Le retour de Klay Thompson : entre certitudes et problématiques

Alors que tous les regards côté Warriors se portaient avec appréhension vers une fin de saison très longue mentalement et une Draft lottery appétissante, quelques mots suffirent pour évoquer des souvenirs d’un passé lointain, accompagnés de sourires béats : Klay Thompson peut s’entraîner normalement.


QUE S’EST-IL PASSÉ ?

Interception de Stephen Curry. Peut-être celle de trop. Sa 116ème sur la saison, et on saura plus tard que c’était sa dernière sur cet exercice et très certainement l’une des plus importantes de toute sa carrière.

Game 6. Californie. Tout se passe dans la regrettée Oracle Arena à Oakland. 3ème quart-temps. La tension est palpable, dans la salle et à travers nos écrans. Des Warriors en feu viennent de repasser devant les Raptors pour la première fois depuis 12 minutes. Ces mêmes Raptors qui mènent 3 victoires à 2 sur ces Finales NBA. Bref. Des Finales serrées comme on les aime.
Balle à Toronto, l’attaque est longue, très longue, la défense des Warriors est parfaite : close-outs, dissuasion, aide défensive. 7 secondes sur l’horloge des 24, Kyle Lowry tente un drive de la dernière chance, il trébuche sous la pression, Curry récupère le ballon et lance une contre-attaque. Passe parfaite pour Klay Thompson, héros du quart-temps, absolument intouchable sur ce match, qui s’élance pour un dunk… Danny Green arrive tard dans les airs. Klay chute et grimace : rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche.


Klay Thompson se tient le genou, quelques secondes après sa terrible réception.
© Photo par Lachlan Cunningham / GETTY IMAGES


Seulement quelques jours après sa tension ressentie au niveau des ischio-jambiers de sa jambe gauche, le Warrior se retrouve à terre. Le lien se fait très rapidement, et le staff médical s’en ronge vite les doigts : il a repris trop tôt, enjeu oblige. C’est le match crucial pour la dynastie Warriors, qui voulait marquer l’histoire d’un triplé.
Malheureusement, comme l’explique bien la vidéo du Docteur Brian Sutterer, les ischios-jambiers protègent les ligaments croisés antérieurs, et la tension qu’a ressenti Klay n’a fait qu’augmenter le risque de blessure.

Les premiers diagnostics sont terribles, et beaucoup parlent de 2 ans d’arrêt, notamment avec l’étude de deux docteurs sur le temps d’arrêt d’un sportif après une blessure comme la sienne.
Le principal intéressé en rigole et affirme que son objectif est de disputer les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

C’est un an et 6 jours plus tard, le 19 juin dernier, qu’Anthony Slater, insider des Warriors pour The Athletic, annonce que Klay Thompson peut désormais s’entraîner sans aucune contrainte.
Énorme soupir de soulagement côté Warriors, auteurs, lors de l’exercice 2019-20, d’une des pires saisons de leur histoire.
Orphelins d’un trio Curry – KD – Thompson double champion NBA, leurs performances ont été loin de faire l’unanimité, accumulant seulement 15 victoires en 65 matchs.

Âgé aujourd’hui de 30 ans, approchant petit à petit du dernier tiers de sa carrière, Klay a une mission : revenir plus fort et gagner.
Il l’illustre parfaitement dans le mini-documentaire ABOVE THE WAVES diffusé sur sa chaîne Twitter le 6 mai dernier, témoignage d’une année compliquée et longue pour le quintuple All-Star.

Nous sommes si désireux de prouver à nouveau que tout le monde a tort…

Klay Thompson – Documentaire Above The Waves

TOUT CELA ARRANGE BIEN LES WARRIORS…

Délaissé par Kevin Durant au profit de Brooklyn, privé de Curry une bonne partie de la saison et donc de Thompson, les Warriors retrouvent donc le sourire.

Les « Splash Brothers » peuvent enfin se reformer après 1 an d’arrêt.


Les « Splash Brothers » sont prêts à s’envoler vers le trophée Larry O’Brien à nouveau.
© Photo par Ezra Shaw / GETTY IMAGES


Nommé en 2019 pour la première fois dans une NBA All-Defensive Team (2nd), c’est un Klay motivé que nous allons retrouver. Imprégné de cet « ADN Warriors », à l’image de ce retour Kobe-sque sur le parquet quelques instants après sa terrible blessure, il affirme être prêt à revenir à 110% sur les terrains, encore plus affamé qu’avant.

Après avoir vécu une baisse d’efficacité sur les dernières saisons, liée au fait qu’il ne peut pas maintenir un niveau comme lors de l’exercice 2015-16 toute sa carrière, mais aussi par la présence de Kevin Durant qui a bousculé la hiérarchie, Klay peut désormais retrouver sa tendre place. Place de 2ème menace offensive derrière Curry. Place qu’il attend de retrouver depuis 4 ans maintenant. Place qu’il affectionne particulièrement.

Avec l’arrivée d’Andrew Wiggins, le possible first pick à la draft, la révélation de jeunes joueurs comme Eric Paschall, le retour de Klay marque l’ambition et les prémices d’un exercice 2020-21 qui risque d’être fort alléchant pour les Dubs.


On pourrait se poser la question de son niveau de jeu. Changera-t-il ? Est-il dangereux, comme Derrick Rose à l’époque, de continuer à jouer comme il le faisait avant sa blessure ? Il suffit de regarder le nombre de drives qu’il effectuait par match lors de sa dernière saison (4,4) et on se rend bien compte qu’il n’y a aucune raison de changer ou de modifier son jeu. Son genou devra bien évidemment être moins sollicité, surtout sur les débuts mais son jeu correspond parfaitement.

Rappelons qu’en 2018-19, 80,9% de ses tirs réussis provenaient de passes décisives. Cela correspond à 1281 de ses 1680 points totaux. Mieux encore : Golden State est avantagé niveau victoire quand il est au-dessus de cette moyenne, avec lors de ces victoires, un pourcentage qui grimpe à 82,9% en moyenne ! On sait pertinemment que ce chiffre risque fortement de grimper, à l’avantage donc du joueur et de l’équipe.

Cependant, l’aspect le plus intéressant de son jeu est évidemment le catch & shoot 1.
Ce dernier occupait tout simplement 46% de ses tirs en 2018-19 ! S’il s’ajuste bien à sa blessure, ce registre devrait occuper une place encore plus grande, dans un jeu encore moins agressif vers le cercle. Même si 73,4% de ses tirs en catch & shoot proviennent de tentatives à 3 points, les pourcentages sur ce type de tir ont été très poussifs, atteignant son pire effective field goal percentage 2 en carrière sur C&S.
Cela est forcément lié au fait qu’il ait produit son pire pourcentage à 3 points depuis sa saison rookie… Un pourcentage tout de même de 40.2%.

Une incertitude qui nous emmène directement sur notre dernière partie…

POURRA-T-IL CONTINUER AU MÊME NIVEAU ?

Une question majeure peut d’ores et déjà se poser : collectivement, était-ce une saison seulement sans réussite ou la fin d’un groupe qui aura marqué une génération ?

Cette question peut s’appliquer directement sur le n°11 cher à cette franchise. L’intéressé affirme lors d’une interview avec nos confrères d’ESPN que cette dynastie n’est pas finie.

 Dire que la dynastie va disparaître, je pense que c’est un peu crédule, parce que je vais revenir plus fort et plus athlétique !

Klay thompson – NBA on ESPN (août 2019)

Mais là où on peut se poser des questions concernant Klay et son retour, c’est tout simplement sur son efficacité aux tirs.
C’est ici qu’on l’attend offensivement. Il doit être efficace aux tirs, mais d’autant plus que le nombre de drives qu’il effectuait va certainement diminuer. Moins de drives, plus de shoot extérieur. C’est mathématique.

Et s’il continue sur la dynamique de ses 4 dernières saisons, sans prendre en compte sa blessure, cela ne risque pas d’être super propre…


Représentation de différentes statistiques aux tirs en fonction de l’âge de Klay


On constate un 3PA rate 3 en baisse constante depuis quelques années, symbole d’un Klay changé, qui en 2018-19, tire 5% en moins à 3 points par rapport à sa saison 2016-17.
Ce changement a conduit dans un premier temps à une explosion de son pourcentage à 3 points (3P%), mais qui n’a pas fait énormément augmenter son pourcentage aux tirs réels 4 (TS%).
Pour résumer : Klay introduit moins le shoot à 3 points dans ses tirs. Il shoote mieux, son pourcentage explose, mais ce n’est pas plus efficace qu’avant.

Alors forcément, quand arrive une saison où les shoots ne rentrent pas autant qu’avant, comme lors de sa dernière saison, tous les pourcentages s’effondrent. Rien d’anormal jusqu’ici, tout est logique, mais c’est principalement le fondement de son apport offensif… C’est ainsi que ce dernier peut être remis en cause.Ainsi nous venons de soulever un premier point. Mais soyons honnêtes, ce ne sont que des suppositions, les longues blessures favorisent généralement l’amélioration de l’adresse, et Klay n’a jamais fait pire que 40,2% à 3 points.


Voyons alors un autre point, plus concret, qui sera son temps de jeu. Véritable pile électrique, Klay est habitué aux longs efforts et a été classé consécutivement 16ème et 20ème lors de ses deux dernières saisons en termes de minutes jouées par match. Impossible aujourd’hui de prédire l’avenir, mais on se doute qu’il ne va pas faire des matchs à 40 minutes tout de suite.
Pourra-t-il impacter autant ? On sait très bien qu’il peut prendre feu sur de courtes durées de jeu, comme ce fameux 3ème quart-temps où il inscrivit 37 points.

Voyons ça avec un tableau :


Tableau représentatif de diverses statistiques en fonction du temps de jeu inférieur à 30 min et de tous ses matchs joués


On remarque immédiatement que les stats de Klay lorsqu’il a joué moins de 30 minutes sont sensiblement égales à celles qu’il a réalisé lors de la saison 2018-19.
Apport possiblement équivalent sur un temps de jeu réduit, c’est intéressant.
Cependant, c’est à prendre avec des pincettes. En effet, la plupart de ces matchs étaient gagnés facilement (écart moyen de 16,4 points) et contenaient les grosses performances de Klay, dont le match avec ses 14 trois points.

Difficile de juger au final, mais on se doute que même avec un Klay à 26-28 minutes par match pour commencer, les adversaires auront de quoi avoir peur. Les signes de la baisse de minutes peuvent également provenir d’éléments externes, notamment la Draft NBA.
Les Warriors sont actuellement en pole position, donc avec le plus gros pourcentage (14%), pour accueillir le premier choix de la prochaine Draft. Un joueur revient pas mal sur les tabloïds concernant le choix des Warriors : Anthony Edwards. Poste ? Arrière. Talent ? Incontestable.
S’il atterrit chez les Dubs, il pourrait rapidement mettre une certaine pression sur Klay, surtout si ce dernier ne revient pas à son niveau.


Statistiquement, 4 joueurs ont été dans le cas de Klay Thompson dans l’histoire, c’est-à-dire avoir une rupture des ligaments croisés l’année où on est All-Star.
Les 4 joueurs sont : Kristaps Porzingis, Derrick Rose, Tim Hardaway et Bernard King.

Quel a été l’impact de cette blessure sur ces 4 joueurs ? Pas aussi important qu’on pourrait le croire. Peut-être un peu tôt pour le dire sur le cas Porzingis, surtout après quelques petites alertes sur sa saison de retour (genou opposé).
Autre cas compliqué : la résurrection assez longue de Derrick Rose, subissant d’autres problèmes physiques, mais capable d’enchaîner les saisons à très bon niveau malgré pas mal d’absences.
Les 2 derniers joueurs, Hardaway et King, ont pu suivre une carrière très honorable, compilant 3 apparitions post-blessure au All-Star Game à eux deux, « Tim Bug » s’éclatant en Floride et Bernard retrouvant son niveau à Washington.

Deux écoles donc pour Klay : une fin de carrière semée d’embuches physiques, car la compensation liée à la sollicitation de son genou peut lui poser des soucis comme pour D-Rose, ou une fin de carrière honorable, après des premières années post-blessure parfois irrégulières, compliquées physiquement et mentalement, mais retrouvant son niveau petit à petit, comme Tim Hardaway.

Qu’en est-t-il de sa défense ? Il maitrise les fondamentaux défensifs de A à Z, on le sait. Mais physiquement parlant, que pourra-t-il faire ? Pourra-t-il encore maintenir ses adversaires directs sur le poste d’arrière à un pourcentage aux tirs de 38,3% ? Sans parler de son contrat, qui en ses temps durs, pourrait devenir l’un des moins rentables de la Ligue s’il ne revient pas à son niveau…

Le retour de Klay Thompson, c’est du bonheur, de la joie pour les fans de la balle orange. Plus d’un an après sa blessure, le revoilà sur le devant de la scène, courant, sautant, dunkant… Preuve que même en ces temps difficiles, une nouvelle peut nous redonner le sourire.
Cependant, rien n’est fait pour Klay au sein de cet effectif. Il a su prouver dans le passé, il devra se battre pour revenir au meilleur des niveaux, dans un parcours semé d’incertitudes.

Sources : The Athletic, ESPN, NCBI, NBA.com, Heavy.

Lexique :

1 – Le catch & shoot (ou C&S) : action où le joueur reçoit le ballon et tire en première intention sans avoir posé le dribble.
2 – L’effective field goal percentage (ou eFG%) : statistique calculée en prenant en compte le fait qu’un panier à 3 points est 1,5 fois plus important qu’un panier à 2 points. Plus le joueur est adroit à 3 points, plus son eFG% sera élevé.
3 – Le 3PA rate (3PAr) : pourcentage du nombre de tirs à 3 points pris par rapport au nombre de tirs totaux.
4 – Le pourcentage aux tirs réels (ou TS%) : statistique d’adresse englobant tous les tirs et prenant en compte les lancers-francs.

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