne peut espérer toucher le ballon. Il est donc virtuellement libre de shooter d’où il veut. Et comme il sait dribbler en protégeant son ballon, avec son envergure, il sait parfaitement se déplacer en dribble sans risques. Seulement, à partir du moment où il a démontré une capacité à marquer à trois points, même si son adresse fluctue – et n’était pas au rendez-vous lors des Jeux Olympiques à Paris -, le gain potentiel en continuant à travailler et à shooter à trois points est évident. Pourquoi s’obstiner à lutter contre la défense toute entière pour accéder au panier et obtenir péniblement 2 points quand on peut tout simplement tirer de loin après un dribble ou deux et obtenir 3 points pratiquement sans effort? C’est pourquoi les Spurs l’encouragent à tirer autant qu’il le souhaite à trois points en match, car en plus de toutes ses tentatives à l’entrainement, c’est bien sur le terrain pendant des matches officiels contre une défense qu’il doit faire ses preuves et gagner en confiance. Plus il shoote, même s’il n’est pas toujours en réussite, plus il finira par y arriver. Il aura une familiarité, une aisance, des habitudes, et trouvera un certain confort. Et comme les Spurs n’ont pas grand chose à gagner sur le terrain actuellement, c’est le moment idéal de laisser leur franchise-player s’entrainer et se développer à son propre rythme. Les Spurs, qui comptent bien garder Wemby et ont tout misé sur lui, savent que leur avenir sportif en dépend.

    « Wemby fait des choses qu’on n’a jamais vues jusqu’à présent. Et on voudrait qu’il fasse du déjà vu. »

    Rashad McCants

    Ne pas juger ses stats aujourd’hui

    Lors de sa première et dernière saison en BetclicElite (première division professionnelle française) avec Boulogne-Levallois, avant de rejoindre la NBA, Victor Wembanyama a réussi 25% de ses tirs à trois points. Un taux jugé trop faible pour certains, qui serait effectivement médiocre s’il s’agissait de sa performance définitive en carrière. Mais c’est un chiffre à mettre en perspective sur sa carrière, pas un résultat définitif. Ce qui importe ici, ce ne sont pas ses tirs ratés, mais ses tirs réussis et ce qu’ils ont apporté en match. Un joueur de 2,24m qui réussit un tir à trois points par-dessus la défense en début de possession, c’est un bonus inestimable. Ce sont trois points rapides, gagnés sans effort, sans avoir à jouer. Et c’est très précieux. Imaginez s’il en met deux ou trois de suite, c’est un coup de massue sur l’équipe adverse et ça change la physionomie du match. Imaginez le jour où ce même joueur augmente son taux de réussite. Et enfin, c’est le meilleur rapport points/énergie dépensée. C’est presque trop facile. Du coup, il peut en mettre beaucoup. Et à tout moment, une fois la défense bien étirée pour tenter de le gêner à l’extérieur, cela ouvre des boulevards sur tout le terrain.

    50 points, 6 rebonds, 2 passes décisives, 3 contres en 32 minutes – 18/29 aux tirs dont 8/16 à 3 points

    Victor Wembanyama contre Washington le 13 novembre 2024 (Victoire, 139-130)

    Ce qui frappait lors de sa dernière saison à Boulogne-Levallois, c’était l’impression de facilité de Victor Wembanyama et sa capacité à peser sur un match sans qu’on s’en rende compte. Il marque des paniers facilement, sur une claquette, sur un mouvement rapide en un-contre-un, sur un tir extérieur… Le tout sans donner l’impression qu’il accapare le ballon, sans gêner ses coéquipiers, sans jamais réclamer d’action pour lui. Il marque naturellement, dans la continuité du match. Et soudain, il affiche 20 points au compteur et son équipe à 10 points d’avance.


    La partie facile à l’intérieur

    Une fois sa présence extérieure établie, en forçant la défense à monter, si aucune solution évidente ne se présente, Victor Wembanyama a toujours l’option de partir en dribble ou de jouer le une-deux avec un coéquipier pour attaquer le cercle. Comme la défense est étirée, il y a plus d’espaces, c’est donc plus facile de couper vers l’intérieur, avec ou sans ballon. Et comme il le montre régulièrement, il sait parfaitement amorcer son dribble dans l’axe du cercle en tête de raquette et se balader le long de la ligne à trois points jusqu’au coin du terrain en quelques foulées, jouer alors son un-contre-un, face-à-face puis en post-up au poste bas, et soit passer le ballon, soit tenter sa chance à mi-distance. Ce faisant, il peut également feinter son adversaire en repartant en dribble vers la ligne des lancers-francs, revenir aussitôt si la ligne de fond se libère et atteindre le cercle en deux pas. La sureté de son dribble lui permet de se déplacer où il veut sans craindre de perdre le ballon. Contre Randle, Reid ou même Gobert (voir highlights ci-dessus contre Minnesota le 2 novembre), il se balade déjà, donc pas besoin d’insister sur ce secteur du jeu – ce n’est pas là sa plus grande marge de progression.

  • Draymond, Gil et les autres visages du talk NBA

    Draymond, Gil et les autres visages du talk NBA

    Quand on voit Draymond Green se faire sortir bêtement d’un match au bout de quelques minutes, on peut être tenté de réduire ce joueur à ses penchants les moins reluisants. Quel idiot! Et lui-même sait très bien qu’on va le juger autant sur cette action que sur l’ensemble de sa carrière, malgré ses titres de champion avec les Golden State Warriors. C’est le lot des joueurs qui sortent du cadre, comme Gilbert Arenas, qu’on associe essentiellement à deux choses, son contrat pharaonique avec Washington juste avant une fin de carrière prématurée et son fait divers désastreux impliquant des armes à feu avec Javaris Criterion dans le vestiaire des Wizards en décembre 2009, qui lui a valu une suspension spectaculaire et une réputation de semeur de trouble à vie. Curieusement, ces personnages fantasques voire problématiques animent actuellement leur propre talk show et, à l’image de Charles Barkley, employé depuis 20 ans par TNT après avoir été la plus grande gueule du sport US dans les années 90, ont largement de quoi réhabiliter leur image… ou au contraire, poursuivre leur chemin avec une propension pour l’outrance. Rangés, esclaves d’un système? Jamais. Grandes gueules sur le terrain et dans les vestiaires, ces joueurs NBA qui ont tout connu ou presque sur le parquet ont accès à tous les joueurs NBA actuels et parlent en connaissance de cause dans leur propre podcast. C’est une nouvelle génération du talk NBA, dont la légitimité organique et l’efficacité au quotidien relèguent les spécialistes historiques comme Skip Bayless ou Stephen A. Smith à plusieurs longueurs.


    The Draymond Green Show

    https://www.youtube.com/@DraymondGreenShow

    Joueur NBA en activité, Draymond Green est astucieux et souriant, il a le verbe facile mais souvent réfléchi, bref, aux antipodes de ses écarts sur le terrain – et c’est d’ailleurs pour ça qu’on est aussi agacé par ses frasques, il est intelligent et devrait être au-dessus de ce type de comportement. Très à l’aise au micro lors des conférences de presse d’après-match, il n’a pas attendu la fin de sa carrière NBA pour animer son propre podcast et s’avère capable de recevoir Mark Cuban, propriétaire emblématique des Mavericks en pleine transition, pour un dialogue unique particulièrement instructif. Voilà le genre de grand écart inimaginable (un joueur NBA en activité qui dialogue publiquement et très librement avec un propriétaire NBA en activité) qui est rendu possible quotidiennement aujourd’hui par ce type d’émission résolument inside.


    JJ Redick – The old man and the tree

    https://www.youtube.com/@JJRedick

    Ancien joueur de Duke à l’université (NCAA) et ayant pas mal voyagé en NBA (12 saisons à 12,8 points de moyenne et 41,5% à 3 points, 940 matches de saison régulière dont 488 dans le cinq de départ et 110 matches de playoffs dont 70 comme starter), JJ Redick a porté le maillot d’Orlando (7 saisons dont une finale contre les Lakers et une finale de conférence contre les Celtics), des Clippers (4 saisons, 40 matches de playoffs), des Bucks (28 matches), des 76ers de Philadelphie (2 saisons dont 22 matches de playoffs) et des Dallas Mavericks (13 matches en 2020-21). Un beau parcours encore frais, plutôt varié, qui lui donne une expertise incontestable, mais surtout une grande aisance à l’oral et une capacité d’analyse et de recul éprouvés.


    Gil’s Arena

    https://www.youtube.com/@GilsArena

    Joueur rare au talent inversement proportionnel à sa taille, Gilbert Arenas a suffisamment percé en NBA pour tutoyer les plus grands comme Kobe Bryant, donner espoir à la franchise des Washington Wizards à la tête d’un effectif jeune et dynamique après le départ de Michael Jordan, signer un contrat historique et tout gâcher avant de se blesser et de sombrer dans l’oubli. Fortuné, abimé mais pas vaincu, Gilbert Arena anime aujourd’hui sa propre émission présente à la fois sur YouTube et Instagram, et se détache par un regard sans concession sur l’actualité du basket américain. Il a joué avec des accessoires de Michael Jordan qu’il s’est appropriés en s’emparant de son vestiaire à Washington, marchant presque littéralement dans les chaussures du plus célèbre basketteur de tous les temps et écrivant à sa façon sa propre légende. N’en déplaise à certains (il n’a pas que des amis et même ses amis comme Richard Jefferson ne sont pas toujours d’accord avec lui), c’est l’une des voix les plus pertinentes sur le basket aujourd’hui. Dans un sport particulièrement complexe où il est souvent difficile d’avoir le fin mot d’une histoire, c’est une valeur sure.


    All the smoke (1)

    https://www.youtube.com/@AllTheSmokeProductions

    Matt Barnes et Stephen Jackson

    Anciens coéquipiers dans une des équipes les plus mythiques du basket américain avec Baron Davis (les Golden State Warriors de 2007, ils étaient sur le terrain quand leur meneur explosif a collé un dunk monumental sur la tête d’Andrei Kirilenko, défenseur hors pair d’Utah), Stephen Jackson et Matt Barnes se présentent comme les voix les plus cools de la sphère NBA actuellement. Outre la consommation d’herbe dont on se gardera bien de faire l’apologie ici, évidemment, c’est le franc-parler authentique de ces deux basketteurs qui donne une fraîcheur unique à leur podcast. Ils ont connu la NBA de l’intérieur, avec diverses fortunes (le passage de Jax aux Spurs lui reste encore en travers de la gorge) et c’est justement leur attitude de survivant qui leur donne aujourd’hui un aplomb sans équivalent. Ils sont respectés pour leur parcours et eux-mêmes se montrent humbles devant leurs invités et dans l’expression de leur opinion sur l’actualité, car ils savent qu’ils n’ont pas toujours été les meilleurs, ils ont connu les difficultés, les ratés, mais ont beaucoup appris de leurs défaites et se sentent légitimes pour en parler de manière éclairée aujourd’hui. Ils font littéralement corps avec leur émission, qui représente une transition réussie après leur carrière sportive.


    All the smoke (2)

    https://www.youtube.com/@AllTheSmokeProductions

    KG Certified – Kevin Garnett et Paul Pierce

    Auteur de plusieurs livres, joueur hors-normes qui a établi des records en termes de rémunération avec les Minnesota Timberwolves, au point de provoquer un lock-out après la signature d’un contrat sans précédent, Kevin Garnett a survolé la NBA à titre individuel, mais a longtemps souffert sur le plan collectif, avant de trouver le chemin de la gloire avec les Celtics de Boston, sous la gouverne de Danny Ainge (general manager), Doc Rivers et Tom Thibaudeau (coaches), aux côtés de Paul Pierce et Ray Allen, après avoir hésité à rejoindre Kobe Bryant à Los Angeles. Champion NBA (2008), champion olympique (2000), MVP (2003-04), Défenseur de l’année (2007-08), 15 fois all-star, 9 fois all-NBA en 21 saisons. Une carrière qui s’est prolongée sans cesse, probablement du fait d’une condition physique irréprochable alliée à une technique sans faille et une taille rare au poste d’ailier fort, jusqu’à son arrivée à Brooklyn. C’est un dieu vivant du basket mondial, une voix singulière, authentique, son avis est toujours bon à écouter.


  • L’énigme Wembanyama

    L’énigme Wembanyama

    Numéro un de la draft NBA 2023, possible rookie de l’année, sauveur des Spurs, Victor Wembanyama est bien arrivé dans le championnat nord-américain de basketball. C’est un fait. Ce qui n’était pas prévue, en revanche, c’est qu’il progresse autant et s’affirme déjà comme l’un des meilleurs défenseurs de la ligue, tout en marquant plus de 20 points par rencontre en moyenne. On ne lui en demandait pas tant. Cela ne devait pas arriver. Le rookie vedette de San Antonio et joueur emblématique de l’Équipe de France en route pour les Jeux Olympiques déjoue tous les pronostics. Pourquoi?

    Un physique unique

    Dans l’espace aérien de la raquette, autour du cercle, en attaque comme en défense, les proportions uniques, la condition physique et le sens du placement de Victor Wembanyama réduisent inévitablement les espaces d’expression, les points de passage du ballon. Son envergure, sa rapidité, ses réflexes, rendent la vie impossible à toute la ligue. On pensait que les attaquants présentés comme les plus aguerris de la planète allaient s’adapter, trouver la faille, mettre à genoux le rookie censé découvrir ce niveau de compétition réputé relevé. Aucun joueur NBA n’a vocation à se faire contrer par le géant français. Ses performances ahurissantes en défense auraient dû se tasser au fil de la saison, quand les équipes rencontrent les Spurs pour la deuxième fois, la troisième fois. Et pourtant, contre toute attente, l’araignée continue à prendre dans sa toile autant de ballons que d’habitude, à un rythme haletant, totalement inattendu (3.4 contres par match, premier de la NBA, un contre de plus en moyenne que le deuxième au classement, Anthony Davis avec 2.4). En 65 matches, Wemby affiche un total de 223 contres, loin devant Chet Holmgren avec 175 unités en 73 rencontres, et 80 de plus que Rudy Gobert, #6 au classement avec 143 contres, soit une moyenne de 2.1 unités par match, retour à la normale pour le pivot français du Minnesota qui était tombé à 1.4 contres par match l’an dernier). Pour mémoire, lors de sa dernière campagne de Défenseur de l’année en NBA (DPOY), Rudy Gobert pointait à 2.7 contres par match, son plus haut rendement en carrière sur une saison (71 matches avec Utah en 2020-21, année où il fut également élu all-star pour la troisième année consécutive). Victor Wembanyama est largement au-dessus dès sa première saison NBA (+0.7 unités en moyenne et +33 au total en 65 matches – 223 vs 190). Wemby a déjà battu le record en carrière de Rudy Gobert en nombre total de contres sur une saison (214 en 81 matches lors de la saison 2016-17 avec Utah) avec 9 contres d’avance et encore 8 matches à jouer.

    En progression constante

    À chaque étape, Victor Wembanyama évite les pièges. Rookie wall? Pas de problème – aucune baisse de régime constatée. Fautes stupides et problèmes en défense? Jamais. Temps de jeu limité suite à une blessure? Rendement constant malgré tout. Wemby n’a rien d’un joueur européen, encore moins d’un grand gabarit classique, qui d’habitude ont du mal à s’adapter à la vitesse du championnat NBA et sont légers en défense. Dès son arrivée en NBA, le rookie des Spurs a allongé son impressionnante stature pour aller chercher les shoots extérieurs des stars comme Kyrie Irving et Kevin Durant, imposant son sens de la dissuasion sur l’ensemble du terrain. Il opère à la fois en hauteur et au sol, avec des déplacements rapides, vifs, il va aussi vite que le ballon, ce qui lui permet de couvrir chaque menace en contestant vraiment le tir, puis de se replacer dès que la balle bouge et de la suivre. Il est présent et réellement impliqué en défense, pas juste pour faire de la figuration. Et curieusement, au lieu de l’éviter et de renoncer à tenter de marquer sur lui, les joueurs NBA continuent de le défier et de se faire contrer. Au lieu de baisser, ses statistiques défensives augmentent au fil de la saison. Il continue à donc à progresser, à attraper les attaquants les plus talentueux de la planète, avec des matches à 7 contres de plus en plus fréquents (à Houston pour son 56ème match le 5 mars et en recevant Brooklyn, son 60ème le 17 mars). Sept contres !!! Pour mémoire, il avait déjà réalisé 8 contres face à Memphis lors de son 13ème match de la saison le 18 novembre 2023, ce n’était pas un hasard, ni un épiphénomène, comme on pouvait le penser à l’époque, c’est en train de devenir sa norme.


    Des statistiques trompeuses?

    Si Victor Wembanyama éclabousse le championnat nord-américain par son talent et se présente en tête des classements statistiques, il faut quand même rappeler qu’il a joué pendant deux mois sous cloche, avec un temps de jeu limité par le banc des Spurs, en guise de précaution médicale, et a même raté quelques matches (9 sur les 74 de son équipe pendant lesquels il n’a donc pas pu travailler comme il le souhaite), notamment les fameux back-to-back. Malgré ce handicap, le rookie des Spurs domine largement la ligue au classement des contres aussi bien en moyenne qu’en total. Et dès lors qu’il passe les 30 minutes et les 20 shoots dans un match, c’est un tout autre joueur. Le 17 mars, dans la victoire contre Brooklyn (122-115), Wemby a marqué 33 points en 36 minutes (14/26 aux shoots, dont 1/7 à trois points, 15 rebonds, 7 passes décisives et 7 contres pour une seule faute). Le 29 mars, dans la victoire contre New York (130-126), le rookie a marqué 40 points en presque 38 minutes (13/22 aux shoots dont 4/9 à trois points, 20 rebonds, 7 passes décisives et 2 interceptions). Et dans l’intervalle, dans une courte défaite contre Memphis (97-99), il a marqué 31 points en 33 minutes, avec une réussite en berne (11/24) et une certaine boulimie à trois points (3/12 seulement), un petit 6/10 aux lancers-francs et 7 balles perdues, avec bien entendu du positif (16 rebonds, 5 passes décisives, 3 contres et deux interceptions). Victor Wembanyama démontre à chaque sortie que son potentiel est illimité au sens strict du terme. Il explose dans tous les sens, en attaque comme en défense, défiant toute logique ou mesure. Le spectacle ne fait que commencer.

  • L’irrésistible ascension de Victor Wembanyama

    L’irrésistible ascension de Victor Wembanyama

    C’est une constante depuis le début de la saison 2023-2024. Peut-être même depuis deux saisons, en comptant sa dernière année en France avec Boulogne-Levallois. À chaque match, Victor Wembanyama invente une nouvelle manière de briller. Non seulement en termes de statistiques, mais également par des subtilités dans le jeu, sur le terrain, un shoot plus juste, une passe encore plus réussie, un décalage plus évident. On pense avoir déjà tout vu, redire les mêmes choses, tomber dans une routine, mais il y a toujours un détail supplémentaire, une amélioration notable dans un compartiment du jeu, un fait indéniable et remarquable. Le quotidien de Wemby en NBA est fait d’exploits chaque jour plus retentissants. Une ascension attendue, espérée, logique eu égard à son potentiel et aux attentes démesurées autour du numéro 1 de la draft 2023, annoncé comme un talent unique de sa génération, mais qui dépasse pourtant de loin toutes les prévisions. Une belle réussite qui marquera l’histoire du championnat américain de basket, mais aussi l’histoire du sport français.


    Toujours plus haut

    C’est bien simple, Victor Wembanyama ne se contente plus de cocher toutes les cases, il en invente au fur et à mesure. Rookie de l’année, c’est presque fait à 20 matches de la fin de la saison régulière, et ce malgré l’avantage considérable de Chet Holmgren sur le bilan collectif d’OKC. Triple-double, quadruple-double, 5×5, tous les exploits historiques des différentes légendes de la NBA (David Robinson, Hakeem Olajuwon, Shaq) sont en train de tomber un par un. Et le tout, sans forcer (16.3 shoots tentés par match, 31ème en NBA, Devin Vassell étant 40ème avec 15,5 shoots par match, quatrième pivot NBA derrière Nikola Jokić, Jaren Jackson Jr. et Anthony Davis). Dans une équipe en devenir, au bilan catastrophique en saison régulière (15ème place de la conférence ouest avec une victoire tous les 4 matches en moyenne), qui pourrait davantage centrer son jeu sur son joueur le plus prometteur et le plus efficace, cette statistique, comme toutes les autres, est très conservatrice – c’est un minimum. Et donc, non seulement la preuve que le rookie vedette des Spurs n’est pas gourmand, mais également le signe d’une progression à venir inévitable.

    Calme comme David

    D’une maturité incroyable, Victor Wembanyama reste maître de ses émotions en toutes circonstances. S’il lâche de temps en temps un cri en tendant ses musclés après un contre ou un dunk, Wemby ne laisse jamais paraître sa frustration quand il rate une action ou un panier. Il affiche une sérénité impressionnante sur le terrain et une mesure dans ses propos lors de ses habituelles prises de parole avec les médias. Exactement dans le sillage de David Robinson et Tim Duncan, une filiation naturelle. Comme si c’était écrit sur son berceau.


    L’impensable en action

    Si on parle d’un bond en avant incroyable pour le sport français, c’est tout simplement parce que Victor Wembanyama suit Tony Parker, avec d’emblée plusieurs longueurs d’avance. La réussite et la longévité de Tony Parker ont créé un précédent dans l’histoire du sport français, c’était le premier joueur européen à s’imposer au poste de meneur de jeu en NBA, et son bilan collectif, avec 4 titres de champion NBA, fait référence (Dirk Nowizki n’a qu’un titre de champion avec Dallas, Pau Gasol en a deux avec les Lakers). Victor Wembanyama, du fait d’une combinaison unique de taille, talent et travail, son intelligence de jeu, son envie et surtout sa capacité de progresser tous azimuts, est le premier joueur européen à s’imposer aussi bien extérieur qu’intérieur à la Kevin Durant, mais surtout en défense, puisqu’il est déjà meilleur contreur de la ligue avec 3.38 contres par match (largement au-dessus de Rudy Gobert, dont c’est pourtant la spécialité) et dans la course au titre de meilleur défenseur, sans faire de fautes (à peine 119 en 55 matches, soit une moyenne de 2.16 fautes par rencontres, avec des matches à zéro fautes, très rare pour un rookie qui prend autant de risques). C’est une première historique tant il y a d’atouts en un seul joueur. Si les Spurs assurent un recrutement de qualité et trouvent la formule gagnante autour d’un tel joueur, la course aux titres est définitivement lancée.

  • Wemby, le nouveau Kareem ?

    Wemby, le nouveau Kareem ?

    Rookie extraordinaire qui vient tout juste de fêter ses 20 ans, Victor Wembanyama fait déjà partie des attractions du championnat de basketball le plus regardé au monde, la NBA. Du haut de ses 2,24 mètres, il domine de la tête et des épaules, faisant passer d’autres géants comme Kristaps Porzingis pour plus petits qu’ils ne sont (le géant des Celtics est annoncé officiellement à 2,18 mètres, mais il semblait une demi-tête de moins que le français lors de leur confrontation sur le terrain). Avec son calme légendaire, sa silhouette longiligne, son talent évident, très au-dessus du lot, il fait penser à Kareem Abdul-Jabbar, le géant de Milwaukee et Los Angeles qui a joué 20 ans en NBA (de 1969 à 1989). Si les Spurs connaissent une saison difficile sur le plan collectif, ils savent qu’ils peuvent compter sur l’une des valeurs sures de la ligue pour la prochaine décennie et rêvent de construire une dynastie autour du meilleur joueur français de tous les temps. Il a toute une vie devant lui, mais il réalise déjà des performances ahurissantes. Une période paradoxale, à la fois frustrante et exaltante. Mais surtout excitante.

    Son match de référence à Portland

    Ayant déjà franchi la barre des 30 points dès son cinquième match NBA, contre Kevin Durant, avec 38 points et une belle victoire contre les Suns de Phœnix (132-121), Victor Wembanyama n’a cependant pas pu empêcher ses Spurs de sombrer dès le lendemain, subissant une série de 13 défaites avant de rater un match (les Spurs ont porté la série à 18). Wemby a dû attendre son 22e match (le 13 décembre 2023) pour atteindre à nouveau les 30 points (30 points exactement) dans une défaite contre les Lakers (119-122). Entre-temps, il a également réussi un double double-double avec 21 points et 20 rebonds (son record personnel) contre Chicago. Et enfin, c’est à Portland qu’il a réussi sa plus belle performance en date, avec non seulement 30 points avec un haut taux de réussite aux tirs, mais également 7 contres, 6 rebonds et 6 passes décisives pour à peine 1 balle perdue, le tout en tout juste 24 minutes de jeu. Un rookie décidément très efficace, même en temps limité.

    30 points (9/14 dont 2/4 à 3 points), 6 rebonds, 6 passes décisives et 7 contres en 24 minutes.

    Le 27e match NBA de Victor Wembanyama

    Ses gestes hors-normes

    Le dunk en contre-attaque, à la fois calme et tonique, toujours le geste malin. Grâce à sa capacité d’anticipation, il a toujours la bonne réponse en temps réel. Son adversaire espère qu’il fera l’erreur de redescendre la balle pour un dribble, il passe la vitesse supérieure et garde le ballon bien haut, pose ses appuis pour arriver au cercle sans dribble supplémentaire, on pense qu’il part pour un layup, mais sa course est si fluide, l’adversaire ayant évité le contact, il parvient finalement à dunker.


    Chaque match sera bien une déclaration

    Opérant sous la contrainte d’un temps de jeu limité par le staff des Spurs, Victor Wembanyama a promis que chaque match désormais serait une déclaration (statement). Et au bout de deux matches, force est de constater qu’il s’y tient. D’abord un triple-double en 21 minutes contre Detroit (130-108). Et un joli double-double en à peine 20 minutes contre Charlotte (26 points, 11 rebonds et 2 contres, 135-99). Pendant ce temps-là, sur les réseaux, certains continuent à douter de Wemby (on parle de ses choix de shoots douteux, de son adresse moribonde, du fait qu’il devrait se rapprocher de la raquette avec sa taille démesurée). Pourtant, le rookie vedette des Spurs ne fait que valider son statut de joueur d’exception, de #1 de la draft 2023, avec une évolution toujours plus rapide que prévu.

    16 points, 12 rebonds, 10 passes décisives et 0 balles perdues en 21 minutes.

    26 points (9/14 dont 2/3 à 3 pts et 6/6 aux lancers-francs), 11 rebonds, 2 contres en 20 minutes.

    LEs 32e et 33E MATCHes NBA DE VICTOR WEMBANYAMA

    Un rookie très en avance sur sa saison

    Certainement plombé par son temps de jeu limité et les résultats catastrophiques des Spurs en championnat (6-30, derniers de leur division), Wemby est toujours une énigme pour de nombreux fans, qui ne savent pas comment prendre l’étonnant rookie français. Il peut encore être all-star, il espère être bientôt débarrassé de toutes restrictions sur son temps de jeu, même s’il est privé de back-to-back (quand les Spurs jouent deux soirs de suite, il ne joue pas le second match) et reste toujours incertain dans la course au titre de rookie de l’année face à Chet Holmgren, le prodige d’OKC (26-11), dans un club bien mieux classé avec une belle deuxième place dans la Conférence Ouest juste derrière les Minnesota Timberwolves de Rudy Gobert (et qui vient de passer un savon aux Blazers, 139-77). Non content d’établir des records de précocité à chaque match, le rookie des Spurs est actuellement le meilleur contreur de la ligue (3,3 blocks par match). Il n’en finit pas d’étonner même ses fans les plus fidèles.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de ses premiers matches NBA cette saison, nous continuons à observer avec attention la suite de sa carrière américaine, mais avec une certaine distance dans une saison perdue d’avance à San Antonio. Et il continue à nous étonner, comme à chaque étape de sa carrière.

  • La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    Pour son deuxième match NBA, une rencontre accrochée face aux Rockets de Houston, Victor Wembanyama et ses coéquipiers ont déjà franchi un pallier important. Pas de fautes idiotes, pas d’oublis en attaque, des paniers discutables mais une connexion enfin établie entre le géant français et ses coéquipiers, qui ont bien compris les possibilités d’un tel gabarit en contre-attaque… mais pas seulement. Une très belle soirée où le français a confirmé tout ce qu’on pouvait attendre de lui, décidément très tôt, avec des highlights de folie des deux côtés du terrain, un goût prononcé pour les actions décisives dans le money time – un joueur déjà clutch. Et surtout, au bout du compte, une victoire arrachée après prolongation (126-122). La NBA, avec son calendrier, ça va vraiment très vite, et Victor Wembanyama l’a bien compris.


    Un jeu juste mais nettement perfectible

    À l’évidence, Victor Wembanyama n’est pas un rookie comme les autres. Sa maturité est largement en avance sur son âge. Après un premier match émaillé de fautes, le rookie vedette des Spurs a bénéficié pour sa seconde sortie à domicile d’un temps de jeu plus correct avec 31 minutes (et seulement deux fautes). Il a encore du déchet avec 4 ballons perdus et une série de tirs à longue distance discutables, en déséquilibre ou précipités, ce qui lui a valu une panne d’adresse en milieu de rencontre, et qui explique son faible total (7/19, soit 36,8%, dont 0/6 à trois points). Cela a permis à Houston de rester dans le match jusqu’au bout. Il reconnaîtra après le match qu’il doit désormais travailler sur son impact plus tôt dans les rencontres.


    L’apprentissage collectif en plein match

    En revanche, après un début de match où les commentateurs de la télévision locale voyaient mieux les possibilités de passe pour un Wemby ouvert dans la raquette que ses coéquipiers, ceux-ci ont fini par réaliser à quel point le jeu devenait simple dès lors qu’ils levaient la tête et lui transmettaient le ballon. Un grand gabarit de 2,24m qui coupe dans la raquette en contre-attaque, dans le bon timing, c’est un panier facile – acrobatique et aérien, tellement au-dessus de la mêlée. Il y a donc eu des alley-oops, dont l’un subtilisé à son propre coéquipier, Jeremy Sochan (2,03m, voir photo ci-dessous). Des actions magnifiques que l’on verra très souvent à l’avenir. Si les Rockets ont bien réussi à défendre à la régulière pendant un temps, Dillon Brooks a fini par attraper le français sur une contre-attaque à la limite d’une faute anti-sportive. En définitive, c’est Victor Wembanyama qui a provoqué des fautes, notamment lors de mismatches, réalisant plusieurs actions à trois points avec le lancer-franc bonus (7/8 dans cet exercice). Même quand il rate ses paniers de loin, il trouve quand même le moyen d’inscrire trois points par action ! Un joueur ultra-rentable, qui passera souvent les 20 points en match sans accaparer le ballon, comme il le faisait en France.

    Le rookie trouve ses marques

    Décisif en fin de match, Victor Wembanyama a su demander le ballon au poste bas pour plusieurs phases de un-contre-un spectaculaires sur le côté droit, avec sa maîtrise du ballon en dribble et des moves très efficaces. Il a ainsi produit l’une des actions du match, un dunk renversé en passant ligne de fond. Si on pensait que le rookie français longiligne aurait du mal à s’adapter à la dureté de la NBA, cette action a démontré la puissance dont il dispose déjà pour ses premiers pas dans le championnat américain. Non seulement il a effacé son adversaire direct avec un mouvement en dribble fluide digne d’Hakeem Olajuwon, il est allé chercher un dunk de l’autre côté du cercle avec une aisance incroyable, rappelant Kobe Bryant. Si gracieux et si haut qu’il n’y a même pas de contact possible avec son adversaire, dans le vent.

    La vie continue et la concurrence ne faiblit pas

    Si on peut féliciter Wemby pour son très bon match et une très belle victoire, cela reste un match parmi tant d’autres dans une très longue saison (82 matches) et un bilan à date de 50% (1 victoire pour 1 défaite). Comme l’a rappelé Wemby lui-même en conférence de presse, il a certes envie de célébrer son succès, mais il réalise que c’est seulement le deuxième match de la saison et qu’à peine arrivé dans le vestiaire, toute l’équipe est déjà tournée vers le prochain match, à Los Angeles contre les Clippers, dans 2 jours. Et deux matches de suite contre Phœnix, les 1er et 3 novembre. 3 matches en 5 jours contre deux grandes équipes de la conférence ouest ! Un rythme effréné qui ne permet pas de se reposer sur ses lauriers. Il n’a tout simplement pas le temps.

    21 points, 12 rebonds, 3 contres et 3 interceptions en 31 minutes de jeu.

    Le second match NBA de Victor Wembanyama

    Et si sa performance est intéressante pour un rookie, il est encore loin d’être le joueur le plus en vue de ce côté de l’Atlantique. Luka Doncic, victorieux lors du premier match des Spurs, s’est monté encore plus fort pour sa deuxième sortie avec 49 points (64% aux shoots), 10 rebonds et 7 passes en 36 minutes dans une nouvelle victoire des Mavs (125-120) avec 4 paniers à trois points de suite pour conclure la rencontre. La route est encore longue pour atteindre le sommet de la NBA.

  • Wemby: le jeu de patience commence

    Wemby: le jeu de patience commence

    Ce mercredi 25 octobre 2023, le pivot français expatrié aux États-Unis, Victor Wembanyama, jouait son premier match officiel avec les Spurs de San Antonio contre les Mavericks de Dallas dans le championnat NBA. Une première sortie correcte mais frustrante, du fait des 5 fautes personnelles qui ont rapidement limité son temps de présence sur le terrain, et donc sa production. Et si le jeune homme de 19 ans a montré des belles choses, comme ses coéquipiers, les très jeunes Spurs ont concédé une première défaite aux Dallas Mavericks de Luka Dončić, royal (119-126). Retour sur une première fois inattendue, intéressante et révélatrice à plus d’un titre, qui s’est jouée à pas grand chose (égalité à 2 minutes de la fin).


    Un KD de 2,24m

    Ils ont osé. Comme Magic Johnson en son temps, Victor Wembanyama est considéré par les Spurs pour ses capacités et non pour sa taille. Alors que tout joueur au-dessus de 2,10m au basket est généralement collé sous le cercle pour défendre et prendre un maximum de rebonds, Wemby a l’opportunité de montrer tout son talent à l’extérieur. Son premier contre en NBA? C’est Kyrie Irving qui a eu cet honneur sur un shoot. Le géant français n’a cependant jamais pu s’offrir l’autre star des Mavericks, le slovène Luka Dončić. C’est en attaque qu’il s’est illustré avec 3 tirs à trois points réussis en 5 tentatives (60 %), sans compter un quatrième panier réussi mais annulé pour une faute sifflée sur un coéquipier. Victor Wembanyama était bien réglé pour son tout premier match NBA.

    Le problème des fautes, à suivre

    S’il a impressionné avec déjà 15 points, avec une belle pointe en 4ème quart-temps (9 points à 4/5 aux shoots en 7:38 de jeu), c’est son temps de jeu réduit sur le terrain qui a sérieusement limité ses ambitions. Un problème courant pour un rookie et qui lui avait déjà joué des tours en LNB la saison dernière. En effet, avec sa taille et sa mobilité, son activité permanente sur le terrain, il se trouve fréquemment au contact et peut facilement être pénalisé. Un coude par ci, un coup de hanche par là, avec seulement 5 fautes en LNB (40 minutes) et 6 en NBA (48 minutes), la moindre maladresse en attaque comme en défense peut lui valoir deux fautes bêtes successives, lui coûtant des points et le renvoyant sur le banc de touche.

    La sérénité du géant français pour son tir à trois points, hors de portée de Grant Williams.

    Le syndrome Zo Mourning

    Comme Shawn Kemp et Alonzo Mourning, Victor Wembanyama est particulièrement concerné par ce point de règlement spécifique. C’est un talon d’Achille préoccupant. Tout seul, il peut s’auto-pénaliser par maladresse ou excès de confiance, sur des contacts à n’importe quel moment du match. Son talent n’a aucun intérêt s’il est bloqué sur le banc de touche. Et si les adversaires en profitent (on peut s’y attendre tôt ou tard, sans doute en playoffs), un peu de provocation ou de flopping peut permettre de régler le problème Wembanyama. Au lieu de l’affronter directement et de subir sa présence imposante, ils peuvent s’en servir contre lui. C’est le métier. Un problème qui sera identique en compétitions internationales – notamment face à des équipes « techniques » comme l’Espagne qui savent provoquer des fautes.

    Au poste, Victor Wembanyama aura souvent une tête de plus que ses adversaires.

    Un impact décisif sur le match

    Après un premier quart-temps tonitruant (43-36), les Spurs ont perdu chacun des 3 quarts-temps suivants (25-28, 23-32 et 28-30) alors que Wemby passait à peine 5 minutes 33 sur le parquet en deuxième quart-temps (entré avec 8 minutes à jouer et ressorti à 3 minutes de la mi-temps, sans impact réel) et à peine 3 minutes 23 en troisième quart-temps. Si ses coéquipiers ont curieusement profité de son absence en fin de première mi-temps pour creuser l’écart (12-0 en deux minutes pour porter le score à 68-56), les Mavs ont recollé au score avant la pause (64-68) et profité de deux fautes rapides de Victor Wembanyama (la troisième à 9:15 sur sa prise de position contre Grant Williams et la quatrième à 8:37 sur un écran musclé contre Derrick Jones JR.) pour reprendre un avantage décisif (32-23 en troisième quart-temps dont 27-19 en l’absence du français) grâce notamment à 10 points de Dereck Lively (4/4 à 2 points et 2 lancers-francs).

    15 points (6/9 aux tirs dont 3/5 à 3 points), 5 rebonds, 1 contre et 2 interceptions en 23 minutes.

    Le premier match NBA de Victor Wembanyama

    Des Mavs qui ont entamé le dernier quart-temps avec 5 points d’avance (96-91), avantage qu’ils auront conservé pendant l’absence du géant français après sa cinquième faute dès la première action défensive (sur un drive de Luka Dončić) et qu’ils auront maintenu finalement jusqu’au bout (126-119) malgré le retour convaincant du français, trop court sur la fin (transparent dans les 3 dernières minutes). Dončić, lui, était royal et constant toute la soirée, avec son 31ème triple-double en carrière à 30 points ou plus (33 points, 14 rebonds, 10 passes décisives et 2 interceptions), réalisant une interception fatale (à 1:26) et un ultime panier à trois points pour tuer le match (à 30 secondes de la fin). Le slovène aura soit marqué, soit réalisé une passe décisive, sur les 11 derniers points du match (6 points pour lui et 5 points pour Kyrie Irving).

    Une feuille de route qui se précise

    C’est donc le métier qui rentre pour le rookie des Spurs, mais pas juste une question de jeunesse ou de nouveauté – c’est physique. Un tel gabarit, avec un peu d’inertie, dans un jeu très rapide et en mouvement constant, ça fait facilement des dégâts. Et les arbitres n’ont pas le temps de comprendre pourquoi un joueur plus petit se retrouve par terre ou se contorsionne (comme Grant Williams sur le coude de Wemby lors de sa prise de position en début de troisième quart-temps). Comme Rudy Gobert, Wemby paiera toujours sa stature impressionnante. À lui, comme notre pivot français, de ranger ses mains et de bien rester sur ses appuis, de ne pas se faire avoir sur des petits contacts inutiles et parfaitement évitables (comme sur le lay-up de Josh Green en contre-attaque avec moins d’une minute à jouer dans le premier quart-temps). C’est du jugement, l’habitude et une forme de rigueur. Il apprendra à éviter les pièges, malheureusement nombreux, et le risque sera quand même toujours présent pour un gabarit hors-normes. Un premier match compliqué, mais une belle saison en perspective à San Antonio.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de sa dernière saison en France (10 matches depuis les tribunes dont les 3 derniers en finale à Monaco puis à Roland Garros), nous suivons avec attention la carrière américaine du prodige français.

  • Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Hors-normes, surdoué, Victor Wembanyama avait tous les atouts pour intégrer le championnat NBA. Numéro 1 de la draft en juin dernier, sélectionné par les Spurs de San Antonio, il avait fait l’impasse sur la Coupe du Monde FIBA avec l’Équipe de France pour assurer sa transition américaine. La saison qui commence bientôt, le 24 octobre 2023, s’annonce d’ores et déjà triomphante pour le rookie de 19 ans (2,24m pour 94kg). Voilà pourquoi.


    Une pré-saison au-delà des attentes

    Après une summer league correcte mais sans plus (à peine deux matches, un premier match raté, un second plus prometteur), Wemby était sagement retourné en coulisses pour travailler sérieusement, à l’abri des sollicitations notamment médiatiques. Une mise au vert qui a porté ses fruits. Avec un physique plus tonique, le géant des Spurs a attaqué les matches de pré-saison en mode KD, montrant son aisance au dribble, au shoot et à la passe en tant qu’extérieur. Il a notamment expérimenté son tir à trois points, avec 7 réussites en 22 tentatives (31,8%) et impressionné par sa défense sur des joueurs vifs et de toutes tailles. Sa mobilité, sa capacité à s’étirer de toute sa longueur pour aller chercher des ballons aussi haut après le shoot, sont une révélation. Les Spurs ont tenu parole, ils le laissent jouer son jeu en essayant de le suivre et de l’entourer au mieux. C’est une attitude très constructive, qui paye immédiatement.

    Pas de bizutage pour le rookie

    Dès son premier match, Victor Wembanyama a marqué 20 points. Alors que Greg Popovich a reconnu n’avoir annoncé qu’un seul système spécifiquement pour lui, le rookie français a trouvé des opportunités tranquillement, sans forcer, et il a tout simplement mis ses shoots. Des tirs propres, des mouvements fluides, qui font régulièrement ficelle – le fameux “swich”. S’il était passé à travers son premier match, comme en summer league, on l’aurait excusé. Même en pré-saison, ce sont déjà les équipes NBA complètes, la marche est énorme entre le premier contact américain de cet été et ces matches de préparation à quelques jours du début de saison. On se voyait déjà dire que le prodige est encore trop jeune, le jeu est trop rapide pour un français qui débarque… eh bien non. Wemby est déjà là, bien au point dans tous les compartiments du jeu. Même pour nous qui l’avons suivi de près depuis un an, c’est surprenant. On a beau être optimistes, conscients de son potentiel avec sa combinaison unique au monde de taille, de souplesse et de réactivité, il dépasse nos attentes par sa précocité. Tout va plus vite que prévu.

    Le contre sur Klay – un bug dans la matrice

    Réussir à se faire une place dans le roster des Spurs, faire bonne figure en pré-saison, d’accord. C’était logique après un été studieux avec le staff des Spurs. C’était l’idée. Mais battre les Golden State Warriors (122-117)? Contrer Klay Thompson puis Andrew Wiggins à 3 points? C’est une authentique dinguerie. À quelques jours du début de la saison régulière NBA, avec un training camp dans les pattes, les clubs sont au point, il n’y a pas d’erreur. Ce n’est pas une aberration. Le rookie des Spurs défie déjà l’ordre établi en NBA. Seulement quelques mois après son dernier match en championnat de France (en finale contre Monaco), force est de constater que ses qualités physiques, mentales et son jeu s’appliquent parfaitement à la NBA. La greffe a déjà pris. Et ce n’est que le début !

    19,3 points, 4,7 rebonds et 2,7 contres en 21 minutes de jeu. 3 victoires en 4 matches.

    La pré-saison NBA de Victor Wembanyama

    Une discipline de fer – le ciel pour seule limite

    La raison d’y croire très fort, c’est la méthode grâce à laquelle Wemby est en train de réussir sa transition en NBA. Rien n’est dû au hasard. Le sacrifice difficile mais inévitable de l’Équipe de France, critiqué même par des spécialistes reconnus, n’était pas un simple caprice de star, mais une décision murement réfléchie. Une impasse obligatoire pour travailler spécifiquement dans l’environnement des Spurs, avec tous les avantages (infrastructures, personnel, planning optimisé) et les objectifs du club en connaissance de cause (après les tests suffisamment concluants de la summer league). Le résultat est déjà là. Annoncé comme le meilleur joueur du monde d’ici 3 ou 4 ans par Richard Jefferson (en écho à Magic Johnson), il a réussi son intégration en NBA et se prépare à vivre une saison historique au sein d’un club qui le comprend. C’est une machine de précision qui ne s’arrêtera pas. Et même s’il y a des revers, des hauts et des bas, voire même une blessure, c’est un train qui ira dans un seul sens quoiqu’il arrive: toujours plus loin, toujours plus haut. Victor Wembanyama a 19 ans et 291 jours (le 22 octobre 2023), il fêtera ses 20 ans à San Antonio le jeudi 4 janvier 2024 avec une belle affiche contre les Milwaukee Bucks du tandem Lillard-Antetokoúnmpo. Alors que les autres clubs NBA ajustent déjà leur préparation pour le phénomène des Spurs, il est prêt lui aussi à les affronter. Son avenir est définitivement tout tracé.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de sa dernière saison en France (10 matches depuis les tribunes dont les 3 derniers en finale à Monaco puis à Roland Garros), nous suivons avec attention la carrière américaine du prodige français.

  • Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    C’est officiel, Victor Wembanyama, le MVP du championnat de France 2023, finaliste avec les Mets 92 contre l’AS Monaco en juin, numéro 1 de la draft NBA 2023 engagé désormais avec les Spurs de San Antonio, ne participera pas à la Coupe du Monde FIBA 2023 avec l’Équipe de France de basket. Un coup dur pour la sélection française qui prépare également les JO de Paris 2024, une décision difficile mais nécessaire pour le futur rookie des Spurs, en concertation avec son propre staff, qui prépare déjà sa transition entre France et États-Unis. Et comme à son habitude, le jeune joueur ne laisse rien au hasard.

    Une marche très haute

    Même s’il a été sélectionné en numéro 1 de la draft NBA cette année, comme c’était attendu, la tâche s’annonce très difficile pour Victor Wembanyama. En effet, du haut de ses 2.24m, il n’a toujours que 19 ans et tout à prouver en NBA. Sa sélection historique en #1 ne correspond pas à son niveau actuel, mais à son potentiel. C’est un projet sur le long terme pour les Spurs, qui ne pouvaient pas se permettre de le laisser passer. Il ne devrait donc pas être prêt à jouer les premiers rôles dès sa première année, mais il entend bien limiter la casse au maximum et vise déjà, d’emblée, le titre de rookie de l’année. Il va donc clairement morfler au contact des joueurs les plus physiques de la planète, surtout à l’intérieur, mais pas trop, si tout se passe bien. Et pour que tout se passe bien, il préfère éviter les détours… et jouer autant de matches que possible. Détail important pour la suite.

    Un bras de fer avec le staff des Spurs

    Engagé pour les Summer leagues, qui démarrent à Sacramento dès le 3 juillet et se poursuivent à Las Vegas le 7, Victor Wembanyama a déjà prévenu le staff technique des Spurs qu’il souhaite participer à l’ensemble des matches possibles lors de sa première saison en NBA. Ce à quoi les Spurs ont répondu qu’ils « feraient leur possible pour accéder à cette demande ». Les termes sont clairs, les réponses un peu moins, ce qui indique une relation déjà constructive et dynamique entre le joueur et son nouveau club, mais avec un bras de fer sous-jacent – le jeune présente déjà des exigences inattendues qui peuvent ne pas être en accord direct avec le staff technique des Spurs, connu pour pratiquer volontiers le load management avec ses joueurs. Une partie d’échecs où chacun avance ses pions, le premier étant malheureusement pour le public français et la fédé sa participation à la Coupe du Monde FIBA cet été.

    Qu’est-ce que le load management ?

    Depuis quelques années, plusieurs clubs NBA prennent des libertés avec le calendrier imposé par la ligue, très chargé et parfois proprement déraisonnable en termes de récupération – le fameux 4 matches en 5 soirs, par exemple. Les clubs n’ont pas d’autre choix pour préserver la santé de leur jours que de décider parfois même au dernier moment d’aligner une équipe B à un match important pour la télévision américaine. Certaines belles affiches sur le papier sont donc régulièrement gâchées par l’absence inopinée d’une ou plusieurs stars, non pas pour cause de blessure, mais pour la récupération des joueurs et leur santé à long-terme. Les spectateurs voient donc arriver leur vedette tant attendue en tenue de ville.

    Les Spurs ont été précurseurs de cette pratique, refusant par exemple d’aligner quatre joueurs majeurs contre le Heat de Lebron James en novembre 2012 (pas de TP, Duncan, Manu ni Danny Green). C’était le sixième match d’une tournée, les Spurs ayant gagné les 5 premiers matches, et c’était le seul déplacement de la saison à Miami, contre un rival pour le titre de champion NBA. Un match très attendu par les fans et les chaînes de télévision, mais à l’évidence difficile pour des Spurs surmenées. Gregg Popovich a donc décidé non seulement que ses joueurs vedettes n’y participeraient pas, mais les a en plus renvoyés directement à San Antonio sans assister au match, afin de se reposer en vue d’un prochain match contre les Grizzlies. Le club a écopé d’une amende de 250 000 dollars, alors même que sur le fond, la ligue ne contestait pas la décision du coach, mais plutôt ses modalités et son timing, ne laissant ni aux fans, ni à la ligue, ni aux organisateurs à Miami le délai de prévenance habituel. Les clubs restent souverains dans les décisions, mais il y a un protocole, qui n’avait pas été respecté.

    Depuis, le load management est rentré dans les habitudes, ce qui permet aux clubs de mettre au repos légitimement leurs stars lors du deuxième match de suite (le fameux back-to-back). Afin de préserver leur jeune recrue, les Spurs comptaient probablement surveiller de près sa fatigue et pouvaient envisager de réduire ses apparitions en matches de saison régulière, surtout dans une saison qui risque de se solder sans play-offs, donc sans enjeu sportif réel. Autant ménager le rookie, qui sera sollicité par sa fédération lors de compétitions estivales, notamment les Jeux Olympiques de Paris à l’issue de sa première saison, à l’été 2024.

    Pas de bleus cet été, mais pas de load management

    Cependant, ce n’est pas la préférence du rookie, qui l’a déjà fait savoir, pas de load management pour sa première saison américaine. Pour être au mieux avec son club et pouvoir exiger de jouer tous les matches lors de sa première saison, mais également optimiser sa préparation américaine, Victor Wembanyama a déclaré forfait pour la Coupe du Monde FIBA 2023 qui l’aurait emmené en France fin juillet pour la préparation puis à Jakarta fin août. Un été en bleu, dans un système de jeu particulier, différent de son ancien club (Boulogne-Levallois) et de son futur club (San Antonio), avec des règles différentes (FIBA) et la perspective d’une lutte difficile dans la raquette malgré la présence de Rudy Gobert au poste de pivot titulaire. Par cette décision difficile mais murement réfléchie, Victor Wembanyama se libère du poids considérable d’une compétition très relevée et très attendue par la FFBB et le public français; il peut désormais se focaliser exclusivement sur la préparation de son année rookie à San Antonio, qui s’annonce extrêmement difficile et nécessite toute son attention. C’est embêtant pour la Fédération Française de Basketball (FFBB) et la FIBA, pour le public qui l’attendait, pour les supporters français évidemment, mais tout le monde peut comprendre la logique et approuver le raisonnement, la retenue. Pas malin de se cramer tout l’été après une saison intense en LNB qui s’est terminée en finale mi-juin, à un an des Jeux Olympiques et avec une année NBA déterminante qui démarre mi-septembre et qui sera forcément exténuante (avec le fameux rookie wall, à négocier intelligemment). Sans pause réelle, c’était mission impossible.

    Les devoirs de vacances en Summer League

    Au lieu d’endosser le rôle de sauveur d’une sélection française, avec la certitude de s’attirer deux ou trois défenseurs et autant de coudes, de fautes flagrantes ou des petits coups en douce souvent ignorées par l’arbitrage, le rookie des Spurs va pouvoir se familiariser avec le staff qui va le suivre toute l’année, en commençant par les matches estivaux qui présentent déjà, contrairement à ce que certains en disent, une opportunité d’apprentissage très intéressante pour le jeune français, avide de nouveaux challenges. Ce n’est pas la NBA, certes, mais quand on vient de Boulogne-Levallois face à Bourg-en-Bresse, Monaco, Blois et Nanterre, chaque étape américaine est bonne à prendre.

    Un profil des plus atypiques

    Ne vous y trompez pas, Victor Wembanyama est un cas unique. Dans le basket français, un tel monstre physique et athlétique était proprement injouable. Sa seule présence en attaque comme en défense posait des problèmes inédits pour des professionnels pourtant aguerris. Régulièrement, les clubs adverses refusaient d’entrer dans la raquette pour éviter le contre inévitable du géant boulonnais. On a même vu des joueurs jeter la balle plutôt que de se faire contrer sur un shoot à 3 points. Monaco, en finale, a utilisé une technique coordonnée à deux pour permettre au meneur de jeu d’accéder au panier en poussant le pivot de 2,24 mètres de côté.

    Et en défense, toute l’équipe était mobilisable sur chaque action : dès que Wemby recevait le ballon, il devait affronter deux, trois voire cinq joueurs, ouvrant considérablement le jeu pour ses coéquipiers, qu’il savait trouver pour une passe décisive presque trop évidente – un jeu totalement faussé. Ses statistiques impressionnantes pour un joueur de 19 ans, ont donc été réalisées dans un contexte très particulier. C’est pourquoi rester une saison de plus en championnat de France n’aurait pas réellement servi – il ne rencontrera jamais de telles situations en NBA, où son avantage de taille sera moins important. Sa préparation doit donc se faire désormais exclusivement sur le sol américain, où la concurrence est plus élevée globalement et à chaque poste, rendant un 5 contre 1 pratiquement impossible. Curieusement, si son vis-à-vis sera plus costaud, le jeu dans son ensemble devrait être plus clair.

    Victor veut jouer Lebron

    Visiblement, Victor Wembanyama ne veut rater aucune rencontre en NBA lors de sa première saison. C’est essentiel pour son processus d’apprentissage, sa boîte noire interne qui enregistre chaque possession, c’est ce qui lui a permis de progresser considérablement en LNB cette saison, où il n’a pas raté une minute de jeu, jamais abandonné un match même mal parti (comme en témoigne le premier match de la finale contre l’AS Monaco, une deuxième mi-temps exemplaire après une première mi-temps catastrophique, alors que le score était sans appel: 21-52 à la mi-temps puis 64-87 à l’arrivée). Au lieu de se reposer sur le banc pour la suite de la finale, le MVP des Mets a joué la deuxième mi-temps comme un nouveau match, remporté pour la gloire (43-35 pour les Mets). Toute l’année, on l’a vu jouer chaque ballon avec la même intensité, même après le coup de sifflet de l’arbitre; quand un adversaire tentait un shoot qui ne comptait pas, Wemby allait chercher le ballon au-dessus du cercle, en mode Georgetown – pas de panier, même pour rien.

    Pour le rookie des Spurs, pas question, sauf problème de santé caractérisé, de rater une affiche dont il rêve depuis si longtemps. Chaque expérience sera importante pour lui. Et il ne souhaite pas en être privé sur décision administrative de son club, même bienveillante. Il est jeune, il veut vivre sa saison rookie à fond. Ses héros de NBA, il les rencontrera tous. Il ne reculera devant aucun challenge. Donc, il a pris les devants, il fait là une énorme concession dès le début, afin de se donner toutes les chances d’aborder le championnat NBA dans les meilleures conditions – les siennes. Il montre aux Spurs qu’il est lucide, engagé mais raisonnable. Et surtout, il garde un œil sur sa propre santé, préférant ne pas disperser ses efforts avec des attentes excessives, l’obligation de se ménager ici et là. Il s’engage donc à fond pour les Spurs dans un premier temps, mais sera tout aussi déterminé et disponible pour le maillot bleu lors des Jeux Olympiques de Paris 2024.

    Trouver sa place en NBA et en Bleu

    Avec son parcours sans faute cette saison, ou presque (une belle gifle en finale), Victor Wembanyama donne sans doute une impression de facilité. On entend donc que la Summer League, c’est trop facile pour lui, ça n’a aucun intérêt. L’équipe de France, c’est cadeau. Et l’enchainement LNB, Equipe de France cet été, année rookie en NBA directement après, c’était jouable. Eh bien selon les calculs de Wemby et son staff, cela ferait 170 matches en 2 ans, ça ne passe pas.

    Un choc culturel à la fois. Pour réussir en Équipe de France, Victor Wembanyama va devoir trouver sa place dans un effectif habitué aux grands rendez-vous internationaux (finaliste aux JO de Tokyo en 2021). Même si on se doute que la greffe ne posera pas vraiment de problèmes, cela reste un travail spécifique important avec une nécessité de résultat immédiat – l’Or ou rien. C’est très facile à dire, bien plus compliqué à mettre en place et à assumer au jour le jour, face à chaque adversaire, sur le terrain. Personne ne nous fera de cadeau. En repoussant cette échéance-là d’un an, Wemby s’offre le luxe de se concentrer cet été sur un seul challenge de taille, son intégration au sein des Spurs en NBA, un club en pleine reconstruction.

    F comme… FIBA

    Accueilli en grandes pompes dès son arrivée au Texas par une délégation légendaire à San Antonio (David Robinson, Sean Elliott, Manu Ginobili et Tim Duncan), Victor Wembanyama a longuement discuté avec ses illustres prédécesseurs. Or, pour mémoire, Tim Duncan a participé à une compétition internationale avec Team USA en 2004, un échec cuisant pour lui et la sélection américaine sous la gouverne de Larry Brown. L’équipe américaine avait concédé 3 défaites face au Porto Rico de Carlos Arroyo (73-92), la Lituanie de Jasikevicius (90-94) et l’Argentine en demi-finale (81-89), se contentant du bronze. Le pivot des Spurs (10 points, 5 fautes en 20 minutes), excédé par les règles et l’arbitrage international, avait alors déclaré tout simplement: « FIBA sucks! ».

    Si le sujet a été abordé lors du fameux dîner avec ces légendes, on se doute de ce que le rookie a pu entendre. On ne sera donc pas surpris si le staff des Spurs, Duncan en tête, ne compte pas en priorité sur les compétitions internationales pour accélérer le développement de leur jeune prodige en NBA. Ce qui n’empêchera pas Wemby de porter le maillot des Bleus, bien entendu, mais cela ne lui rapportera pas de points auprès des américains. Il va donc devoir faire preuve de souplesse, d’où cette première grosse concession stratégique.

    Ceci dit, il y avait également à cette table le grand Manu Ginobili, l’un des responsables de la débâcle américaine de 2004, côté argentin (29 points dont 4/6 à 3 points, la victoire 89-81 en demi-finale de la World Cup, le 27 août 2004). Sans froisser Duncan, l’ailier pourra lui aussi donner, en douce, quelques clés à Wemby pour déjouer le piège américain aux prochains JO. Tout n’est donc pas perdu pour le Français en compétitions internationales. Wemby veille.