Catégorie : FIBA

  • Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Pivot all-star des Timberwolves du Minnesota, trois fois élu meilleur défenseur de la NBA en 9 saisons avec le Jazz de l’Utah qu’il a emmené en playoffs chaque année, Rudy Gobert est l’un des sportifs français les mieux payés au monde. Mais attention, en Équipe de France comme aux États-Unis, il n’a qu’un objectif, la victoire. Un atout majeur qui sait se faire étonnamment discret.


    Tout pour lui? Pas vraiment…

    Avec son CV, Rudy Gobert pourrait débarquer en équipe de France chaque été (et désormais pendant les fenêtres internationales qui ponctuent l’année très chargée des basketteurs) avec un appétit gargantuesque. Tout pourrait être organisé pour lui garantir des performances individuelles en rapport avec son statut de star américaine. On verrait Rudy recevoir le ballon à l’intérieur au minimum 20 fois par match en isolation sur un côté pendant que le reste de l’équipe attire la défense à l’opposé, le temps de se frayer un chemin vers le cercle. Il l’a fait contre Kevin Durant aux derniers JO, contre Doncic et tous les pivots internationaux lors de cet Euro, il n’a peur de personne. Il pourrait facilement dominer les raquettes européennes et aligner des statistiques de star américaine, dès les matches de préparation. Dans quel but? Confirmer son statut individuel? Faire parler de lui? Décrocher la une de L’Équipe? Pendant que le reste du groupe le regarde? Ce n’est pas du tout l’esprit.

    Rudy Gobert contre la Turquie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    Une superstar du collectif

    Non seulement Rudy Gobert n’a aucune exigence vis-à-vis du staff français, il joue systématiquement collectif, à en oublier totalement son statut individuel. Un pivot sans ego. Pratiquement jamais le ballon ne reste dans ses mains. Il circule. On le voit ainsi recevoir le ballon au poste bas, face au pivot adverse, parfois démarrer un dribble, jouer son vis-à-vis en un-contre-un. Mais pendant ce temps-là, les ailiers français s’activent, et le premier qui coupe vers le panier recevra le ballon. Rudy Gobert n’a pas le temps de faire un move qu’il voit déjà le coéquipier traverser la raquette et lui sert une passe impeccable, dans le bon timing. C’est sa qualité de passe qui fait toute la différence. Moins de points, une position pas optimale au rebond, mais un ballon qui circule librement et un collectif qui fonctionne. Un naturel de champion. Du coup, ses statistiques individuelles sur le tournoi peuvent paraître moyennes, car ce n’est pas sa priorité. Il ne cherche pas à être le meilleur marqueur de l’équipe, il laisse bien volontiers la place à Fall et Poirier, qui ont le temps de trouver leur rythme et d’avoir un réel impact, avec la confiance d’un titulaire pas pressé de revenir sur le parquet. Chacun trouve sa place, et si les autres marchent bien, Rudy se contente de 7 points et d’une victoire.

    Le trade

    Cet été, Rudy Gobert, roi de la raquette incontesté dans l’Utah depuis ses débuts, se retrouve en binôme avec une superstar locale, Karl-Anthony Towns. Un grand gabarit avec qui il devrait naturellement s’entendre, puisque KAT aime se placer à l’extérieur en attaque et pourra désormais s’appuyer totalement sur un poids lourds dans la raquette. En duo, les deux grands vont poser un sérieux problème de mismatch à toutes les équipes de la ligue américaine, à la fois par la taille, leur volume au rebond et leur vivacité en attaque. Rudy Gobert est toujours prêt à recevoir la balle près du panier, pour un alley-oop, un move rapide ou une passe aux ailiers qui coupent, avec désormais la possibilité de ressortir à 3 points pour Towns. Quand on voit comment fonctionne la relation Gobert-Poirier en Équipe de France, on se dit qu’avec un monstre comme KAT, Gobert va vivre ses meilleures saisons en NBA. Enfin un grand qui le comprendra et ne l’oubliera pas. Si le staff des Timberwolves est au point et conscient du potentiel de Rudy Gobert, la saison pourrait être grandiose pour les joueurs et le club, qui a au minimum une base ultra-solide.

    Rudy Gobert contre l’Italie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    L’option Embiid

    Si l’Équipe de France reçoit un jour la candidature très attendue de Joel Embiid, la place est prête. L’effectif français compte actuellement 3 pivots très complémentaires (Gobert, Poirier et Fall), avec chacun un style différent, qui assurent une continuité pendant tous les matches. Mais c’est bien Rudy Gobert qui se détache lors des phases finales de cet Euro et qui a porté l’équipe lors des derniers JO à Tokyo. Et malgré tout, force est de reconnaître qu’un joueur comme Joel Embiid apporterait une dimension supplémentaire à l’intérieur.

    Plus haut, plus fort, plus gourmand, Embiid changerait nécessairement la direction de l’attaque, obligeant toute l’équipe à approvisionner plus régulièrement le pivot sans attendre forcément une passe en retour. Ce que Gobert n’a jamais prétendu faire, accaparer le ballon, deviendrait une priorité. Un point de fixation à haut rendement, voire de domination, qui réduirait dans un premier temps les possibilités à l’extérieur, mais obligerait aussi la défense adverse à respecter le secteur intérieur français et à s’y opposer davantage, ouvrant à terme des espaces plus importants aux ailes. Plus de points dans la raquette, plus de rebonds, une attaque plus efficace, avec un rendement minimum garanti à chaque match. Un véritable choc culturel qui pourrait installer la France au sommet du basket européen, et même mondial, pendant 10 ans.

    Une superstar timide mais clutch

    La sélection française est arrivée en demi-finale de l’EuroBasket 2022 au prix de matches intenses et très disputés. Dans les moments importants, c’est bien Rudy Gobert qui a fait la différence avec des rebonds offensifs cruciaux et de paniers salvateurs, parfois au milieu de trois défenseurs adverses. Tout naturellement, son rendement est en augmentation à mesure que le niveau monte (20 points et 17 rebonds en 30 minutes en huitième de finale contre la Turquie puis 19 points et 14 rebonds en 34 minutes en quart de finale contre l’Italie, le tout à 15/22 aux shoots, 68% de réussite, 4 passes décisives pour 7 balles perdues). Un joueur capable du meilleur comme du pire (6 balles perdues face à la Bosnie-Herzégovine qui avait parfaitement ciblé sa prise à deux et neutralisé ses moves ballon en main), qui peut être gêné par les fautes, notamment celles provoquées par des adversaires coquins abusant les arbitres, selon la méthode espagnole bien rodée (on a vu des joueurs se jeter sur Gobert, rebondir, tomber au sol façon football, et obtenir une faute offensive). Cible de critiques de toutes parts (notamment la sortie inattendue de Tracy McGrady dans le podcast de Gilbert Arenas) qui peinent à reconnaître le travail accompli, en veulent toujours plus, le pivot français trace calmement sa route et vise l’or à cet EuroBasket et au Jeux Olympiques de Paris en 2024.

  • L’argent en attendant l’or – les Bleus entre deux moods au retour de Tokyo

    L’argent en attendant l’or – les Bleus entre deux moods au retour de Tokyo

    C’est un sentiment d’inachevé teinté d’espoir qui habite la sélection française masculine de basketball 5×5 au sortir d’une finale olympique historique à la Super Arena de Saitama (Japon) ce 7 août 2021. Pour la première fois de leur histoire, les Bleus ont joué les américains les yeux dans les yeux pour une médaille d’or, avec une vraie chance de réussir. Pendant 40 minutes, ils ont rivalisé fièrement avec l’équipe favorite, composée des plus grands talents du championnat NBA dirigés par l’un des entraineurs les plus illustres, Greg Popovich. Ils étaient sur le toit du monde, à deux doigts du titre. Mais alors que les américains rataient leurs tirs, offrant la possibilité d’une toute première victoire aux basketteurs français en finale des Jeux Olympiques, l’Équipe de France n’a pas réussi à concrêtiser cette opportunité. Les joueurs de Vincent Collet repartent donc avec une médaille d’argent bien méritée, magnifique, historique, la troisième dans l’histoire des JO (1948, 2000 et donc 2021). Mais ils savent qu’ils peuvent aller plus haut encore. Explication.

    ©2021 FIBA

    Fournier n’a pas fait son match

    Un talent comme Evan Fournier ne peut se satisfaire de 5/15 aux tirs (dont 2/9 à 3 points) en finale olympique. Impérial lors du match d’ouverture face à ces mêmes américains (29 points, décisif contre la Slovénie en demi-finale (25 points, Evan Fournier a donné le meilleur et parfois le pire dans son premier tournoi olympique en première ligne (5 fautes dont une offensive au plus mauvais moment en demi-finale). Peut-être le plus américain des français (il repart à New York pour 4 saisons et un rôle important dans une équipe qui monte, avec un contrat de $78 millions), c’est un atout majeur qui n’a pas encore révélé aux JO toute l’étendue de son potentiel. Il sera très attendu aussi bien dans le championnat nord-américain que lors des prochaines compétitions internationales, où il aura à cœur de confirmer. Watch out. Préparez le pop corn.

    ©2021 FIBA

    Gobert dominant… au début

    Le monde a vu Rudy Gobert dunker sur la tête de Kevin Durant lors du premier quart-temps contre Team USA. Un choix conscient de Greg Popovich, le coach américain n’a pas voulu opposer un pivot bien costaud, Javale McGee, au géant français (McGee, 2,13m et 2,29m d’envergure, auteur de 4 points à 2/2, un contre et un rebond en à peine 2 minutes contre l’Australie en demi-finale, n’est pas entré en jeu pendant ce match). Si le meilleur joueur du monde en a pris pour son grade en défense, il a en revanche apporté 30 points de l’autre côté du terrain, remportant facilement son duel avec le pivot français (29-16). Sans réelle présence de taille dans la raquette, c’est en mettant la pression sur les meneurs de jeu tricolores que Team USA a réussi à gêner les tentatives du pivot all-star en deuxième mi-temps, rendant les actions moins faciles qu’en première mi-temps, et préférant voir le géant tirer des lancers-francs plutôt que d’écraser le ballon dans le cercle. Une tactique payante, puisque le pivot français n’a réussi que 6 lancers-francs sur 13 (une soirée difficile pour les deux équipes dans ce secteur, 18/29 soit 62,1% côté français et 14/21 soit 66,7% côté américain). Au final, si Gobert a bien marqué 16 points, il n’aura tenté que 5 tirs dans cette finale (tous réussis), trois en premier quart-temps, aucun en quatrième quart-temps. Comment a-t-on pu se laisser priver d’une telle arme offensive ? Une énigme.

    ©2021 FIBA

    Les détails qui tuent au plus haut niveau

    Le camp français avait prévenu, peu importe l’adversaire, si on joue notre jeu, on peut battre n’importe qui. Mais en finale, les Bleus n’ont pas réussi à maintenir leur niveau de jeu des tours précédents. Et c’est sur des détails qu’ils ont perdu leur titre olympique.

    En effet, en commettant des fautes offensives légères mais caractérisées (le coude en avant sur des drives de Nando de Colo puis de Timothé Luwawu-Cabarrot) pas nécessaires, alors même qu’ils étaient en position de marquer ou au moins de provoquer une faute, les Bleus ont gâché de précieuses cartouches. Et en laissant filer le ballon, au lieu de soigner chaque possession, ils se sont tout simplement auto-détruits. Si les français ont enregistré 18 pertes de balle, les américains ne sont crédités que de 9 interceptions… cherchez l’erreur !

    ©2021 FIBA

    18 balles perdues par les français en finale olympique
    (9 seulement pour Team USA)

    Lorsque les américains ont mis la pression défensive dans le money time, ils ont réussi à pousser le porteur de ballon à la faute (Ntilikina sur une passe en retrait hasardeuse en tête de raquette directement dans les mains de Damian Lillard puis Nando de Colo sur une passe en course pour Rudy Gobert, qui ne lui a pas permis d’attaquer Kevin Durant avec autant d’aplomb qu’en premier quart-temps). Des erreurs pas directement provoquées par la défense, de la précipitation, comme si le ballon brulait les mains. Trop d’occasions ratées, trop de cadeaux à un adversaire qui n’en demandait pas tant, qui montrent une marge de progression significative.

    Tout près, mais encore trop loin

    Au bout du compte, il est évident que l’Équipe de France n’a pas joué du tout à son meilleur niveau dans cette finale olympique – l’équipe américaine non plus, ceci dit, ratant beaucoup de tirs dès l’entame du match et n’étant jamais en position de tuer le match. Alors que la défense française était bien au rendez-vous tout le long du match, avec une présence active et solide et peu de fautes contre les meilleurs athlètes de la planète, c’est en attaque que la sélection française a manqué de précision. Malgré les fautes offensives déjà évoquées, l’Équipe de France n’a commis que 19 fautes au total dans un match très défensif (22 fautes américaines) au contact de joueurs agressifs. C’est dire la qualité de la défense française, parvenue à gêner considérablement la meilleure attaque du monde (45,7% de réussite dont 28,1% à 3 points VS 51,4% contre l’Australie en demi-finale) en restant en bas – aucun contre ! Un véritable casse-tête pour Team USA, qui a longtemps déjoué dans cette finale. Résultat, une équipe capable de marquer 120 points en 40 minutes de basket FIBA (120-66 contre l’Iran) tenue à moins de 90 points !

    ©2021 FIBA

    Une nette progression

    Chahutés par l’Espagne puis le Japon en préparation, privés d’un match test important contre l’Italie (annulé comme de nombreux matches de préparation du fait des mesures sanitaires), intégrant des joueurs au compte-goutte de retour de blessure (Thomas Heurtel) et à l’issue de leur participation aux playoffs NBA (Rudy Gobert à Malaga puis Nicolas Batum à Paris Bercy), les Bleus ont réussi à trouver une cohésion étonnante et réalisé une entrée en lice spectaculaire contre Team USA pour leur première rencontre en poule (83-76). Ils ont fini cette phase initiale avec deux victoires sans appel contre la République Tchèque (97-77) puis l’Iran (79-62). Et ils se sont imposés non sans difficulté contre une Italie déconcertante en quart de finale (84-75), avant de se faire peur contre la Slovénie en demi-finale (90-89). À aucun moment, cette Équipe de France n’a cédé sous la pression, déroulant un basket solide, salué par Greg Popovich comme étant juste (the right way). Une équipe qui tire le meilleur aussi bien de ses atouts « américains » que des basketteurs évoluant dans les championnats européens et français (LNB), puisque portée aussi bien par Nando de Colo (l’un des meilleurs joueurs d’Euroleague évoluant à Fenerbahçe, Turquie) au poste de meneur que Moustapha Fall (meilleur défenseur de Jeep Elite Pro A avec l’ASVEL, Champion de France) au pivot, en parfaite harmonie avec les « concurrents » NBA à leur poste comme Frank Ntilikina (meneur remplaçant des New York Knicks) et Rudy Gobert (pivot titulaire all-star des Utah Jazz).

    Nando de Colo, plus de 2000 points en Équipe de France (184 sélections), plus de 3000 points en Euroleague (pallier atteint en 186 rencontres, le plus rapide de l’Histoire de cette compétition).

    ©2021 FIBA

    Objectif or à Paris

    Comme l’a rappelé Evan Fournier à la sortie du match, l’objectif est bien de « taper » ces américains lors de la prochaine finale olympique, en 2024 à Paris, sur notre terrain. Mais l’ailier français de New York (passé par Denver, Orlando et Boston) a indiqué la feuille de route, avec des étapes clés pour réussir une progression: Euro, Coupe du Monde puis JO. Pour être capable de se présenter de nouveau en finale olympique dans 3 ans, pour avoir ce niveau, il va falloir monter encore d’un cran et confirmer le statut d’élite du basket français lors des compétitions qui arrivent, où il ne sera fait aucun cadeau. La Slovénie, battue d’un point en demi-finale, sera là, parmi tant d’autres. Pour aller chercher l’or olympique à Paris en 2024, il va falloir travailler dur. Cette belle médaille d’argent, comme l’a dit Nicolas Batum, ce n’est pas une fin, c’est le début d’une grande aventure.

  • La France en finale olympique (basket 5×5 H)

    La France en finale olympique (basket 5×5 H)

    C’était un match très disputé. Tout le monde a répondu présent, Luka Doncic en tête, Nando de Colo au sommet également côté français. Timothé Luwawu-Cabarrot a confirmé son niveau de jeu au meilleur moment. Rudy Gobert a patrouilé dans la raquette des deux côtés du terrain. Evan Fournier a marqué des paniers importants. Mais tout pouvait basculer dans le mauvais sens lors de la dernière possession française, sur une faute offensive désastreuse, le ballon étant rendu aux slovènes pour une ultime attaque avec moins de 20 secondes à jouer et la possibilité de crucifier l’Équipe de France. Mais c’était le jour des Bleus. Le capitaine Batum y a veillé.

    Batman décisif

    Premier défenseur sur Doncic, présent dans tous les secteurs de jeu, notamment au contre (4) et au rebond (5 défensifs) mais également à la passe (3 passes décisives pour un ballon perdu), quoique trop discret en attaque (3 petits points à 1/5 aux tirs), recherchant notamment Nando de Colo pour des paniers cruciaux (26 points, 8/17 dont 3/5 à 3 points), Nicolas Batum est venu de nulle part sur la dernière action du match pour empêcher le panier de la victoire pour la Slovénie. Un contre propre, sans faute, récupéré par Rudy Gobert qui a aussitôt envoyé le ballon en avant pour laisser expirer le temps réglementaire et assurer la victoire. Alors que les français risquaient l’élimination en demi-finale du tournoi olympique, Nicolas Batum a changé le cours de l’histoire en leur faveur.

    Une action décisive et spectaculaire, qui a pris tout le monde par surprise. En un mouvement fluide et aérien, tout le métier d’un joueur revigoré par son transfert à Los Angeles l’été dernier, présent et dominant en Équipe de France depuis longtemps, à qui on avait toujours quelque chose à reprocher, justement ou injustement (si la France s’était inclinée aujourd’hui, on aurait immédiatement pointé ses 3 maigres points dans un match décisif). En une action historique ce jeudi 5 août 2021, Nicolas Batum a tout gagné, tout lavé, tout réussi. L’Équipe de France masculine de basket 5×5 est en finale olympique et ira chercher l’or contre les américains, déjà battus en match de poule, qui ont cependant bien l’intention de prendre leur revanche.

    Le 5/18 de Luka Doncic? Deux contres de Nicolas Batum.
    À 7/18, c’est un autre match.

    Une rencontre solide des deux côtés

    Malgré une adresse en délicatesse pendant tout le match (41%), c’est avant tout par une défense très solide que l’Équipe de France s’est imposée. Tenant Luka Doncic à 5/18 aux tirs (dont 2/9 à trois points) pour 16 points, les Bleus ont envoyé différents défenseurs qui ont réussi à gêner le MVP slovène (Batum, De Colo, puis Timothé Luwawu-Cabarrot et Frank Ntilikina). Une course de relai qui a payé, empêchant la Slovénie de prendre le large. Le roi slovène aura quand même réussi un énième triple-double avec 16 points, 10 rebonds et 18 passes décisives, avec le seul contre de son équipe, une interception et à peine une balle perdue. Un match en tous points remarquable malgré tout, et à un cheveu de la qualification en finale olympique.

    Un staff technique en or

    S’il y a un homme qui a rivalisé de calme avec le capitaine Nicolas Batum pendant cette rencontre tendue, c’est bien l’entraineur Vincent Collet. Énergique et impactant pendant les temps morts, le coach de l’Équipe de France qui encadrait son 201ème match en bleu a été constant, comme à son habitude, absorbant la tension et ne cédant à aucun moment à la pression. S’il a écopé d’une faute technique en fin de match lors d’une contestation, c’est très rare et c’était assez légitime, sans être excessif. En outre, Vincent Collet a toujours su trouver les mots justes pour relancer l’équipe dans le bon sens, pointant les carences et participant ainsi à l’édifice défensif des Bleus. Si la télévision parvient à faire transpirer par petites touches l’activité de ces hommes de l’ombre, en approchant un micro et une caméra dans la mêlée lors des temps morts, il faut bien se rendre compte que cette activité entraperçue furtibement dure en réalité pendant tout le match. C’est un job sans relâche. Et les joueurs le respectent totalement, s’en nourissent et en ressortent plus forts. La cohésion du groupe part de là.

    Un trio de scoreurs extérieurs

    Ce jeudi 5 août 2021, l’attaque des Bleus a reposé pratiquement sur trois joueurs: Evan Fournier (23 points), Nando de Colo (25 points) et Timothé-Luwawu-Cabarrot (15 points). 63 points sur 90 à eux trois. Le secteur intérieur n’a rapporté que 9 points, tous signés Rudy Gobert, Mustapha Fall passant tout juste 10 minutes sur le parquet (2 rebonds, 1 passe décisive) et Vincent Poirier n’ayant pas quitté le banc (préservé pour la finale contre Team USA?). En face, Mike Tobey, ancien pivot de Virginia, a marqué 23 points (10/14 aux tirs dont 2/5 à 3 points) sur de nombreux pick and rolls avec Doncic.

    Match historique pour Nando de Colo.
    25 points (8/17 aux tirs dont 3/5 à 3 points, 6/6 aux lancers-francs),
    7 rebonds, 5 passes décisives pour 3 balles perdues en 32 minutes.

    La différence s’est faite aux lancers-francs (16/19 pour les Bleus contre 11/20 pour les slovènes) et à trois points (12/25 soit 48% de réussite pour les français contre 10/30 soit 33,3% pour les slovènes), dans une rencontre avec très peu de déchêts – seulement 6 balles perdues pour la Slovénie et 8 pour la France. Et sur la toute dernière action, évidemment, le huitième contre de la partie pour la paire Gobert-Batum, au bas mot 16 points effacés des registres par la patrouille de France.

    La ruée vers l’or

    Prochaine étape, dans la nuit de vendredi à samedi à 4h30 (heure française), ce sera le troisième* rendez-vous entre l’Équipe de France et Team USA pour la finale olympique. Cela fait 21 ans que ce n’était pas arrivé. Fred Weis, au commentaire pour Eurosport, avait alors remporté aux Jeux de Sydney (Australie) la seconde médaille d’argent du basket français avec Antoine Rigaudeau, Laurent Sciarra, Jim Bilba, Makan Dioumassi, Crawford Palmer, Stéphane Risacher, Laurent Foirest (membre du staff technique de l’Équipe de France actuelle), Thierry Gadou, Cyril Julian, Moustapha Sonko et Yann Bonato (absent sur blessure). La France s’était alors inclinée de peu face aux américains (75-85).

    En 1948, lors de leur première confrontation aux Jeux Olympiques de Londres, Team USA avait largement dominé l’Équipe de France sur un score de 65 à 21. Le score est donc de 2 à 0 pour les États-Unis en finale olympique contre les Bleus.

    L’heure de la revanche a sonné.


    *France-USA aux JO (0-2): 1948 – 21-65; 2000 – 75-85.

  • Les Bleus contre Luka et KD pour l’or olympique

    Les Bleus contre Luka et KD pour l’or olympique

    Le Graal est en vue. Qualifiée pour la demi-finale contre la Slovénie, l’Équipe de France masculine de basket 5×5 a désormais quatre options. Trois médailles possibles et la terrible quatrième place. Mais c’est bien l’or qui est en vue, avec deux obstacles de taille: la Solvénie de Luka Doncic et les États-Unis de Kevin Durant. Le premier adversaire n’a encore jamais perdu avec son prodige all-star particulièrement en forme dans ce tournoi. Le second adversaire, vaincu lors de la World Cup 2019 et à nouveau en match de poule cette année, vient de terrasser l’Australie en demi-finale (97-78) et cherche sa quatrième médaille d’or d’affilée. Est-ce que le staff technique et les joueurs de l’Équipe de France sont prêts à réaliser deux KO successifs pour obtenir le premier titre olympique de l’histoire du basket français? C’est l’objectif… Les jeux sont faits, rien ne va plus !

    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    Tout à gagner

    Il faut deux matches parfaits pour que les Bleus arrachent d’abord leur qualification en finale du tournoi olympique, puis un titre de champion olympique face à Team USA. Littéralement mission impossible, tant le talent est grand en face. Mais le talent est également grand et affûté dans cette Équipe de France au grand complet, à l’exception d’Andrew Albicy, préservé pour le demi-finale et qui sera réévalué lors du prochain match, s’il y a bien un grand rendez-vous. C’est donc la triplette Heurtel-De Colo-Ntilikina qui se présentera devant le meneur « à tout faire » slovène.

    Un pour tous… tous pour Luka

    Le challenge évident, c’est de contenir Luka Doncic, le gêner au maximum, essayer de l’empêcher d’installer son jeu. Est-ce que le staff technique des Bleus a trouvé des solutions? Est-ce qu’un géant comme Vincent Poirier aura pour mission de mettre en boîte le MVP slovène? Ou est-ce que la défense française tentera d’éteindre tous les autres coéquipiers en laissant le prodige faire son match de légende, en limitant au maximum la casse sur les autres postes? Est-ce possible? Les Bleus auront-ils assez d’énergie pour verrouiller la défense et assurer en même temps une attaque digne de ce nom?

    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    Deux de suite

    Et après, si le collectif français parvient à faire la différence en demi-finale, est-ce qu’il y aura à nouveau toute l’énergie pour repartir à zéro en finale contre la formidable équipe américaine? Pourra-t-on à nouveau contenir KD, imposer notre taille avec un système à deux pivots, comme en match de poule, et est-ce que ce sera la bonne solution contre le collectif désormais bien organisé de Team USA? Est-ce qu’Evan Fournier a les tripes et l’endurance pour marquer 60 à 70 points en deux rencontres? Est-ce que Nicolas Batum poursuivra sur sa dynamique dominatrice, avec des contributions dans tous les secteurs de jeu? Est-ce que Nando de Colo sera remis de son passage à vide en quart de finale? Est-ce que la triplette d’intérieurs va bien fonctionner sous la pression (Gobert-Poirier-Fall)? Quel Guershon Yabusele va se produire à ce niveau de la compétition?

    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    Le risque des exploits individuels américains

    Team USA regorge de talents, mais également d’expérience des moments importants. KD et Draymond Green ont remporté plusieurs titres NBA ensemble, ils s’entendent parfaitement, ils seront présents en finale olympique. Et avec eux, il y a Damian Lillard, héros des playoffs avec Portland, Devin Booker, finaliste malheureux cette année avec Phœnix, Zack Lavine, all-star chicagoan qui n’a pas tout montré lors de cette compétition. Et Jrue Holiday, champion en titre avec Milwaukee et son coéquipier Kris Middleton, domine la compétition actuellement. Ce sont autant de bombes à retardement qui devraient être parfaitement réglées pour cette finale, sous le regard avisé de Greg Popovich et de son staff, qui compte Steve Kerr (coach triple-champion avec Golden State), Lloyd Pierce et Jay Wright (Villanova).

    Début de réponse ce jeudi à 13h (heure française) sur France 3 et Eurosport. Et rappelez-vous, impossible n’est pas français.

  • Les Bleues se qualifient la tête haute contre Team USA

    Les Bleues se qualifient la tête haute contre Team USA

    C’était une rencontre attendue pour l’Équipe de France féminine de basket 5×5 avec l’équipe favorite du groupe, Team USA, ce lundi 2 août 2021 (13h40 heure locale, 6h40 heure française). Un match diffusé en direct sur France Télévisions, commenté par David Malarme et Céline Dumerc (Manager Générale des Bleues, ancienne capitaine de l’Équipe de France de basket féminin, record de sélections en équipe nationale de basket avec 262, médaille d’argent aux JO de Londres en 2012). Un rendez-vous qui n’a pas déçu.

    ©2021 Julien Bacot/FFBB

    Victoire en option

    Pour gagner une qualification en quart de finale, l’Équipe de France féminine n’avait pas besoin de battre son adversaire du jour. En effet, il suffisait de ne pas perdre de moins de 14 points contre Team USA pour rester dans la compétition. Objectif, avec deux défaites en trois matches de poule, une troisième place du groupe devant le Nigéria (0-3) et un avantage aux points contre les autres équipes en même posture dans les autres groupes. En effet, seules les deux meilleures équipes parmi les troisièmes de leur groupe accèdent aux quarts de finale – la moins bien placée est automatiquement éliminée. Avec un différenciel de points (+10) supérieur au Canada (+7), l’Équipe de France est assurée de ne pas terminer cette phase à la plus mauvaise place parmi les troisièmes, même en cas d’exploit de l’Australie dans le groupe C, qui affichait un déficit aux points après deux rencontres (-17).

    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    L’orage passé… pour l’instant

    En s’inclinant de 11 points contre l’épouvantail américain, les Bleues ont donc validé leur billet pour le quart de finale, mais surtout tenu tête pendant 3 quarts-temps à l’équipe favorite du tournoi, menant au score à moins de dix minutes du terme (72-71). Même si les deux équipes ne pourront pas se revoir immédiatement en quart de finale, cela reste de bonne augure en cas de nouvelle confrontation lors des tours suivants, si les équipes remportent leurs prochains matches. Après tout, à part une panne d’adresse inopportune dans le money time (Team USA a passé un run de 22-10 lors des 9 dernières minutes), les Bleues ont montré qu’elles pouvaient contenir les attaques américaines et installer leur jeu en attaque, avec certainement une marge de progression d’ici à leur prochaine confrontation. On peut donc espérer un exploit si l’occasion se représente.

    Un tirage favorable

    C’est officiel, on connait le tableau de la phase finale du tournoi olympique de basket 5×5 féminin suite aux tirages au sort. Les Bleues rencontreront en quart de finale une équipe d’Espagne familière, puisque jouée deux fois en matches de préparation à Malaga puis Bercy, à deux jours d’intervalle. Une victoire partout, chacun sur son terrain, l’Espagne victorieuse à Malaga (72-61) et la France vengée à Paris Bercy (80-75).

    En cas de victoire en quart de finale, les Bleues seraient opposées soit à la Belgique, soit au Japon, une équipe qui a leur a tenu tête lors du match d’ouverture de la compétition le 27 juillet dernier (74-70). Un avantage psychologique supplémentaire pour une équipe qui joue à domicile.

    ©2021 Julien Bacot/FFBB

    Des adversaires à portée, donc, même si rien n’est jamais garanti, surtout à ce stade de la compétition. Le chemin de la finale apparait ouvert, possible, le podium est décidément bien en vue… à charge de confirmer sur le terrain les bonnes choses aperçues lors des matches de poule, en allant cette fois chercher les victoires.

    Réponse sur le terrain, mercredi 4 août 2021, dès 14h.

  • Les Bleus pour un titre olympique?

    Les Bleus pour un titre olympique?

    Le sort a parlé, c’est l’Italie qui se dresse sur le chemin des Bleus en quart de finale du tournoi olympique de basket 5×5 (Tokyo 2020). Un adversaire à ne pas sous-estimer, qui reste sur un tournoi de qualification extraordinaire et n’a perdu que de quelques points contre l’Australie en match de poule. Mais contrairement à l’Espagne ou à une Team USA revancharde, on peut considérer que c’est un adversaire plus jouable, si tout se passe bien. Comme un match se joue sur le parquet, et non sur le papier, on ne peut que se régaler pour cette rencontre prometteuse mais également très risquée.


    Le jeu des oppositions

    Comme l’a indiqué Vincent Collet en conférence de presse ce dimanche, après l’annonce des résultats des tirages au sort, l’Italie a largement mérité sa place et ne doit pas être sous-estimée. C’est le fait même qu’on ne l’attendait pas à ce niveau qui inquiète le coach des Bleus. Une Italie qui a battu le Nigéria (80-71) malgré un tout petit Gallinari (3 points en 8 minutes) et un barrage à trois points (9/14 pour Chimezie Metu et Jordan Nwora).

    Ces Italiens sont un adversaire solide. C’est une équipe européenne qui a fait un TQO exceptionnel à Berlgrade, puisqu’ils ont éliminé la Serbie, grande favorite.

    Vicent Collet, entraîneur de l’Équipe de France
    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    Pourquoi on retient son souffle

    Qualifiée pour les quarts de finale d’un tournoi olympique, l’Italie n’a pas de présence intérieure capable de rivaliser avec la triplette de géants français (Fall-Gobert-Poirier), ne comptant dans son effectif qu’un seul pivot, Amedeo Tessitori (2,08m). En revanche, elle ne manque pas de taille globalement et aligne même deux joueurs NBA, Danilo Gallinari (#8, Atlanta Hawks, 2,08m) et Nico Mannion (#1, Golden State Warriors, 1,90m). Même si le staff technique de l’Équipe de France parvient à trouver les bonnes solutions tactiques pour aborder ce match, avec une journée d’entrainement pour que les joueurs intègrent ces paramètres et se préparent à la rencontre (mardi 3 août à 10h40, heure française), on ne sait pas du tout comment les deux équipes vont réagir. Les italiens auront eux aussi préparé la rencontre dans les mêmes conditions, et peuvent parfaitement proposer un basket qui déroute.

    Un parcours en trois étapes

    Quart de finale – VS Italie
    Demi-finale* – VS Slovénie ou Allemagne
    Finale* – VS Espagne ou USA ou Australie ou Argentine
    *en cas de victoire au tour précédent

    ©2021 Bellenger/IS/FFBB

    En cas de victoire contre l’Italie en quart de finale, il faudrait encore passer une Slovénie (ou Allemagne) qui n’a jamais perdu avec un Doncic stratosphérique sur ce tournoi olympique (mais si Vincent Poirier a pu gêner Kevin Durant, on imagine quelle sera sa mission contre le prodige slovène, qui rencontre rarement ce type de gabarit à l’extérieur). Une défaite en demi-finale signifierait une participation à la « petite finale » contre l’Espagne ou l’Argentine pour le Bronze, une proposition plutôt inquiétante.


    Peut-être l’année des Bleus

    Les Bleus sont donc condamnés à la victoire aussi bien en quart de finale qu’en demi-finale, afin de disputer une première finale olympique depuis Sydney (perdue 75-85) avec un potentiel rematch contre Team USA, qui n’aura sans doute pas le même visage qu’en poule (victoire des bleus 83-76). Trois exploits pour une médaille d’or, mission impossible**?
    **impossible n’est pas français

  • La mission impossible des Bleus aux JO

    La mission impossible des Bleus aux JO

    L’Équipe de France de basket masculine se prépare actuellement à participer aux Jeux Olympiques de Tokyo. Un challenge de taille, puisque les Bleus commencent la compétition par un face-à-face avec Team USA, l’éternel favori, après s’être inclinée deux fois en préparation face à l’Espagne, ravivant des souvenirs douloureux des précédentes rencontres, puis face au Japon, et avec deux autres matches pièges contre l’Iran et la République Tchèque pour accéder en quarts de finale. Le tout dans un contexte sanitaire contraignant et des changements de dernière minute, avec l’apparition de cas de Covid au sein même du village olympique. Mission impossible?


    La préparation à Malaga


    ©2021 Julien Bacot/FFBB

    Les rencontres avec l’Espagne

    C’est un adversaire bien connu que les Bleus ont rencontré d’abord à Malaga devant leur public, puis à Paris Bercy devant le public français venu en nombre malgré les contraintes sanitaires, le 10 juillet 2021 (plus de 9000 spectateurs dans les tribunes de l’Accor Arena). Sans Pau Gasol cette fois, le collectif espagnol a déroulé son script habituel, avec un Marc Gasol en roue libre, toujours aussi dangereux à trois points, et jouant les tours de contrôle en tête de raquette avec son volume et ses qualités de passeur.

    Rudy Gobert et Willy Hernangómez à Bercy. ©2021 Julien Bacot/FFBB

    La triplette d’arrières LLull-Rodriguez-Rubio s’est baladée et a même toisé ses adversaires, usant même de vieilles ruses pour reprendre le ballon aux français – Rubio anticipe le contact sur les écrans, rebondissant sur les intérieurs Rudy Gobert et Mustapha Fall et se retrouve les 4 fers en l’air sur le parquet, bluffant par deux fois les arbitres. Aucun hasard, c’est même brillamment exécuté, on va appeler ça le « métier ». Dans une courte victoire (87-79), deux possessions retirées à l’adversaire pèsent lourd, et risquent de pénaliser à nouveau les bleus dans des matches importants, où tous les coups seront permis.

    Jouant un basket très juste et avec une belle adresse, l’Espagne fait preuve de régularité et de maîtrise, dans le même registre depuis 20 ans. À Bercy comme à Malaga, l’Espagne était trop forte.


    Une préparation amputée

    Après deux matches chocs contre l’Espagne à Malaga puis à Bercy, devant le public français, l’Équipe de France devait rencontrer l’Italie pour compléter sa préparation. C’est finalement le Japon, pays organisateur et équipe atypique, disposant tout de même de deux joueurs NBA et de deux intérieurs puissants, qui s’est imposée lors du dernier match amical (81-75) en proposant un jeu à la fois rapide et percutant, sur son terrain.

    Scrimmage à Oshino (Japon) ©2021 Toshihiko Amano/FFBB

    Du fait du décalage de la saison NBA, des joueurs comme Rudy Gobert (Utah Jazz, éliminé au second tour des playoffs NBA par les Clippers) et Nicolas Batum (LA Clippers, éliminé en finale de conférence ouest par Phœnix) sont arrivés tardivement en préparation, et même s’ils ont participé à la rencontre phare de Paris Bercy, montrant de très belles choses et une certaine aisance à leur postes respectifs, leur intégration dans le collectif va devoir se faire aux forceps, et si les vétérans ont l’habitude d’évoluer sous le maillot des Bleus comme chaque été depuis des années, c’est plus délicat pour leurs coéquipiers, dont certains comptent peu de sélections en Équipe de France, de trouver les automatismes nécessaires à la bonne exécution des systèmes. Il va falloir apprendre très vite.

    Un tournoi Olympique accéléré

    Avec tout juste 3 matches de groupe et une phase finale en trois étapes (quarts de finale, demi-finale et finale), c’est en à peine § matches que se joueront ces Jeux (contre 8 précédemment). Un parcours accéléré qui ne permet aucune erreur. Comme l’a souligné Rudy Gobert, chaque match sera important non seulement pour son résultat, mais pour le goal average, qui peut s’avérer déterminant pour la suite du tournoi. Chaque action dès dimanche sera donc lourde de conséquence.

    Scrimmage à Oshino (Japon) – Nando de Colo ©2021 Toshihiko Amano/FFBB

    Tout pour le quart

    Après deux Olympiades déjà (Londres 2012 et Rio 2016), Nicolas Batum et Nando de Colo entament leur troisième expérience olympique, avec pour objectif minimum de remporter le quart de finale, perdu lors des deux éditions précédentes (et contre l’Argentine lors de la World Cup en 2019). L’objectif est donc la médaille.

    Team USA en tête

    Si l’on peut s’enorgueillir d’une victoire contre l’équipe américaine en quart de finale lors de la dernière Coupe du Monde en Chine en 2019 (89-79), Vincent Collet a donné une clé à la fois intéressante et perturbante lors d’un point presse précédant la rencontre avec le Japon. En effet, l’entraineur des Bleus indique que cette victoire devrait servir au staff technique américain, qui risque donc de présenter des solutions aux problèmes rencontrés, et proposer une opposition très différente lors de ce premier match. Une thèse confirmée par Gregg Popovich, l’entraineur américain et légende des San Antonio Spurs, qui a déclaré penser à cette rencontre depuis 2 ans, affichant clairement sa détermination à laver l’affront subi à la Coupe du Monde. Les Bleus ne pourront donc se contenter de simplement rééditer l’exploit, ils devront déjouer les plans de leur adversaire et trouver de nouvelles solutions sur le terrain.

    ©2021 Julien Bacot/FFBB

    Et quoiqu’il arrive lors de ce match d’ouverture contre Team USA, il sera primordial de bien gérer la suite de la compétition contre deux équipes qui affichent un effectif complet, avec de la taille et de la vitesse – la République Tchèque et l’Iran. En effet, si l’incertitude plane sur la première rencontre face au rival américain, la France ne peut de toute évidence pas se permettre de perdre lors des rencontres suivantes. C’est là que le tournoi olympique se jouera pour les Bleus.

    Rendez-vous dimanche 25 juillet 2021 à 14h, heure française, pour le choc France-USA sur France Télévisions et Eurosport.

  • Un Jour aux Jeux d’Athènes, quand l’Argentine est devenue le cauchemar de la Team USA

    Un Jour aux Jeux d’Athènes, quand l’Argentine est devenue le cauchemar de la Team USA

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Olympic.org

    Cette semaine Clutch Time nous ramène presque seize ans en arrière, aux XXVIIIᵉ Jeux olympiques d’été qui se déroule en Grèce, plus d’un siècle après la première édition des Jeux de 1896. La Team USA reste sur trois titres consécutifs aux Jeux et va tenter de conserver son invincibilité en remportant un 13ème sacre, le quatrième d’affilée. Mais la sélection « Albiceleste » argentine de Manu Ginóbili va transformer ce rêve américain en cauchemar.


    Des Jeux entre symbolique et modernité

    Ville hôte pour la seconde fois de son histoire, Athènes fut préférée à la ville de Rome et du Cap en Afrique du Sud, la symbolique de la ville ayant joué un rôle dans cette attribution, notamment pour son rôle dans la promotion des Jeux olympiques de la modernité depuis plusieurs décennies. L’évènement se déroule alors au mois d’août (du 13 au 19) et verra notamment plusieurs athlètes se distingués parmi lesquels le nageur américain Michael Phelps, qui réalisera l’exploit de remporter 8 médailles dont 6 en or à seulement 19 ans. La gymnaste roumaine Cātālina Ponor et ses trois médailles d’or mais aussi le titre sur 100m du sulfureux Justin Gatlin ainsi que le doublé du marocain Hicham El Guerrouj sur 1 500m et 5 000m furent autant de faits marquants lors de cette édition.

    Logo officiel

    Côté français, la cuvée olympique 2004 est presque aussi bonne que celle de Sydney pour la France, avec 33 médailles dont 11 en or (7ème rang). Parmi ces exploits on notera l’éclosion de la nouvelle star de la natation, Laure Manaudou, qui remportera le 400m nage libre féminin, la première médaille d’or de Julien Absalon en VTT, la deuxième pour Tony Estanguet en Canoë-Kayak ou encore le titre olympique au fleuret de Brice Guyart qui viendra compléter les titres par équipes au sabre et à l’épée des escrimeurs français.

    Le tournoi de basket masculin verra quant à lui la participation pour la dernière fois de la Serbie-et-Monténégro (vestige de la grande Yougoslavie) des Bodiroga et Drobnjak et l’absence du vice-champion olympique de Sydney, l’équipe de France. Chez les femmes, les américaines vont asseoir un peu plus leur domination sur leur discipline en remportant leur cinquième médaille d’or face à l’Australie, la troisième consécutive.


    Le Basket américain en plein doute

    Une lente descente qui s’amorce

    Les américains ont dû prendre pour acquis le simple fait de se sentir invincibles depuis plus de dix ans. L’effet Dream Team 92 s’est pourtant étiolé au fil des ans et les esprits les plus éclairés ont pu constater de leurs propres yeux un certain déclin des États-Unis qui ne sont plus aussi intouchables qu’auparavant. Mais alors que s’est-il passé entre le début des années 90, époque dorée durant laquelle la Team USA était adulée et crainte de tous et ce nouveau millénaire qui remet en question cette hégémonie planétaire ?

    Getty Image

    Depuis les Jeux de Barcelone le paysage du basket international a beaucoup changé. Entre l’arrivée de contingent de joueurs européens en NBA, l’impact culturelle de la sélection yougoslave dans le style et le savoir-faire en Europe pour la balle orange, l’ogre américain ne dispose plus de la même marge de manœuvre douze ans après et ne fait plus aussi peur.

    Symbole de ce dérèglement au sommet de la hiérarchie, la surprenante mais non moins logique élimination de la Team USA lors des derniers championnats du monde. Organisés sur son territoire en 2002, du côté d’Indianapolis (Indiana), la sélection américaine de l’époque se présentait avec un effectif composé uniquement de joueurs NBA afin d’effacer le cuisant échec du dernier mondial (3ème) à … Athènes. L’erreur faite en 1998 fut d’avoir envoyé jouer des universitaires (Trajan Langdon et Brad Miller entre autres) aux côtés d’expatriés comme Bill Edwards, Wendell Alexis ou encore David Wood, passés notamment par le championnat de France (on les salue).

    Autre époque, autres mœurs. Désormais Team USA doit composer avec son vivier de joueur au plus haut niveau professionnel afin de remporter un quatrième titre mondial. Mais malgré la présence de nombreuses têtes d’affiche (Reggie Miller, Michael Finley ou encore Paul Pierce), la Team USA 2002 va lamentablement échouer en ¼ de finales face à la Yougoslavie (81-78), terminant son tournoi à une retentissante 5ème place et un bilan de six victoires pour trois défaites, dont une face à l’Argentine future médaillée d’argent.

    Une Team USA en quête de rachat

    USA Basket

    Exit George Karl et son cuisant échec. Bonjour Larry Brown ! Finaliste NBA avec les 76ers de Philadelphie en 2001 et surtout champion universitaire avec Kansas en 1984, coach Brown débarque donc en 2003 pour les qualifications olympiques lors des championnats des Amériques aux côtés d’un certain Gregg Popovich (déjà présent en 2002) et semble décider à réparer l’affront subit sur un an plus tôt. Les qualifications tournent très vite à la correction, la sélection américaine remportant ses dix matchs par 31 points d’écart en moyenne (101.7 points inscrits), s’octroyant un cinquième titre en finale face au argentins (106-73), vainqueurs en 2001.

    Touchés dans leur fierté, le nouveau coaching staff de la Team USA a semble-t-il décidé de remédier à cette humiliation à domicile en mobilisant un maximum de joueurs majeurs en NBA. Mais en dépit des bonnes intentions, la sélection olympique ne séduit pas grand monde parmi les grands noms de la ligue. Sur les douze joueurs présents au tournoi de qualifications olympiques, seulement trois feront partie du voyage en Europe, Allen Iverson, Tim Duncan et Richard Jefferson. Logique me diriez-vous car plusieurs grands noms du basket n’étaient pas présents à Porto Rico lors des qualifications. Pourtant ni Kobe Bryant, ni Vince Carter et Tracy McGrady ou encore Paul Pierce et Kevin Garnett ne répondront à l’appel des Jeux.

    Passés les désertions de certains joueurs, Larry Brown décide donc d’envoyer une escouade très rajeunie en Grèce. Autour de ses deux stars, Stephon Marbury, qui sort d’une saison mouvementée depuis son trade de Phoenix à New York, est accompagné de son ex-coéquipier aux Suns Shawn Marion et du Laker Lamar Odom, dans les rôles de joueurs suffisamment expérimentés. Car la grande majorité de l’effectif se composera de jeunes talents en devenir, allant de LeBron James à Carmelo Anthony, en passant par Dwyane Wade, Carlos Boozer, Emeka Okafor ou encore Amare Stoudemire. La plus jeune Team USA assemblée depuis 1988 (23.5 ans de moyenne d’âge). Une autre époque.

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    La « Generación de oro ” du basket argentin

    Pour faire une brève rétrospective sur le basket argentin, il faut tout d’abord remonter près d’un demi-siècle en arrière, aux prémices de ce sport. En effet la sélection argentine fut la première nation titrée aux championnats du monde en 1950, organisés sur son territoire. Sous l’impulsion de la légende sud-américaine de l’époque, Oscar « Pillin » Furlong, qui fut la figure de proue du basket argentin dans les années 50, l’équipe nationale d’Argentine termina ensuite 4ème lors des Jeux d’Helsinki (1952) et double médaillé d’argent aux Jeux Panaméricains en 1951 et 1955.

    Retombée depuis dans l’anonymat des nations secondaires de la balle orange, l’Argentine va devoir patienter jusque dans les années 90 et même jusqu’au début des années 2000 avant de revenir, de façon remarquable, sur le devant de la scène internationale. C’est donc presque 50 ans après ses premiers exploits basketballistiques que la nation Albiceleste va écrire sûrement les plus belles pages de son histoire, autour d’une génération de joueur aussi talentueuse que redoutable sur les parquets.

    De nos jours, lorsque l’on évoque le basket argentin, certains noms reviennent avec insistance. Ginóbili, Scola, Nocioni, Delfino, Prigioni ou encore Oberto, tous ces joueurs aux palmarès immenses et aux carrières exceptionnelles ont la particularité d’être tous issus du récit olympique de 2004 à Athènes. Enfin pas tout à fait, car si on s’attarde un peu plus sur le parcours de ces joueurs, l’on se rend compte que cette équipe n’était en rien une surprise toute droit sortie de nulle part.

    Si on remet les choses dans leur contexte, le basket argentin n’en est pas à son premier coup d’éclat. Titrés en 1995 aux Jeux Panaméricains pour la première fois de son histoire, autour de joueurs issus du championnat local où l’on retrouve déjà Fabricio Oberto et Rubén Wolkowysky, la plupart vont être également médaillés aux Championnats des Amériques en 1993, 1995 et 1999 mais vont être surtout à l’origine du renouveau du basket argentin.

    En 2001, l’Argentine va également remporter le championnat des Amériques puis terminera médaillée d’argent en 2003, compostant au passage son billet pour Athènes. Mais le plus grand fait d’arme avant les Jeux restera évidemment la médaille d’argent décrochée lors des championnats du monde d’Indianapolis aux USA face à la Yougoslavie (84-77). Ce fut ni plus ni moins que la première médaille des argentins au mondial depuis celle décrochée cinquante-deux ans plus tôt à domicile.

    Le sélectionneur de l’époque, l’argentin-italien Rubén Magnano part donc très confiant pour ses premiers Jeux, aux côtés d’une génération dorée qui fait enfin honneur à la réputation et à la culture basket du pays. Accompagnés en très grande majorité par des expatriés qui évoluent pour la plupart en Espagne et en Italie (certains ont d’ailleurs la double nationalité), l’effectif olympique argentin compte surtout dans ses rangs un certain Emanuel Ginóbili, dit « Manu », joueur des San Antonio Spurs, drafté en 1999 (57ème position), mais qui n’avait rejoint la grande ligue qu’en 2002. Il sera d’ailleurs accompagné de d’autres joueurs, restés jouer en Europe après avoir été draftés (Luis Scola, Carlos Delfino) ou encore non-sélectionnés à la draft (Pepe Sánchez, Walter Herrmann, Fabricio Oberto, Andres Nocioni et Rubén Wolkowyski) mais qui connaîtront tous un passage plus ou moins convaincant en NBA.

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    Un tournoi plein de surprises

    Un premier tour qui se termine aussi mal qu’il a commencé

    Ce tournoi olympique de 2004 va réserver plusieurs bonnes (ou mauvaises) surprises pour tout fan de basket. Entre l’élimination prématurée au premier tour de la Serbie-et-Monténégro (une victoire seulement), qui enterra définitivement la grande épopée du basket yougoslave, ou encore le surprenant parcours de la sélection italienne qui éliminera la Lituanie avant de tomber en finale, les Jeux d’Athènes nous auront offert un dénouement aussi inattendu que palpitant. Porto Rico fut à juste titre la plus grosse surprise de ce tournoi, pas tant par son parcours, très honorable (6ème), que pour son exploit réalisé dès son premier match du groupe B. La petite île des Caraïbes, habituellement réputée pour des disciplines comme le baseball, l’athlétisme ou la boxe, va réalisé l’exploit invraisemblable de battre la sélection américaine.

    Cette défaite revêt alors une dimension historique, tant pour le monde du basket que pour les médias. La Team USA, douze fois titrés, réputée quasi-invincible aux Jeux, encore plus depuis que les stars de la NBA se sont engouffrées dans les compétitions internationales, viennent de subir une défaite mémorable dès le premier tour, la troisième depuis leur participation au tournoi olympique depuis sa création. C’est un véritable tremblement de terre que vient de provoquer l’état insulaire, succédant ainsi à l’URSS qui restait la seule sélection à avoir battu les américains aux Jeux (en 1972 et 1988).

    Photo by Jamie Squire/Getty Images

    Une défaite très large 92-73 infligée par le voisin, menée par leur meneur NBAer Carlos Arroyo (Utah Jazz) qui va terminer la rencontre avec 24 points et 7 passes. Au-delà du contenu du match plutôt médiocre de la part des américains (adresse en berne, coaching peu évident et manque de prise de responsabilités des cadres), c’est la preuve même que le basket international peut désormais rivaliser avec une sélection américaine composée de joueurs professionnels. Une occasion que ne manqueront pas de saisir les lituaniens de Jasikevicius (28 points) en fin de premier tour, en arrachant une victoire (94-90) à la symbolique très forte face à des américains plus que jamais au fond du gouffre.

    En quart de finale, les hommes de Larry Brown vont tout de même se ressaisir en venant difficilement à bout d’une équipe d’Espagne invaincue (cinq victoires au premier tour) d’un Pau Gasol intenable (29 points, 6 rebonds) et de son back court Navarro-Calderon (36 points et 10 rebonds). Il faudra un Marbury record (31 points à 6/9 derrière l’arc) pour permettre à la Team USA d’accéder au dernier carré (102-94).

    L’Argentine sur un rythme crescendo

    De son côté l’Argentine va connaître des fortunes diverses dès le premier tour. Malgré une qualification décrochée pour le tableau final, les partenaires de Ginóbili vont souffrir pendant presque l’intégralité des matchs de groupe. Que ce soit face à la Serbie-et-Monténégro (victoire arrachée 83-82) ou la Nouvelle-Zélande (94-98) c’est surtout lors des défaites face à l’Espagne (87-76) et l’Italie (76-75) que l’Argentine a montré d’inquiétants signes de fragilité défensive et d’adresse (à peine 30% d’adresse de loin) qui seront à peine gommés lors du quart de finale face aux futurs champions d’Europe grecs (69-64).

    Mais qu’importe, le basket argentin retrouve enfin des couleurs et de l’éclat dans le jeu, offrant à ses supporters l’honneur de retrouver les États-Unis dans le dernier carré de la compétition. Avançant avec les mêmes bilans depuis le début du tournoi, l’Argentine sait qu’elle devra saisir la moindre opportunité offerte de battre à nouveau les américains comme aux derniers championnats du monde, ce qui semble désormais bien plus envisageable maintenant que la Team USA n’est plus invaincue. Il ne reste plus qu’à achever la bête.


    Le Tango argentin

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    Dès le début du match les argentins prennent le taureau par les cornes et veulent dicter le tempo de la rencontre. Partis sur un rythme très élevé en attaque, le cinq argentin joue la carte de la rapidité en s’appuyant notamment sur Ginóbili et Pepe Sanchez sur les phases de contre-attaques mais également sur la mobilité et les écrans offensifs de Nocioni et Oberto, qui mettent les américains en grande difficulté tout au long de ce quart-temps. Les argentins se retrouvent devant après la fin du 1er quart-temps (24-20), la faute à une grosse maladresse derrière l’arc des américains et une défense de zone qui cadenasse la raquette Duncan-Odom. Par ailleurs les hommes de Larry Brown ne sont pas dans leur veine, manquant notamment deux énormes occasions de recoller au score à moins d’une minute de la fin, après deux cafouillages en attaque côté argentin. La chance est semble-t-il du côté des sud-américains.

    Avec un jeu toujours autant animé, la défense américaine fait le dos rond pendant plusieurs minutes, préférant jouer la carte du rebond défensif et offensif (7 déjà pour la team USA en l’espace de douze minutes). Une bataille qui fait rage dans la raquette argentine avec des joueurs très regroupés pour couper le cercle tandis que les américains ne règlent pas encore la mire à longue distance contrairement à l’Argentine. Plus rusés, les joueurs de Magnano coupent l’herbe sous le pied de leurs adversaires en provoquant des fautes offensives et en interrompant les situations de contre-attaque adverse. Iverson est finalement le seul joueur à véritablement surnager côté Team USA grâce à une bonne activité défensive et offensive malgré un shoot qui dévisse. Côté argentin l’entrée en jeu de Scola fait un bien fou en défense, le pivot prenant peu à peu le dessus dans la raquette. Après un nouveau temps fort des coéquipiers de Manu en fin de quart-temps, la sélection Albiceleste est devant à la mi-temps (43-38).

    La deuxième mi-temps repart de plus belle avec un démarrage tonitruant de la part de Ginóbili qui va inscrire un 3pts d’entrée de jeu puis s’en va provoquer le cercle sur un « Paso Doble » avec la faute en prime et voilà les argentins à +11 après seulement 1 minute 30 de jeu. La rapidité du jeu argentin combiné à l’audace technique font merveille à l’image de Luis Scola dans un très grand soir et qui éclipse un Tim Duncan qui n’est que l’ombre de lui-même, handicapé par les fautes et en manque de ballon. Malgré les pertes de balles argentine (14), les américains ne parviennent pas à refaire leur retard, la faute à un replacement défensif rapide et efficace et des possessions de balle chahutées par le pressing argentin. Définitivement plus adroits de loin et disposant d’une avance confortable à l’orée du dernier quart-temps (70-57), l’Argentine d’un Manu « Bombazo » Ginóbili étincelant (déjà 28 points à 9/11) semble être sur la voie royale pour rallier la finale olympique.

    Athens 2004 Olympic Summer Bob Rosato

    Le début du dernier quart-temps est à l’avantage des tenants du titre qui vont effectuer une « remontada » en un peu moins de cinq minutes (74-65) essentiellement grâce aux remplaçants, Richard Jefferson, Shawn Marion, Carlos Boozer et Stephon Marbury (coupable néanmoins d’un vilain geste en fin de match sur le pivot Ruben Wolkowyski). Plus appliqués et lucides avec leur adresse, c’est surtout en défense que les américains vont se rebiffer à force de s’être fait marcher dessus toute la partie. Dans un temps faible, les argentins parviennent tout de même à maintenir l’écart autour de dix longueurs d’avance en se focalisant sur la défense et en continuant de marquer des points en contre-attaque. Au final ni Duncan, ni Iverson ne changeront quoique ce soit au résultat. L’un exclut pour des fautes répétées, l’autre maladroit et isolé de ses coéquipiers, les deux figures de proue de la Team USA n’ont guère eu l’impact recherché par Larry Brown pour empêcher la défaite américaine. L’Argentine, plus adroite, plus rapide, et plus combative a su faire preuve de sérieux et fut incontestablement la plus forte lors de cette demi-finale. Après sept points consécutifs inscrits par l’ailier Walter Herrmann suivis d’un dunk renversé de Scola, le match se termine sur le score de 89 à 81 en faveur de l’Argentine.

    L’Argentine vient alors de réaliser l’un de ses plus bels exploits en atteignant pour la première fois de son histoire la finale des Jeux, mais surtout en éliminant au passage la Team USA qui restait sur trois titres consécutifs. Autour de sa génération dorée de quasi-trentenaire, les vice-champions du monde sont parvenus à imiter les portoricains qui avaient mis un terme à la série d’invincibilité américaine aux Jeux en misant dans un premier temps sur un jeu rapide en transition, une bonne circulation de balle et une raquette imperméable aux assauts des athlètes américains, mais surtout en se jetant comme des morts de faim sur chaque ballon et en défendant du début à la fin avec la même intensité et la même « grinta ».

    FIBA Archives

    Le sacre olympique et une génération exceptionnelle enfin récompensée

    ATHENS, GREECE. August 28, 2004 (Photo By Garrett W. Ellwood)

    En finale, l’Argentine n’est semble-t-il pas totalement redescendu de son nuage, dictant sa loi sur le parquet face à des italiens qui échoueront encore à décrocher le titre après Moscou 1980. L’esprit revanchard et déterminé, les sud-américains vont usés les transalpins aux rebonds et sur jeu rapide pour s’imposer logiquement 84 à 69, devenant au passage la première équipe sud-américaine titrée en Basket (et la seule encore à ce jour), hommes-femmes confondus.

    La déchéance américaine est totale. Désormais destitués de son titre de champion du monde et du titre olympique, la sélection à la bannière étoilée va désormais repartir de très loin afin de recouvrer totalement sa force et son basket, terminant de nouveau à la troisième place lors des championnats du monde au Japon (2006) avant de retrouver sa juste place aux Jeux de Pékin en 2008 en prenant au passage une grosse revanche sur l’Argentine en 1/2 finale (101-81).

  • Un Jour aux Jeux de Melbourne, Bill Russell écrasa la concurrence au tournoi olympique de basket de 1956

    Un Jour aux Jeux de Melbourne, Bill Russell écrasa la concurrence au tournoi olympique de basket de 1956

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time vous propose de revenir sur cette XVIème éditions des Jeux qui se déroule pour la première fois dans l’hémisphère sud. L’occasion pour nous de revenir sur un évènement marquant lors du tournoi de basket. Plus qu’un évènement, il s’agit d’un phénomène, sorti tout droit de la fac de San Francisco, qui va traverser quasiment la moitié du globe pour martyriser les cercles et rapporter l’or olympique.

    Bill Russell aux Jeux de Melbourne

    Bill Russell et la naissance d’un compétiteur d’exception

    Pour les amateurs de basket, Bill Russell fut la pierre angulaire, la figure de proue et l’incarnation même de la dynastie des Celtics de Boston des années 60, à savoir l’une, si ce n’est la plus grande équipe de l’histoire du sport aux États-Unis. Incroyable défenseur, contreur légendaire et défenseur hors-pair qui révolutionna les concepts et styles défensifs en NBA, le pivot fut longtemps considéré comme le meilleur joueur de l’histoire de la ligue. MVP à cinq reprises, auquel on peut ajouter douze sélections All-Star, le grand Bill fut également quatre fois meilleur rebondeur de la ligue avec près de 22.5 prises par match en carrière (21 620 rebonds au compteur), terminant même certains matchs à 51 rebonds… 51 rebonds !

    Ses nombreuses distinctions individuelles sont également à mettre en parallèle avec un palmarès collectif qui ferait pâlir n’importe quel athlète. Au sein de l’effectif des Celtics de Red Auerbach, Bill Russell fut un joueur d’équipe pur et dur et n’a jamais caché son obsession pour les victoires collectives et la réussite de son équipe, celle de Boston en l’occurence, qui va littéralement broyer la ligue sur son passage entre 1956 et 1969, remportant onze titres, dont huit consécutifs. Une domination qui n’a pas son pareil dans les annales de la ligue, la franchise devenant l’égal des Yankees de New York au baseball ou encore des Canadiens de Montréal en hockey sur glace.

    De la Louisiane à la Californie

    William Felton Russell est né le 12 février 1934 à Monroe, en Louisiane. Sa famille déménage dans la région de la baie de San Francisco alors que le monde est plongé dans une seconde guerre mondiale, Bill a alors huit ans et ses parents partent pour trouver du travail sur la côte ouest mais surtout pour fuir la ségrégation qui sévit dans le pays. Il fréquente alors l’école secondaire de Mcclymonds à Oakland pour laquelle il commence à jouer au basket. Plutôt adroit ballon en main, le jeune Russell n’est pas considéré comme le plus offensif des basketteurs à l’époque mais sera tout de même remarqué pour ses mensurations vertigineuses, ce qui lui vaudra une bourse d’étude à l’Université de San Francisco, où il s’épanouira très vite et sera remarqué par un certain George Mikan, joueur des Minneapolis Lakers.

    De la révélation à la confirmation sur les parquets de la fac

    K.C. Jones et Bill Russell, joueurs des Dons de San Francisco

    Avec les Dons de San Francisco, Bill Russell va rapidement faire la connaissance d’un certain K.C. Jones, meneur titulaire de l’équipe universitaire depuis un an et qui deviendra très vite son acolyte de toujours. Entre 1955 et 1957, Bill Russell et l’Université de San Francisco vont participer à trois Final Four NCAA, remportant deux titres consécutifs avec une série de 55 victoires consécutives à la clé. Il tournera sans discontinuer à plus de vingt points et rebonds et sera honoré des meilleurs distinctions individuelles lors de ses deux dernières années, notamment du titre du meilleur joueur universitaire du tournoi. La réputation du jeune pivot n’est désormais plus à faire.

    Des Boston Celtics aux Harlem Globe Trotters

    Bill Russell attire l’attention d’un très grands nombres de recruteurs, notamment celle de Red Auerbach, qui voit chez lui la pièce manquante à son grand échiquier aux Celtics. Mais Boston est dans une impasse à l’aube de la draft 1956. Le premier choix est revenu aux Hawks de Saint-Louis et Auerbach voulait utiliser son Territorial Pick pour récupérer également Tom Heinsohn (Holy Cross). Il va donc mettre en place un trade avec les Hawks de Ben Kerner, cédant le pivot Ed Macauley et Cliff Hagan pour récupérer le joueur drafté en 2ème position par Saint-Louis. Un pari risqué à l’époque mais nécessaire aux yeux du dirigeant-entraîneur, qui souhaite apporter une dimension athlétique et défensive supplémentaire autour des cadres Bob Cousy et Bill Sharman.

    Les Harlem Globetrotters vont inviter Bill Russell 
    à rejoindre leur équipe de basketball semi-amateur en 1956, 
    moyennant un salaire assez attractif pour l'époque 
    (on parle de plusieurs milliers de dollars par représentations). 
    Russell fut néanmoins vexé et énervé contre le propriétaire
    Abe Saperstein qui aurait préféré discuter avec Phil Woolpert, 
    le coach des Dons de San Francisco, sans même prendre le temps 
    de discuter avec le joueur. Russell refusa l’offre des Trotters 
    en s'inscrivant à la draft 1956, estimant que si 
    Saperstein était trop intelligent pour discuter avec lui, 
    alors il jugea qu'il était également trop intelligent pour jouer
    pour son équipe.

    Melbourne 1956

    Une année charnière

    Pour autant, Russell retardera ses débuts dans la grande ligue pour concourir aux Jeux Olympiques, ne rejoignant les Celtics qu’en décembre. Déjà approché lors de son année junior, Bill Russell était néanmoins déterminé à représenter son pays et la cause afro-américaine lors des Jeux de Melbourne. Le président Eisenhower l’y avait fortement encouragé, souhaitant notamment voir le prodige de San Francisco, représenter la sélection olympique américaine de basket.

    Bill Russell lors d’une épreuve de saut en hauteur

    Car la popularité du jeune Russell ne s’arrêtait pas qu’au basket. Bill Russell était également l’un des tous meilleurs athlètes universitaires du pays, détenteur de la septième meilleure performance de l’année au saut en hauteur. Lors des West Coast Relays, le grand Bill avait réalisé un saut à plus de 2m10, jouant des coudes avec Charlie Dumas, futur champion olympique de l’épreuve à Melbourne et surtout futur recordman du monde de la discipline. Sa panoplie d’athlète ne s’arrêtait pas là puisque que la future légende des Celtics était également spécialiste du demi-tour de piste (400m).

    Le jeune Russell va néanmoins se tourner vers la balle orange et la sélection olympique américaine de basket, pour son plus grand plaisir.

    Dès que j’avais atteint l’âge fixé pour participer aux Jeux, je n’ai pas hésité un instant. Je n’y suis pas allé pour gagner mais avant tout pour participer car je voulais vraiment faire partie de cette expérience olympique.

    Bill Russell, ESPN

    1956, année de boycott et de tensions internationales

    Organisé du 22 novembre au 8 décembre, les Jeux Olympiques se déroulent pour la première fois dans l’hémisphère sud. Autre nouveauté, la charte olympique (instaurée par Pierre de Coubertin) fut remise en cause concernant le déroulement et le lieu des épreuves olympiques. En effet un décret économique et sanitaire imposait une mise en quarantaine de six mois pour tout bétail et animaux entrant dans le pays. Le Comité International Olympique décida donc de scinder en deux l’organisation des Jeux, les épreuves équestres se déroulant à Stockholm du 10 au 17 juin 1956.

    Par ailleurs, les saisons australiennes inversées par rapport au continent nord-américain, les Jeux eurent lieu durant l’hiver aux États-Unis, en plein début de saison en NBA. Le gouvernement australien du versé une somme record de près de 13,5 millions de dollars afin de dédommager les différentes ligues sportives professionnelles, privées de leurs athlètes.

    Sur le plan diplomatique, une multitude d’évènements majeurs vinrent empiéter sur le terrain de l’olympisme et plus exactement dans les piscines olympiques avec l’épisode du « Bain de Sang de Melbourne », surnom donné lors de la rencontre de Water-polo entre l’URSS et la Hongrie en demi-finale du tournoi. Cet évènement se déroula moins d’un mois seulement après l’insurrection de Budapest et la repression meurtrière de l’armée soviétique dans les rues de la capitale. Au cours de cette rencontre, le joueur soviétique Valentin Prokopov donna un coup de tête au Hongrois Ervin Zádor. Les deux équipes en viendront aux mains et plusieurs joueurs seront blessés dans la piscine, au point que l’eau se teindra de rouge. La police australienne interviendra pour éviter le lynchage de l’équipe soviétique par les spectateurs et la Hongrie sera déclarée vainqueur et remportera la médaille d’or en finale.

    Ervin Zádor sort le visage ensanglanté

    Côté résultats et performances mémorables, Melbourne offrit à Alain Mimoun sa première médaille d’or olympique sur marathon. Âgé de 35 ans, le français avait échoué à deux reprises sur le 10 000m et le 5 000m lors des précédentes éditions, et décrocha finalement le graal sur l’épreuve reine de fond. Par ailleurs l’athlète locale Betty Cuthbert va s’illustrer, chez elle, devenant triple championne olympique sur les épreuves de sprint.


    Le Tournoi olympique de 1956

    Le Royal Exhibition Building fut le théâtre du plus beau tournoi de basket depuis sa création selon les spécialistes et médias invités à l’époque. Bâtiment construit en 1880 il accueillera entre 2 000 et 3 000 spectateurs en moyenne à chaque rencontre et jusqu’à 3 166 spectateurs pour la finale disputée dans la soirée du 1er décembre.

    Le pays hôte fut néanmoins éliminé dès le premier tour, se contentant d’une douzième place après avoir perdu notamment son dernier match face à Formose (87-70). La présence de Formose faisait pointer le risque d’un conflit politique entre la République Populaire de Chine et la présence de la petite île, plutôt connue sous le nom de Taïwan, qui concourait avec l’appellation portugaise de « Formosa ».

    Pour sa quatrième participation, la France de Robert Busnel se retrouve au 1er tour face aux Soviétiques et s’en sortira remarquablement bien en gagnant leur rencontre face à l’ogre russe (76-67). Jean-Paul Beugnot, Robert Monclar, Henri Grange et Roger Haudegand ont l’objectif de faire aussi bien que leurs aînés aux Jeux de Londres (médaille d’argent) mais vont malheureusement s’inclinés face à ces mêmes soviétiques en 1/2 finale du tournoi (49-56) avant de perdre le match de la médaille de bronze face à l’Uruguay de Carlos Blixen et Oscar Moglia (62-71).

    Team USA

    Team USA Basket 1956

    Le sélectionneur de l’époque, Gerald Tucker, est l’entraîneur des Phillips 66ers, équipe de basket amateur en AAU (Amateur Athletic Union). Accompagné de son assistant Bruce Drake, des forces armées des USA, la sélection se faisait à l’époque entre les joueurs universitaires, les militaires et les joueurs de l’AAU. Le format voulait qu’il y est autant de joueurs amateurs que de joueurs en facs, c’est pourquoi cinq joueurs des Phillips 66ers furent sélectionnés entre autres. Charles « Chuck » Darling (C), Burdette Haldorson (F), William Hougland (F), Robert Jeangerard (F), James Walsh (G). Parmi les autres joueurs sélectionnés on retrouve également trois joueurs issus de l’armée, Williams Evans (G), Ron Tomsic (G) et Gilbert Ford (G), ainsi qu’un joueur des Wichita Vickers (AAU), Dick Boushka (F).

    Au final seul le duo de San Francisco Bill Russell et K.C. Jones, accompagnés de Carl Cain, jeune ailier de l’université d’Iowa firent partis de l’aventure olympique en tant qu’universitaires. Fait unique pour l’époque, les trois joueurs afro-américains furent les premiers sélectionnés par Team USA depuis Don Barksdale lors des Jeux de Londres (1948) alors qu’aucun joueur noir n’avait été retenu quatre ans plus tôt à Helsinki. Jones et Russell deviendront assez vite les joueurs indispensables sur le terrain.

    Les États-Unis en démonstration

    Reversés dans le premier groupe du tournoi, les américains vont devoir se défaire des modestes équipes des Philippines, du Japon et de la Thaïlande au premier tour. Des rendez-vous plus exotiques qu’à enjeux réels. Le récital débute tout d’abord face aux japonais (98-40) qui vont prendre la marée en seconde mi-temps (65-20) grâce aux vingt points de Bill Russell et une présence diabolique dans la raquette. Face à la Thaïlande, le score sera encore plus sévère (101-29) avec une défense monstrueuse contre laquelle les pauvres thaïlandais n’ont rien pu faire. Bill Russell ne va inscrire que huit petits points mais son activité incessante en défense laisse ses coéquipiers assurer au scoring. Lors du dernier match, les philippins prendront une leçon de basket identique (121-53), tandis que sept joueurs américains finiront en double figures au scoring (21 points pour Jeangerard notamment).

    La démonstration américaine ne s’arrête pas au premier tour, les USA infligeant trois nouveaux revers au bulgares (85-44), aux brésiliens (113-51) mais surtout aux soviétiques (85-55), annoncés comme leur principaux rivaux et ce malgré une première mi-temps accrochée. Sur l’ensemble des six premiers matchs, Team USA affiche une moyenne de 100,5 points inscrits contre 45,3 encaissés, soit 55 points d’écart par match. Au vue des prestations, l’explication semble toute trouvée, la répartition du scoring se faisant librement et de manière déconcertante entre Russell (14,8 points), Jeangerard (13,5 points), Tomsic (11,1 points), K.C. Jones (9,8 points), Chuck Darling (9,3 points) ou encore Haldorson (9 points).

    Bill Russell, impérial dans la raquette soviétique

    Même constat en demi-finale face à l’Uruguay, où Team USA va faire un récital face aux champions sud-américains (101-38). Tous les joueurs américains vont au moins inscrire un panier pour la sixième fois depuis le début du tournoi, six d’entre eux vont même atteindre la barre des dix points inscrits. Difficile du coup pour l’Union Soviétique de trouver une quelconque faille dans la mécanique américaine. Pour la finale, bis repetita, les soviétiques croisent de nouveau la route de Bill Russell et sa bande qui les avaient sévèrement puni lors du match au second tour.

    Bill Russell justement fut bien inspiré de représenter les États-Unis à Melbourne car les Soviétiques s’empressèrent d’emboîter le pas aux américains, en choisissant eux-aussi de grands gaillards, à vocation offensive et défensive mais évidemment moins génial et talentueux que Bill Himself. Du coup c’est le letton Jānis Krūmiņš (2m20) qui devra s’occuper de défendre sur le pivot américain. Mais l’équipe soviétique ne fut guère à la hauteur, trop lente et apathique dans le jeu en comparaison des américains, à l’image de son golgoth, totalement dépassé par la vitesse et l’aisance technique du jeu adverse. En dépit de ses mensurations extraordinaires, le letton et son équipe furent malmenés au rebond et sur le jeu rapide mis en place par Tucker, marquant seulement 55 points, comme lors du premier volet, (dont quatre lancers seulement pour Krūmiņš).

    Bill Russell, plein et d’aisance sur le plan technique et physique, rend le jeu impossible pour des russes contraints de s’écarter de la raquette pour tenter leur chance de loin, sans réussite. Les américains vont remporter cette finale (89-55) encore plus facilement que la première rencontre contre l’URSS, menant notamment à la mi-temps de près de trente points, avec un Bill Russell de gala (13 points) et un K.C. Jones à la baguette (15 points), Jeanregard ajoutant également seize points.

    Un titre olympique et la naissance d’une légende

    Jānis Krūmiņš serrant la main du jeune Bill Russell

    Il s’agit donc de la quatrième médaille d’or consécutive des États-Unis aux Jeux Olympiques depuis l’introduction de ce sport au programme lors des Jeux de Berlin.

    Les américains furent les seuls à dépasser la barre des cent points à plusieurs reprises et fut considéré comme la plus dominante de l’histoire, remportant ses huit rencontres par 53 points d’écart, étrillant au passage l’URSS à deux reprises, dans un récital offensif et défensif avec un génial Bill Russell, métronome aux rebonds et en défense. Le sélectionneur américain regrettera même que les efforts de ses joueurs furent banalisés à cause de la faible concurrence dans ce tournoi, jugeant que cette équipe aurait pu battre à peu près n’importe qui même en dehors des Jeux.

    Mélangeant taille, vitesse, timing offensif et défensif ainsi que de créativité, l’équipe américaine offrit ainsi un modèle de joueur moderne de basket, polyvalent et athlétique. Le public s’empressa de venir voir jouer ce nouveau phénomène de la balle orange, claquant des dunks et des contres à tour de bras et enthousiasmant déjà les foules selon Alison Danzig du New York Times. Russell changea ainsi la face du basket international lors de ces Jeux de Melbourne, tout comme il avait changé celle du basket universitaire au début des années 50.

    C’était tellement sympa de pouvoir participer à cet évènement. Être réunis, au même endroit et au même moment pour partager quelque chose d’aussi génial. Cette médaille d’or a une grande valeur à mes yeux. Parmi tous les trophées et récompenses que j’ai remportés dans ma vie, c’est probablement celle-ci la plus importante.

    Bill Russell

    Bill Russell qui aura inscrit 113 points dans le tournoi savourera cette victoire très brièvement, le joueur étant désormais tourné vers un retour aux États-Unis, non pas à Boston comme on pourrait le penser mais plus exactement en Californie, où son mariage avec Rose Swisher, son amour de lycée était prévu pour le 9 décembre. Âgé seulement de 22 ans, Bill Russell aura néanmoins montré en Australie toute l’étendue de son talent et de son QI basket, amenant ce sport à un tout autre niveau en particulier en défense.

    Avec son coéquipier de l’Université de San Francisco puis à Boston, KC Jones, les deux futurs Hall of Famers feront partis du cercle très restreint des joueurs à avoir remporté un titre NCAA, un titre NBA et une médaille d’or olympique.

  • Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux de Séoul en 1988. Pour cette 24ème édition des Jeux, américains et soviétiques vont une nouvelle fois s’écharper en demi-finale du tournoi olympique, offrant un verdict inattendu à l’issue duquel, les instances du basket autoriseront les américains à envoyer leur joueurs professionnels.

    Séoul 88, entre Boycott et Dopage

    Ben Johnson devançant Carl Lewis sur la ligne d’arrivée

    S’il y a bien une image à retenir en 1988 à Séoul, c’est bien celle de l’athlète canadien Ben Johnson, sprinter sulfureux des années 80 qui remportera l’or sur 100m devant son grand rival et légende de son sport Carl Lewis. Le nouveau recordman du monde de la distance se verra retirer sa médaille d’or deux jours plus tard après un contrôle positif à un stéroïde anabolisant, laissant une trace indélébile sur sa discipline.
    Organisés pour la première fois en Corée du Sud, l’évènement fut de nouveau le théâtre de dissensions politiques entre le pays organisateur et sa soeur au nord, qui décidera de boycotter ces jeux au motif qu’elle aurait dû être également retenue pour organiser l’évènement conjointement avec le sud. Soutenue par d’autres pays dont Cuba, il s’agira de la quatrième édition consécutive des Jeux, boycottées par plusieurs nations pour des motifs étrangers au sport.

    Et le basket dans tout ça ?

    Pour ce douzième tournoi olympique de basket, le public retrouve enfin les meilleures sélections nationales au grand complet. En effet depuis 1976 et les Jeux de Montréal, soviétiques et américains ont pris soins de s’éviter en refusant de participer à l’une des deux dernières éditions de 1980 et 1984, organisées respectivement à Moscou puis Los Angeles. Seize ans donc que Team USA n’a plus croisé la route des basketteurs soviétiques depuis le triste incident de la finale des Jeux de Munich. Les deux équipes ont cependant remporté, trois des quatre dernières médailles d’or aux Jeux et s’avancent comme les grandes favorites du tournoi aux côtés également de la nation montante du basket, la Yougoslavie. Un tournoi qui s’annonce dès lors comme l’un des plus passionnant de son histoire.

    Team USA pour le doublé

    Depuis 1976 et la victoire aux Jeux de Montréal, les américains sont parvenus à effacer le traumatisme de Munich. Le boycott des Jeux de Moscou et la victoire d’il y a quatre ans sur leur territoire ont offert aux américains les arguments pour réaffirmer leur rôle de nation du basket dans le monde.
    Afin de ne pas reproduire les même erreurs, la sélection olympique cherche désormais à inciter, par tous les moyens, ses meilleurs joueurs universitaires de participer au tournoi olympique afin de présenter une équipe la plus compétitive possible alors que l’écart entre les USA et le reste du monde s’est considérablement réduit au fil des décennies.

    En 1988, John Thompson, coach universitaire des Hoyas de Georgetown, doit bâtir cette sélection olympique américaine. Ancien joueur des Celtics dans les années 60, il remporta notamment deux bagues de champions au côté de Bill Russell puis deviendra entraîneur en High School à Saint Anthony (Idaho). Thompson connaîtra le succès en tanr qu’entraîneur en NCAA, avec la fac de Georgetown entre 1972 et 1999 avec laquelle il terminera champion en 1983 et aura notamment sous ses ordres Patrick Ewing, Dikembe Mutombo, Alonzo Mourning ou encore Allen Iverson pour ne citer qu’eux. Toutefois il ne s’agit pas de sa première expérience avec Team USA, John Thompson fut également assistant coach lors du sacre en 1976. Il connaît bien la maison et emmène à ses côtés George Raveling (USC), ancien militant des droits civiques aux côtés de Martin Luther King et Mary Fenlon, fidèle assistante de Thompson à l’université de Georgetown et première femme à faire partie du staff de la sélection olympique américaine de basket.

    Sélection olympique américaine de Basket, Séoul 1988

    Parmi les joueurs que Thompson emmène avec lui en Corée, on retrouve les futurs Hall of Famers David Robinson (U.S. Naval Academy) et Mitch Richmond (Kansas State), le champion universitaire Danny Manning (Kansas) ainsi que Hersey Hawkins (Bradley), Charles D. Smith (Pittsburgh) et son homonyme Charles E. Smith (Georgetown) ainsi que Dan Majerle (Central Michigan). L’effectif est prometteur avec des joueurs déjà promis à un bel avenir en NBA à l’image de David Robinson, sélectionné en première position de la draft 1987 mais qui doit terminer son service militaire avec l’US Navy.

    Team USA Basket 1988

    La Grande équipe Soviétique

    Après leurs deux troisièmes places consécutives en 1976 et 1980, le basket soviétique a su néanmoins conserver son statut international sur le devant de la scène en remportant le Mondial 1982 (face aux États-Unis) ainsi que trois nouveaux titres de champions d’Europe (1979, 1981, 1985). Seize ans après le premier sacre olympique de Munich, l’URSS partage néanmoins le haut de l’affiche du basket européen avec son terrible voisin yougoslave. Depuis quelques temps les deux frères ennemis se rendent coup pour coup en compétitions pour se départager le rôle de meilleure nation du basket derrière les États-Unis.

    Dirigée d’une main de maître par Alexander Gomelsky, les vice-champions d’Europe s’avancent à Séoul avec un effectif taillé sur mesure pour y décrocher l’or. De retour aux manettes, le père du basket russe peut compter sur son expérience inégalée en terre soviétique (sept titres de champions d’Europe, deux titres mondiaux et trois médailles olympiques) même si le titre olympique résiste encore au sélectionneur qui entame sa quatrième campagne olympique.
    Pour y remédier Gomelsky emmène avec lui en Corée une armada de joueurs d’exceptions. Plusieurs d’entre eux retiennent l’attention au premier coup d’oeil, des lituaniens Arvydas Sabonis (Žalgiris Kaunas), Šarūnas Marčiulionis (Rytas Vilnius) et Valdemaras Chomičius (Žalgiris Kaunas) et Rimas Kurtinaitis (Žalgiris Kaunas), aux russes du CSKA Alexander Volkov et Sergei Tarakanov, l’effectif compte également dans ses rangs l’ukrainien Alexander Belostenny (Budivelnyk Kiev), l’estonien Tiit Sokk (Kalev Tallinn) et le letton Igors Miglinieks (CSKA).
    Alliant expérience et jeunesse à la fois, technique et puissance physique, cette cuvée de joueurs apparaît sur le papier comme l’une des plus talentueuse jamais réunie pour un tournoi olympique.

    Des États-Unis invaincus face à des Soviétiques malmenés depuis le début du tournoi

    Deux équipes s’affrontent en demi-finale, avec deux parcours légèrement différents. D’un côté les américains, sortis invaincus de leur poule, ont écrasé une faible équipe du Costa Rica (94-57) en 1/4 de finale pour rejoindre le dernier carré. Bien emmenés par le trio Majerle – Robinson – Manning, les États-Unis n’ont guère été inquiété que par le Canada (76-70) et le Brésil au premier tour (102-87) avant de dérouler face à la Chine (108-57) et l’Égypte (102-35). Invaincus, les joueurs américains affichent une moyenne de 97 points inscrits pour seulement 60 encaissés. Difficile alors d’imaginer une équipe capable de renverser cette équipe qui semble se diriger tout droit vers un dixième sacre.

    Côté soviétique la copie rendue est moins reluisante. Dépassés d’entrée de jeu par les yougoslaves (92-79), les hommes de Gomelsky ne sont pas parvenus à reprendre la tête de leur groupe entre les victoires faciles face à l’Australie (91-69) et la Corée (110-73) et des succès plus serrés face à Porto Rico (93-81) et la Centrafrique (87-78). C’est en 1/4 de finale que l’Union Soviétique éprouvera toute les peines du monde pour venir à bout du Brésil (110-105) et d’un Oscar Schmidt de gala avec 46 points inscrits à 5/8 de loin ! Néanmoins les coéquipiers de Marčiulionis (prononcé Martchioulionis) sont toujours en vie dans ce tournoi et disposent encore d’une certaine marge de progression aux vues de leurs prestations.

    Une première mi-temps sur les chapeaux de roues

    Sur le papier l’affiche a tout d’une finale avant l’heure. La rivalité soviético-américaine est toujours vive même après seize ans sans s’être croisé aux Jeux. Du côté américain, Thompson reconduit son cinq habituel avec Charles E. Smith à la mène, Mitch Richmond au poste d’arrière, Dan Majerle à l’aile et une raquette Danny Manning, David Robinson. Absence non-négligeable, l’arrière Hersey Hawkins ne figure pas sur la feuille de match, blessé au premier tour.
    Les Russes sortent également l’artillerie lourde avec un back-court Tiit Sokk – Šarūnas Marčiulionis, à l’aile on retrouve le joueur drafté par les Hawks d’Atlanta, Valeri Tikhonenko pour finir sur une terrible raquette Alexander Volkov – Arvydas Sabonis.

    Le lituanien, est d’ailleurs au coeur d’une grosse controverse depuis quelques mois. Bien qu’aucun joueur de l’Union Soviétique ne soit autorisé à rejoindre la NBA, le pivot lituanien, drafté à l’été 1986 par Portland, se blesse gravement au tendon d’Achille droit un an avant les Jeux. Persuadés que le joueur ne reviendra pas avant un long moment en se soignant dans son club, l’Union soviétique autorise finalement Sabonis à rejoindre Portland pour y rencontrer les médecins de la franchise et soigner sa blessure qui le remettront plus rapidement sur pied. Malgré plusieurs contre-indications de ces derniers, Arvydas se juge suffisamment rétabli pour faire partie du voyage à Séoul. La polémique prend de l’ampleur, certains médias américains jugeant inadmissible qu’un joueur aussi important pour l’équipe soviétique puisse avoir été pris en charge et guéri par des soigneurs américains alors qu’il représente la principale menace dans le jeu russe.

    Devant près de 7 000 spectateurs, quasiment tous acquis à la cause des américains, cette demi-finale démarre sur un très gros rythme de jeu. Les soviétiques emmenés par Marčiulionis font circuler le ballon à merveille et développent un jeu résolument porté vers l’attaque. Face à la rapidité des russes les américains opposent une agressivité et une défense rapprochée sur le porteur de balle pour couper les lignes de passes vers la raquette.
    Très vite dépassés par le jeu rapide des hommes de Gomelsky, notamment en contre-attaque, les américains commencent à perdre la bataille au rebond et tardent à revenir défendre sur des joueurs russes qui s’écartent très souvent de la raquette pour allumer de loin.
    Après moins de quatre minutes de jeu, les russes sont devant (10-4) après un premier tir à 3 points réussi par Marčiulionis, intenable depuis le début du match. Les USA insistent néanmoins sur le jeu intérieur en forçant parfois les pénétrations et les tirs sans trouver la faille. Ils doivent s’en remettre alors à leur défense agressive et les pertes de balles russes pour rester en vie.

    Après deux tirs primés de Kurtinaitis l’URSS maintien l’écart alors que les américains se mettent de plus en plus à la faute pour stopper les tirs adverses. Danny Manning en fera d’ailleurs rapidement les frais, renvoyé sur le banc pour trois fautes concédées rapidement. À l’image de son jeu, lent et stéréotypé, les joueurs américains développent un basket trop individualiste et se font punir par le trio lituanien Kurtinaitis – Marčiulionis – Sabonis. Menés 16-9 après un nouveau trois points de l’arrière, les hommes de Thompson réagissent enfin grâce à David Robinson qui règle la mire. Sur une série d’attaque-défense express, les russes prennent le large par un nouveau tir derrière l’arc de Volkov (20-13), puis 23-15 après le troisième tir primé de Kurtinaitis. Malgré le bon travail à la mène du meneur de Georgetown, Charles E. Smith, les joueurs américains ne sont pas concentrés et alors qu’ils revenaient à 23-19, Marčiulionis puis Sabonis vont inscrire des paniers faciles. L’entente entre les deux joueurs est absolument fantastique sur le parquet.

    David Robinson maintient la Team USA à flot grâce à de nouveaux lancers (27-24) alors qu’il reste huit minutes à jouer. Dan Majerle l’imite quelques secondes plus tard en attaquant le cercle et provoquant la faute de Volkov, offrant la première égalité du match aux américains depuis la première minute (27-27).
    Mais les soviétiques ne relâchent pas la pression et après deux lancers de Kurtinaitis, suivis d’un panier de Sabonis sur une passe laser de Marčiulionis, les russes reprennent l’avantage au tableau d’affichage. Le jeu commence enfin à ralentir à six minutes de la fin, moment choisi par Robinson pour inscrire un tir en tête de raquette, auquel Sabonis répondra par un trois points. Kurtinaitis aggrave la marque seul à longue distance et les USA sont toujours menés 37-29 alors qu’il reste cinq minutes à jouer dans la première mi-temps.

    Incapables de sécuriser convenablement le rebond, les américains se font marcher dessus, en particulier J.R. Reid qui livre un duel de haute voltige avec Volkov. Les rebonds, souvent captés par les russes, finissent par revenir dans les mains du génial Marčiulionis qui régale par des passes caviars pour Sabonis notamment. Le pivot lituanien inscrira deux nouveaux paniers à moins de trois minutes de la fin (45-35) alors que David Robinson sera le seul joueur américain à surnager en face. Après un nouveau floater du remplaçant Chomičius au buzzer, les russes sont devant 47 à 37 à la mi-temps, provoquant la stupeur dans la salle. Plus adroits et avec des joueurs en mouvement permanent, les Soviétiques font étalage de leur intelligence de jeu avec leur circulation de balle et leur capacité à trouver des espaces ouverts pour tirer. Sabonis réalise également un énorme travail dans la raquette et en contre-attaque.

    Des américains en plein doute face à des soviétiques tout en contrôle

    Intense bataille au rebond entre Sabonis et Manning

    On se dit alors que les américains vont revenir le couteau entre les dents et refaire leur retard. Les discours de Thompson en première mi-temps et dans le vestiaire n’ont guère d’effets concrets sur le moral des joueurs. Les USA passent près de trois minutes sans inscrire le moindre point alors que Sabonis et Kurtinaitis en rajoute une couche (51-37). Il faudra attendre un tir salvateur à trois points de Richmond, invisible jusque là, pour voir les américains se réveiller. Reid prend enfin le dessus au rebond sur Volkov et après un dunk de l’ailier fort revoilà les américains à moins de dix longueurs (52-44). Plus présents au rebonds, les joueurs de Thompson élèvent le rythme de la seconde mi-temps en adoptant un pressing efficace sur les russes. Reid devient intenable et après un hook shot plein de maîtrise, il intercepte le cuir et part dunker en contre-attaque pour revenir à deux longueurs des russes (52-50). Les américains restent alors sur un run de dix points consécutifs après six minutes de jeu.

    Mais c’était sans compter sur ce diable de Kurtinaitis qui va de nouveau inscrire un tir à trois points, le cinquième déjà, pour redonner l’avantage aux siens. Après une contre-attaque soviétique, conclue par Tiit Sokk les russes prennent le large (57-50). Les russes ne parviennent plus à rentrer leurs tirs malgré un jeu qui ne se crispe pas. Les USA en profitent par l’intermédiaire de Charles E. Smith puis des rentrants Vernell Coles et Willie Anderson (59-57). Le retour de Manning, absent quasiment toute la première mi-temps, fait un grand bien sur le plan mental et défensif de l’équipe notamment au rebond, domaine dans lequel Majerle se met en évidence. Malgré tout les États-Unis enchaînent les fautes personnelles, offrants de nouveaux lancers à Sabonis et Marčiulionis. Les russes parviennent tout de même à contrôler le match et le tableau d’affichage avec un rythme de jeu plus lent pour faire défiler les secondes plus vite. Après un nouveau panier de Volkov, suivi d’une faute, les russes sont toujours devant (65-57) après douze minutes de jeu.

    Majerle commet alors une faute de débutant sur Kurtinaitis derrière l’arc, le lituanien, rusé, rentre deux lancers sur trois. Sur la remise en jeu américaine, Manning perd le ballon et Volkov envoie Marčiulionis en contre-attaque, provoquant la faute à six minutes de la fin. Les joueurs américains sont de nouveau dans le dur en cette fin de match et éprouvent d’énormes difficultés à rentrer leurs tirs. Toujours handicapés par les fautes à répétition, Marčiulionis, encore lui, offre un net avantage à cinq minutes de la fin (69-60). L’entraîneur américain s’agace depuis son banc et peste de plus en plus contre ses joueurs et l’arbitrage. Les USA finissent tout de même par revenir par l’intermédiaire de Majerle, Coles et Robinson, insuffisant néanmoins à moins de quatre minutes de la fin du match. L’URSS est toujours devant au moment d’entrer dans le money time (73-66) et Marčiulionis provoque une nouvelle perte de balle américaine, interceptant Vernell Coles et inscrivant deux nouveaux points.

    Le regard noir, Dan Majerle envoie un sublime tir à trois points pour recoller à 75-69 mais Kurtinaitis lui répondra dans la foulée. John Thompson en profite alors pour prendre un temps-mort, lequel débouche sur une claquette-dunk de Robinson après un nouveau tir de Majerle. Avec deux minutes à jouer, les américains optent pour une défense tout-terrain sur les russes mais ne parviennent pas à concrétiser leurs débauches d’énergie malgré trois nouveaux points de Majerle. Kurtinaitis, encore lui, place un magnifique lay-up sur jeu rapide en transition (79-74) alors que le match part dans tous les sens. Dan Majerle prend le jeu à son compte mais rate de nouveau un tir à trois points à moins d’une minute de la fin.

    Les dernière secondes du match n’y changeront rien, le pressing américain ne parvient pas à inverser la tendance et alors que Majerle et Anderson commettent de nouvelles fautes pour bloquer les remises en jeu soviétiques, Titt Sokk rentre un lancer-franc avant de voir Kurtinaitis clôturer le score à deux points (83-76) devant un Alexander Volkov qui exulte.

    Une demi-finale maîtrisée de bout en bout et un rêve olympique qui se dessine

    De g. à d. S. Marčiulionis, R. Kurtinaitis, A. Sabonis et T. Sokk

    Les soviétiques viennent une fois encore de renverser les américains. Toutefois, contrairement à la finale controversée de Munich, cette victoire russe ne souffre d’aucune contestation, tant elle fût amplement méritée. Les hommes de Gomelsky ont su imposer leur jeu et un énorme rythme en première mi-temps auxquels les américains n’ont su répondre. Malgré un sursaut dans la deuxième mi-temps, les hommes de John Thompson n’avaient vraisemblablement pas la même envie et la même détermination sur le terrain pour venir à bout d’une très belle équipe soviétique, emmenée d’une main de maître par leur trio infernal. Kurtinaitis terminera meilleur marqueur du match avec 28 points (à 5/8 à 3pts) devant les 19 points de Šarūnas Marčiulionis et l’énorme chantier dans la raquette effectué par le grand Sabonis (13 points, 13 rebonds). En face hormis David Robinson (19 points, 12 rebonds) et le réveil en seconde mi-temps de Dan Majerle (15 points, 7 rebonds) la feuille de match des USA n’est guère reluisante.

    Nouvelle désillusion pour le basket américain qui se consolera néanmoins avec la médaille de bronze face à l’Australie (78-49) et qui regardera de loin la finale opposant Soviétiques et Yougoslaves et le second sacre de leur bourreau (76-63). À l’issue de ces Jeux, le comité olympique américain en accord avec la fédération internationale de basket et après avoir convaincu la fédération américaine, décidera désormais d’envoyer non-plus des joueurs universitaires représenter les USA mais des joueurs professionnels issus des franchises NBA. Nous sommes alors à quelques années de voir naître la légendaire Dream Team de Barcelone.