Étiquette : Wemby

  • La méthode Wemby qui surprend et agace

    La méthode Wemby qui surprend et agace

    La meilleure analyse concernant Victor Wembanyama pour sa seconde saison en NBA nous vient du canapé de Gilbert Arenas, et c’est Rashad McCants qui l’a énoncée – dommage que le bon Gil ne l’ait pas écouté, il aurait gagné du temps. McCants a tout dit en une phrase. La punchline. « Wemby fait des choses qu’on n’a jamais vues jusqu’à présent. Et on voudrait qu’il fasse du déjà vu. » Ce que fait Victor Wembanyama aujourd’hui, c’est un jeu à la KD et peut-être même Kobe Bryant avec un soupçon de Damian Lillard. Il développe sa zone de confort entre la ligne de demi-terrain et la ligne à trois-points, où tout peut arriver. Donc si vous pensiez qu’un joueur de 2,24m doit nécessairement jouer sous le cercle ou exclusivement dans la raquette et arrêter de tirer autant à 3 points, vous n’avez pas compris ce que cherche à faire Victor Wembanyama en NBA. Mais il finira par vous convaincre sur le terrain. Explications.


    La recherche d’équilibre extérieur/intérieur

    Idéalement, un joueur de basket doit être capable de prendre ce que lui offre la défense et réussir à marquer à chaque action, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Même si le panier n’est pas réussi, l’important est de se créer des opportunités de tir correctes en déjouant la défense et au bout du compte, les paniers finiront par entrer.

    24 points, 16 rebonds, 7 contres et 6 balles perdures en 33 minutes – 8/15 aux tirs dont 6/9 à 3 points

    Victor Wembanyama contre Utah le 9 novembre 2024 (Défaite, 110-111)

    La domination par l’extérieur

    Du haut de ses 2,24m, Victor Wembanyama est rarement gêné par la défense où qu’il soit sur le parquet. Dès qu’il tend les bras, il est plus haut que tout le monde; s’il se crée un minimum d’espace, aucun défenseur ne peut espérer toucher le ballon. Il est donc virtuellement libre de shooter d’où il veut. Et comme il sait dribbler en protégeant son ballon, avec son envergure, il sait parfaitement se déplacer en dribble sans risques. Seulement, à partir du moment où il a démontré une capacité à marquer à trois points, même si son adresse fluctue – et n’était pas au rendez-vous lors des Jeux Olympiques à Paris -, le gain potentiel en continuant à travailler et à shooter à trois points est évident. Pourquoi s’obstiner à lutter contre la défense toute entière pour accéder au panier et obtenir péniblement 2 points quand on peut tout simplement tirer de loin après un dribble ou deux et obtenir 3 points pratiquement sans effort? C’est pourquoi les Spurs l’encouragent à tirer autant qu’il le souhaite à trois points en match, car en plus de toutes ses tentatives à l’entrainement, c’est bien sur le terrain pendant des matches officiels contre une défense qu’il doit faire ses preuves et gagner en confiance. Plus il shoote, même s’il n’est pas toujours en réussite, plus il finira par y arriver. Il aura une familiarité, une aisance, des habitudes, et trouvera un certain confort. Et comme les Spurs n’ont pas grand chose à gagner sur le terrain actuellement, c’est le moment idéal de laisser leur franchise-player s’entrainer et se développer à son propre rythme. Les Spurs, qui comptent bien garder Wemby et ont tout misé sur lui, savent que leur avenir sportif en dépend.

    « Wemby fait des choses qu’on n’a jamais vues jusqu’à présent. Et on voudrait qu’il fasse du déjà vu. »

    Rashad McCants

    Ne pas juger ses stats aujourd’hui

    Lors de sa première et dernière saison en BetclicElite (première division professionnelle française) avec Boulogne-Levallois, avant de rejoindre la NBA, Victor Wembanyama a réussi 25% de ses tirs à trois points. Un taux jugé trop faible pour certains, qui serait effectivement médiocre s’il s’agissait de sa performance définitive en carrière. Mais c’est un chiffre à mettre en perspective sur sa carrière, pas un résultat définitif. Ce qui importe ici, ce ne sont pas ses tirs ratés, mais ses tirs réussis et ce qu’ils ont apporté en match. Un joueur de 2,24m qui réussit un tir à trois points par-dessus la défense en début de possession, c’est un bonus inestimable. Ce sont trois points rapides, gagnés sans effort, sans avoir à jouer. Et c’est très précieux. Imaginez s’il en met deux ou trois de suite, c’est un coup de massue sur l’équipe adverse et ça change la physionomie du match. Imaginez le jour où ce même joueur augmente son taux de réussite. Et enfin, c’est le meilleur rapport points/énergie dépensée. C’est presque trop facile. Du coup, il peut en mettre beaucoup. Et à tout moment, une fois la défense bien étirée pour tenter de le gêner à l’extérieur, cela ouvre des boulevards sur tout le terrain.

    50 points, 6 rebonds, 2 passes décisives, 3 contres en 32 minutes – 18/29 aux tirs dont 8/16 à 3 points

    Victor Wembanyama contre Washington le 13 novembre 2024 (Victoire, 139-130)

    Ce qui frappait lors de sa dernière saison à Boulogne-Levallois, c’était l’impression de facilité de Victor Wembanyama et sa capacité à peser sur un match sans qu’on s’en rende compte. Il marque des paniers facilement, sur une claquette, sur un mouvement rapide en un-contre-un, sur un tir extérieur… Le tout sans donner l’impression qu’il accapare le ballon, sans gêner ses coéquipiers, sans jamais réclamer d’action pour lui. Il marque naturellement, dans la continuité du match. Et soudain, il affiche 20 points au compteur et son équipe à 10 points d’avance.


    La partie facile à l’intérieur

    Une fois sa présence extérieure établie, en forçant la défense à monter, si aucune solution évidente ne se présente, Victor Wembanyama a toujours l’option de partir en dribble ou de jouer le une-deux avec un coéquipier pour attaquer le cercle. Comme la défense est étirée, il y a plus d’espaces, c’est donc plus facile de couper vers l’intérieur, avec ou sans ballon. Et comme il le montre régulièrement, il sait parfaitement amorcer son dribble dans l’axe du cercle en tête de raquette et se balader le long de la ligne à trois points jusqu’au coin du terrain en quelques foulées, jouer alors son un-contre-un, face-à-face puis en post-up au poste bas, et soit passer le ballon, soit tenter sa chance à mi-distance. Ce faisant, il peut également feinter son adversaire en repartant en dribble vers la ligne des lancers-francs, revenir aussitôt si la ligne de fond se libère et atteindre le cercle en deux pas. La sureté de son dribble lui permet de se déplacer où il veut sans craindre de perdre le ballon. Contre Randle, Reid ou même Gobert (voir highlights ci-dessus contre Minnesota le 2 novembre), il se balade déjà, donc pas besoin d’insister sur ce secteur du jeu – ce n’est pas là sa plus grande marge de progression.

  • L’Équipe de France assure contre le Brésil

    L’Équipe de France assure contre le Brésil

    Premier match capital du tournoi olympique pour l’Équipe de France masculine de basket, le choc face au Brésil n’a pas déçu. La première phase de poules se déroule au stade Pierre Mauroy de Lille devant 27000 spectateurs. Après une entame difficile pour les Bleus, menés 15-23 à l’issue du premier quart-temps, les choses se sont mises en place et le groupe a assuré l’essentiel, avec une défense de haut niveau et une attaque ajustée. Une défaite dès le premier jour aurait compromis les chances de qualification pour les quarts-de-finale à Paris. Avec un second match contre le Japon ce mardi, formation réputée à portée, le groupe France pourrait aborder l’ultime rencontre contre l’Allemagne avec deux victoires acquises et une quasi-certitude de qualification pour la suite, rendant la confrontation moins conséquente. Après le traumatisme de l’élimination prématurée lors de la dernière Coupe du Monde à Jakarta, c’est donc avec un véritable soulagement que les Bleus et leur public ont accueilli cette entrée en lice finalement maîtrisée. Le cauchemar de l’an dernier, sans Wemby, ne s’est pas reproduit.


    Un secteur intérieur en panne

    Alors que Rudy Gobert était inactif en attaque dans le premier quart-temps, c’est Victor Wembanyama qui a été envoyé au poste bas pour asseoir un début de présence intérieure pour les bleus. Si le rookie français a réussi des beaux mouvements, utilisant sa taille gigantesque pour des paniers acrobatiques (19 points en 31 minutes, 7/13 aux tirs dont 1/4 à trois points), le pivot titulaire aura attendu des actions de jeu en transition en cours de match pour marquer 7 points sur 3 dunks et n’aura pas eu l’impact escompté, décrochant à peine deux lancers-francs et réalisant par ailleurs 3 rebonds et 2 contres pour 3 balles perdues et 4 fautes en 18 minutes. Attendu comme une réponse complémentaire à l’intérieur, Mathias Lessort n’a marqué que 4 points en 12 minutes (1/2 aux tirs et 2/2 aux lancers-francs) avec 3 rebonds, 2 passes décisives et une interception, Guerschon Yabusele se contentant également de 4 points en 16 minutes (1/4 aux tirs dont 0/3 à trois points). Une forte opposition brésilienne certes, avec des grands gabarits bien décidés à s’imposer physiquement (Bruno Caboclo commettant notamment 4 fautes en 11 minutes) mais également une fébrilité du fait de l’enjeu considérable de ce premier match pour le reste de la compétition.

    Le capitaine Batum à la rescousse

    Alors que les Bleus prenaient l’eau en premier quart-temps (15-23), avec un passage peu concluant de Mathieu Strazel (titulaire mais 5 minutes de jeu, une passe décisive et aucun point) et un petit Evan Fournier (7 points en 13 minutes, 2/5 aux tirs dont 1/2 à 3 points, 2 balles perdues), c’est Nicolas Batum qui a pris ses responsabilités en attaque, avec 19 points en 34 minutes (6/13 aux tirs dont 3/9 à 3 points), contribuant également 5 rebonds, 2 passes décisives et 2 interceptions pour 3 ballons perdus. Frank Ntilikina a débloqué le compteur avec 3 tirs à trois points importants (9 points à 3/5 tous derrière la ligne) ainsi que 3 passes décisives et 2 interceptions pour une balle perdue. Un match étrange, avec 12 joueurs utilisés, Batum et Wemby étant les seuls à passer plus de 30 minutes sur le terrain, la ligne arrière titulaire Fournier-Strazel limitée à 13 et 5 minutes respectivement, Nando De Colo et Bilal Coulibaly limités à moins de 10 minutes. En théorie, la rotation devrait se resserrer rapidement – à titre de comparaison, le Brésil n’a fait jouer que 11 joueurs en comptant Louzada (1 minute sur le parquet), donc véritablement 10 joueurs effectifs.

    Un premier match pour se rassurer (ou pas)

    SI le score final est sans appel (78-66), la rencontre aurait pu basculer à l’avantage des brésiliens s’ils avaient réussi à tuer le match quand ils en avaient l’occasion. Mais alors que les Bleus trouvaient une stabilité, les joueurs d’Aleksandar Petrovic ont manqué d’adresse. Avec un axe Gobert-Wembanyama et des antennes efficaces comme Nicolas Batum et Frank Ntilikina, la défense française a réalisé des stops et lancé quelques contre-attaques permettant de creuser l’écart, mais pas suffisamment pour rassurer le public, fébrile mais bien présent jusqu’au bout. Si Rudy Gobert est resté effacé en attaque, sa présence active en tête de raquette face aux extérieurs brésiliens avec Wemby derrière lui sous le cercle forme une ligne centrale redoutable. Dès que les français récupèrent le ballon, Gobert a déjà passé la ligne médiane, ce qui déborde le repli défensif et offre ainsi des paniers plus faciles. Ceci dit, si le ballon arrive rapidement, l’exécution des contre-attaques est toujours un peu haché, les ailiers français étant parfois contraints d’abandonner l’action pour éviter de perdre la balle. C’est l’un des écueils de la formation française jusqu’à présent, avec encore 19 ballons perdus ce samedi (pour autant de passes décisives, un ratio de 1:1 loin d’être satisfaisant). Mais avec une adresse très correcte (26/52, 50% de réussite) et une forte présence au rebond (32 unités, jeu égal avec le Brésil), la France a dominé au contre (6 à 1, soient 3 pour Wemby, 2 pour Gobert et 1 pour Bilal Coulibaly) et tenu les brésiliens à 40% de réussite (23/57 dont 7/21 à trois points, 4/8 de la paire Huertas-Meindl).

    Un match pour se lancer

    Avec cette première victoire assurée, l’Équipe de France se présente ce mardi pour son second match face au Japon avec une moindre pression et un avantage de taille, puisque le plus grand joueur japonais n’est autre que l’américain Josh Hawkinson, un intérieur d’à peine 2,08m (auteur de 13 points, 11 rebonds et 2 passes décisives contre l’Allemagne en ouverture du tournoi samedi dernier). Un adversaire sur mesure pour la paire Wemby-Gobert, qui pourrait enfin installer son jeu intérieur. C’est le moment ou jamais. Une mise en jambes idéale avant le choc face à l’Allemagne, championne du monde en titre, ce vendredi, pour conclure la phase de poules. Et bien sur, l’occasion de monter en puissance avant la phase finale à Paris, où le podium se jouera en 5 jours maximum, du 6 au 10 août 2024 sur le parquet de l’Accor Arena à Bercy. Au lieu d’être condamnés à l’exploit face aux allemands, les Bleus pourront jouer la rencontre dans les meilleures conditions, avec l’objectif d’une victoire qui donnerait le ton pour le reste de la compétition – et surtout la première place du Groupe B. Un défi parfaitement stimulant pour un groupe talentueux et décidé à en découdre avec le reste du monde, Team USA en tête.

  • Les Bleus en route pour les JO

    Les Bleus en route pour les JO

    Vincent Collet a annoncé officiellement une liste de 19 joueurs pour la préparation aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Une liste élargie dans un esprit de compétition comme souhaité par Nicolas Batum lors de la défaite prématurée à la Coupe du Monde FIBA en septembre 2023. Une pléthore de talents qui évoluent un peu partout dans les meilleures équipes du monde. Complétée par quelques soutiens pas anodins, les sparring-partners, des jeunes à très fort potentiel qui pourraient créer la surprise. Et surtout signe d’un doute sur le poste de meneur de jeu qui avait fait défaut en l’absence « politique » de Thomas Heurtel à Jakarta. Pour la succession du héros de Tokyo, l’entraineur des Bleus se laisse pas moins de cinq à six possibilités. Aucune certitude à ce stade, c’est bien sur le terrain, selon les affinités, la forme et les tests, que les places définitives seront déterminées par le sélectionneur et son staff. Avec pour objectif la médaille olympique dans un tournoi particulièrement relevé, à Lille pour les phases de poule et à Paris pour les phases finales. Un beau défi et des chances d’y croire, avec une perspective à long terme particulièrement encourageante, autour du plus beau renfort de la compétition, Victor Wembanyama, le joueur le plus surprenant de cette année de basket toutes compétitions confondues, qui s’ajoute à un groupe finaliste aux derniers Jeux Olympiques.


    6 meneurs pour 3 places ?

    Exit Francisco. Une des satisfactions de la Coupe du Monde 2023, le meneur dynamique Sylvain Francisco qui réussit une belle saison en Euroleague n’a cependant pas été reconduit car il ne correspond pas au gabarit souhaité. En effet, le staff technique cherche des joueurs aptes à s’opposer physiquement à des adversaires plutôt grands à ce poste. Andrew Albicy (1.78m), écarté précédemment au profit d’un Francisco plus offensif, ferait son retour en Équipe de France, apportant une expérience et une dureté prouvées en compétitions internationales. Un petit, ça va, mais deux, ce serait la cata…

    Les autres candidats au poste de meneur ont un profil atypique mais auront la chance de faire leurs preuves en présence du reste de l’équipe dès la fin juin. S’ils sont actuellement entre deux, pour raisons sportives ou de santé, ils seront testés et il suffit que leurs qualités correspondent aux grands talents attendus pour intégrer le groupe de 12 joueurs qui défendront le maillot lors du tournoi olympique. On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise.

    Les meneurs NBA en transition

    • Frank Ntilikina (1.93m pour 90kg, 25 ans, 2.16m d’envergure) est blessé et n’a pratiquement pas joué en NBA cette saison avec les Hornets (5 matches pour 42 minutes) avant d’être libéré. Il s’est entrainé avec l’équipe de Nanterre et aurait repris les contacts, mais reste incertain à moins de 100 jours de la compétition.
    • Théo Maledon (1.93m pour 79kg, 22 ans, 2.06m d’envergure) a joué 11 matches avec Charlotte puis a patienté en G-League avant d’être rappelé par Phœnix, où il est resté 4 mois sans jouer (10 minutes cumulées avant d’être officiellement libéré).
    • Killian Hayes (1.96m pour 88kg, 22 ans, 2.03m d’envergure) n’a pas fini la saison avec les Detroit Pistons, bons derniers du championnat NBA. Il s’entraine depuis quelques semaines à Orlando. Il a tout à prouver sur le terrain lors des sélections.

    Les meneurs européens performants

    • Matthew Strazel (1.82m pour 81kg, 21 ans) a établi cette saison son record en carrière avec 11 passes décisives, marquant également 23 points (victoire 116-73 le 17 décembre 2023). Dans une équipe championne de France, mais partageant la responsabilité avec Mike James et Elie Okobo, il devra s’imposer lors des sélections et confirmer dans une compétition internationale particulièrement relevée.
    • Elie Okobo (1.91m pour 86kg, 26 ans, 2.03m d’envergure), annoncé comme arrière, se retrouve invariablement à la mène aussi bien à Monaco en relais ou complément de Mike James qu’en Équipe de France. Joueur d’impact, il a le gabarit adéquat et reste sur un beau parcours en playoffs du championnat de France, réalisant le doublé avec Monaco. Peut-être son année avec l’Équipe de France, s’il trouve sa place et garde confiance.
    • Nadir Hifi (1.84m pour 82kg, 21 ans). Arrière un peu sous-taillé pour les ambitions affichées par le staff des Bleus, c’est un joueur agile et très rapide avec une mentalité de scoreur qui peut apporter la dynamique recherchée au poste de combo meneur/arrière en Équipe de France, potentiellement en sortie de banc, à la fois dangereux offensivement et altruiste, créant des décalages, du jeu. Il peut rebattre l’organisation des Bleus s’il parvient à s’imposer lors de la préparation, poussant les autres meneurs vers la sortie pour laisser des places à des joueurs de grande taille aux postes d’arrières et d’ailiers, où il y a du beau monde. Il mesure 1.84m avec 10 centimètres de ‘fro, un argument défensif insolite pour gêner l’adversaire, un petit qui joue grand et qui marque…

    Le meneur joker

    • Andrew Albicy (1.78m, 77kg, 34 ans) vient de finir sa saison avec Gran Canaria face au Real Madrid de Vincent Poirier et Guerschon Yabusele (0-2). Il n’a pas des stats folles en championnat, mais reste sur une fenêtre convaincante avec les Bleus en février dernier (deux matches comptant pour les qualifications à l’Euro 2025) et connait bien les cadres avec qui il a joué précédemment. Et il a acquis la confiance du staff pour sa tenue de balle et sa défense. Un porte-bonheur indispensable?

    Le poste d’arrière

    • Evan Fournier (2.01m, 93kg, 31 ans), héros de Tokyo (finaliste aux JO 2021) qui a connu une traversée du désert en NBA avec les Knicks, avant de se rassurer depuis son transfert aux Detroit Pistons. Gâchette des Bleus, sauf surprise, il est titulaire d’expérience et de référence au poste d’arrière-artilleur. Un avantage inattendu dans sa mésaventure américaine depuis deux saisons? Il sera encore plus motivé et très frais, pas du tout usé par deux saisons d’attente sur le banc New-Yorkais. S’il parvient à retrouver son rythme et ses sensations dans un environnement qui lui sied bien, c’est un talent immense en plein prime avec des genoux et des chevilles tous neufs, qui rêve d’or olympique depuis qu’il est tout petit. Il a tout pour réussir sa meilleure compétition internationale avec les Bleus.
    • Bilal Coulibaly (2.03m, 88kg, 19 ans, 2.18m d’envergure) est un arrière/ailier athlétique qui a réussi dans la continuité une excellente dernière saison en France avec Boulogne-Levallois et une étonnante première saison NBA à Washington, obtenant une place dans la sélection all-rookie second team. Le complément idéal au vétéran Fournier, moins expérimenté mais plus long, plus athlétique et meilleur défenseur. La possibilité de reposer le titulaire sans baisse de régime. Et candidat naturel à sa succession. Ancien coéquipier de Victor Wembanyama, une connexion naturelle qui sera particulièrement utile en Équipe de France.
    • Nando De Colo (1.96m, 91kg, 36 ans), c’est la grande question de cette sélection. Ne disputant pas ou peu les playoffs avec son club de l’ASVEL, il risque de ne plus être au niveau pour intégrer le groupe cette année du fait de la mise en concurrence et de la montée en puissance des autres candidats. Titulaire vétéran avec une longue expérience, il garde la confiance du staff en principe et bénéficie de la préparation pour se tester et garde toutes ses chances, à lui de rassurer et de s’imposer.
    • Isaïa Cordinier (1.96m, 84kg, 27 ans), l’arrière de Virtus Bologne qui bute aux portes de la sélection depuis quelques campagnes, répond toujours présent, notamment lorsque les joueurs NBA sont indisponibles. Un joueur d’impact, encore jeune, qui a déjà une belle expérience.

    Le poste d’ailier

    • Nicolas Batum (2.03m, 91kg, 35 ans, 2.15m d’envergure) Philadelphia 76ers. Auteur d’une saison excellente malgré un transfert inattendu, d’Ouest en Est, qui aurait pu une nouvelle fois signer sa fin de carrière. Il a apporté aux 76ers son expertise et sa constance, sa présence des deux côtés du terrain. Gabarit idéal, athlétique et longiligne, en pleine forme, en confiance, il chapeaute le collectif des Bleus en attaque et en défense, c’est un capitaine indispensable, serein, parfait complément des grands gabarits (il a convaincu Joel Embiid à Philadelphie), qui s’entendra parfaitement avec Victor Wembanyama autour de Rudy Gobert pour former une muraille infranchissable. Un grand talent particulièrement efficace avec les autres grands talents, il devrait proposer des très belles choses en attaque. Ces Jeux peuvent être ceux de sa consécration.
    • Jaylen Hoard (2.03m, 98kg, 25 ans) Hapoël Tel-Aviv
    • Ousmane Dieng (2.06m, 100kg, 20 ans) OKC

    Les incontournables à l’intérieur

    • Mathias Lessort (2.06m, 95kg, 28 ans), champion de l’Euroleague avec le Panathinaïkos contre le Real Madrid (95-80) avec 17 points, 6 rebonds en 33 minutes. L’intérieur agile important pour la transmission intérieur-extérieur des Bleus, blessé lors de la dernière compétition internationale.
    • Guerschon Yabusele (2.04m, 123kg, 28 ans) et Vincent Poirier (2.13m, 110kg, 30 ans), finalistes de l’Euroleague contre le Panathinaïkos, champions d’Espagne, valeurs sures à leur poste en Équipe de France. Poirier est le pivot remplaçant idéal aussi bien à Madrid derrière Tavares qu’en Équipe de France derrière Gobert. Yabusele est l’ailier fort à la fois massif et agile, très à l’aise à l’extérieur, titulaire naturel à l’aile.
    • Rudy Gobert (2.16m, 117kg, 31 ans, 2.35m d’envergure), demi-finaliste en NBA avec les Minnesota Timberwolves, élu Défenseur de l’année pour la quatrième fois de sa carrière malgré l’émergence de Victor Wembanyama, qui a bien failli lui ravir le trophée. Auteur d’une excellente saison, sous le feu de critiques constantes, il a emmené son équipe très loin en playoffs et veut décrocher l’or avec les Bleus.

    Le joker

    • Victor Wembanyama (2.24m, 95kg, 20 ans, 2.43m d’envergure), le phénomène rookie de l’année, franchise player des Spurs de San Antonio, unanimement reconnu comme un talent générationel, n’a cessé de surprendre et de se surpasser. Un avenir tout tracé en NBA et en Équipe de France, qu’il intègre par la grande porte.

    Bonus – Les sparring-partners qui intriguent

    • Nolan Traoré (1.92m, 82kg, 18 ans) Saint-Quentin, Betclic Elite. Auteur d’une saison remarquable en première division française, avec une montée en puissance incroyable en playoffs face à l’ASVEL (25 points, 7 passes) et une performance remarquée en compétition de jeunes talents à Munich (45 points contre le FC Barcelone).
    • Maxime Raynaud (2.16m, 113kg, 21 ans) Stanford University, NCAA. Grand gabarit, ambidextre, bon passeur, avec des bons moves dos au panier, un bon shoot.
    • Bodian Massa (2.10m, 26 ans) JL Bourg, Betclic Elite. Intérieur massif, élément majeur d’une équipe de haut niveau qui a réussi un beau parcours cette saison, un renfort intéressant qui va se mesurer aux meilleurs défenseurs de la planète.

    Des possibilités tactiques étendues

    On sait que Wemby est titulaire d’office, mais pas nécessairement au poste de pivot. Son grand talent, en plus de sa taille et de sa mobilité, c’est sa polyvalence, sachant que Vincent Collet souhaite en faire un Yokic. Il risque donc de travailler en tête de raquette. On peut envisager des cinq classiques, mais également des renversements intéressants, voire des cinq totalement inédits, dans un même match, pour dérouter l’adversaire. Avec une réelle pléthore de talents, et surtout de grande taille, c’est un bonheur absolu de coach qui attend Vincent Collet, un régal… et l’embarras du choix !

    La complémentarité Gobert-Wemby

    Rudy Gobert est le pivot titulaire de l’Équipe de France, mais en cas de problème de fautes rapides, il doit pouvoir compter sur Vincent Poirier pour le suppléer. Et les deux jouent très bien ensemble, on peut utiliser une configuration à deux pivots sur certaines séquences pour imposer de la taille et de l’envergure, avec Wemby à l’aile ou au poste haut (ligne des lancers-francs) et deux ailiers ou arrières pour compléter le cinq. Une sacrée muraille, mais également des joueurs très fluides. Cela ouvre des perspectives alléchantes. Oui, techniquement, on peut avoir jusqu’à trois « pivots » sur le terrain en même temps avec Gobert, Poirier et Wembanyama (même si résumer Wemby au poste de pivot du fait de sa grande taille est évidemment réducteur). Imaginez la panique et les mismatches en face… Quand il monte la balle après un rebond, Wemby est extérieur et les deux autres grands ont toute latitude à l’intérieur.

    Une triplette Gobert-Wemby-Batum ahurissante

    Et non, Rudy Gobert et Victor Wembanyama ne sont pas concurrents pour un seul poste. Si Wemby est le plus grand du haut de ses 2.24m, la France n’a aucun intérêt à pénaliser l’un ou l’autre de ces géants en les opposant. Comme avec Karl-Anthony Towns à Minnesota, Rudy Gobert saura s’adapter à la présence d’un autre grand qu’il connait déjà très bien. Leur complémentarité posera des problèmes insolubles à leurs adversaires. Déjà, lors des JO de Tokyo, la paire Gobert-Batum avait réalisé des merveilles en défense (8 contres en demi-finale contre la Slovénie, 4 chacun). Ajoutez Victor Wembanyama et vous obtenez une frontline défensive hors du commun.

    Les cinq de grande taille

    • Gobert-Wemby-Lessort-Batum-Fournier (XXL)
    • Gobert-Poirier-Wemby-Batum-Fournier (XXXL)
    • Gobert-Wemby-Yabusele-Batum-Coulibaly
    • Gobert-Wemby-Batum-Coulibaly-Ntilikina (config meneur)
    • Gobert-Lessort-Wemby-Coulibaly-Hifi (config meneur)
    • Wemby-Yabusele-Batum-Fournier-Coulibaly (3P)

    Les cinq qui courent

    • Gobert-Yabusele-Batum-Cordinier-Albicy
    • Gobert-Lessort-Coulibaly-Fournier-Hifi
    • Gobert-Wemby-Batum-Coulibaly-Strazel

    Si on devait en garder 12…

    Nous ne sommes pas sélectionneurs, mais c’est le jeu.
    Si nous devions absolument en garder 12, ce serait…

    Titulaires : Gobert-Wembanyama-Batum-Fournier-Albicy
    Remplaçants : Poirier-Yabusele-Lessort-Coulibaly-Okobo-Hifi ou Cordinier*
    Wild card : Raynaud ou Massa*
    *Selon forme et sélections.

  • Wemby et le défi olympique du basket français

    Wemby et le défi olympique du basket français

    D’un été à l’autre, tout a changé. Alors que les Bleus se faisaient sortir manu militari en à peine deux matches lors de la Coupe du Monde FIBA 2023, Victor Wembanyama restait lui-même sur une défaite en trois matches en finale de championnat de France contre Monaco et avait décidé à la surprise générale de consacrer son été à la préparation de sa toute première saison NBA sur le sol américain. 80 matches plus loin, alors que les Spurs attendent patiemment leur heure de gloire (pas de playoffs cette saison et pas de gros changements prévus l’été prochain), le probable rookie de l’année 2024 et peut-être même déjà meilleur défenseur de la ligue américaine (il pourrait supplanter Rudy Gobert et Anthony Davis), le nouveau dieu du basket international s’apprête à rejoindre l’Équipe de France pour préparer les Jeux Olympiques de Lille-Paris 2024. Et comme il a toujours plus d’un tour dans son sac, on peut s’attendre à tout. Problème, il est désormais attendu de pied ferme par toutes les nations de premier plan du basket international (Serbie, USA, Allemagne, Australie, Slovénie, Lettonie, Espagne…) qui vont se disputer les médailles sur le sol français. Une quinzaine olympique qui s’annonce palpitante (du 27 juillet au 11 août 2024) et qui pourrait voir le basket français se hisser sur la plus haute marche du podium. Le rêve bleu est accessible mais loin d’être garanti. Ça va chauffer!


    Un tournoi olympique historique et un programme chargé

    Tout le monde sera là ou presque. Doncic et Antetokounmpo étant encore incertains (TQO d’Athènes), Jokic est d’ores et déjà qualifié avec la Serbie, Schroeder avec l’Allemagne championne du monde en titre, Team USA au grand complet (Lebron, Curry et consorts), l’Espagne si elle remporte le TQO de Valence… Douze équipes de très haut niveau pour un tournoi olympique en deux temps, d’abord à Lille pour la phase de poules, puis à Paris pour la phase finale en trois actes (quarts-de-finale, demi-finales et finale).


    La France (Groupe B) entame la compétition le samedi 27 juillet à 17h15 au Stade Pierre Mauroy à Lille face au vainqueur du tournoi de qualification olympique (TQO) qui se déroule en Lettonie (Lettonie, Géorgie, Philippines, Brésil, Monténégro ou Cameroun). Un adversaire soit fatigué, soit galvanisé par sa victoire, qui risque d’être particulièrement chaud – un premier match piège, à l’évidence. Les Bleus enchainent trois jours après face au Japon (mardi 30 juillet à 17h15) puis le vendredi 2 août face à l’Allemagne, vainqueur de la dernière Coupe du Monde (21h). Une petite semaine dans le nord pour se qualifier et revenir à la capitale disputer la phase finale. En cas de qualification, les quarts de finale se déroulent le mardi 6 août à l’Arena de Bercy à Paris, puis les demi-finales deux jours après, le jeudi 8 août, et la finale ou le match pour le bronze le samedi 10 août.

    Si la Lettonie remporte le TQO dans son pays, la France aura la possibilité de laver l’affront de l’été dernier, ou de revivre le même cauchemar, surtout avec l’épouvantail allemand qui arrive la même semaine. Des rencontres décisives, qui s’annoncent tendues, un KO à éviter à tout prix, ça passe ou ça casse. Les supporters français s’apprêtent à vivre un moment à la fois passionnant et effrayant.

    Team USA et l’outsider canadien

    Champion olympique habituel, Team USA avait survolé la compétition avec un effectif incomplet lors des derniers JO à Tokyo, accrochés par nos Bleus mais victorieux. Cette année, sauf surprise de dernière minute, c’est une sélection américaine archi-complète qui viendra chercher l’or olympique. Lebron James, Stephen Curry, tous les illustres basketteurs américains ont réservé leur été de longue date et affichent une forme exceptionnelle en NBA cette saison. Ils seront prêts. Même Joel Embiid, le MVP en titre blessé en cours de saison, semble bien parti pour honorer sa sélection américaine.

    Entre les Bleus et Team USA, il y a désormais le Canada, avec des jeunes joueurs qui montent en puissance. Le héros de la sélection canadienne à Jakarta, Dillon Brooks, rêve de plumer Lebron James sur un terrain qui lui est plus favorable. Shai Gilgeous-Alexander est en état de grâce après une saison exceptionnelle avec OKC. Les Road Warriors, qui rencontrent l’Équipe de France en match de préparation à Orléans le vendredi 19 juillet 2024 à Orléans (Co’met Arena, billetterie ouverte ici), ont déjà l’œil sur l’objectif.

    Sur un malentendu…

    Finaliste émérite des derniers JO à Tokyo, l’Équipe de France reste sur une défaite amère et cinglante lors du rendez-vous international de l’été dernier, mais a toutes les raisons d’éviter une déconvenue similaire cet été. Si le nombre d’équipes de très haut niveau en basket est impressionnant, ça reste un tournoi expéditif, chaque gros en éliminant nécessairement un autre. On n’est pas à l’abri de quelques surprises et la route vers l’or pourrait bien se dégager pour les Bleus (qui ne verra déjà pas la Grèce ou la Slovénie). Le tournoi n’est pas totalement fermé, avec des équipes qualifiées qui n’ont pas le niveau pour réellement exister. Sur un malentendu, la France peut parfaitement se retrouver en quarts face à un adversaire des moins inquiétants. La chance, mine de rien, jouera peut-être un rôle déterminant dans cette compétition pour le pays organisateur.


    La question Wemby

    Cible numéro un des défenses adverses pour l’été 2024, Victor Wembanyama s’attend à une quinzaine difficile pour son premier tournoi olympique avec l’Équipe de France. Mais lui aussi se prépare. Et s’il parvient comme en NBA à imposer son jeu insolite, à déjouer les pièges et à réaliser ses exploits habituels, le petit nouveau peut créer la surprise. S’il met ses paniers, évite les fautes et les coups, et si l’ensemble du camp français parvient à s’organiser autour de lui, à capitaliser sur ses nombreux atouts en évitant les erreurs fatales à ce niveau de compétition, la France a toutes les chances de briller.

    Connue pour sa défense collective exemplaire en compétitions internationales, l’Équipe de France de basket a désormais un renfort de choix qui complète parfaitement le redoutable tandem Batum-Gobert (4 contres chacun en demi-finale olympique face à la Slovénie à Tokyo en 2021). Un talent générationnel inespéré, inestimable, et surtout littéralement plug-and-play (la greffe devrait prendre instantanément, les joueurs se connaissant déjà bien et dont les qualités et l’esprit sont clairement compatibles). La pièce manquante rêvée du puzzle olympique français, que Vincent Collet et son staff s’apprête à placer avec joie sur le terrain.


    Lob Country

    À l’opposé de certains joueurs très talentueux mais dont la venue inquiète dans une équipe où on se demande comment on va pouvoir partager le ballon, Wemby a tout pour réussir en Équipe de France. Un tel joueur devrait non seulement s’épanouir au sein d’une très bonne équipe, ils vont se rendre encore meilleurs les uns les autres, créant des espaces et des opportunités supplémentaires. Un authentique cheat-code, un rare plan win-win-win – pour lui, pour les cadres de l’Équipe de France en grande forme (Batum, Gobert et Fournier) et pour toute l’équipe, qui va pleinement profiter de sa présence polarisante et maîtriser le rebond comme personne, verrouiller la raquette des deux côtés du terrain (une frontline alléchante et intimidante Wembanyama-Gobert-Poirier n’étant pas à exclure, même si on attend avec impatience l’annonce de la sélection officielle de Vincent Collet). Avec les athlètes confirmés Guerschon Yabusele et Mathias Lessort aux ailes, la triplette Francisco-Albicy-DeColo à la mène. Et peut-être s’offrir, en plus d’un jeu intérieur-extérieur complet, un véritable pont aérien en sortie de pick and roll ou en backdoor – après Lob City à Los Angeles, la naissance de Lob Country pour Paris 2024. La venue de Victor Wembanyama éclipse totalement tout regret concernant Joel Embiid et installe le groupe France en tête des pronostics pour l’or olympique tant convoité.

  • L’énigme Wembanyama

    L’énigme Wembanyama

    Numéro un de la draft NBA 2023, possible rookie de l’année, sauveur des Spurs, Victor Wembanyama est bien arrivé dans le championnat nord-américain de basketball. C’est un fait. Ce qui n’était pas prévue, en revanche, c’est qu’il progresse autant et s’affirme déjà comme l’un des meilleurs défenseurs de la ligue, tout en marquant plus de 20 points par rencontre en moyenne. On ne lui en demandait pas tant. Cela ne devait pas arriver. Le rookie vedette de San Antonio et joueur emblématique de l’Équipe de France en route pour les Jeux Olympiques déjoue tous les pronostics. Pourquoi?

    Un physique unique

    Dans l’espace aérien de la raquette, autour du cercle, en attaque comme en défense, les proportions uniques, la condition physique et le sens du placement de Victor Wembanyama réduisent inévitablement les espaces d’expression, les points de passage du ballon. Son envergure, sa rapidité, ses réflexes, rendent la vie impossible à toute la ligue. On pensait que les attaquants présentés comme les plus aguerris de la planète allaient s’adapter, trouver la faille, mettre à genoux le rookie censé découvrir ce niveau de compétition réputé relevé. Aucun joueur NBA n’a vocation à se faire contrer par le géant français. Ses performances ahurissantes en défense auraient dû se tasser au fil de la saison, quand les équipes rencontrent les Spurs pour la deuxième fois, la troisième fois. Et pourtant, contre toute attente, l’araignée continue à prendre dans sa toile autant de ballons que d’habitude, à un rythme haletant, totalement inattendu (3.4 contres par match, premier de la NBA, un contre de plus en moyenne que le deuxième au classement, Anthony Davis avec 2.4). En 65 matches, Wemby affiche un total de 223 contres, loin devant Chet Holmgren avec 175 unités en 73 rencontres, et 80 de plus que Rudy Gobert, #6 au classement avec 143 contres, soit une moyenne de 2.1 unités par match, retour à la normale pour le pivot français du Minnesota qui était tombé à 1.4 contres par match l’an dernier). Pour mémoire, lors de sa dernière campagne de Défenseur de l’année en NBA (DPOY), Rudy Gobert pointait à 2.7 contres par match, son plus haut rendement en carrière sur une saison (71 matches avec Utah en 2020-21, année où il fut également élu all-star pour la troisième année consécutive). Victor Wembanyama est largement au-dessus dès sa première saison NBA (+0.7 unités en moyenne et +33 au total en 65 matches – 223 vs 190). Wemby a déjà battu le record en carrière de Rudy Gobert en nombre total de contres sur une saison (214 en 81 matches lors de la saison 2016-17 avec Utah) avec 9 contres d’avance et encore 8 matches à jouer.

    En progression constante

    À chaque étape, Victor Wembanyama évite les pièges. Rookie wall? Pas de problème – aucune baisse de régime constatée. Fautes stupides et problèmes en défense? Jamais. Temps de jeu limité suite à une blessure? Rendement constant malgré tout. Wemby n’a rien d’un joueur européen, encore moins d’un grand gabarit classique, qui d’habitude ont du mal à s’adapter à la vitesse du championnat NBA et sont légers en défense. Dès son arrivée en NBA, le rookie des Spurs a allongé son impressionnante stature pour aller chercher les shoots extérieurs des stars comme Kyrie Irving et Kevin Durant, imposant son sens de la dissuasion sur l’ensemble du terrain. Il opère à la fois en hauteur et au sol, avec des déplacements rapides, vifs, il va aussi vite que le ballon, ce qui lui permet de couvrir chaque menace en contestant vraiment le tir, puis de se replacer dès que la balle bouge et de la suivre. Il est présent et réellement impliqué en défense, pas juste pour faire de la figuration. Et curieusement, au lieu de l’éviter et de renoncer à tenter de marquer sur lui, les joueurs NBA continuent de le défier et de se faire contrer. Au lieu de baisser, ses statistiques défensives augmentent au fil de la saison. Il continue à donc à progresser, à attraper les attaquants les plus talentueux de la planète, avec des matches à 7 contres de plus en plus fréquents (à Houston pour son 56ème match le 5 mars et en recevant Brooklyn, son 60ème le 17 mars). Sept contres !!! Pour mémoire, il avait déjà réalisé 8 contres face à Memphis lors de son 13ème match de la saison le 18 novembre 2023, ce n’était pas un hasard, ni un épiphénomène, comme on pouvait le penser à l’époque, c’est en train de devenir sa norme.


    Des statistiques trompeuses?

    Si Victor Wembanyama éclabousse le championnat nord-américain par son talent et se présente en tête des classements statistiques, il faut quand même rappeler qu’il a joué pendant deux mois sous cloche, avec un temps de jeu limité par le banc des Spurs, en guise de précaution médicale, et a même raté quelques matches (9 sur les 74 de son équipe pendant lesquels il n’a donc pas pu travailler comme il le souhaite), notamment les fameux back-to-back. Malgré ce handicap, le rookie des Spurs domine largement la ligue au classement des contres aussi bien en moyenne qu’en total. Et dès lors qu’il passe les 30 minutes et les 20 shoots dans un match, c’est un tout autre joueur. Le 17 mars, dans la victoire contre Brooklyn (122-115), Wemby a marqué 33 points en 36 minutes (14/26 aux shoots, dont 1/7 à trois points, 15 rebonds, 7 passes décisives et 7 contres pour une seule faute). Le 29 mars, dans la victoire contre New York (130-126), le rookie a marqué 40 points en presque 38 minutes (13/22 aux shoots dont 4/9 à trois points, 20 rebonds, 7 passes décisives et 2 interceptions). Et dans l’intervalle, dans une courte défaite contre Memphis (97-99), il a marqué 31 points en 33 minutes, avec une réussite en berne (11/24) et une certaine boulimie à trois points (3/12 seulement), un petit 6/10 aux lancers-francs et 7 balles perdues, avec bien entendu du positif (16 rebonds, 5 passes décisives, 3 contres et deux interceptions). Victor Wembanyama démontre à chaque sortie que son potentiel est illimité au sens strict du terme. Il explose dans tous les sens, en attaque comme en défense, défiant toute logique ou mesure. Le spectacle ne fait que commencer.

  • Wemby, le nouveau Kareem ?

    Wemby, le nouveau Kareem ?

    Rookie extraordinaire qui vient tout juste de fêter ses 20 ans, Victor Wembanyama fait déjà partie des attractions du championnat de basketball le plus regardé au monde, la NBA. Du haut de ses 2,24 mètres, il domine de la tête et des épaules, faisant passer d’autres géants comme Kristaps Porzingis pour plus petits qu’ils ne sont (le géant des Celtics est annoncé officiellement à 2,18 mètres, mais il semblait une demi-tête de moins que le français lors de leur confrontation sur le terrain). Avec son calme légendaire, sa silhouette longiligne, son talent évident, très au-dessus du lot, il fait penser à Kareem Abdul-Jabbar, le géant de Milwaukee et Los Angeles qui a joué 20 ans en NBA (de 1969 à 1989). Si les Spurs connaissent une saison difficile sur le plan collectif, ils savent qu’ils peuvent compter sur l’une des valeurs sures de la ligue pour la prochaine décennie et rêvent de construire une dynastie autour du meilleur joueur français de tous les temps. Il a toute une vie devant lui, mais il réalise déjà des performances ahurissantes. Une période paradoxale, à la fois frustrante et exaltante. Mais surtout excitante.

    Son match de référence à Portland

    Ayant déjà franchi la barre des 30 points dès son cinquième match NBA, contre Kevin Durant, avec 38 points et une belle victoire contre les Suns de Phœnix (132-121), Victor Wembanyama n’a cependant pas pu empêcher ses Spurs de sombrer dès le lendemain, subissant une série de 13 défaites avant de rater un match (les Spurs ont porté la série à 18). Wemby a dû attendre son 22e match (le 13 décembre 2023) pour atteindre à nouveau les 30 points (30 points exactement) dans une défaite contre les Lakers (119-122). Entre-temps, il a également réussi un double double-double avec 21 points et 20 rebonds (son record personnel) contre Chicago. Et enfin, c’est à Portland qu’il a réussi sa plus belle performance en date, avec non seulement 30 points avec un haut taux de réussite aux tirs, mais également 7 contres, 6 rebonds et 6 passes décisives pour à peine 1 balle perdue, le tout en tout juste 24 minutes de jeu. Un rookie décidément très efficace, même en temps limité.

    30 points (9/14 dont 2/4 à 3 points), 6 rebonds, 6 passes décisives et 7 contres en 24 minutes.

    Le 27e match NBA de Victor Wembanyama

    Ses gestes hors-normes

    Le dunk en contre-attaque, à la fois calme et tonique, toujours le geste malin. Grâce à sa capacité d’anticipation, il a toujours la bonne réponse en temps réel. Son adversaire espère qu’il fera l’erreur de redescendre la balle pour un dribble, il passe la vitesse supérieure et garde le ballon bien haut, pose ses appuis pour arriver au cercle sans dribble supplémentaire, on pense qu’il part pour un layup, mais sa course est si fluide, l’adversaire ayant évité le contact, il parvient finalement à dunker.


    Chaque match sera bien une déclaration

    Opérant sous la contrainte d’un temps de jeu limité par le staff des Spurs, Victor Wembanyama a promis que chaque match désormais serait une déclaration (statement). Et au bout de deux matches, force est de constater qu’il s’y tient. D’abord un triple-double en 21 minutes contre Detroit (130-108). Et un joli double-double en à peine 20 minutes contre Charlotte (26 points, 11 rebonds et 2 contres, 135-99). Pendant ce temps-là, sur les réseaux, certains continuent à douter de Wemby (on parle de ses choix de shoots douteux, de son adresse moribonde, du fait qu’il devrait se rapprocher de la raquette avec sa taille démesurée). Pourtant, le rookie vedette des Spurs ne fait que valider son statut de joueur d’exception, de #1 de la draft 2023, avec une évolution toujours plus rapide que prévu.

    16 points, 12 rebonds, 10 passes décisives et 0 balles perdues en 21 minutes.

    26 points (9/14 dont 2/3 à 3 pts et 6/6 aux lancers-francs), 11 rebonds, 2 contres en 20 minutes.

    LEs 32e et 33E MATCHes NBA DE VICTOR WEMBANYAMA

    Un rookie très en avance sur sa saison

    Certainement plombé par son temps de jeu limité et les résultats catastrophiques des Spurs en championnat (6-30, derniers de leur division), Wemby est toujours une énigme pour de nombreux fans, qui ne savent pas comment prendre l’étonnant rookie français. Il peut encore être all-star, il espère être bientôt débarrassé de toutes restrictions sur son temps de jeu, même s’il est privé de back-to-back (quand les Spurs jouent deux soirs de suite, il ne joue pas le second match) et reste toujours incertain dans la course au titre de rookie de l’année face à Chet Holmgren, le prodige d’OKC (26-11), dans un club bien mieux classé avec une belle deuxième place dans la Conférence Ouest juste derrière les Minnesota Timberwolves de Rudy Gobert (et qui vient de passer un savon aux Blazers, 139-77). Non content d’établir des records de précocité à chaque match, le rookie des Spurs est actuellement le meilleur contreur de la ligue (3,3 blocks par match). Il n’en finit pas d’étonner même ses fans les plus fidèles.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de ses premiers matches NBA cette saison, nous continuons à observer avec attention la suite de sa carrière américaine, mais avec une certaine distance dans une saison perdue d’avance à San Antonio. Et il continue à nous étonner, comme à chaque étape de sa carrière.

  • La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    Pour son deuxième match NBA, une rencontre accrochée face aux Rockets de Houston, Victor Wembanyama et ses coéquipiers ont déjà franchi un pallier important. Pas de fautes idiotes, pas d’oublis en attaque, des paniers discutables mais une connexion enfin établie entre le géant français et ses coéquipiers, qui ont bien compris les possibilités d’un tel gabarit en contre-attaque… mais pas seulement. Une très belle soirée où le français a confirmé tout ce qu’on pouvait attendre de lui, décidément très tôt, avec des highlights de folie des deux côtés du terrain, un goût prononcé pour les actions décisives dans le money time – un joueur déjà clutch. Et surtout, au bout du compte, une victoire arrachée après prolongation (126-122). La NBA, avec son calendrier, ça va vraiment très vite, et Victor Wembanyama l’a bien compris.


    Un jeu juste mais nettement perfectible

    À l’évidence, Victor Wembanyama n’est pas un rookie comme les autres. Sa maturité est largement en avance sur son âge. Après un premier match émaillé de fautes, le rookie vedette des Spurs a bénéficié pour sa seconde sortie à domicile d’un temps de jeu plus correct avec 31 minutes (et seulement deux fautes). Il a encore du déchet avec 4 ballons perdus et une série de tirs à longue distance discutables, en déséquilibre ou précipités, ce qui lui a valu une panne d’adresse en milieu de rencontre, et qui explique son faible total (7/19, soit 36,8%, dont 0/6 à trois points). Cela a permis à Houston de rester dans le match jusqu’au bout. Il reconnaîtra après le match qu’il doit désormais travailler sur son impact plus tôt dans les rencontres.


    L’apprentissage collectif en plein match

    En revanche, après un début de match où les commentateurs de la télévision locale voyaient mieux les possibilités de passe pour un Wemby ouvert dans la raquette que ses coéquipiers, ceux-ci ont fini par réaliser à quel point le jeu devenait simple dès lors qu’ils levaient la tête et lui transmettaient le ballon. Un grand gabarit de 2,24m qui coupe dans la raquette en contre-attaque, dans le bon timing, c’est un panier facile – acrobatique et aérien, tellement au-dessus de la mêlée. Il y a donc eu des alley-oops, dont l’un subtilisé à son propre coéquipier, Jeremy Sochan (2,03m, voir photo ci-dessous). Des actions magnifiques que l’on verra très souvent à l’avenir. Si les Rockets ont bien réussi à défendre à la régulière pendant un temps, Dillon Brooks a fini par attraper le français sur une contre-attaque à la limite d’une faute anti-sportive. En définitive, c’est Victor Wembanyama qui a provoqué des fautes, notamment lors de mismatches, réalisant plusieurs actions à trois points avec le lancer-franc bonus (7/8 dans cet exercice). Même quand il rate ses paniers de loin, il trouve quand même le moyen d’inscrire trois points par action ! Un joueur ultra-rentable, qui passera souvent les 20 points en match sans accaparer le ballon, comme il le faisait en France.

    Le rookie trouve ses marques

    Décisif en fin de match, Victor Wembanyama a su demander le ballon au poste bas pour plusieurs phases de un-contre-un spectaculaires sur le côté droit, avec sa maîtrise du ballon en dribble et des moves très efficaces. Il a ainsi produit l’une des actions du match, un dunk renversé en passant ligne de fond. Si on pensait que le rookie français longiligne aurait du mal à s’adapter à la dureté de la NBA, cette action a démontré la puissance dont il dispose déjà pour ses premiers pas dans le championnat américain. Non seulement il a effacé son adversaire direct avec un mouvement en dribble fluide digne d’Hakeem Olajuwon, il est allé chercher un dunk de l’autre côté du cercle avec une aisance incroyable, rappelant Kobe Bryant. Si gracieux et si haut qu’il n’y a même pas de contact possible avec son adversaire, dans le vent.

    La vie continue et la concurrence ne faiblit pas

    Si on peut féliciter Wemby pour son très bon match et une très belle victoire, cela reste un match parmi tant d’autres dans une très longue saison (82 matches) et un bilan à date de 50% (1 victoire pour 1 défaite). Comme l’a rappelé Wemby lui-même en conférence de presse, il a certes envie de célébrer son succès, mais il réalise que c’est seulement le deuxième match de la saison et qu’à peine arrivé dans le vestiaire, toute l’équipe est déjà tournée vers le prochain match, à Los Angeles contre les Clippers, dans 2 jours. Et deux matches de suite contre Phœnix, les 1er et 3 novembre. 3 matches en 5 jours contre deux grandes équipes de la conférence ouest ! Un rythme effréné qui ne permet pas de se reposer sur ses lauriers. Il n’a tout simplement pas le temps.

    21 points, 12 rebonds, 3 contres et 3 interceptions en 31 minutes de jeu.

    Le second match NBA de Victor Wembanyama

    Et si sa performance est intéressante pour un rookie, il est encore loin d’être le joueur le plus en vue de ce côté de l’Atlantique. Luka Doncic, victorieux lors du premier match des Spurs, s’est monté encore plus fort pour sa deuxième sortie avec 49 points (64% aux shoots), 10 rebonds et 7 passes en 36 minutes dans une nouvelle victoire des Mavs (125-120) avec 4 paniers à trois points de suite pour conclure la rencontre. La route est encore longue pour atteindre le sommet de la NBA.

  • Wemby: le jeu de patience commence

    Wemby: le jeu de patience commence

    Ce mercredi 25 octobre 2023, le pivot français expatrié aux États-Unis, Victor Wembanyama, jouait son premier match officiel avec les Spurs de San Antonio contre les Mavericks de Dallas dans le championnat NBA. Une première sortie correcte mais frustrante, du fait des 5 fautes personnelles qui ont rapidement limité son temps de présence sur le terrain, et donc sa production. Et si le jeune homme de 19 ans a montré des belles choses, comme ses coéquipiers, les très jeunes Spurs ont concédé une première défaite aux Dallas Mavericks de Luka Dončić, royal (119-126). Retour sur une première fois inattendue, intéressante et révélatrice à plus d’un titre, qui s’est jouée à pas grand chose (égalité à 2 minutes de la fin).


    Un KD de 2,24m

    Ils ont osé. Comme Magic Johnson en son temps, Victor Wembanyama est considéré par les Spurs pour ses capacités et non pour sa taille. Alors que tout joueur au-dessus de 2,10m au basket est généralement collé sous le cercle pour défendre et prendre un maximum de rebonds, Wemby a l’opportunité de montrer tout son talent à l’extérieur. Son premier contre en NBA? C’est Kyrie Irving qui a eu cet honneur sur un shoot. Le géant français n’a cependant jamais pu s’offrir l’autre star des Mavericks, le slovène Luka Dončić. C’est en attaque qu’il s’est illustré avec 3 tirs à trois points réussis en 5 tentatives (60 %), sans compter un quatrième panier réussi mais annulé pour une faute sifflée sur un coéquipier. Victor Wembanyama était bien réglé pour son tout premier match NBA.

    Le problème des fautes, à suivre

    S’il a impressionné avec déjà 15 points, avec une belle pointe en 4ème quart-temps (9 points à 4/5 aux shoots en 7:38 de jeu), c’est son temps de jeu réduit sur le terrain qui a sérieusement limité ses ambitions. Un problème courant pour un rookie et qui lui avait déjà joué des tours en LNB la saison dernière. En effet, avec sa taille et sa mobilité, son activité permanente sur le terrain, il se trouve fréquemment au contact et peut facilement être pénalisé. Un coude par ci, un coup de hanche par là, avec seulement 5 fautes en LNB (40 minutes) et 6 en NBA (48 minutes), la moindre maladresse en attaque comme en défense peut lui valoir deux fautes bêtes successives, lui coûtant des points et le renvoyant sur le banc de touche.

    La sérénité du géant français pour son tir à trois points, hors de portée de Grant Williams.

    Le syndrome Zo Mourning

    Comme Shawn Kemp et Alonzo Mourning, Victor Wembanyama est particulièrement concerné par ce point de règlement spécifique. C’est un talon d’Achille préoccupant. Tout seul, il peut s’auto-pénaliser par maladresse ou excès de confiance, sur des contacts à n’importe quel moment du match. Son talent n’a aucun intérêt s’il est bloqué sur le banc de touche. Et si les adversaires en profitent (on peut s’y attendre tôt ou tard, sans doute en playoffs), un peu de provocation ou de flopping peut permettre de régler le problème Wembanyama. Au lieu de l’affronter directement et de subir sa présence imposante, ils peuvent s’en servir contre lui. C’est le métier. Un problème qui sera identique en compétitions internationales – notamment face à des équipes « techniques » comme l’Espagne qui savent provoquer des fautes.

    Au poste, Victor Wembanyama aura souvent une tête de plus que ses adversaires.

    Un impact décisif sur le match

    Après un premier quart-temps tonitruant (43-36), les Spurs ont perdu chacun des 3 quarts-temps suivants (25-28, 23-32 et 28-30) alors que Wemby passait à peine 5 minutes 33 sur le parquet en deuxième quart-temps (entré avec 8 minutes à jouer et ressorti à 3 minutes de la mi-temps, sans impact réel) et à peine 3 minutes 23 en troisième quart-temps. Si ses coéquipiers ont curieusement profité de son absence en fin de première mi-temps pour creuser l’écart (12-0 en deux minutes pour porter le score à 68-56), les Mavs ont recollé au score avant la pause (64-68) et profité de deux fautes rapides de Victor Wembanyama (la troisième à 9:15 sur sa prise de position contre Grant Williams et la quatrième à 8:37 sur un écran musclé contre Derrick Jones JR.) pour reprendre un avantage décisif (32-23 en troisième quart-temps dont 27-19 en l’absence du français) grâce notamment à 10 points de Dereck Lively (4/4 à 2 points et 2 lancers-francs).

    15 points (6/9 aux tirs dont 3/5 à 3 points), 5 rebonds, 1 contre et 2 interceptions en 23 minutes.

    Le premier match NBA de Victor Wembanyama

    Des Mavs qui ont entamé le dernier quart-temps avec 5 points d’avance (96-91), avantage qu’ils auront conservé pendant l’absence du géant français après sa cinquième faute dès la première action défensive (sur un drive de Luka Dončić) et qu’ils auront maintenu finalement jusqu’au bout (126-119) malgré le retour convaincant du français, trop court sur la fin (transparent dans les 3 dernières minutes). Dončić, lui, était royal et constant toute la soirée, avec son 31ème triple-double en carrière à 30 points ou plus (33 points, 14 rebonds, 10 passes décisives et 2 interceptions), réalisant une interception fatale (à 1:26) et un ultime panier à trois points pour tuer le match (à 30 secondes de la fin). Le slovène aura soit marqué, soit réalisé une passe décisive, sur les 11 derniers points du match (6 points pour lui et 5 points pour Kyrie Irving).

    Une feuille de route qui se précise

    C’est donc le métier qui rentre pour le rookie des Spurs, mais pas juste une question de jeunesse ou de nouveauté – c’est physique. Un tel gabarit, avec un peu d’inertie, dans un jeu très rapide et en mouvement constant, ça fait facilement des dégâts. Et les arbitres n’ont pas le temps de comprendre pourquoi un joueur plus petit se retrouve par terre ou se contorsionne (comme Grant Williams sur le coude de Wemby lors de sa prise de position en début de troisième quart-temps). Comme Rudy Gobert, Wemby paiera toujours sa stature impressionnante. À lui, comme notre pivot français, de ranger ses mains et de bien rester sur ses appuis, de ne pas se faire avoir sur des petits contacts inutiles et parfaitement évitables (comme sur le lay-up de Josh Green en contre-attaque avec moins d’une minute à jouer dans le premier quart-temps). C’est du jugement, l’habitude et une forme de rigueur. Il apprendra à éviter les pièges, malheureusement nombreux, et le risque sera quand même toujours présent pour un gabarit hors-normes. Un premier match compliqué, mais une belle saison en perspective à San Antonio.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de sa dernière saison en France (10 matches depuis les tribunes dont les 3 derniers en finale à Monaco puis à Roland Garros), nous suivons avec attention la carrière américaine du prodige français.

  • Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Hors-normes, surdoué, Victor Wembanyama avait tous les atouts pour intégrer le championnat NBA. Numéro 1 de la draft en juin dernier, sélectionné par les Spurs de San Antonio, il avait fait l’impasse sur la Coupe du Monde FIBA avec l’Équipe de France pour assurer sa transition américaine. La saison qui commence bientôt, le 24 octobre 2023, s’annonce d’ores et déjà triomphante pour le rookie de 19 ans (2,24m pour 94kg). Voilà pourquoi.


    Une pré-saison au-delà des attentes

    Après une summer league correcte mais sans plus (à peine deux matches, un premier match raté, un second plus prometteur), Wemby était sagement retourné en coulisses pour travailler sérieusement, à l’abri des sollicitations notamment médiatiques. Une mise au vert qui a porté ses fruits. Avec un physique plus tonique, le géant des Spurs a attaqué les matches de pré-saison en mode KD, montrant son aisance au dribble, au shoot et à la passe en tant qu’extérieur. Il a notamment expérimenté son tir à trois points, avec 7 réussites en 22 tentatives (31,8%) et impressionné par sa défense sur des joueurs vifs et de toutes tailles. Sa mobilité, sa capacité à s’étirer de toute sa longueur pour aller chercher des ballons aussi haut après le shoot, sont une révélation. Les Spurs ont tenu parole, ils le laissent jouer son jeu en essayant de le suivre et de l’entourer au mieux. C’est une attitude très constructive, qui paye immédiatement.

    Pas de bizutage pour le rookie

    Dès son premier match, Victor Wembanyama a marqué 20 points. Alors que Greg Popovich a reconnu n’avoir annoncé qu’un seul système spécifiquement pour lui, le rookie français a trouvé des opportunités tranquillement, sans forcer, et il a tout simplement mis ses shoots. Des tirs propres, des mouvements fluides, qui font régulièrement ficelle – le fameux “swich”. S’il était passé à travers son premier match, comme en summer league, on l’aurait excusé. Même en pré-saison, ce sont déjà les équipes NBA complètes, la marche est énorme entre le premier contact américain de cet été et ces matches de préparation à quelques jours du début de saison. On se voyait déjà dire que le prodige est encore trop jeune, le jeu est trop rapide pour un français qui débarque… eh bien non. Wemby est déjà là, bien au point dans tous les compartiments du jeu. Même pour nous qui l’avons suivi de près depuis un an, c’est surprenant. On a beau être optimistes, conscients de son potentiel avec sa combinaison unique au monde de taille, de souplesse et de réactivité, il dépasse nos attentes par sa précocité. Tout va plus vite que prévu.

    Le contre sur Klay – un bug dans la matrice

    Réussir à se faire une place dans le roster des Spurs, faire bonne figure en pré-saison, d’accord. C’était logique après un été studieux avec le staff des Spurs. C’était l’idée. Mais battre les Golden State Warriors (122-117)? Contrer Klay Thompson puis Andrew Wiggins à 3 points? C’est une authentique dinguerie. À quelques jours du début de la saison régulière NBA, avec un training camp dans les pattes, les clubs sont au point, il n’y a pas d’erreur. Ce n’est pas une aberration. Le rookie des Spurs défie déjà l’ordre établi en NBA. Seulement quelques mois après son dernier match en championnat de France (en finale contre Monaco), force est de constater que ses qualités physiques, mentales et son jeu s’appliquent parfaitement à la NBA. La greffe a déjà pris. Et ce n’est que le début !

    19,3 points, 4,7 rebonds et 2,7 contres en 21 minutes de jeu. 3 victoires en 4 matches.

    La pré-saison NBA de Victor Wembanyama

    Une discipline de fer – le ciel pour seule limite

    La raison d’y croire très fort, c’est la méthode grâce à laquelle Wemby est en train de réussir sa transition en NBA. Rien n’est dû au hasard. Le sacrifice difficile mais inévitable de l’Équipe de France, critiqué même par des spécialistes reconnus, n’était pas un simple caprice de star, mais une décision murement réfléchie. Une impasse obligatoire pour travailler spécifiquement dans l’environnement des Spurs, avec tous les avantages (infrastructures, personnel, planning optimisé) et les objectifs du club en connaissance de cause (après les tests suffisamment concluants de la summer league). Le résultat est déjà là. Annoncé comme le meilleur joueur du monde d’ici 3 ou 4 ans par Richard Jefferson (en écho à Magic Johnson), il a réussi son intégration en NBA et se prépare à vivre une saison historique au sein d’un club qui le comprend. C’est une machine de précision qui ne s’arrêtera pas. Et même s’il y a des revers, des hauts et des bas, voire même une blessure, c’est un train qui ira dans un seul sens quoiqu’il arrive: toujours plus loin, toujours plus haut. Victor Wembanyama a 19 ans et 291 jours (le 22 octobre 2023), il fêtera ses 20 ans à San Antonio le jeudi 4 janvier 2024 avec une belle affiche contre les Milwaukee Bucks du tandem Lillard-Antetokoúnmpo. Alors que les autres clubs NBA ajustent déjà leur préparation pour le phénomène des Spurs, il est prêt lui aussi à les affronter. Son avenir est définitivement tout tracé.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de sa dernière saison en France (10 matches depuis les tribunes dont les 3 derniers en finale à Monaco puis à Roland Garros), nous suivons avec attention la carrière américaine du prodige français.

  • Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    C’est officiel, Victor Wembanyama, le MVP du championnat de France 2023, finaliste avec les Mets 92 contre l’AS Monaco en juin, numéro 1 de la draft NBA 2023 engagé désormais avec les Spurs de San Antonio, ne participera pas à la Coupe du Monde FIBA 2023 avec l’Équipe de France de basket. Un coup dur pour la sélection française qui prépare également les JO de Paris 2024, une décision difficile mais nécessaire pour le futur rookie des Spurs, en concertation avec son propre staff, qui prépare déjà sa transition entre France et États-Unis. Et comme à son habitude, le jeune joueur ne laisse rien au hasard.

    Une marche très haute

    Même s’il a été sélectionné en numéro 1 de la draft NBA cette année, comme c’était attendu, la tâche s’annonce très difficile pour Victor Wembanyama. En effet, du haut de ses 2.24m, il n’a toujours que 19 ans et tout à prouver en NBA. Sa sélection historique en #1 ne correspond pas à son niveau actuel, mais à son potentiel. C’est un projet sur le long terme pour les Spurs, qui ne pouvaient pas se permettre de le laisser passer. Il ne devrait donc pas être prêt à jouer les premiers rôles dès sa première année, mais il entend bien limiter la casse au maximum et vise déjà, d’emblée, le titre de rookie de l’année. Il va donc clairement morfler au contact des joueurs les plus physiques de la planète, surtout à l’intérieur, mais pas trop, si tout se passe bien. Et pour que tout se passe bien, il préfère éviter les détours… et jouer autant de matches que possible. Détail important pour la suite.

    Un bras de fer avec le staff des Spurs

    Engagé pour les Summer leagues, qui démarrent à Sacramento dès le 3 juillet et se poursuivent à Las Vegas le 7, Victor Wembanyama a déjà prévenu le staff technique des Spurs qu’il souhaite participer à l’ensemble des matches possibles lors de sa première saison en NBA. Ce à quoi les Spurs ont répondu qu’ils « feraient leur possible pour accéder à cette demande ». Les termes sont clairs, les réponses un peu moins, ce qui indique une relation déjà constructive et dynamique entre le joueur et son nouveau club, mais avec un bras de fer sous-jacent – le jeune présente déjà des exigences inattendues qui peuvent ne pas être en accord direct avec le staff technique des Spurs, connu pour pratiquer volontiers le load management avec ses joueurs. Une partie d’échecs où chacun avance ses pions, le premier étant malheureusement pour le public français et la fédé sa participation à la Coupe du Monde FIBA cet été.

    Qu’est-ce que le load management ?

    Depuis quelques années, plusieurs clubs NBA prennent des libertés avec le calendrier imposé par la ligue, très chargé et parfois proprement déraisonnable en termes de récupération – le fameux 4 matches en 5 soirs, par exemple. Les clubs n’ont pas d’autre choix pour préserver la santé de leur jours que de décider parfois même au dernier moment d’aligner une équipe B à un match important pour la télévision américaine. Certaines belles affiches sur le papier sont donc régulièrement gâchées par l’absence inopinée d’une ou plusieurs stars, non pas pour cause de blessure, mais pour la récupération des joueurs et leur santé à long-terme. Les spectateurs voient donc arriver leur vedette tant attendue en tenue de ville.

    Les Spurs ont été précurseurs de cette pratique, refusant par exemple d’aligner quatre joueurs majeurs contre le Heat de Lebron James en novembre 2012 (pas de TP, Duncan, Manu ni Danny Green). C’était le sixième match d’une tournée, les Spurs ayant gagné les 5 premiers matches, et c’était le seul déplacement de la saison à Miami, contre un rival pour le titre de champion NBA. Un match très attendu par les fans et les chaînes de télévision, mais à l’évidence difficile pour des Spurs surmenées. Gregg Popovich a donc décidé non seulement que ses joueurs vedettes n’y participeraient pas, mais les a en plus renvoyés directement à San Antonio sans assister au match, afin de se reposer en vue d’un prochain match contre les Grizzlies. Le club a écopé d’une amende de 250 000 dollars, alors même que sur le fond, la ligue ne contestait pas la décision du coach, mais plutôt ses modalités et son timing, ne laissant ni aux fans, ni à la ligue, ni aux organisateurs à Miami le délai de prévenance habituel. Les clubs restent souverains dans les décisions, mais il y a un protocole, qui n’avait pas été respecté.

    Depuis, le load management est rentré dans les habitudes, ce qui permet aux clubs de mettre au repos légitimement leurs stars lors du deuxième match de suite (le fameux back-to-back). Afin de préserver leur jeune recrue, les Spurs comptaient probablement surveiller de près sa fatigue et pouvaient envisager de réduire ses apparitions en matches de saison régulière, surtout dans une saison qui risque de se solder sans play-offs, donc sans enjeu sportif réel. Autant ménager le rookie, qui sera sollicité par sa fédération lors de compétitions estivales, notamment les Jeux Olympiques de Paris à l’issue de sa première saison, à l’été 2024.

    Pas de bleus cet été, mais pas de load management

    Cependant, ce n’est pas la préférence du rookie, qui l’a déjà fait savoir, pas de load management pour sa première saison américaine. Pour être au mieux avec son club et pouvoir exiger de jouer tous les matches lors de sa première saison, mais également optimiser sa préparation américaine, Victor Wembanyama a déclaré forfait pour la Coupe du Monde FIBA 2023 qui l’aurait emmené en France fin juillet pour la préparation puis à Jakarta fin août. Un été en bleu, dans un système de jeu particulier, différent de son ancien club (Boulogne-Levallois) et de son futur club (San Antonio), avec des règles différentes (FIBA) et la perspective d’une lutte difficile dans la raquette malgré la présence de Rudy Gobert au poste de pivot titulaire. Par cette décision difficile mais murement réfléchie, Victor Wembanyama se libère du poids considérable d’une compétition très relevée et très attendue par la FFBB et le public français; il peut désormais se focaliser exclusivement sur la préparation de son année rookie à San Antonio, qui s’annonce extrêmement difficile et nécessite toute son attention. C’est embêtant pour la Fédération Française de Basketball (FFBB) et la FIBA, pour le public qui l’attendait, pour les supporters français évidemment, mais tout le monde peut comprendre la logique et approuver le raisonnement, la retenue. Pas malin de se cramer tout l’été après une saison intense en LNB qui s’est terminée en finale mi-juin, à un an des Jeux Olympiques et avec une année NBA déterminante qui démarre mi-septembre et qui sera forcément exténuante (avec le fameux rookie wall, à négocier intelligemment). Sans pause réelle, c’était mission impossible.

    Les devoirs de vacances en Summer League

    Au lieu d’endosser le rôle de sauveur d’une sélection française, avec la certitude de s’attirer deux ou trois défenseurs et autant de coudes, de fautes flagrantes ou des petits coups en douce souvent ignorées par l’arbitrage, le rookie des Spurs va pouvoir se familiariser avec le staff qui va le suivre toute l’année, en commençant par les matches estivaux qui présentent déjà, contrairement à ce que certains en disent, une opportunité d’apprentissage très intéressante pour le jeune français, avide de nouveaux challenges. Ce n’est pas la NBA, certes, mais quand on vient de Boulogne-Levallois face à Bourg-en-Bresse, Monaco, Blois et Nanterre, chaque étape américaine est bonne à prendre.

    Un profil des plus atypiques

    Ne vous y trompez pas, Victor Wembanyama est un cas unique. Dans le basket français, un tel monstre physique et athlétique était proprement injouable. Sa seule présence en attaque comme en défense posait des problèmes inédits pour des professionnels pourtant aguerris. Régulièrement, les clubs adverses refusaient d’entrer dans la raquette pour éviter le contre inévitable du géant boulonnais. On a même vu des joueurs jeter la balle plutôt que de se faire contrer sur un shoot à 3 points. Monaco, en finale, a utilisé une technique coordonnée à deux pour permettre au meneur de jeu d’accéder au panier en poussant le pivot de 2,24 mètres de côté.

    Et en défense, toute l’équipe était mobilisable sur chaque action : dès que Wemby recevait le ballon, il devait affronter deux, trois voire cinq joueurs, ouvrant considérablement le jeu pour ses coéquipiers, qu’il savait trouver pour une passe décisive presque trop évidente – un jeu totalement faussé. Ses statistiques impressionnantes pour un joueur de 19 ans, ont donc été réalisées dans un contexte très particulier. C’est pourquoi rester une saison de plus en championnat de France n’aurait pas réellement servi – il ne rencontrera jamais de telles situations en NBA, où son avantage de taille sera moins important. Sa préparation doit donc se faire désormais exclusivement sur le sol américain, où la concurrence est plus élevée globalement et à chaque poste, rendant un 5 contre 1 pratiquement impossible. Curieusement, si son vis-à-vis sera plus costaud, le jeu dans son ensemble devrait être plus clair.

    Victor veut jouer Lebron

    Visiblement, Victor Wembanyama ne veut rater aucune rencontre en NBA lors de sa première saison. C’est essentiel pour son processus d’apprentissage, sa boîte noire interne qui enregistre chaque possession, c’est ce qui lui a permis de progresser considérablement en LNB cette saison, où il n’a pas raté une minute de jeu, jamais abandonné un match même mal parti (comme en témoigne le premier match de la finale contre l’AS Monaco, une deuxième mi-temps exemplaire après une première mi-temps catastrophique, alors que le score était sans appel: 21-52 à la mi-temps puis 64-87 à l’arrivée). Au lieu de se reposer sur le banc pour la suite de la finale, le MVP des Mets a joué la deuxième mi-temps comme un nouveau match, remporté pour la gloire (43-35 pour les Mets). Toute l’année, on l’a vu jouer chaque ballon avec la même intensité, même après le coup de sifflet de l’arbitre; quand un adversaire tentait un shoot qui ne comptait pas, Wemby allait chercher le ballon au-dessus du cercle, en mode Georgetown – pas de panier, même pour rien.

    Pour le rookie des Spurs, pas question, sauf problème de santé caractérisé, de rater une affiche dont il rêve depuis si longtemps. Chaque expérience sera importante pour lui. Et il ne souhaite pas en être privé sur décision administrative de son club, même bienveillante. Il est jeune, il veut vivre sa saison rookie à fond. Ses héros de NBA, il les rencontrera tous. Il ne reculera devant aucun challenge. Donc, il a pris les devants, il fait là une énorme concession dès le début, afin de se donner toutes les chances d’aborder le championnat NBA dans les meilleures conditions – les siennes. Il montre aux Spurs qu’il est lucide, engagé mais raisonnable. Et surtout, il garde un œil sur sa propre santé, préférant ne pas disperser ses efforts avec des attentes excessives, l’obligation de se ménager ici et là. Il s’engage donc à fond pour les Spurs dans un premier temps, mais sera tout aussi déterminé et disponible pour le maillot bleu lors des Jeux Olympiques de Paris 2024.

    Trouver sa place en NBA et en Bleu

    Avec son parcours sans faute cette saison, ou presque (une belle gifle en finale), Victor Wembanyama donne sans doute une impression de facilité. On entend donc que la Summer League, c’est trop facile pour lui, ça n’a aucun intérêt. L’équipe de France, c’est cadeau. Et l’enchainement LNB, Equipe de France cet été, année rookie en NBA directement après, c’était jouable. Eh bien selon les calculs de Wemby et son staff, cela ferait 170 matches en 2 ans, ça ne passe pas.

    Un choc culturel à la fois. Pour réussir en Équipe de France, Victor Wembanyama va devoir trouver sa place dans un effectif habitué aux grands rendez-vous internationaux (finaliste aux JO de Tokyo en 2021). Même si on se doute que la greffe ne posera pas vraiment de problèmes, cela reste un travail spécifique important avec une nécessité de résultat immédiat – l’Or ou rien. C’est très facile à dire, bien plus compliqué à mettre en place et à assumer au jour le jour, face à chaque adversaire, sur le terrain. Personne ne nous fera de cadeau. En repoussant cette échéance-là d’un an, Wemby s’offre le luxe de se concentrer cet été sur un seul challenge de taille, son intégration au sein des Spurs en NBA, un club en pleine reconstruction.

    F comme… FIBA

    Accueilli en grandes pompes dès son arrivée au Texas par une délégation légendaire à San Antonio (David Robinson, Sean Elliott, Manu Ginobili et Tim Duncan), Victor Wembanyama a longuement discuté avec ses illustres prédécesseurs. Or, pour mémoire, Tim Duncan a participé à une compétition internationale avec Team USA en 2004, un échec cuisant pour lui et la sélection américaine sous la gouverne de Larry Brown. L’équipe américaine avait concédé 3 défaites face au Porto Rico de Carlos Arroyo (73-92), la Lituanie de Jasikevicius (90-94) et l’Argentine en demi-finale (81-89), se contentant du bronze. Le pivot des Spurs (10 points, 5 fautes en 20 minutes), excédé par les règles et l’arbitrage international, avait alors déclaré tout simplement: « FIBA sucks! ».

    Si le sujet a été abordé lors du fameux dîner avec ces légendes, on se doute de ce que le rookie a pu entendre. On ne sera donc pas surpris si le staff des Spurs, Duncan en tête, ne compte pas en priorité sur les compétitions internationales pour accélérer le développement de leur jeune prodige en NBA. Ce qui n’empêchera pas Wemby de porter le maillot des Bleus, bien entendu, mais cela ne lui rapportera pas de points auprès des américains. Il va donc devoir faire preuve de souplesse, d’où cette première grosse concession stratégique.

    Ceci dit, il y avait également à cette table le grand Manu Ginobili, l’un des responsables de la débâcle américaine de 2004, côté argentin (29 points dont 4/6 à 3 points, la victoire 89-81 en demi-finale de la World Cup, le 27 août 2004). Sans froisser Duncan, l’ailier pourra lui aussi donner, en douce, quelques clés à Wemby pour déjouer le piège américain aux prochains JO. Tout n’est donc pas perdu pour le Français en compétitions internationales. Wemby veille.