Justin James, un joyau à surveiller de très près…

Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


Beaucoup de très bons joueurs NBA, notamment All-Star et membres d’une All-NBA team, sont arrivées par la petite porte de la NBA. Que ça soit par le second tour de la Draft ou par le chemin des joueurs non-draftés, rien n’est impossible. Parlons aujourd’hui d’un joueur qui pourrait bien nous surprendre : Justin James.


Qui est Justin James ?

Drafté à la 40ème position par les Sacramento Kings lors de la dernière draft NBA, Justin James, tout droit sorti du Wyoming, n’arrivait pas dans la grande ligue avec un bagage clinquant. Et pourtant…

Sélectionné dans la All-Moutain West Conference 2nd Team lors de sa dernière saison universitaire, Justin est resté 4 ans avec les Cowboys du Wyoming, accumulant plus de 2000 points en carrière universitaire. Ex-joueur 3 étoiles selon ESPN, 247Sports et Rivals, « JJ » n’avait pas forcément le profil type pour rentrer en NBA à travers la draft.

Cependant, le destin en a choisi autrement, et à force de travailler, Justin s’est fait une place dans la MWC , en inscrivant plus de 15 points par match lors de ses 3 dernières saisons, avec notamment une moyenne de 22,1 points par match lors de sa 4ème et dernière saison.
Il est ainsi devenu le second meilleur scoreur de l’histoire de cette université, derrière Brandon Ewing et le 3ème de l’histoire de la conférence.

Son parcours a pris une ampleur monumentale lorsque les Kings décidèrent de miser sur lui avec le 40ème choix de la draft, faisant de lui le 12ème joueur de l’histoire de Wyoming à être drafté, et le premier depuis Larry Nance Jr. (Cleveland Cavaliers) en 2015.

Auteur d’une Summer League convaincante (9 points et 4 rebonds de moyenne), le Floridien se vit offrir un contrat de 3 ans par les Kings. Consécration pour un joueur originaire de Port St. Lucie en Floride, et qui n’avait pas une destinée liée à la NBA.


Justin James dunkant sous le maillot de son université : Wyoming.
© Photo par Wyoming Athletics


Membre d’un groupe de 3 rookies au sein des Kings, il est celui qui a joué le plus de matchs des trois. Avec ses 34 participations, il se retrouve loin devant DaQuan Jeffries (8 à cet instant de la saison) et Kyle Guy (2) : preuve d’une bonne confiance du groupe et du staff envers lui.

Mais qu’a-t-il de particulier ?

“JJ”, un athlète pur (et dur)

Justin, c’est tout d’abord un physique impressionnant pour un arrière. 2,01m de hauteur, 86 kg, accompagnés d’une envergure d’environ 2,10m, c’est grand, plus grand de la moyenne.

C’est un joueur très athlétique, doté de qualités physiques indéniables, dont il sait très bien se servir. En témoigne ses 7 dunks réussis cette saison, équivalent à 21% de ses tirs réussis, dont celui-ci :

C’est un joueur avec une énergie gigantesque, sur et en dehors du parquet. Ses coéquipiers et son coach disent de lui qu’il parle beaucoup, vraiment beaucoup. Il est passionné par le sport et on le ressent sur le terrain, et même sur le banc, avec ses nombreuses réactions énergisantes.

Il a ce truc en plus, il n’est pas timide. Dès le premier jour, il n’a pas été effrayé de nous répondre, ni d’exprimer son opinion. Je me suis dit : “Cet enf**** doit se taire”, mais il a de bonnes intentions, et cela vient de sa confiance en lui.

BUDDY HIELD (joueur des kings et coéquipier de justin james)

Une confiance en lui débordante pour un joueur doué offensivement, à l’aise avec le scoring depuis Wyoming.

Pas inquiété par le fait d’avoir le ballon en main (usage percentage 1 de 19 pour un turnover percentage 2 de 8,4), notamment grâce à sa longue expérience NCAA, il sait également jouer sans ballon, notamment dans le catch-and-shoot 3 . Il manque cependant de réussite à l’échelle NBA, surtout sur les tirs longue distance, mais nous en parlerons dans un deuxième temps.

Plutôt bon rebondeur grâce à ses qualités athlétiques (8,5 rebonds/matchs lors de sa dernière saison à Wyoming), il adore jouer en transition, comme nous pouvons le constater avec le dunk ci-dessus. C’est d’ailleurs sur le jeu de transition que se base la plupart de son apport offensif, notamment grâce à sa volonté de vouloir perforer les défenses très tôt avec son explosivité.


Tableau représentant les statistiques aux tirs de Justin James sur contre-attaque et transition


Mais là où il est talentueux, c’est défensivement. Long, plutôt rapide, athlétique. Toutes ces qualités réunies forment un cocktail vraiment efficace défensivement.

Pas réputé à l’époque Wyoming pour être le plus grand des défenseurs, notamment avec son jeu ultra offensif, Justin James s’est muté cette saison comme un potentiel très bon défenseur.
Directement adapté au jeu défensif de la NBA, Justin a su tirer profit de son expérience universitaire pour très souvent neutraliser son vis-à-vis, comme nous le montre ce graphique.


Graphique représentant le defensive rating en fonction du pourcentage aux tirs alloués en défense, sur les joueurs âgés de moins de 24 ans (ayant joués plus de 15 matchs cette saison)


Justin James survole la concurrence en étant le seul joueur de la NBA, selon nos conditions (âge inférieur à 24 ans et plus de 15 matchs joués cette saison), à avoir un defensive rating 4 inférieur à 100 et un pourcentage aux tirs “défensif” inférieur à 40%. Tout simplement monstrueux.

On peut bien évidemment relativiser notre propos en notant que Justin n’a joué que 6 de ses 34 matchs avec plus de 9 minutes de jeu.
Très souvent membre du fameux “garbage time” 5 , il n’affronte pas les plus grands joueurs offensifs de la NBA à l’instar d’autres jeunes joueurs présents dans le graphique, comme Ben Simmons ou Jayson Tatum.
Cependant, il ne reste pas moins un très bon défenseur, parfaitement adapté à la NBA.

Très rapide sur ses appuis, il gère parfaitement les situations de close-out, avec une excellente présence et animation de son corps. Une statistique montre vraiment cet impact : les statistiques défensives sur les tirs “spot-up” 6 .


Graphique représentant le pourcentage aux tirs alloués en défense en fonction du percentile, sur spot-up, pour tous les joueurs NBA


Véritable muraille, Justin se place parmi les meilleurs éléments à ce niveau, avec sa capacité à gêner ses adversaires avec ses mensurations. Il n’a alloué que 9 petits points en 22 possessions sur ce type de tir.
Une plus-value qui peut devenir très intéressante avec le temps.

Autre point marquant : reprenons les conditions émises plus haut. Justin James a l’un des plus grands différentiels entre son pourcentage aux tirs et son pourcentage aux tirs alloués en défense.


Graphique représentant la différence entre le pourcentage aux tirs et le pourcentage aux tirs alloués en défense, sur les joueurs âgés de moins de 24 ans (ayant joués plus de 15 matchs cette saison)


Avec un différentiel de +6,5%, Justin se classe tout simplement à la 3ème place. Seuls Ivaca Zubac (Clippers) et Romeo Langford (Celtics) font mieux dans la ligue.
Il doit cependant avoir un peu plus de présence dans la défense intérieure, grande taille oblige. Avec un pourcentage défensif aux tirs de 72,7% près du cercle , Justin est loin d’être un roc, mais la défense extérieure compense.

Des statistiques intéressantes, un physique plutôt convaincant, de la confiance en soi… Mais quels sont ses axes de travail ?

Qu’est-ce qu’il lui manque ?

Tout d’abord, il lui faut de la régularité. Il est certain qu’un temps de jeu faible et variable n’est pas favorable au développement, mais Justin doit faire preuve de plus de régularité sur le terrain.

On le sait capable de coups d’éclat, comme il a pu le montrer contre Brooklyn et Indiana cette saison (14 points sur ces 2 matchs). Mais c’est cette régularité que cherchent les Kings actuellement en sortie de banc.

Elle doit commencer au niveau du tir extérieur. Justin James a les capacités pour être un bon shooteur à 3 points, même si sa “shooting form” n’est pas extraordinaire. Il avait notamment enregistré un excellent 41,9% en 117 tentatives lors de sa 2ème saison à Wyoming.
Cette saison, ce n’est pas vraiment de ce niveau, même si on peut repérer quelques points positifs au niveau du shoot.


Graphique représentant la répartition des tirs de Justin James, leur fréquence (taille du point) ainsi que le pourcentage par rapport à la ligue (couleur)
© NBA.com/Stats


Hormis le jeu proche du cercle quasiment omniprésent, que nous avons abordé précédemment, nous pouvons remarquer un détail. Il tire à 32,1% en 28 tentatives longue distance. Pourcentage correct, mais d’autant plus Justin James est bipolaire.

Il est létal à droite du cercle, avec 50% de réussite à 3 points mais atroce à gauche du cercle, avec 12,5% de réussite. Encore une chose à améliorer de son côté.

Mais une fois de plus, Justin sait shooter à longue distance, il manque de régularité. En témoigne son très très faible 47,6% aux lancers-francs, complètement aux antipodes de son 73,1% en 4 ans à Wyoming.

Avec du travail, il peut très certainement devenir un très bon 3&D 7 en NBA. Après tout, c’est un gros travailleur, salué pour le staff et ses coéquipiers, qui a essuyé de nombreuses heures à l’entraînement pour arriver en NBA. Pourquoi ne pourrait-il pas continuer dans ce sens ?

Le deuxième point est la gestion du rythme offensif. Comme dit précédemment, c’est un joueur offensif très agressif vers le cercle, qui adore la contre-attaque et la transition. Il est tellement passionné qu’il en est parfois à contre-courant de la vitesse de jeu de son équipe. Il est habitué à avoir le ballon en main, à gérer le rythme de son équipe. Mais il ne s’agit plus de l’équipe de Wyoming autour de lui, et il va devoir continuer à s’adapter.

Son apport offensif est également à revoir, avec une légère incapacité à être “utile” sans être le porteur du ballon. On a évoqué le catch-and-shoot plus haut, où nous pouvons sentir des prémices de potentiel, mais le reste est très faible. Il ne suffit pas d’attendre dans les corners à 3 points pendant 20 secondes… Même s’il est à 40% dans ces spots !


Tableau représentant les pourcentages sur différents types de tirs, entre Justin James et la moyenne de la NBA


On peut également évoquer l’âge comme certains pourraient le prétendre. L’âge est-il une contrainte ? 23 ans et demi pour lui. Le potentiel est moins grand, mais cela ne l’empêchera pas d’évoluer au sein de la ligue. Beaucoup de joueurs, arrivés plus âgés, ont réussi à devenir des joueurs majeurs de la NBA.
L’exemple et la comparaison avec Robert Covington (Rockets) est facile à produire, mais parfaitement évidente. Drafté à l’âge de 23 ans comme Justin James, doté d’un gabarit plutôt semblable (2,01m, 95 kg), il a d’abord vécu une saison rookie très difficile à Houston avant d’être coupé et d’atterrir dans un environnement qui l’a développé comme l’un des meilleurs 3&D de la ligue : Philadelphie.


Tableau comparatif sur les statistiques de Justin James et Robert Covington sur les deux premières saisons en NBA


La concurrence sur les postes d’arrières est rude à Sacramento, peut-être que le staff ne laissera pas de chances à Justin. Peut-être que comme Robert Covington, il se développera ailleurs. Nombreuses sont les questions qui peuvent se poser avec un talent comme le sien…


Ce qui est sûr, c’est que Justin James a un potentiel. Possible 3&D ? Défenseur redoutable ? 6ème homme ? Joueur de rotation ? Aux Kings ? Ailleurs ? On ne peut pas le savoir pour l’instant, mais c’est un bijou, un joyau à polir… Et on lui souhaite de réussir dans la ligue ! Affaire à suivre !

Sources : NBA.com, Sacramento Kings, Wyoming Athletics, The Athletic.
(Toutes les statistiques ont été prises avant la reprise NBA à Orlando)

Lexique :

  1. Usage percentage (ou USG%) : calcul du nombre de possessions offensives passant par un joueur lorsqu’il est sur le terrain.
  2. Turnover percentage (ou TOV%) : calcul du nombre de possessions offensives d’un joueur se terminant par une perte de balle.
  3. Le catch-and-shoot (ou C&S) : action où le joueur reçoit le ballon en étant en mouvement et tire en première intention sans avoir posé le dribble.
  4. Le defensive rating (ou DRtg) : statistique inventée pour mesurer l’efficacité défensive d’un joueur. La moyenne NBA se situe entre 105 et 110.
  5. Le garbage time : période de jeu où les deux équipes se relâchent, notamment à cause du score. Cette période est généralement jouée par les remplaçants de chaque équipe.
  6. Le spot-up shoot : action où le joueur reçoit le ballon en étant immobile et tire en première intention sans avoir posé le dribble. (La différence entre un C&S et le spot-up est le mouvement)
  7. Un 3&D : joueur qui possède la capacité très recherchée de pouvoir tirer à 3 points et défendre sur les positions extérieures de manière compétitive. C’est un rôle très apprécié aujourd’hui.

Laisser un commentaire