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  • Colère en NBA : faire éclater la Bulle ?

    Colère en NBA : faire éclater la Bulle ?


    « Aucun vietcong ne m’a jamais traité de nègre »

    Cassius Clay aka Mohamed Ali

    Le 28 avril 1967, Mohamed Ali annonce publiquement son refus de participer à la guerre du Vietnam, sa licence de boxeur est supprimée et il est condamné par la justice étasunienne. Malgré l’opprobre d’une partie de la société américaine, il assume cet acte politique. Les athlètes qui s’engagent et dénoncent radicalement des problématiques sociétales sont ils antipatriotiques ? Dans une interview accordée ce mercredi 26 août au média TNT, Doc Rivers, coach des Clippers réagit à la bavure policière sur Jacob Black, afro-américain touché de 7 balles dans le dos cette semaine à Kenosha, Wisconsin.

    « We are the ones getting killed. We are the ones getting shot. It’s amazing, we keep loving this country, and this country does not love us back. (…) You need to be American and outraged. »

    Source : Doc Rivers, NBA TNT via Rachel Nichols 26/08/2020.

    Cette nuit, les joueurs NBA ont refusé de se présenter sur le terrain. Ils ont apporté leur soutien à Jacob Black et ont signifié leur colère face au racisme qui embrase toujours la société américaine, 50 années après Ali. Vous ne trouverez pas de réponse à ce mal chronique dans la presse, ni au détour de débats vénéneux et stériles sur Twitter. Il est cependant essentiel de souligner la position des joueurs et la portée symbolique de leur acte historique.

    Depuis le mois de juin, les manifestations du mouvement « Black Lives Matters » se déroulent dans les rues américaines avec violence. Les protestataires accusent les inégalités entre les communautés, la discrimination qui engendre la division et la colère. Ils font face à l’attentisme du pouvoir politique américain, de Donald Trump à Joe Biden, candidat démocrate pour les élections présidentielles de novembre 2020. Si la classe dirigeante rappelle la nécessité de justice et déplore le vandalisme engendré par les protestations, elle n’évoque pas frontalement les meurtres issus de la fragmentation de la société américaine. La nuit dernière, un adolescent d’extrême droite a tué deux manifestants à Kenosha. (Source : Le Monde). Dans ce contexte sociétal brûlant, les voix de Jaylen Brown, Malcom Brogdon ou Lebron James supportent publiquement le mouvement protestataire. La NBA est composée à plus de 80 % de joueurs afro-américains (Martin Breteau, 2011), et la position d’Adam Silver sur le racisme et l’intégration des communautés est limpide. En 2014, les propos discriminants de Donald Sterling, alors General Manager des Clippers, avaient été sanctionnés d’un bannissement à vie et d’une amende de 2.5 millions de dollars. Au delà des clivages politiques et identitaires, les joueurs NBA ont conscience de leur responsabilité en tant que role models. En atteste l’engouement qu’a suscité l’adoption des maillots floqués avec des valeurs chères aux joueurs dans la bulle.

    Mais cette nuit, Bucks, Magic, Thunder, Rockets, Blazers et Lakers ont adopté une stratégie de communication bien plus radicale pour défendre leur vision : la grève. Le buzzer est désormais en stand by face au refus des joueurs d’exercer leur métier dans ce climat sociétal. C’est un acte symbolique fort et inédit. Parmi les athlètes qui évoluent en playoffs, on retrouve des jeunes, des joueurs en bout de banc qui ont un salaire à justifier et le devoir d’honorer leur contrat afin de sécuriser leur futur. Ce refus de jouer peut ainsi être perçu comme un pied de nez au système américain capitaliste, de l’entertainment. Les négociations avortées pour le salary cap de 2011 avaient conduit au lockout. Aujourd’hui, les joueurs ont accompli un geste désintéressé de toute réussite économique, un retour solidaire vers leur communauté pour dénoncer les injustices criantes auxquelles les joueurs NBA ne sont pourtant pas les premiers exposés une fois la gloire atteinte.

    Dès lors, la perspective de quitter « la Bulle » est hautement symbolique. Le centre a constitué la condition sine qua non de la survie du basketball américain post-confinement. Sortir de la bulle, c’est quitter le monde du basket pour une durée indéfinie, avec de pénibles protocoles sanitaires à suivre pour espérer y revenir. Si des joueurs décident de boycotter la saison, ce sera ainsi sans regarder en arrière, en laissant le basketball de côté pour libérer la parole et demander une action politique concrète, avec des ajustement institutionnels. L’abandon des Playoffs constituerait un événement retentissant, médiatisé à l’international et pourrait exercer une pression sur le gouvernement américain qui devra considérer ces impératifs sociaux pour le prochain mandat présidentiel.

    En parallèle à ces revendications, La « prise d’otage » de la ligue sportive américaine la plus lucrative met en péril ses perspectives de développement et représente un nouveau contretemps pour Adam Silver. La construction de la bulle NBA a nécessité plus de 150 millions de dollars (source : ESPN) et les moyens logistiques déployés pour assurer avec succès la sécurité sanitaire furent colossaux. La fin des Playoffs ne ferait qu’accentuer la tourmente financière dans laquelle la NBA s’est engagée avec le COVID 19. Malgré cette menace, on peut espérer que l’image de la ligue et ses engagements socio-politiques restent intacts. Début Août, l’association avait créé une nouvelle fondation afin de verser 300 millions de dollars sur 10 ans pour valoriser le développement économique de la communauté noire.

    Dans l’attente de la décision du Board of Governors qui se réunissait aujourd’hui pour affirmer sa politique face à la grève des joueurs, les matchs d’hier soir sont reportés. Selon l’insider Shams Charania, Lakers et Clippers se seraient déjà accordés en interne pour boycotter le restant des playoffs. L’issue des négociations avec le syndicat des joueurs reste inconnue, mais peu importe, car une maladie ronge la société américaine, et ce n’est pas la bulle qui va la sauver.

  • Ça s’est passé un 24 avril : Quand l’Amiral se défoulait sur les Clippers

    Ça s’est passé un 24 avril : Quand l’Amiral se défoulait sur les Clippers

    Parce que la NBA regorge de performances en tout genre passées à la postérité ou progressivement oubliées avec le temps, ClutchTime vous propose de revivre ces matchs et exploits de légende, qui ont façonné l’histoire de la ligue, d’hier à aujourd’hui.

    Direction la saison 1993-1994 et le dernier match opposant les San Antonio Spurs de l’admirable David Robinson aux Clippers de Los Angeles. Les Texans viennent de réaliser l’un des meilleurs exercices de leur histoire (54 wins) et occupent une belle quatrième place à l’Ouest synonyme d’avantage du terrain au 1er tour des playoffs. Cerise sur le « taco », le pivot est en tête du classement des meilleurs marqueurs de la saison régulière, à égalité avec le jeune Shaquille O’Neal, mais avec un léger retard à quelques centièmes de points. L’occasion est trop belle pour le quintuple All-Star de montrer qui est le vrai patron.


    The Admiral Robinson

    Pour les moins initiés d’entre nous, David Maurice Robinson est née le 6 août 1965 à Key West en Floride. Après ses années high school en Virginie, le grand David s’engage comme son père dans l’armée, et plus précisément à l’Académie navale de l’US Navy, à Annapolis (Maryland). Sélectionné lors de la draft 1987 en 1ère position par les San Antonio Spurs, il ne rejoindra la grande ligue qu’en 1989, le temps de terminer son cursus militaire.

    Immédiatement titularisé par une franchise qui galère pas mal depuis les retraites de George Gervin et Artis Gilmore, le meilleur Rookie de la saison 1989-90 devient très vite une pointure à son poste et dans la ligue. Meilleur défenseur de l’année 1991-92, sélectionné à cinq reprises pour le All-Star Game, et nommé chaque année dans une équipe-type NBA et une équipe-type défensive, Robinson reste néanmoins un joueur humble et discret, qui pense d’abord et même tout le temps à l’équipe, avant de penser à lui.

    Il n’a d’ailleurs jamais fait montre d’un individualisme ou d’un égocentrisme prononcé sur un parquet ou en dehors, traits pourtant communs à de nombreux joueurs de sa génération. Alors qu’il aborde son dernier match de saison régulière face aux Clippers ce 24 avril 1994, le futur papa est, à sa grande surprise, au coude à coude pour le titre de Meilleur marqueur de la saison régulière avec un autre pivot très en vogue à l’époque, Shaquille O’Neal.

    Un Duel de Big Men

    Avant cette ultime rencontre, Robinson était devancé par le Shaq, mais le Texan talonnait de très près le Floridien avec l’un des plus faibles écart jamais constaté (33 points), les deux pivots affichant la même moyenne de points après la première décimale (29.3). Le même jour, quelques heures seulement après la rencontre entre les Spurs et les Clippers, O’Neal plantera comme à son habitude un double-double, le 65ème cette saison, face aux Nets de New Jersey avec 32 points et 22 rebonds. Une performance vaine pour le joueur du Magic.

    En déplacement pour leur dernier match, les Spurs rendent visite au Memorial Sports Arena des Clippers. Vainqueurs de leur quatre premières confrontations, John Lucas (coach des Spurs de 1992 à 1994) et ses hommes arrivent confiants et avec le sentiment du devoir accompli depuis qu’ils ont décroché leur qualification en post-season. L’objectif principal étant atteint, les Texans peuvent offrir un très beau cadeau à leur pivot en le laissant se régaler au scoring.

    Dès le début du match, Robinson commence sur les chapeaux de roues avec 18 points consécutifs sur les vingt points inscrits par son équipe dans le premier quart-temps. Malgré une baisse de régime dans le deuxième quart où il ne va inscrire que 6 points, Robinson rentre tout de même aux vestiaires avec 24 points dans l’escarcelle et un court avantage au tableau d’affichage pour son équipe (37-35).

    Dès l’entre-deux, j’étais bouillant, J’ai marqué les 18 premiers points de mon équipe, soit presque l’intégralité des points du premier quart-temps (20). Lorsque mes coéquipiers ont réalisé à quel point j’avais la main chaude, ils ont continué à me chercher du regard, essayant de me donner coûte que coûte le ballon.

    David Robinson

    Tout en maintenant l’écart, les coéquipiers de Robinson commencèrent à chercher leur pivot sur chaque possession en deuxième période, pour faire en sorte qu’il puisse avoir un maximum de ballon afin de marquer. Avec 19 points supplémentaires dans le troisième quart-temps, portant son total à 43, L’Amiral ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin alors que les Clippers n’avaient pas dit leur dernier mot. Après avoir regagné le banc, Robinson reçu même une ovation de la part du public.

    Les Clippers ont bien tenté de me stopper, en me griffant, me donnant des coups et en me mettant la pression avec des prises à deux ou trois pour essayer de m’empêcher de marquer, mais en vain. J’avais des égratignures et des bleus, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas pu inscrire plus de paniers dans le second quart-temps 

    David Robinson

    Dans la dernière manche, le Texan va tout de même inscrire 28 points supplémentaires, dont sept rien que dans la dernière minute du match. Il terminera d’ailleurs la rencontre avec 14 rebonds et 5 passes décisives, compilant ainsi son 46ème double-double de la saison, pour une victoire 112 à 97. Durant toute la rencontre, l’Amiral a laminé la défense des Clippers, en shootant à 63%.

    Pour la petite anecdote, John Lucas, l’entraîneur des Spurs, avait décidé à une minute de la fin de provoquer les fautes adverses et les Clippers par la même occasion pour offrir quelques lancers supplémentaires à son pivot. Ce dernier termina la rencontre avec 41 tentatives aux tirs (26 paniers inscrits) et 18 lancers francs rentrés sur les 25 qui lui ont été accordés.

    Les Clippers ont bien défendu dans le dernier quart-temps, mais malgré la pression défensive et en sachant que le ballon m’était destiné presque à chaque fois, j’ai réussi à inscrire 28 points supplémentaire. Ça les rendait dingues de ne pas savoir comme me stopper, ils me pourrissaient en me répétant sans cesse : « Hors de question qu’on te laisse gagner le trophée si facilement ».

    David Robinson
    source : Spursnation

    Robinson améliora considérablement sa précédente marque au scoring (52), mais établira surtout un nouveau record de points inscrits au cours d’un même match pour la franchise des Spurs, détrônant ainsi George Gervin, qui en avait collé 63 au Jazz de la Nouvelle Orléans en avril 1978, il y a seize ans presque jour pour jour.

    Cette performance a permis notamment à Robinson de terminer la saison avec 29.8 points de moyenne, soit 0.5 points de plus que Shaquille O’Neal (29.3). Ce fut d’ailleurs le seul titre de Meilleur marqueur de la carrière du Hall of Famer, et sa meilleure moyenne de points inscrits au cours d’une saison. Il rejoindra d’ailleurs Gervin parmi les Spurs ayant remporté ce trophée, les seuls encore à ce jour.

    J’ai regardé la feuille de match et j’ai répondu ’71 points ! Bon sang !’ C’était incroyable. Toute l’équipe était derrière moi durant la saison, ils m’ont poussé sans cesse à jouer plus perso. En tant que leader, je voulais juste gagner des matchs, mais ce soir, ils voulaient tous me voir prendre des tirs. Lorsque le match a démarré, ils se sont entendus pour jouer presque tout le temps sur moi dès que j’étais sur le terrain.

    David Robinson

    Avec cette performance, l’Amiral fît son entrée dans le cercle très fermé des joueurs ayant inscrit au moins 70 points au cours d’un match, devenant le quatrième joueur seulement après Elgin Baylor (71), David Thompson (73) et Wilt Chamberlain (6 fois dont une fois à 100 points) à réaliser pareille prouesse. Plusieurs personnalités de l’époque ont commenté cette performance, certains la jugeant comme une « parodie » de basket selon les dires de Brian Hill, entraîneur du Magic d’Orlando, ou bien encore l’un des vaincus de la soirée, Dominique Wilkins, qui déclara en conférence de presse :

    Il n’y a aucune fierté là-dedans. Si vous arrivez à vous regarder dans un miroir après une telle performance et que ça vous remplit de fierté, c’est que quelque chose ne tourne pas rond chez vous. Je n’ai rien contre David, c’est un joueur formidable, mais comment peut-on laisser un gars inscrire 71 points ? C’est ridicule. Tout a été fait pour qu’il puisse y parvenir. Que les Spurs jouent pour lui durant toute la rencontre pourquoi pas, mais la façon dont nous avons joué ce soir, c’est comme si nous l’avions aidé aussi. Dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu une chose pareille. Qu’on lui donne le trophée de MVP aussi ! 

    Dominique Wilkins

    John Lucas a tenu à défendre son joueur « C’est une performance légitime. Il a joué 44 minutes alors qu’il aurait pu tout à fait jouer l’intégralité de la rencontre. Tout le monde voulait qu’il obtienne ce trophée. Je devais pousser David à devenir égoïste le temps d’un match».

    L’entraîneur des Clippers, Bob Weiss avait d’ailleurs déclaré à la fin de la rencontre que Robinson avait été spectaculaire : « C’est ce que l’on redoutait le plus. Nous avons pourtant défendu à deux sur lui presque à chaque fois, mais il est quand même parvenu à marquer tous ces paniers. Même si le match a pu paraître ridicule pour certains, il a bien joué et il mérite son titre ».

    Le saison idyllique texane prendra pourtant subitement fin dès le premier tour des phases finales après une élimination (3-1) face au Jazz de l’Utah de Malone et Stockton, tandis que Robinson marquera moins de points sur l’ensemble de la série (62) qu’il n’en avait inscrit lors de son dernier match de saison régulière.

    Robinson a néanmoins prouvé ce soir-là qu’il était l’un des joueurs les plus doués et les plus complets de sa génération. Dynamique des deux côtés du terrain au point d’être un jour capable de réaliser pareille performance, il est souvent considéré, à juste titre, comme une icône dans l’histoire de la ligue et de la franchise texane. Robinson a toujours fait preuve de professionnalisme tout au long de sa carrière, ainsi que d’une domination sans équivoque avant l’arrivée de Tim Duncan en 1997 et de leur association qui les amèneront à remporter deux titres NBA ensemble.

    L’Alamodome a souvent eu l’occasion d’admirer, soir après soir, les performances d’un joueur qui donnait toujours le meilleur de lui-même sur un parquet, se transcendant dans les moments forts et participant à la révolution au poste de pivot et du basket dans les années 90. Un joueur souvent méconnu ou mésestimé pour sa contribution au jeu, mais qui en inscrivant son nom au panthéon des joueurs ayant inscrits le plus de points sur une rencontre, demeurera éternel.

    Retraité depuis 2003, Robinson a terminé sa carrière avec 21.1 points, 10.6 rebonds, 3 contres et 2.5 passes de moyenne, remportant deux titres NBA et deux médailles d’or aux Jeux de Barcelone et Atlanta ainsi qu’un titre de champion du monde avec la Team USA, sans compter un trophée de MVP de la saison régulière 1994-95, celui du Défenseur de l’année en 1992 et qui fut sélectionné à dix reprises pour le All-Star Game.

    source : Getty Image

  • Bilans de la saison  – Pacific Division

    Bilans de la saison – Pacific Division


    En ces temps de confinement, afin d’éviter de vous couper totalement de l’univers de la NBA, ClutchTime dresse un bilan de la saison 2019-2020, suspendue depuis le 11 mars. Dans l’attente de son retour prochainement, la rédaction vous propose de revivre les parcours des différentes équipes de la ligue, depuis fin octobre, en faisant le point sur chacune d’elle pour chaque division de la ligue.

    Avant-dernier bilan de notre série de récap de la saison et on s’attaque à du très lourd avec la belle et grande Division Pacifique. La bataille de L.A fait rage entre les Lakers et les Clippers pour savoir laquelle des deux équipes succèdera aux intouchables Warriors en tête de la Conférence, alors que Golden State vit une saison aux antipodes de ce à quoi nous étions habitués depuis cinq ans. Pendant ce temps, un peu plus loin du côté de l’Arizona, les Suns continuent leur lente et difficile apprentissage à la lutte avec les Kings pour déterminer laquelle des deux franchises aura réalisé une meilleure saison, avant de viser les phases finales dans un an ou deux.


    Los Angeles Lakers (49-14) – 1ère

    PPG (114.3) – 7ème / Opp PPG (106.9) – 3ème
    Offensive Rating (113.0) – 4ème / Defensive Rating (105.6) – 3ème

    Le Cinq de la saison :
    L. James (PG) – K. Caldwell-Pope (SG) – D. Green (SF) – A.Davis (PF) – D. Howard (C)

    Depuis leur saison 2018-2019 ratée, avec un LeBron James à mi-temps et un été passé devant leur télés, les Lakers ont décidé de passer à la vitesse supérieure, en signant d’abord (enfin !) le Pelican Anthony Davis pour constituer son binôme All-Star tant attendu. Pour entourer ce grand cru 2019-20, le board de la franchise s’est déchiré pour construire un roster taillé pour le titre avec des joueurs expérimentés tels que les finalistes sortants Danny Green (ex-Toronto) et DeMarcus Cousins et Quinn Cook (ex-Golden State) mais aussi des role player en reconquête tels Avery Bradley ou encore Jared Dudley. L’objectif restant le même depuis un an, allons-nous assister au retour des violets et or au sommet de la conférence ?

    Il était évident qu’avec une recrue du calibre de Davis et un LBJ désormais en mission, les Lakers joueraient rapidement les premiers rôles. Après 63 rencontres, les Californiens occupaient même la première place à l’Ouest, devant l’autre franchise de L.A. Partis pied au plancher, on avait un peu peur que le rythme ne retombe à l’approche du All-Star break, mais mise à part une série de défaites (4) à Noël, les hommes de Frank Vogel ont assuré sur la longueur, avec des victoires sérieuses à l’extérieur (Nuggets x2, Mavericks x2, Portland x2 et OKC x2). Malgré une certaine fébrilité à domicile (8 défaites) et un bilan négatif face aux Clippers (1-2), la bande à Bronbron a montré un bon basket et de la rigueur, à la fois dans le jeu, en défense particulièrement, mais aussi dans la gestion des minutes et des rotations.

    Les Californiens restent cependant très (trop ?) dépendants de son duo All-star. Passé dans un rôle de meneur omniprésent, LeBron impressionne par ses qualités de playmaker (meilleure passeur) et son leadership des deux côtés du terrain. Son entente avec Davis a tout de suite fonctionné au point de retrouver logiquement les deux joueurs au All-Star Game de Chicago en février. Les deux joyaux des Lakers sont d’ailleurs fréquemment cités dans les votes pour le MVP pour l’un et pour le trophée du Défenseur de l’année pour le second. Autres satisfactions, les saisons remarquables du duo défensif Howard-McGee, devenus désormais les patrons de la raquette californienne cette saison, les deux joueurs vivent une renaissance sur le plan personnel, en particulier D12 dont les qualités de défenseur rebondeur-contreur sont devenues un atout important. Pour le reste on retient également le phénomène Alex Caruso (justifié ou pas), mais surtout les performances timides de plusieurs seconds couteaux qui ont fait preuve d’une trop grande discrétion et inconstance à commencer par le sixième homme Kuzma, dont le rendement reste douteux malgré un certain potentiel.

    Avec l’arrivée de Markieff Morris en février pour pallier l’absence et la fin de l’aventure de DeMarcus Cousins avec les Lakers, il s’agit maintenant pour les Lakers de prier très fort pour une reprise de la saison, afin d’honorer dans un premier temps la mémoire de Kobe Bryant, disparu en janvier dernier, et de conserver son premier spot à l’Ouest. Pour redorer le blason de la franchise et jouer cartes sur table, les Lakers ont misé gros sur cette année et le titre, coûte que coûte, pour rentabiliser les contrats de courte durée, et également convaincre Anthony Davis de signer un plus long bail si celui-ci active sa player option, mais aussi pour ne pas devoir passer par une phase de reconstruction si certains UFA viendraient à quitter le navire. Le cas de Kyle Kuzma, dont le nom ressortait encore très souvent dans les rumeurs de trade depuis le mois de janvier, permettrait sûrement à l’équipe de récupérer plusieurs assets pour sécuriser la saison prochaine.

    La saison des Lakers en quelques chiffres :
    . 1er bilan à l’extérieur cette saison (26-6)
    . 1ère pourcentage de la ligue à l’adresse générale par match (48.5)
    . 1ère équipe à réaliser le plus de contres par match (6.8)
    . 4ème équipe à réaliser le plus d’interceptions par match (8.6)
    . 3ème équipe à concéder le plus de rebonds par match (42.3)
    . Meilleur marqueur : Anthony Davis (26.7 points par match à 51.1% FG)
    . Meilleur passeur : LeBron James (10.6 passes décisives par match)
    . Meilleur rebondeur : Anthony Davis (9.4 rebonds par match)

    Los Angeles Clippers (44-20) – 3ème

    PPG (116.2) – 4ème / Opp PPG (109.7) – 13ème
    Offensive Rating (113.6) – 3ème / Defensive Rating (107.2) – 5ème

    Le Cinq de la saison :
    P. Beverley (PG) – L. Williams (SG) – K. Leonard (SF) – P. George (PF) – M. Harrell (C)

    Grosse surprise du 1er tour des playoffs la saison dernière face aux tenant du titre les Warriors (défaite 4-2), et après avoir sereinement tourné la page CP3-Griffin, les Clippers ont vu les choses en grand cet été en se constituant un effectif XXL. Séduits par le projet et le climat, Kawhi Leonard et Paul George ont toutes les qualités requises pour s’adapter à l’esprit col bleu de la franchise. Avec la signature de l’un des agents libres les plus courtisés de l’été, puis en récupérant un sextuple All-star contre la paire Gallinari-SGA, les Californiens se sont montrés extrêmement malins et chanceux de conserver leur effectif quasi intact. Dotés désormais d’une ossature redoutable, appelée à rouler sur la ligue, la franchise se voyait déjà rallier les premières finales de Conférence de son histoire, et même les Finales NBA au mois de mai.

    Le bilan de l’équipe à la mi-mars est très bon mais loin d’être à la hauteur des attentes, en témoigne un début de saison poussif(7-5), de la mi-décembre à la mi-janvier (8-6) ou encore les six défaites entre le 22 janvier et le 22 février. Les performances de l’équipe nous ont laissées sur notre faim, car cette équipe a joué avec le frein à main pendant une bonne moitié de saison, la faute à un manque d’automatisme d’une part mais aussi une gestion du groupe qui a beaucoup fait parler. La pratique du « load management », employée par Doc Rivers et son staff, afin de préserver ses deux nouveaux diamants, a retardé l’ascension de cette équipe et l’intégration des deux joueurs, obligeant parfois l’équipe à jouer par intermittence en laissant les remplaçants faire le travail, ce qui fut assez frustrant par moments. Certes la gestion de l’effectif se fait dans un intérêt précis et une utilisation optimale (c’était déjà le cas à Toronto l’an dernier), mais les dernières rencontres très abouties de l’équipe laissent un arrière-goût d’inachevé.

    Le duo Kawhi-PG a mis le temps avant de trouver ses repères. L’entente un peu tardive, du fait de l’absence de George en début de saison, leur a permis de trouver un bon rythme de croisière, avec une bonne production offensive et défensive, tout en étant économisés lorsque cela était nécessaire. L’autre belle satisfaction vient quant à elle du banc, avec non pas un, mais bien de deux sixièmes hommes en très grande forme. Montrezl Harrell et Lou Williams, qui réalisent un exercice dans la continuité du précédent, bénéficient tout logiquement des deux plus gros temps de jeu de l’effectif derrière les deux All-Stars. En revanche, Patrick Beverley a concentré presque à lui seul les critiques sur la saison, pas jugé assez à la hauteur à la mène, malgré sa gouaille et son tempérament. Tout le contraire des jeunes Ivica Zubac et Landry Shamet qui sont devenus en l’espace d’un an des solutions très intéressantes à leur poste respectif pour dessiner les contours de ce roster.

    Los Angeles s’est bien débrouillé au mois de février en se séparant d’abord d’un Maurice Harkless décevant, contre Marcus Morris des Knicks, puis en recrutant Reggie Jackson, tout juste coupé par les Pistons, en guise de backup à la mène. Pour les Clippers il s’agit maintenant de poursuivre sur la lancée du mois de mars, en visant pourquoi pas la première place de la Conférence et s’assurer un avantage décisif du terrain. On attend donc impatiemment le retour de la saison pour voir ce groupe activer le mode playoffs et devenir cette équipe infernale à jouer. Tous les voyants sont au vert pour les voiliers qui, contrairement à leurs homologues Lakers, devraient même conserver leur effectif quasi inchangé l’année prochaine si la saison 2019-20 devait être annulée.

    La saison des Clippers en quelques chiffres :
    . 3ème équipe à capter le plus de rebonds par match (48)
    . 2ème pourcentage de la ligue aux tirs primés adverses (34.1)
    . 3ème plus grosse marge de points par victoire de la ligue (6.52)
    . 5ème équipe avec le plus faible pourcentage de jeu en transition (14.1)
    . 3ème équipe à provoquer le plus de fautes adverses par match (22.8)
    . Meilleur marqueur : Kawhi Leonard (26.9 points par match à 46.9% FG)
    . Meilleur passeur : Lou Williams (5.7 passes décisives par match)
    . Meilleur rebondeur : Kawhi Leonard (7.3 rebonds par match)

    Sacramento Kings (28-36) – 11ème

    PPG (109.0) – 23ème / Opp PPG (110.9) – 17ème
    Offensive Rating (109.7) – 19ème / Defensive Rating (111.6) – 19ème

    Le Cinq de la saison :
    D. Fox (PG) – B. Hield (SG) – H. Barnes (SF) – N. Bjelica (PF) – R. Holmes (C)

    La saison 2019-2020 de Sacramento n’allait pas être synonyme d’avancée dans l’inconnue. L’équipe ayant déjà entamé sa reconstruction lors du précédent exercice, cette saison devait être la confirmation pour les Kings qui ne partaient pas de rien après un bon bilan sous la houlette de Dave Joerger, néanmoins évincé par sa direction cet été pour offrir le poste au jeune Luke Walton. Décision précipitée ou pas de la part de Divac-Ranadive, Sacramento pense que Walton peut être l’homme de la situation pour cette équipe, en atteignant le seuil des 50% de victoire dans un premier temps, puis en faisant de la franchise un contender à l’Ouest pour le 7ème ou 8ème spot. Au terme d’un recrutement assez soft mais avec des renforts expérimentés et de bons profils défensifs pour combler leurs lacunes, les Kings sont convaincus d’avoir un rôle à jouer cette saison.

    Pour les progrès significatifs on repassera. Au grand désespoir de ses supporters, Sacramento a fait preuve de beaucoup de lacunes, à commencer par la constance dans les résultats, démarrant de la pire des manières (cinq défaites) puis enchaînant les longues séries de défaites, comme en décembre (4-12) mais jamais plus de deux ou trois victoires de suite en cinq mois de compétition. Principale raison à ce bilan, les grosses difficultés rencontrées par Walton et son staff pour trouver un équilibre entre un jeu offensif brouillon et calculable et une défense très dispersée, notamment dans la raquette. Le manque d’automatismes évident et une rotation en rodage, couplés à des blessures récurrentes n’ont pas facilité la tâche du groupe, même si de bonnes choses ont commencé à se concrétiser depuis fin janvier (13-7). Les changements apportés au cinq de départ pour pallier certaines absences et la second unit qui se montre enfin sous un meilleur jour ont fini par apporter une note joyeuse à une fin de saison un peu bordelique.

    Le casting 2020 fut loin d’être à la hauteur, malgré une Free Agency ambitieuse et ciblée (assez rare pour le souligner). L’absence de leadership d’un Harrison Barnes, fraîchement prolongé, et les très faibles rendements de Trevor Ariza, Dewayne Dedmon et Cory Joseph ont totalement remis en question le recrutement. Si on ajoute à ce bilan la santé en carton de Marvin Bagley, un Harry Giles pas encore décidé à se bouger, la longue indisponibilité de Richaun Holmes et un De’Aaron Fox sur une jambe, mais toujours bouillant, on voyait mal comment cette équipe pouvait s’en sortir. Les slaves Bogdan Bogdanović et Nemanja Bjelica se sont révélés être de solides lieutenants dans le cinq de départ, tandis que Buddy Hield a essayé de maintenir dans l’urgence tout ce petit monde à quai. Repositionné depuis en sixième homme, il s’est notamment illustré par sa réussite et son rendement quasi similaire que lorsqu’il était titulaire. Enfin Richaun Holmes fut une rare éclaircie dans le secteur intérieur si en difficulté cette année, devenant à la fois un titulaire en devenir et un protecteur d’arceau intéressant.

    Pour Sacramento il s’agit désormais de trouver enfin le chemin vers les succès en commençant peut-être par suivre la lancée du mois de février-mars, mais aussi en continuant les efforts et un coaching audacieux pour apporter de l’harmonie dans ce groupe et laisser s’épanouir les jeunes sans trop forcer sur les corps. Rester à la lutte pour le 8ème spot à l’Ouest paraît toujours envisageable même si Sacramento devra redoubler d’efforts alors que plusieurs adversaires redoutables qui ont le même objectif sont toujours au coude à coude. Même si l’espoir d’une première qualification depuis 2006 est permis, il faudra aussi songer au futur de la franchise, à commencer par les prolongations de Giles et Bogdanović cet été, avant de s’attaquer à celles de Fox, Holmes et Bjelica dans un an.

    La saison de Sacramento en quelques chiffres :
    . 4ème pourcentage de la ligue aux tirs près du cercle par match (32.7)
    . 27ème équipe à capter le plus de rebonds par match (42.5)
    . 10ème équipe à inscrire le plus de paniers primés par match (12.6)
    . 2ème équipe à concéder le moins de tirs par match (85.3)
    . 28ème équipe à obtenir le plus de lancers francs par match (20.3)
    . Meilleur marqueur : De’Aaron Fox (20.4 points par match à 47.5% FG)
    . Meilleur passeur : De’Aaron Fox (6.8 passes décisives par match)
    . Meilleur rebondeur : Richaun Holmes (8.3 rebonds par match)

    Phoenix Suns (26-39) – 13ème

    PPG (112.6) – 14ème / Opp PPG (113.9) – 21ème
    Offensive Rating (110.5) – 16ème / Defensive Rating (111.8) – 20ème

    Le Cinq de la saison :
    R. Rubio (PG) – D. Booker (SG) – M. Bridges (SF) – K. Oubre Jr. (PF) – D. Ayton (C)

    Pour oublier la saison précédente catastrophique (15ème, avant-dernier bilan de la ligue), il fallait créer un électrochoc à la fois chez les joueurs et le staff. Bye bye Kokoskov et bonjour Monty Williams pour prendre en main une franchise aux abois depuis plusieurs saisons, avec des renforts bienvenus pour enfin construire un cinq majeur qui tienne la route et surtout apporter de l’ambition aux Suns. Même si les playoffs sont encore loin à l’horizon, le projet initial de la franchise reste de faire progresser son noyau dur de jeunes talents, en particulier l’axe Devin Booker et Deandre Ayton, mais Phoenix doit surtout réapprendre à gagner avec un nouveau staff et des nouvelles ambitions dans le jeu pour viser un meilleur bilan en saison régulière.

    Fin mars, le bilan de Phoenix était en net progrès, cette saison étant le jour et la nuit en comparaison de la précédente, alors que tout avait pourtant mal commencé. Avec la suspension de Ayton pendant une bonne moitié de saison et un secteur intérieur décimé, les Suns semblaient se diriger tout droit vers une saison longue et fastidieuse. Mais à force de tomber puis de se relever, on finit toujours par retenir certaines leçons. Malgré un gros passage à vide entre novembre et Noël (4-12), les jeunes troupes de Williams ont su trouver des solutions dans le jeu et s’adapter à une infirmerie qui ne désemplissait pas, pour décrocher de courtes, mais précieuses victoires et rester en vie à l’Ouest. Des progrès notables ont été observés en attaque avec une meilleure répartition du scoring et des responsabilités, qui dépendaient autrefois du seul talent de Booker.

    Parmi les joueurs qui se sont distingués, le recrutement de Ricky Rubio fait évidemment partie des satisfactions pour l’encadrement des Suns. Son entente avec Booker s’est révélée quasi-immédiate et essentielle dans la progression du groupe. Autre progression, celle de Kelly Oubre Jr., devenu très rapidement le titulaire à l’aile avec des pics de forme intéressants mais qui nécessiteront une certaine constance. Et puis comment ne pas citer Aron Baynes, arrivé en provenance des Celtics, le pivot remplaçant réalise son meilleur exercice avec des pointes au scoring insoupçonnées et un certain leadership dans la raquette des Suns avant le retour de Deandre Ayton en janvier. Monty Williams est parvenu à se constituer un lineup quasi au complet avec des starters performants, un banc efficace à l’image des qualités défensives de Mikal Bridges ou encore de la saison rookie convaincante de Cameron Johnson. Mais il reste encore du travail et des progrès à réaliser chez un certain nombre de joueurs, dont l’intégration se fait plus lentement ou la confirmation tarde à l’image de notre Français Elie Okobo.

    On imagine difficilement pourtant la franchise de l’Arizona se mêler à la lutte pour les playoffs jusqu’à la fin de la saison régulière. Encore trop tendres et avec peu de repères, il faudra encore patienter quelques mois supplémentaires pour voir Phoenix dans la peau d’un contender sérieux dans une conférence Ouest toujours plus relevée. Maintenant que la franchise a une ligne directrice et une solide base de jeunes en progrès, les récents renforts offensifs et la rotation que le staff a réussi à dégager sont autant d’indicateurs encourageants pour espérer enfin goûter à nouveau aux phases finales.

    La saison de Portland en quelques chiffres :
    . 1er pourcentage de la ligue aux lancers francs par match (82.6%)
    . 1ère équipe à réaliser le plus de passes décisives par match (27.2)
    . 1ère équipe à provoquer le plus de fautes par matchs (22.8)
    . 4ème pourcentage aux tirs floater (43.4) mais 27ème pourcentage seulement pour les tirs depuis le coin
    . 4ème équipe à provoquer le plus de pertes de balles par match (16)
    . Meilleur marqueur : Devin Booker (26.1 points par match à 48.7% FG)
    . Meilleur passeur : Ricky Rubio (8.9 passes décisives par match)
    . Meilleur rebondeur : Deandre Ayton (12 rebonds par match)

    Golden State Warriors (15-50) – 15ème

    PPG (113.2) – 9ème / Opp PPG (117.5) – 28ème
    Offensive Rating (108.1) – 22ème / Defensive Rating (112.2) – 21ème

    Le Cinq de la saison :
    K. Bowman (PG) – D. Lee (SG) – A. Wiggins (SF) – E. Paschall (PF) – M. Chriss (C)

    On avait quitté les Warriors en juin, décimés par les blessures et déchus de leur titre. Les départs des cadres Kevin Durant, DeMarcus Cousins, Andre Iguodala et Shaun Livingston marquaient la fin d’une époque et une nouvelle page de l’histoire de la franchise. Privés de Klay Thompson pour la saison et avec un effectif à bout de souffle, Golden State avance en terrain perdu et avec son plus faible taux de certitude depuis la prise de pouvoir de Steve Kerr qui doit désormais songer à reconstruire une bonne partie de son roster. Mais les Warriors, même diminués, restent de redoutables adversaires avec suffisamment d’expérience et on voit mal comment la franchise pourrait tomber plus encore.

    Pour tomber bien bas, Golden State est tombé bien bas. Pire bilan de la ligue au mois de mars avec presque autant de victoires décrochées en cinq mois, que lors des playoffs la saison précédente, la Dub Nation semble avoir mal digéré la fin d’un cycle et le déménagement d’une salle. Avec un Steve Kerr en vacances, le coaching est à des années-lumières de ce à quoi la planète basket était habituée il y a encore quelques mois, tout comme ses leaders, blessés ou ayant pris congé de la saison. En attendant c’est bel et bien une saison foutue en l’air sur le plan sportif, même si des surprises (plus que des satisfactions) sont à noter, le bilan est très maigre pour la franchise aux trois couronnes. La plupart des role players avant le début de la saison sont devenus très rapidement des titulaires par la force des choses, se sont montrés capables et débrouillards contre toute attente.

    Point par point, les joueurs ont connu des saisons très contrastées. Blessé à la main après moins d’une semaine de compétition, Stephen Curry a manqué l’intégralité des matchs de la saison avant de revenir début mars le temps d’une défaite et en manque de rythme. Son acolyte Draymond Green, sujet lui aussi aux blessures dues à la fatigue, s’est surtout contenté de jouer à mi-temps, avec un faible rendement pour suivre un peu les copains. C’est donc le jeune D’Angelo Russell, recrue phare de l’été, qui s’est chargé de la responsabilité du navire en perdition, gentiment remercié en février par ses dirigeants qui ont flairé un deal XXL impliquant plusieurs franchises mais surtout des futurs assets pour remettre sur pied une équipe compétitive à long terme. La moitié de l’effectif ayant foutu le camp, les dirigeants de la franchise y voient désormais plus clair dans leur stratégie et avec des joueurs sur lesquels elle pourra compter l’année prochaine. Eric Paschall, grande surprise de la saison et meilleur steal de la draft 2019, mais également Damion Lee, Ky Bowman, Jordan Poole et Marquese Chriss ont tous pu bénéficier de minutes et de liberté de jeu cette année.

    Cette saison morte et enterrée avant même d’avoir rendu son verdict final, servira donc à préparer le terrain de la prochaine, pour un retour en triomphe de la Dub Nation telle qu’on la connaît, celle qui roulait sur toute la ligue. Passer en mode tanking afin de se placer lors de la prochaine draft et repartir pourquoi pas avec le 1st pick qui mettrait les boules à toute la concurrence, les Warriors ont mangé leur pain noir cette saison, en passant par une phase de reconstruction qui pourrait néanmoins se prolonger la saison prochaine avec le rajeunissement de l’effectif et alors que les dirigeants se mettront en quête d’un big man suffisamment solide pour intégrer un effectif cinq étoiles. C’est à cette condition que l’on pourra vérifier si oui ou non, la motivation est toujours bien présente, et si l’environnement est toujours propice pour faire progresser les recrues.

    La saison de Minnesota en quelques chiffres :
    . 2ème pire à domicile (8-26) et à l’extérieur (7-24) cette saison
    . 29ème pourcentage aux tirs de la ligue par match (43.8) et 29ème équipe à tenter le plus sa chance aux tirs par match (38.6)
    . 3ème pourcentage de la ligue aux lancers francs par match (80.3)
    . 2ème équipe à tenter le plus sa chance aux tirs à mi-distance par match (31.7)
    . 30ème pourcentage de la ligue aux tirs primés adverses par match (38.9%)
    . Meilleur marqueur : Stephen Curry (20.8 points par match à 50.8% FG)
    . Meilleur passeur : Stephen Curry (6.6 passes décisives par match)
    . Meilleur rebondeur : Draymond Green/Marquese Chriss (6.2 rebonds par match)
  • Vices et Excès en NBA

    Vices et Excès en NBA

    Chaque semaine, Clutch Time vous propose une immersion dans l’univers de la grande ligue. Entre phénomènes identitaires et tendances extra-sportives, votre média basket analyse le paysage culturel de la NBA.

    “God Bless America”.  Les Etats-Unis sont une nation religieuse et puritaine, au moins en façade. Mais quid des dérives du Capitalisme, d’Hollywood, de Donald Trump, et de la NBA ? La première ligue sportive du pays brasse de l’argent et suscite la frénésie de ses fans. Des athlètes millionnaires dans la fleur de l’âge s’affrontent tous les soirs sous le feu des projecteurs.  Le vice et les excès liés à leur statut sont inévitables, pour le grand plaisir de la presse à scandale américaine. Face à la pression médiatique, comment les joueurs NBA gèrent-ils la tentation et les petits plaisirs de la vie liés à leur notoriété ? 

    Andre Iguodala célébrant son titre avec les Warriors en 2017, source : Quora. 

    Eat Good Play Good 

    “TACOOO TUESDAAY”, c’est le hurlement de bonheur de Lebron James face à ses tacos. Sur le réseau social Instagram, le King célèbre une coutume initiée  par la diaspora mexicaine aux Etats-Unis. Chaque mardi soir, en famille, la tortilla est au menu. À jamais un business man, Lebron a désiré faire de son cri du cœur pour la nourriture latina une marque déposée. Le joueur entretient une relation ambiguë avec la “malbouffe” : rarement dans son assiette, souvent dans son porte-monnaie. Il détient une part du capital de la société Blaze Pizza et a fait la publicité des chaines MacDonald’s, Coca-Cola ou Dunkin’ Donuts durant sa carrière.

    Lebron James fait pourtant attention à son régime alimentaire. Associé à une éthique de travail rigoureuse, son attachement à la nourriture saine explique sa longévité. En 2018, son manager Maverick Carter avait divulgué que l’enfant d’Akron  dépensait chaque année près de 1,5 millions de dollars pour préserver sa condition physique exemplaire. 

    De nombreux joueurs emploient des chefs cuisiniers et diététiciens pour contrôler leur poids, car être gras en NBA semble rédhibitoire. En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) affirme que 39 % de la société américaine est obèse. Avec près de 15 000 établissements McDonald’s sur le territoire, le pays tient la culture du fast-food en religion. La tentation est forte durant la trêve estivale, et de nombreux joueurs en profitent pour croquer la vie, et le cheeseburger, à pleine dents.

    Shaquille O’Neal, égérie pour une publicité du Fast-Food Slutty Vegan, à Atlanta. Source : Page Facebook de la chaine.

    Les coachs NBA sont au diapason quant à la gestion de ces joueurs hédonistes. Être hors de forme par rapport aux standards de la ligue, c’est voir mathématiquement son temps de jeu sur le banc augmenter. Les kilos en trop induisent des performances athlétiques en baisse et une vulnérabilité aux blessures musculo-articulaires. 

    Une NBA grossophobe ? Demandez à Nikola Jokic. Comme le Serbe, certains joueurs n’ont pas le physique standardisé de la grande ligue mais compensent avec un bagage technique supérieur. Il y a les faux lents et les phénomènes physiques dotés d’une génétique qui font oublier les kilos en trop. 

    Le Alley-Oop stratosphérique de Zion Williamson la nuit du 2 février face aux Rockets. Revenu de blessure hors de forme, le rookie pèse 130 kilos pour 1.98m. Zion est le troisième joueur le plus lourd de la ligue.

    Si les historiens de la NBA ne devaient relater qu’une performance XXL, ce serait sûrement la saison 2003-2004 de Shaquille O’Neal. Le pivot des Lakers pèse alors 165 kilos. Ce poids de forme ne l’empêche pas de jouer 67 matchs avec une ligne statistique de 21 points et 11 rebonds de moyenne. Shaq disposait d’une mobilité et d’une puissance incroyable pour un big men de son gabarit. 

    Glen Davis, Olivier Miller … ou encore Serge Ibaka et son show culinaire sur Youtube ont prouvé qu’on peut allier amour du basket et de la gastronomie. En coulisses des parquets, d’autres addictions moins visibles peuvent séduire les joueurs de la ligue. 

    La stupéfiante NBA

    La NBA accueille des talents issus de toute classe sociale. Dans leur jeunesse, certains joueurs ont été confrontés à la drogue, symptomatique de la misère et la pauvreté dans les zones urbaines aux Etats-Unis. C’est le cas de Patrick Beverley, qui s’est confié cette année à ESPN et au journaliste Ohm Youngmisuk. Interrogé sur ses perspectives dans la vie s’il n’avait pu quitter la banlieue de Chicago pour devenir un sportif professionnel, le meneur des Clippers a donné une réponse aussi franche que radicale :

    « J’aurais probablement été le meilleur vendeur de drogue du monde”. 

    Source : Patrick Berverley pour ESPN, le 22 novembre 2019.

    De nombreux joueurs ont ainsi évolué dans un environnement favorable à la possession et à la consommation de substances. La ligue a conscience de cette réalité et mène une politique sévère à l’encontre des stupéfiants, susceptibles de mettre en danger la santé de ses athlètes. Un accord a été signé avec l’association des joueurs dans le cadre de “L’Anti-Drugs Program”. 

    Le site internet SportsReference.com rappelle la législation adoptée par la NBA pour le traitement de ce sujet. 

    Les joueurs peuvent subir jusqu’à cinq tests d’urine aléatoires durant la saison. Ces tests concernent aussi bien les produits stéroïdes et autres hormones, que la cocaïne, le LSD ou la marijuana. Tous les joueurs sont susceptibles d’être contrôlés. Cependant, une vigilance particulière est accordée aux rookies, afin de les sensibiliser dès leurs premiers pas dans la ligue. En cas de test positif à la weed, le joueur intègre obligatoirement le programme de suivi des addictions de la ligue. Les sanctions sont ensuite croissantes selon la gravité de la situation et les éventuelles récidives. De quelques matchs de suspension et une amende de 25 000 dollars, elles peuvent aller jusqu’à un bannissement maximal de deux ans, imposé à Chris Andersen pour usage de drogues dures en 2006

    Illustration de fan de Chris Andersen, alias Birdman,  sous les couleurs du Heat. Source : Clutchpoints.com

    Ce suivi s’adapte aux besoins des athlètes et permet de prévenir les drames qui ont secoué toute la communauté sportive américaine, comme le décès par overdose du jeune Lens Bias, sélectionné en deuxième position de la draft 1986 par les Celtics.  Les grandes instances de la NBA veulent ainsi préserver leur image mais aussi assurer le bien-être de leurs premiers employés. 


    De plus, malgré leur statut privilégié, les athlètes ne sont pas immunisés à la dépression. Une traversée du désert dans une carrière peut mener à l’alcoolisme. DeMar Derozan ou Kevin Love se sont engagés récemment au sein de la communauté NBA pour témoigner, prévenir et accompagner les joueurs qui subissent ce fardeau existentiel.

    Durant la saison 1988-1989,  Chris Mullin, membre du triptyque offensif up tempo  “Run TMC”, a dû affronter son addiction pour l’alcool. Arrivé à Oakland chez les Warriors, l’arrière s’acclimate difficilement aux exigences de ce nouveau cadre, loin de son quartier natal de Brooklyn. Son refuge dans la boisson mine  son assiduité à l’entraînement. C’est son coach et mentor, Don Nelson qui l’incite à intégrer un programme de désintoxication. Le soutien dispensé en rehab permet à Mullin de retrouver un équilibre sur et en dehors des parquets. 

    L’alcoolisme reste un problème aigu en NBA, notamment une fois les sneakers raccrochées. Dans la luxure, d’anciennes légendes finissent par dilapider tous leurs gains amassés en carrière. 

    Sexual Healing

    Avis aux âmes sensibles, ici commence le royaume de l’intime. Certes, la vie privée des joueurs ne nous regarde pas. Cependant, leurs frasques nous amusent, car elles jurent avec l’image que veut donner la NBA à son business. Les valeurs louables liées à la communauté, et à la famille sont régulièrement mises en scène autour d’acteurs du jeu exemplaires. 

    Ne soyons cependant pas hypocrites. Une piqûre de rappel gossip ne peut pas faire de mal, surtout pour réduire la distance pouvant exister entre ces monstres sacrés du parquet et nous, simple fans. Les livres d’Histoire de la ligue regorgent d’anecdotes sur la libido de ses légendes. 

    Wilt Chamberlain et ses 100 points en un match se targue de disposer d’un record encore plus rocambolesque. Dans sa biographie, A View From Above (1991), il affirme avoir couché avec plus de 20 000 femmes, soit “une moyenne de 1,2 par jour depuis ses quinze ans”. 

    Légende du jeu, Dennis Rodman est adoré car c’est aussi un personnage haut en couleurs. Champion intercatégories, the Worm a la réputation de donner dans tous les vices. Nous ne nous attarderons aujourd’hui que sur ses exploits sous la couette.  Les hustle plays se déroulent aussi hors du temps réglementaire, et le numéro 91 des Bulls a affirmé s’être fracturé le sexe à trois reprises. Pour les plus curieux d’entre vous, les circonstances de ses mésaventures sont détaillées dans une interview que l’ex-petit ami de Carmen Electra et Madonna  a accordé au média VICE, en 2016.  

    Récit des blessures légendaires de Dennis Rodman, produit et réalisé par le média VICELAND. Source : Youtube

    Tempérons nos jugements. Certains joueurs évoluent dans des gros marchés et nombreux sont des athlètes millionnaires. A New-York, Miami ou  LA, difficile d’ignorer la fête qui sert d’exutoire à la tension accumulée durant la saison. Le très sérieux Sports Illustrated a ainsi publié une étude statistique sur James Harden, montrant que l’ex-MVP performait en moindre mesure lorsqu’il était en déplacement dans une ville réputée pour ses strip-clubs. 

    Le 26 janvier 2020, une vidéo de Kawhi Leonard fuite sur Twitter. Le joueur des Clippers apparaît en club aux côtés d’une danseuse dénudée, lascive. Cette saison, le joueur est souvent préservé par sa franchise au nom d’un load management assumé, et l’extrait soulève la moquerie de certains fans. Kawhi semble disposer d’assez de vigueur pour évoluer sur les parquets. Si cette telle polémique amuse, elle humanise aussi the Claw, souvent perçu comme un tueur timide qui ne vit que pour le basket. 

    La parenthèse gossip se referme. La NBA passionne par sa démesure qui induit des moments de faiblesse et des ragots de l’autre côté du rideau. Prenons conscience qu’il est difficile pour ces joueurs médiatisés de préserver leur vie privée, à l’écart des caméras. Les excès extra-sportifs des joueurs sont compréhensibles lorsqu’on réalise les sacrifices nécessaires à l’intégration  de cette ligue ultra-compétitive. Pour notre grand bonheur le vice est partout, même dans une NBA qui se veut si lisse et policée. 

  • NBA Rewind #4 : Chris Paul aux Lakers, histoire d’un transfert avorté

    NBA Rewind #4 : Chris Paul aux Lakers, histoire d’un transfert avorté

    Chaque semaine Clutch Time vous propose de faire un bond dans le passé afin de revivre et de réécrire un fait marquant de la NBA qui aurait pu changer le cours de son histoire.

    Cette semaine, on continue notre série avec un flashback vers l’année 2011. Alors que Chris Paul, joueur des Hornets (de la Nouvelle Orléans) arrive sur sa dernière année de contrat, les Lakers en pleine reconstruction, décident de passer à l’action afin d’attirer le meneur All-star lors de l’intersaison 2011. Mais rien ne se passera comme prévu.

    La fin d’un cycle aux Lakers

    A-t-on encore besoin de présenter les Lakers de Los Angeles ? L’une, si ce n’est l’équipe la plus emblématique de la ligue et du sport aux États-Unis, la franchise californienne regorge de grands noms du basket décennies après décennies depuis sa création en 1948. Au crépuscule de la décennie, les Lakers restent sur une série exceptionnelle de trois finales consécutives ponctuée par deux titres en 2009 et 2010. Tout va donc pour le mieux pour les « Angelinos ». Pourtant, alors que le champion sortant claque un nouvel exercice solide en saison régulière (57-25, 2ème à l’Ouest), les hommes de Phil Jackson se plantent royalement au second tour des PO face aux Mavericks de Dallas subissant un sweap retentissant. Une sortie bien mal choisie pour le coach emblématique des Lakers, qui avait annoncé son intention de quitter le banc des Lakers après un ultime exercice en guise de tournée d’adieu.

    Un retournement de situation qui va progressivement plonger dirigeants et joueurs dans l’incertitude la plus totale quant à la direction que va prendre la franchise après cet échec cuisant. Il est important de rappeler à quel point les Lakers ont laissé leur empreinte depuis plus de dix ans en NBA. Avec sept finales et cinq titres, les violets et or sont parvenus à réinstaller Los Angeles au centre des discussions et le Zen Master y est pour beaucoup dans cette réussite. Autour du duo Kobe & Shaq puis de Kobe & Gasol, Phil Jackson a su réunir les ingrédients qui firent sa réussite aux Bulls dans les années 90 afin de bâtir une nouvelle dynastie. Menée par son franchise player emblématique, Kobe Bryant, les Lakers doivent désormais proposer un projet au moins aussi ambitieux pour convaincre l’arrière all-star qu’il a fait le bon choix en prolongeant en 2010.

    Rebâtir un nouveau projet

    Afin d’entamer une reconstruction rapide, le GM des Lakers, Mitch Kupchak, souhaite ouvrir un nouveau cycle pour une équipe jugée vieillissante et qui a besoin de sang neuf pour être à nouveau compétitive. Une cure de rajeunissement nécessaire il est vrai à la vue de la moyenne d’âge de l’effectif (30 ans) alors que certains éléments arrivent en fin de contrat et que les Lakers disposent d’une marge financière très limitée pour attirer un gros poisson. La free-agency 2011 n’est guère plus intéressante aux yeux des dirigeants des Lakers. À l’exception du cadet des Gasols (Marc) qui dispose d’une restricted option avec les Grizzlies et du pivot texan Tyson Chandler, la franchise n’a guère plus de choix pour opérer un changement important à moyen terme. Kupchak n’a d’autre choix que d’entamer des négociations et monter un trade avec une franchise et c’est vers le meneur des Hornets de la Nouvelle Orléans, Chris Paul, que son choix se porte.

    Les Hornets de Charlotte

    Commençons d’abord par un petit retour en arrière. La franchise des Hornets voit d’abord le jour en 1988 du côté de la Caroline du Nord dans la ville de Charlotte. Issue d’une expansion de la ligue à la fin des années 80, l’équipe ne tarde pas à se faire un nom au sein de la ligue dans les années 90, autour de joueurs talentueux de Mugsy Bogues à Larry Johnson en passant par Alonzo Mourning. Mais au fil des saisons, la fréquentation du Coliseum de Charlotte diminua de manière très inquiétante aux yeux des dirigeants. Le propriétaire George Shinn, alors en délicatesse avec la justice, la ville et les finances, décide de délocaliser la franchise vers la Nouvelle Orléans en 2002.

    La Nouvelle Orléans, nouvelle ville pour un nouveau départ

    La Nouvelle Orléans va connaître une intégration compliquée durant ses premières années en NBA. Débutant d’abord pendant deux saisons en Conférence Est, les Hornets seront envoyés au sein de la Division Sud-Ouest de la Conférence Ouest dans laquelle elle concourt encore aujourd’hui. Mais l’ouragan Katrina en août 2005 qui causa la mort de plus de 1 800 personnes principalement dans l’état de la Louisiane et au Mississippi va contraindre la nouvelle franchise de se relocaliser temporairement à Oklahoma City (Oklahoma) dans le Ford Center (actuel Chesapeake Energy Arena du Thunder) et il leur faudra patienter deux ans avant de retrouver la Nouvelle Orléans lors de la saison 2007-08.

    Les Hornets vont néanmoins tourner cette triste page de leur histoire et celle des Baron Davis, Jamal Mashburn, David Wesley et Jamaal Magloire pour se reconstruire autour de la draft 2004 et de son 4ème choix, Chris Paul. Le jeune meneur devient rapidement la star d’une équipe désespérément en quête d’ambitions depuis plusieurs saisons pour relancer une franchise engluée dans la seconde moitié de tableau. En dépit des recrues Peja Stojaković et David West, les Hornets ne parviennent pas à dépasser le stade du second tour des PO (2008) et il se dit alors que Chris Paul, à qui il reste une année de contrat, envisage sérieusement de poursuivre sa carrière sous d’autres couleurs que celle de la Nouvelle Orléans.

    Lock-out 2011

    En raison d’un lock-out qui paralyse la ligue depuis plusieurs mois, joueurs, propriétaires et officiels ne sont toujours pas parvenus à un accord pour débuter l’exercice 2011-2012. La raison du désaccord tient principalement dans le fait que plusieurs marchés sont moins attractifs que d’autres et que cette inégalité sur le plan sportif se traduit aussi par des inégalités de revenus. Certains dirigeants craignant qu’un écart plus important se creuse chaque année dans la ligue alors que les joueurs défendaient leur salaire et une facilité de transfert plus accrue, la NBA consent à signer une nouvelle convention qui satisfait les parties.

    Pendant que dirigeants et joueurs cherchent un accord, le propriétaire des Lakers, Jerry Buss, négocie depuis quelques temps avec les Hornets pour faire venir Chris Paul en Californie. Dans le cadre d’un échange incluant Houston, les Lakers proposeraient dans ce deal Pau Gasol (envoyé à Houston) et Lamar Odom afin d’attirer le meneur de jeu quadruple all-star. Difficile alors d’imaginer les autres propriétaires restant les bras croisés face à une situation contre laquelle ils luttent justement depuis plusieurs mois. L’information commence à faire grand bruit dans la presse et elle n’est pas du goût de tout le monde, à commencer par le commissaire de la NBA, David Stern.

    Le Veto de la discorde

    A l’époque, les New Orleans Hornets sont la propriété de la ligue qui doit trouver un nouvel acquéreur après le départ du sulfureux George Shinn. Dell Demps, le GM, est censé avoir les pleins pouvoirs depuis 2010 mais il s’avère que lors des négociations, David Stern himself s’est immiscé dans le dossier CP3 pour ne pas remettre de l’huile sur le feu avec les autres franchises. En mettant son veto sur ce transfert, le commissaire de la ligue voulait mettre tout le monde d’accord pour ne pas être en contradiction avec ses nouveaux engagements et risquer de prolonger le lock-out.

    Quitte à empêcher un trade qui aurait pu (aurait dû ?) être bénéfique pour les parties prenantes, Stern déclarera néanmoins que la faute revenait en grande partie au GM des Lakers. De peur de ne pas opérer de mouvements suffisamment intéressant pour la franchise californienne et par impatience, Kupchak aurait décidé de rompre les discussions pour ne pas attendre que Chris Paul devienne agent libre à la fin de la saison 2011-12. Les Lakers trouveront donc un accord avec les Mavs pour balancer Lamar Odom à Dallas où il ne retrouvera jamais son niveau de jeu et deviendra un paria de la ligue.

    Cet échange semblait pourtant intéressant sur le papier. Los Angeles envoyant d’abord Pau Gasol et Lamar Odom aux Hornets afin de récupérer Chris Paul, les Hornets devaient échanger par la suite l’espagnol aux Rockets contre Luis Scola, Kevin Martin, Goran Dragic ainsi qu’un premier tour de draft 2012. En coulisse un joueur fulmine à l’idée d’avoir eu une telle offre lui passé sous le nez, c’est Chris Paul. Le joueur de la Nouvelle Orléans est mécontent de sa situation en Louisiane. Le meilleur meneur de la ligue est lassé de perdre plus de matchs qu’il n’en gagne, il ne s’imagine pas honorer sa dernière saison et décide de stopper les entraînements avec les frelons à la reprise des matchs de saison régulière.

    Pire encore l’entourage du joueur avance l’hypothèse qu’une plainte pourrait être déposée contre la ligue et David Stern pour contester cette décision. Les Hornets doivent donc s’activer afin de récupérer une contrepartie suffisamment intéressante pour CP3 tout en faisant gaffe de ne pas froisser les autres franchises et son meneur de jeu. Et à la surprise générale Paul va bel et bien atterrir en Californie mais sous les couleurs des Clippers. La NBA donne son aval pour ce transfert mais la contrepartie dans cet échange est néanmoins très maigre pour la franchise. Pour avoir balancer un joueur all-star, champion olympique, meilleur passeur et intercepteur de son histoire, les Hornets récupère l’arrière Eric Gordon, les intérieurs Chris Kaman et Al-Farouq Aminu ainsi qu’un premier tour de draft 2012 (Austin Rivers).

    Depuis 2011

    Chris Paul aux Lakers ça aurait pu avoir de la gueule quand même ! Imaginez un instant une association entre le meilleur meneur de l’époque avec le meilleur arrière shooter de sa génération, des soirées de playoffs, dans un Staple Center des grands soirs comme à l’époque du Shaq et de Kobe. Les Lakers auraient bien évidemment pu être des sérieux candidats au titre à l’heure des « Tres Amigos » de Miami et des redoutables Spurs. Ce trade aurait évidemment bouleversé la hiérarchie de la NBA en inversant plusieurs tendances à commencer par celle des Clippers qui n’auraient probablement jamais enchaînés les campagnes de PO entre 2012 et 2017, de San Antonio ou Oklahoma qui n’auraient peut-être jamais jouer les finales 2012, 2013, 2014. Enfin Kobe Bryant aura pu remporter de nouvelles bagues, approchant un peu plus son père spirituel, Michael Jordan en s’installant un peu plus dans le gotha des plus grands et offrant enfin un titre à Chris Paul.

    Le meneur aux neuf sélections au All-Star Game n’a néanmoins toujours pas trouvé la bonne formule et les succès qu’il aurait aimé accomplir en carrière, que ce soit aux Clippers de 2011 à 2017 puis lors des deux derniers exercices du côté des Houston Rockets. Devenu indésirable aux Texas, le joueur de 34 ans tente un nouveau challenge cette saison dans l’Oklahoma, un lieu qui l’a vu débuter dans la ligue de 2005 à 2007 au moment de l’ouragan Katrina. Les Lakers vont quant à eux enchaîner des saisons de moins en moins bonnes et vont lentement glisser vers un marasme sportif dont ils ne se relèveront pas avant 2018, saison de la signature du meilleur joueur de la ligue, LeBron James.

    Petit top 10 de Chris Paul sous le jersey des Hornets

  • Michael Brooks, from San Diego to Limoges

    Michael Brooks, from San Diego to Limoges

    Michael Brooks en NCAA

    Michael Brooks, un nom bien connu en France. Peut-être pas par les plus jeunes, mais prononcez son nom à Limoges et attendez… on vous vantera son passage au CSP, mais Mike a connu une courte mais belle carrière en NBA avant cela!

    Le rêve américain comme début de carrière

    La carrière de Michael Brooks démarre comme celle de tout futur bon joueur NBA. On ne fait pas de lui un potentiel MVP en puissance, mais on sait qu’on a en Brooks un joueur fiable et solide, comme il en faut dans toutes les bonnes équipes.

    Natif de Philadelphie, Michael Brooks passe par l’université de LaSalle dans sa ville de naissance. Cet ailier plutôt physique marque l’histoire de sa fac, en devenant le deuxième marqueur et troisième rebondeur de l’histoire de LaSalle, avec des moyennes d’environ 23 points et 12 rebonds par match!

    En tant qu’universitaire, il participe aux jeux panaméricains de 1979 où il remporte la médaille d’or en compagnie d’Isiah Thomas et Kevin McHale.

    La saison suivante (sa dernière en NCAA), il est élu MVP en sortie d’une année à 24,5 points et 11,5 rebonds par match.

    A une époque où les joueurs NBA ne sont pas sélectionnables en équipe nationale, Michael Brooks fait partie de la Team USA pour les JO de Moscou en 1980, il en est même le capitaine! Cette équipe dont fait encore partie Thomas, mais aussi un futur n° 1 de la draft, Mark Aguirre et le fameux Sam Bowie, n°2 de la draft 84 devant Michael Jordan et autres Barkley ou Stockton. L’histoire de ces JO est bien connue et cette sélection américaine ne mettra pas un pied à Moscou sur décision gourvernementale. Une tournée sera tout de même organisée, et Michael Brooks en sera le meilleur marqueur.

    Arrive le jour de la draft 1980. Dans une sélection sans superstar, on note un seul Hall Of Famer, le Celtic Kevin McHale. Brooks est lui choisi en n° 9 par les San Diego Clippers. On note aussi lors de cette draft la présence en n° 18 du futur complice de Brooks au CSP, Don Collins.

    Michael Brooks arrive donc à 22 ans à San Diego, belle traversée des Etats-Unis depuis Philadelphie! La première saison de Mike est très bonne, un bon rookie qui joue 30 minutes par match, présent lors des 82 rencontres. Le tout à 14,7 points pour 5,4 rebonds, bonne saison de rookie, mais pas suffisant pour aider les Clippers à atteindre les playoffs.

    En 1981-82, Brooks est de nouveau aligné lors des 82 matchs de la saison régulière, dont 73 dans le 5 majeur. Avec un temps de jeu un peu plus élevé (33 minutes) ses statistiques s’élèvent aussi à 15,6 points et 7,6 rebonds par match, avec un record (en carrière) de 37 points. Troisième scoreur et rebondeur des Clippers, et premier aux steals, Mike est un élément majeur d’une équipe de San Diego encore plus faible que la saison précédente.

    La saison qui suit apporte son lot de changements aux Clippers. Lors de la draft 82, Sans Diego a le pick n° 2 et choisit l’ailier et futur All-Star Terry Cummings. Dans tous les cas avec le deuxième choix, on aurait pu avoir aussi du James Worthy ou Dominique Wilkins aux Clippers, deux autres ailiers qui n’auraient pas non plus arrangé les affaires de Michael Brooks! Il joue toujours les 82 rencontres, avec 30 minutes de moyenne mais seulement 26 fois dans le 5! Il est le cinquième scoreur avec 12,2 points et quatrième rebondeur avec 6,4 prises par match. Mais c’est bien les 23,7 points et 10,6 rebonds du ROY Terry Cummings qu’on remarque cette année là bien que les playoffs ne soient toujours pas au rendez-vous. Sans oublier le retour du grand Bill Walton après deux saisons blanches…

    Fin d’une jeune carrière?

    La saison 1983-1984 peut être un tournant pour Michael Brooks. Après deux bonnes premières saisons, la troisième a été plus difficile avec plus de concurrence. C’est le moment de s’affirmer aux Clippers, ou de trouver une équipe qui le laisse exprimer son talent.

    Terry Cummings confirme son rôle, mais Brooks ne démérite pas. Il joue 30 minutes par match comme la saison précédente. Cinquième scoreur et quatrième rebondeur des Clippers, comme la saison précédente. Titulaire 30 fois sur 47, bien mieux que la saison précédente.

    Mais le souci est là, 47 matchs joués…blessure au genou, saison terminée. Assez banal pour un sportif de haut niveau, sauf qu’à ces 35 matchs manqués s’ajouteront deux saisons blanches, pas une minute sur les parquets ! Michael Brooks passe d’un joueur NBA confirmé de 25 ans, à un grand blessé de 28 ans à la recherche de sensations physiques.

    La traversée du désert est bien longue, lui même s’isole du milieu du basket pendant ces années. Les Pacers lui donnent sa chance à son retour au début de la saison 86-87. Une dizaine de matchs à 15 minutes de moyenne, Mike n’est plus dans le coup, ou on ne le laisse pas s’exprimer… dans tous les cas c’est en CBA que se termine sa saison.

    Idem la saison suivante, où les Nuggets l’engagent. Il joue 16 matchs, 8 minutes de moyenne et retour en CBA. Par rapport à son temps de jeu il est pourtant plus efficace que dans l’ Indiana, mais ce n’est pas suffisant pour Denver. Les sensations reviennent tout de même, puisque Brooks se montre à son avantage en CBA avec 14,9 points et 11,9 rebonds par match et même le titre de MVP de la saison en plus du championnat gagné en compagnie de Micheal Ray Richardson.

    Pas suffisant pour la NBA, trop risqué physiquement, plus aucune franchise NBA ne fera appel à Brooks. Il finit sa carrière dans la grande ligue avec 12,8 points et 6,3 rebonds de moyenne en 319 matchs joués. Mike aura été un bon joueur aux Clippers, aurait pu faire une carrière entière sur ce rythme, ou même trouver une franchise qui lui donne de plus grandes responsabilités mais son corps en a décidé autrement !

    Ce n’est pourtant pas la fin de la carrière de Michael Brooks, loin de là…

    Renaissance sur le vieux continent

    Après sa Pennsylvanie natale, la Californie de ses débuts professionnels, l’ Indiana ou le Colorado de ses tentatives de comeback, voilà Michael Brooks dans la Haute Vienne, à Limoges.

    A Limoges Michael vient trouver un second souffle, une seconde vie. Il y découvre une terre de basket où il est accueilli à bras ouverts. A son arrivée en 88, le CSP Limoges c’est 4 championnats, 3 coupes de France, et 3 coupes d’Europe. L’équipe alors composée entre autres de Richard Dacoury, Don Collins ou Stéphane Ostrowski voit arriver un joueur du genre de ceux qu’on remarque quand il arrive en France: un ancien de la NBA, et pas un qui a joué une dizaine de matchs en bout de banc, un vrai !

    Avec plus de 19 points, 9,7 rebonds par match et un titre de champion de France, l’expérience française de Brooks démarre bien. Il forme un excellent duo avec Don Collins le MVP de la saison (ainsi que de la précédente et la suivante).

    En 1989-90 Brooks est de nouveau champion de France avec Limoges. Stable dans ses stats (16,2 points et 9,3 rebonds), il s’impose dans le coeur des supporters et prend goùt à la reconnaisance qui lui est offerte ici. Sur la scène européenne Mike a l’occasion de se frotter à de grandes équipes en allant jusqu’au Final Four de l’euroligue, éliminé par le grand Split de Toni Kukoc.

    Au départ de la saison 90-91, Michael Brooks du haut de ses 32 ans s’apprête à vivre sa meilleure période statistique. En championnat il joue 37 minutes par match, pour 21,4 points et 10,3 rebonds de moyenne. Finaliste du championnat, ses performances individuelles lui valent le titre de MVP de la saison!

    Puis encore une belle saison à Limoges, terminée par un second titre de MVP et débutée par une participation à l’Open Mc Donalds à Paris, où il peut de nouveau affronter les Lakers. Une nouvelle fois finaliste du championnat, Brooks vit sa dernière saison au CSP, en partie à cause des méthodes du nouvel entraineur Bozidar Maljkovic. Sur l’ensemble de son passage à Limoges, Brooks a tourné à 18,9 points et 9,6 rebonds par match.

    Laissé libre par Limoges, le grand moustachu n’arrête pas pour autant. Encore trois saisons pleines (38 minutes par match!) à Levallois où il finit avec une moyenne de 17 points et 9,6 rebonds sur les 3 saisons, plutôt pas mal pour la fin de carrière d’un grand blessé ! Après une dernière saison efficace mais gâchée par les blessures, Michael Brooks met un terme à sa carrière de haut niveau à près de 38 ans. Son passage en France aura fait de lui un double MVP tournant à 17,3 points pour 9,4 rebonds par match, essentiellement dans la plus grande équipe du moment.

    Lui qui a obtenu la nationalité française continuera à jouer au basket à un niveau amateur encore quelques années avant d’aller vivre et coacher en Suisse. Là bas, atteint d’une maladie qui a nécessité une greffe de moëlle osseuse, il décède d’un arrêt cardiaque peu de temps après l’opération, à l’âge de 58 ans.

    Les hommages se succèdent, principalement en France, son pays d’adoption mais la nouvelle est aussi diffusée dans certains médias américains. Stéphane Ostrowski, Fred Forte et bien d’autres exprimeront publiquement leur émotion. Aujourd’hui un tournoi de présaison porte son nom à Limoges. Verra-t-on prochainement son maillot retiré?

  • Rétro draft 2000 : zoom sur Darius Miles

    Rétro draft 2000 : zoom sur Darius Miles

    Qu’est-ce qu’un « bust » ? Par définition, c’est un joueur drafté très haut, un joueur pour lequel on a promis un avenir grandiose mais qui ne saura pas répondre aux attentes durant sa carrière. Il faut se dire que les joueurs qui débarquent en NBA par la grande porte sont pour la majorité des gamins d’à peine 20 ans. Alors faisons preuve d’un peu d’indulgence au moment d’évoquer la carrière du malheureux Darius Miles, sûrement projeté trop vite sous le feu des projecteurs. Nous relaterons les principaux faits de son parcours professionnel, à l’aide d’une longue lettre postée par Miles sur le site « The Player’s Tribune ».

    Darius LaVar Miles est né le 9 octobre 1981 à East St. Louis, dans l’Illinois. Une ville réputée infernale, au paysage apocalyptique, avec un taux de criminalité 18 fois plus important que la moyenne aux Etats-Unis. « C’est comme ça, souligne Darius. Quand tu nais à East St. Louis, il est question d’armes, de drogues et de danger, du début à la fin. Il n’y a que 89 blocs. Peu importe qui vous êtes, vous êtes dedans. Il n’y a pas le choix. » A titre d’exemple, East St. Louis est la seule ville Américaine de plus de 25 000 habitants à ne pas bénéficier de service obstétrique.

    Dans cette cité chaotique où la réalité empêche même les plus petits de rêver, Miles se tourne vite vers le basketball. Au lycée de East St. Louis, il devient très vite une vedette locale, de par ses capacités physiques. Un jour, il est invité au camp de Michael Jordan, en compagnie de Quentin Richardson, jeune prodige également natif de l’Illinois. « On est arrivés au camp le premier jour et MJ était là, en chair et en os. Quand il a commencé à jouer avec nous, personne ne voulait défendre sur lui. Rappelez-vous, on était des enfants. Qui va se mettre sur le chemin de MJ, pour de vrai ? Mais avec « Q » (Quentin Richardson), on se regardait à se dire, « vas-y, on n’a pas peur ». Donc j’ai voulu défendre dur sur lui. Bien sûr, c’est MJ, il a des moves, et il m’a tué. Mais j’ai continué à défendre dur et il a commencé à me montrer du respect. Après le camp, j’ai fait une photo avec lui et tout et je l’ai ramené à la maison où je l’ai mise en évidence, comme si MJ était un de mes oncles. Je revois ma mère me demander « Il est comment, MJ ? » Je lui disais « Maman, c’est fou ! Michael Jordan était là, à jurer. Il s’exprime comme nous ! ». Je me disais : merde, Michael Jordan est comme moi. Il est normal. Je peux peut-être le faire ». Cet évènement va, selon lui, changer sa vie, et représente sa première vraie lueur d’espoir.

    A l’époque, de plus en plus de jeunes joueurs débarquent en NBA sans être passés par la case université. Kevin Garnett, en 1995, fait le grand saut car ses notes sont trop médiocres pour qu’il puisse bénéficier d’une bourse. Dans le cas de Darius, on se dit qu’un encadrement scolaire et sportif par une fac lui aurait énormément apporté. Mais malgré les multiples offres qui viennent à lui, il choisit de faire une croix sur un cursus universitaire et se présente à la draft 2000.

    La draft de Darius Miles et son interview avec Craig Sager en compagnie de sa mère.

    On notera qu’avant sa draft, Darius Miles est constamment comparé à Kevin Garnett, en raison de leur physique similaire et de leur cursus avant l’arrivée en NBA. « Pour un jeune qui débarque en NBA, la stabilité est primordiale, souligne un des consultants TNT. Etre drafté par les Clippers n’est pas la meilleure solution quand on parle de stabilité. On ne sait pas comment il développera son jeu ni ce qui se passera dans 3-4 ans. » Au micro de Craig Sager, Darius dit : « Kevin Garnett est mon idole, mon joueur préféré, nous jouons au même poste. C’est un mec super, un super joueur et j’espère que je pourrai devenir un bon joueur comme lui actuellement. »

    La couverture de Sports Illustrated, paru en octobre 2000.

    « Je ne pense pas que les gens comprennent vraiment à quel point c’est fou de passer du lycée à la NBA. Et pas seulement à la NBA, mais aux foutus Clippers de Los Angeles. » Il est clair que sur l’autoroute du succès, Darius Miles a toujours voulu emprunter la voie de gauche. Passé d’une ville froide de l’Illinois au soleil californien, avec un contrat de plusieurs millions dollars, on peut affirmer que tout est allé trop vite dans la vie de Darius.

    Pub de la marque Jordan avec Darius Miles et Quentin Richardson. La musique de fond est de Gang Starr – Now You’re Mine.

    Aux Clippers, Miles a retrouvé son pote Quentin Richardson, ainsi que Lamar Odom, Corey Magguette et Keyon Dooling. L’équipe est jeune, prometteuse et surtout explosive. Ainsi elle va devenir une des équipes les plus sympathiques à suivre, sans pour autant parvenir à accrocher les playoffs. Malheureusement pour Darius Miles, son manque de qualités dans beaucoup de domaines essentiels du jeu (shoot mi et longue distance, notions défensives) font perdre patience aux Clippers, qui l’envoient aux Cleveland Cavaliers à l’intersaison 2002-2003, en échange d’Andre Miller. Un an plus tard, il est envoyé à Portland. L’aventure « JailBlazers » commence de la pire des manières pour Miles, qui n’entretient pas de bons rapports avec le coach, Mo Cheeks. Miles est même suspendu pour 2 rencontres après une altercation entre les deux hommes. Malgré tout, de 2004 à 2006, il réalise ses meilleures performances en carrière, en tournant à peu près à 13 points par match. Le 19 avril 2005, il plante 47 points contre les Nuggets.

    Le record en carrière de Darius Miles.

    En avril 2006, la carrière de Darius Miles prend un sombre virage quand il est victime d’une grave blessure au genou, qui lui fait rater 2 saisons complètes. Les Blazers ont le culot d’annuler son contrat, pensant que sa carrière est terminée. Mais en 2009, les Grizzlies lui font signer un contrat jusqu’à la fin de la saison, obligeant Portland a lui payer son dû. A la fin de la saison 2009, Darius Miles met fin à sa carrière. Une carrière finie comme elle a commencé: dans la médiocrité. Les fans, coachs, dirigeants ont toujours attendu plus d’un joueur qui n’était tout simplement pas à sa place.

    Darius Miles et Michael Jordan.

    « On m’a pris le basket à 27 ans et j’étais perdu. Puis quelques années plus tard, on m’a pris ma mère, et je suis devenu plus ou moins fou. Quand tu es en NBA, les gens croient que tu es un super héros et peut-être que tu crois en être un. Mais il y a tout un tas de choses à côté de ça dont le public n’a pas idée. »

    Quelques années après sa retraite, Darius Miles a déclaré être en faillite, après avoir touché plus de 60 millions de dollars de salaires en NBA.

    « J’ai été coincé dans la maison de ma maman à East St. Louis pendant environ trois ans. J’ai travaillé toute ma vie pour sortir de là et j’étais de retour. Juste… pris au piège. Je portais partout où j’allais. Je ne pouvais pas dormir. Impossible de trouver la paix. »

    Récemment, ça à l’air d’aller mieux pour l’ancien Clippers puisqu’il tient (en compagnie de son vieil ami Quentin Richardson) une émission sur « The Player’s Tribune » intitulée « Knuckleheads » , où les deux anciens compères invitent des joueurs tels que Kyle Lowry, Kevin Durant, Allen Iverson… En espérant que tout rentre dans l’ordre pour ce bon vieux Darius.

  • Le Menu McAdoo, entrée, plat, dessert

    Le Menu McAdoo, entrée, plat, dessert

    En entrée, un rookie chaud bouillant

    Bob McAdoo, jeune intérieur passé par North Carolina débarque en NBA par la draft de 1972 .

    Avant d’avoir mis les pieds sur un parquet NBA, il fait déjà parler de lui ! En effet Robert, du haut de ses 21 ans, a tapé dans l’œil non pas de deux équipes, mais plutôt de deux ligues !

    En plus de la draft NBA, il aurait été le n°1 de la draft (secrète) de la ABA, des rumeurs laissant croire qu’il aurait même signé un contrat dans cette ligue concurrente de la NBA.

    Retour en NBA, où malgré les rumeurs il est choisi en n°2, derrière l’obscur LaRue Martin, et quelques places devant un certain Julius Erving ! McAdoo attaque la saison 1972/73 aux Buffalo Braves, une franchise depuis devenue les Los Angeles Clippers.

    Avec 18 points de moyenne, cet intérieur adroit de loin ne gâche pas son année rookie, terminant Rookie Of The Year 1973 malgré les mauvais résultats des Braves. Côté performances, il se permet de passer 2 fois la barre des 40 points,en alignant 45 points et 25 rebonds pour le dernier match de la saison!

    Les trois saisons suivantes, McAdoo s’impose en NBA comme un scoreur prolifique, enchaînant trois titres de meilleur marqueur en 74, 75 et 76 avec un highscore à plus de 50 points chacune des ces 3 années. Il sera All NBA second team en 74 avec 30,6 points et 15,1 rebonds (dernier joueur en date à terminer au-dessus des 30 points – 15 rebonds), MVP 1975 avec 34,5 points et 14,1 rebonds, il connait également ses trois premières sélections au All Star Game pendant ces années folles.

    En plat principal, 11 saisons en dents de scie

    Après ces saisons phénoménales, McAdoo connaîtra une carrière très honorable en NBA, malgré les blessures et les trades plus ou moins désirés…

    En 76/77, il passe des Braves aux Knicks en cours de saison. Il quitte New-York deux ans plus tard et malgré des bonnes stats il est envoyé aux Celtics. Demandez aux Knicks d’aujourd’hui s’ils veulent d’un intérieur qui vaut 26 points et 12 rebonds par match!

    A Boston, il joue… seulement 20 petits matchs et puis s’en va ! Même pas le temps de croiser le futur triple MVP Larry Bird, et McAdoo fait ses valises pour Detroit. Aux Pistons, il y jouera 58 matchs en 79/80.

    La saison suivante 16 matchs joués à peine, entre Detroit et les Nets. Puis il fait de nouveau ses valises, direction les L.A Lakers ! En 6 années, il aura été baladé dans pas moins de 6 équipes NBA.

    A 30 ans, handicapé par quelques blessures, Bob McAdoo débarque à Los Angeles avec la ferme intention d’y obtenir ce qui lui manque: les titres ! Et là, on peut dire qu’il sera bien entouré: Magic, Kareem et James Worthy lui donnent l’occasion de gagner 2 titres NBA. Frustré d’être sur le banc (il joue autant, voir moins qu’un Kurt Rambis!), McAdoo accepte tout de même son rôle de 6eme homme et apporte sa part de points et de rebonds pour aller chercher ces 2 bagues tant désirées.

    Un dernier passage à Philadelphie, lors de la saison 1985/86 et ça en est fini la NBA ! Pas satisfait de la proposition des Sixers, McAdoo met fin à une carrière NBA riche de 852 matchs, pour des moyennes de plus de 22 points et 9 rebonds !

    https://youtu.be/-P84-B8sVpc
    Le game 6 des finales NBA 1985
    Seulement 10 min de jeu et 2 points pour McAdoo
    KAJ (29 pts) Worthy (26 pts) Magic (Triple Double 14 pts 14 Ast 10 rbds)

    En dessert, une fin de carrière sous le soleil italien

    A 35 ans, après sa solide carrière NBA, Mr McAdoo change de destination, et cette fois il n’est impliqué dans aucun trade aléatoire. Il choisit sa destination, et ce sera l’Italie, l’Olimpia Milan plus exactement.

    Il y rencontre un certain Mike D’Antoni au club depuis 1977, avec qui il gagne dès sa première saison la coupe, le championnat d’Italie et l’Euroligue ! Pas arrivé pour faire de la figuration, il plante encore 26 points par match et prend toujours 10 rebonds !

    Lors de sa deuxième saison, il est de nouveau champion d’Europe et revient même avec le titre de MVP du Final Four, avec 25 points et 12 rebonds en finale ! Il passe au total 7 saisons en Italie, visitant trois clubs, prenant au passage un autre titre de champion d’Italie avec Milan. Bob a de beaux restes! Lors de son séjour en Italie, l’ancien Brave tourne à 27 points et presque 9 rebonds par match.

    Quand il prend sa retraite à 41 ans, il laisse sa marque sur l’Italie et sur l’Europe entière. Il dira même avoir plus apprécié ses 7 saisons italiennes que ses 14 saisons NBA en 2008 lors de la cérémonie des 50 meilleurs contributeurs de l’ Euroligue.

    1986–87 Tracer Milano – Robert Allen « Bob » McAdoo, Kenneth « Ken » Barlow

    Et après…?

    Après cette énorme carrière, Bob McAdoo est toujours actif dans le sport qui lui a tant donné !

    Depuis 1995 et sur demande de Pat Riley (son coach aux Lakers), il est assistant coach au Heat de Miami, participant à l’obtention de 3 titres NBA. Ces 5 dernières années, toujours au Heat, il a un rôle axé scouting. Lui qui a tant été balladé comme joueur NBA en est à près de 25 ans dans la même franchise !

    Et bien sûr, il a été intronisé au Hall of Fame en 2000 !