Wemby et le défi olympique du basket français

D’un été à l’autre, tout a changé. Alors que les Bleus se faisaient sortir manu militari en à peine deux matches lors de la Coupe du Monde FIBA 2023, Victor Wembanyama restait lui-même sur une défaite en trois matches en finale de championnat de France contre Monaco et avait décidé à la surprise générale de consacrer son été à la préparation de sa toute première saison NBA sur le sol américain. 80 matches plus loin, alors que les Spurs attendent patiemment leur heure de gloire (pas de playoffs cette saison et pas de gros changements prévus l’été prochain), le probable rookie de l’année 2024 et peut-être même déjà meilleur défenseur de la ligue américaine (il pourrait supplanter Rudy Gobert et Anthony Davis), le nouveau dieu du basket international s’apprête à rejoindre l’Équipe de France pour préparer les Jeux Olympiques de Lille-Paris 2024. Et comme il a toujours plus d’un tour dans son sac, on peut s’attendre à tout. Problème, il est désormais attendu de pied ferme par toutes les nations de premier plan du basket international (Serbie, USA, Allemagne, Australie, Slovénie, Lettonie, Espagne…) qui vont se disputer les médailles sur le sol français. Une quinzaine olympique qui s’annonce palpitante (du 27 juillet au 11 août 2024) et qui pourrait voir le basket français se hisser sur la plus haute marche du podium. Le rêve bleu est accessible mais loin d’être garanti. Ça va chauffer!


Un tournoi olympique historique et un programme chargé

Tout le monde sera là ou presque. Doncic et Antetokounmpo étant encore incertains (TQO d’Athènes), Jokic est d’ores et déjà qualifié avec la Serbie, Schroeder avec l’Allemagne championne du monde en titre, Team USA au grand complet (Lebron, Curry et consorts), l’Espagne si elle remporte le TQO de Valence… Douze équipes de très haut niveau pour un tournoi olympique en deux temps, d’abord à Lille pour la phase de poules, puis à Paris pour la phase finale en trois actes (quarts-de-finale, demi-finales et finale).


La France (Groupe B) entame la compétition le samedi 27 juillet à 17h15 au Stade Pierre Mauroy à Lille face au vainqueur du tournoi de qualification olympique (TQO) qui se déroule en Lettonie (Lettonie, Géorgie, Philippines, Brésil, Monténégro ou Cameroun). Un adversaire soit fatigué, soit galvanisé par sa victoire, qui risque d’être particulièrement chaud – un premier match piège, à l’évidence. Les Bleus enchainent trois jours après face au Japon (mardi 30 juillet à 17h15) puis le vendredi 2 août face à l’Allemagne, vainqueur de la dernière Coupe du Monde (21h). Une petite semaine dans le nord pour se qualifier et revenir à la capitale disputer la phase finale. En cas de qualification, les quarts de finale se déroulent le mardi 6 août à l’Arena de Bercy à Paris, puis les demi-finales deux jours après, le jeudi 8 août, et la finale ou le match pour le bronze le samedi 10 août.

Si la Lettonie remporte le TQO dans son pays, la France aura la possibilité de laver l’affront de l’été dernier, ou de revivre le même cauchemar, surtout avec l’épouvantail allemand qui arrive la même semaine. Des rencontres décisives, qui s’annoncent tendues, un KO à éviter à tout prix, ça passe ou ça casse. Les supporters français s’apprêtent à vivre un moment à la fois passionnant et effrayant.

Team USA et l’outsider canadien

Champion olympique habituel, Team USA avait survolé la compétition avec un effectif incomplet lors des derniers JO à Tokyo, accrochés par nos Bleus mais victorieux. Cette année, sauf surprise de dernière minute, c’est une sélection américaine archi-complète qui viendra chercher l’or olympique. Lebron James, Stephen Curry, tous les illustres basketteurs américains ont réservé leur été de longue date et affichent une forme exceptionnelle en NBA cette saison. Ils seront prêts. Même Joel Embiid, le MVP en titre blessé en cours de saison, semble bien parti pour honorer sa sélection américaine.

Entre les Bleus et Team USA, il y a désormais le Canada, avec des jeunes joueurs qui montent en puissance. Le héros de la sélection canadienne à Jakarta, Dillon Brooks, rêve de plumer Lebron James sur un terrain qui lui est plus favorable. Shai Gilgeous-Alexander est en état de grâce après une saison exceptionnelle avec OKC. Les Road Warriors, qui rencontrent l’Équipe de France en match de préparation à Orléans le vendredi 19 juillet 2024 à Orléans (Co’met Arena, billetterie ouverte ici), ont déjà l’œil sur l’objectif.

Sur un malentendu…

Finaliste émérite des derniers JO à Tokyo, l’Équipe de France reste sur une défaite amère et cinglante lors du rendez-vous international de l’été dernier, mais a toutes les raisons d’éviter une déconvenue similaire cet été. Si le nombre d’équipes de très haut niveau en basket est impressionnant, ça reste un tournoi expéditif, chaque gros en éliminant nécessairement un autre. On n’est pas à l’abri de quelques surprises et la route vers l’or pourrait bien se dégager pour les Bleus (qui ne verra déjà pas la Grèce ou la Slovénie). Le tournoi n’est pas totalement fermé, avec des équipes qualifiées qui n’ont pas le niveau pour réellement exister. Sur un malentendu, la France peut parfaitement se retrouver en quarts face à un adversaire des moins inquiétants. La chance, mine de rien, jouera peut-être un rôle déterminant dans cette compétition pour le pays organisateur.


La question Wemby

Cible numéro un des défenses adverses pour l’été 2024, Victor Wembanyama s’attend à une quinzaine difficile pour son premier tournoi olympique avec l’Équipe de France. Mais lui aussi se prépare. Et s’il parvient comme en NBA à imposer son jeu insolite, à déjouer les pièges et à réaliser ses exploits habituels, le petit nouveau peut créer la surprise. S’il met ses paniers, évite les fautes et les coups, et si l’ensemble du camp français parvient à s’organiser autour de lui, à capitaliser sur ses nombreux atouts en évitant les erreurs fatales à ce niveau de compétition, la France a toutes les chances de briller.

Connue pour sa défense collective exemplaire en compétitions internationales, l’Équipe de France de basket a désormais un renfort de choix qui complète parfaitement le redoutable tandem Batum-Gobert (4 contres chacun en demi-finale olympique face à la Slovénie à Tokyo en 2021). Un talent générationnel inespéré, inestimable, et surtout littéralement plug-and-play (la greffe devrait prendre instantanément, les joueurs se connaissant déjà bien et dont les qualités et l’esprit sont clairement compatibles). La pièce manquante rêvée du puzzle olympique français, que Vincent Collet et son staff s’apprête à placer avec joie sur le terrain.


Lob Country

À l’opposé de certains joueurs très talentueux mais dont la venue inquiète dans une équipe où on se demande comment on va pouvoir partager le ballon, Wemby a tout pour réussir en Équipe de France. Un tel joueur devrait non seulement s’épanouir au sein d’une très bonne équipe, ils vont se rendre encore meilleurs les uns les autres, créant des espaces et des opportunités supplémentaires. Un authentique cheat-code, un rare plan win-win-win – pour lui, pour les cadres de l’Équipe de France en grande forme (Batum, Gobert et Fournier) et pour toute l’équipe, qui va pleinement profiter de sa présence polarisante et maîtriser le rebond comme personne, verrouiller la raquette des deux côtés du terrain (une frontline alléchante et intimidante Wembanyama-Gobert-Poirier n’étant pas à exclure, même si on attend avec impatience l’annonce de la sélection officielle de Vincent Collet). Avec les athlètes confirmés Guerschon Yabusele et Mathias Lessort aux ailes, la triplette Francisco-Albicy-DeColo à la mène. Et peut-être s’offrir, en plus d’un jeu intérieur-extérieur complet, un véritable pont aérien en sortie de pick and roll ou en backdoor – après Lob City à Los Angeles, la naissance de Lob Country pour Paris 2024. La venue de Victor Wembanyama éclipse totalement tout regret concernant Joel Embiid et installe le groupe France en tête des pronostics pour l’or olympique tant convoité.

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