Rencontrée deux fois en préparation puis en phase de poules, la formation allemande a confirmé son statut de favori pour les Jeux Olympiques avec un groupe solide, déjà couronné l’an dernier avec un titre de Champion du Monde (on a bien dit du monde, pas juste d’Europe ou d’Allemagne – les américains en formation légère avaient été battus). L’adversaire est connu, le staff de Vincent Collet a un plan, et après le succès du quart de finale remporté contre le Canada archi-favori, on s’attend à un beau match de basket. Les Bleus peuvent-ils enchaîner deux succès au plus haut niveau et décrocher leur place pour le finale? Réponse ce jeudi 8 août 2024 dès 17h30. En attendant, voici quelques notes.
Quel visage pour la France?
Alors qu’elle semblait perdue en balbutiant un basket poussif et une défense poreuse jusqu’à présent, l’Équipe de France a réussi son entrée en lice pour la phase finale avec un tout autre visage, un cinq de départ différent, une défense de fer et une adresse des grands soirs. Ayant pris le Canada à la gorge dès le premier quart-temps, les Bleus ont marqué et creusé l’écart, sans toutefois tuer totalement le match. Mais l’essentiel était fait, un bon départ, de bonnes bases, et les canadiens n’ont jamais réussi à reprendre l’avantage. Sommée de répondre enfin présente pour le quart de finale décisif, au pied du mur, les hommes de Vincent Collet ont joué un match fabuleux – mais pas parfait. Des lancers-francs ratés, Wemby peu inspiré (2/10 aux tirs, 7 points en 27 minutes), des fautes (24) et des balles perdues (17) ont bien failli donner assez d’air au rival canadien pour se retourner. Contre l’Allemagne en demi-finale, il y a donc une marge de progression significative.
Le jeu sans Wemby
Même s’il a pesé dans tous les autres compartiments du jeu (meilleur passeur avec 5 passes décisives, 12 rebonds, 3 interceptions et un contre pour une seule balle perdue), le faible rendement général de Victor Wembanyama en attaque a lourdement pénalisé les Bleus au moment où il aurait fallu assurer une marge confortable face au Canada (3/6 aux lancers-francs et 0/6 à trois points), qui n’a du coup cessé de revenir pendant tout le match. Zéro pointé en attaque pour Nicolas Batum (à peine un tir tenté à trois points en 33 minutes), Andrew Albicy (0/3 à trois points en 19 minutes), Rudy Gobert (aucun tir en 3 minutes et demie) et Bilal Coulibaly (à peine 1:17 sur le terrain). Matthew Strazel et Nando De Colo n’ont même pas quitté le banc. Ce sont donc essentiellement 4 joueurs qui ont marqué pour le Bleus (70 des 82 points à 18/30 aux tirs). Il s’agit de Guerschon Yabusele (22 points), Isaia Cordinier (20 points), Evan Fournier (15 points) et Mathias Lessort (13 points en 19 minutes). Avec Wemby (7) et Frank Ntilikina (5 points uniquement sur lancers-francs), ce sont à peine 6 joueurs qui ont contribué à la marque. On savait que la rotation serait réduite, on ne savait pas à quel point ! La bonne nouvelle, c’est qu’on est sortis de la Wemby-dépendance en attaque. Et Nicolas Batum a bel et bien été monstrueux en défense, prouvant une fois de plus sa polyvalence et son impact sur le jeu des Bleus sans marquer le moindre point.
Le retour de l’association Wemby + Gobert?
Mis sur le banc pour le majorité du match ce mardi, Rudy Gobert n’est cependant pas banni définitivement du schéma tactique des Bleus. Il pourrait faire son retour rapidement et serait alors sommé de trouver le chemin du cercle en attaque si on veut vraiment choquer les Allemands, qui ont repoussé les intérieurs tricolores jusque-là. Une bonne fixation intérieure en association avec Mathias Lessort et Guerschon Yabusele pourrait permettre de rivaliser avec le bloc intérieur allemand, tout en laissant Victor Wembanyama s’exprimer au poste haut et à l’extérieur. On attend encore le match de référence du prodige des Spurs, qui domine à sa façon, mais peut aussi exploser en attaque à tout moment. S’il réussit ses paniers à trois points, le match pourrait être plié plus rapidement que face au Canada.
Table rase du passé pour une finale olympique
C’est le défi des Bleus cet après-midi, montrer leur vrai visage après des prestations faibles lors des prédécentes confrontations avec l’Allemagne. Vincent Collet l’avait annoncé, la préparation risquait de tourner au poker menteur contre des équipe de haut niveau susceptibles de revenir plus tard en compétition officielle, le stratège des Bleus souhaitant conserver ses cartes pour les matches qui comptent. En espérant que les joueurs appliqueront bien les consignes et seront tout aussi galvanisés que lors du match précédent, de référence, contre le Canada. Un match loin d’être parfait, cependant (on a perdu les deux derniers quart-temps), sachant que le match de poule perdu contre l’Allemagne s’était joué sur un seul mauvais quart-temps (-14 en définitive). Pour pouvoir prétendre à l’or olympique, les Bleus n’ont pas le choix, ils doivent cette fois livrer une copie parfaite, un match maîtrisé de bout en bout contre un adversaire aguerri.
Rien ne va plus pour les Bleus aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Après une préparation compliquée et une phase de poules guère rassurante à Lille, l’objectif premier est cependant atteint, puisque l’Équipe de France de basket masculine est qualifiée pour la phase finale qui se déroule à Paris. Si la défaite contre l’Allemagne (championne du monde en titre) pose question, les deux victoires contre le Brésil et le Japon ont permis d’assurer l’essentiel, une place en quart de finale du tournoi olympique à domicile contre la Canada. L’adversaire est bien connu, puisque les deux équipes se sont rencontrées en juillet à Orléans non seulement pour un match de préparation, mais également pour une séance de scrimmage préalable à la demande des canadiens. Le Canada, c’est une équipe formidable, au parcours exemplaire lors de la dernière Coupe du Monde FIBA en septembre 2023, notamment une défaite cuisante pour la France dès le premier match qui a provoqué, avec une seconde défaite de suite contre la Lettonie, son élimination prématurée de la compétition. Le match de ce mardi 6 août à Bercy s’annonce donc chaud et fort en symboles. Pour accéder au podium, l’Équipe de France doit montrer de quoi elle est réellement capable, c’est donc l’occasion de prendre sa revanche et de jouer, enfin, un basket gagnant, sans trous d’air. Les Bleus de Vincent Collet en sont-ils capables?
L’Allemagne, trompe-l’œil ou révélateur?
Quand on voit une équipe déjà qualifiée pour les quarts-de-finale jouer un dernier match de poule devant près de 27000 spectateurs dans son propre pays et marquer à peine 27 points en première mi-temps (dont 9 seulement en deuxième quart-temps), on peut se poser des questions. Cependant, c’est davantage une confirmation du très haut niveau et de la cohésion de l’équipe allemande, championne du monde en titre l’été dernier et parfaitement en place cet été, avec un Dennis Schröder en grande forme (26 points à 10/17 aux tirs, dont 4/7 à trois points, 9 passes décisives), la paire d’intérieurs Wagner particulièrement performante (Franz, 2m08, 26 points et Moritz, 2m11, 8 points en 14 minutes), un Daniel Theïs bien présent (7 points, 8 rebonds, 2 interceptions et 2 passes décisives) et un sacré golgoth dans la raquette, Johannes Voigtmann (2m11 pour 115kg). Au bout du compte, il manque 14 points, mais les Bleus ont su réagir et on a vu de très belles choses, notamment un Isaia Cordinier percutant (2 dunks en drive, 10 points) à la fois en attaque et en défense, exactement dans l’énergie et l’à-propos préconisés par Vincent Collet, qui ne l’avait pas mis sur le terrain par hasard à ce moment-là. Entre Strazel et Cordinier, l’Équipe de France compte désormais des joueurs d’impact qui savent s’exprimer dans le dur. On en aura certainement besoin lors des phases finales. L’enseignement de ce dernier match de poules, c’est qu’on ne peut pas se permettre le moindre relâchement, et certainement pas pendant un quart-temps entier !
Un match de référence pour Wemby?
Comme l’a bien dit Fred Weis, consultant XXL pour la chaîne Eurosport, on n’a pas encore vu Victor Wembanyama sur cette compétition. Auteur de 15 points contre l’Allemagne, le géant des Spurs n’a pas réussi à donner sa pleine mesure jusqu’à présent. Le problème n’est pas tant qu’il soit passé à côté du match en première période, mais que l’Équipe de France n’ait pas eu la faculté de proposer autre chose en attendant que le rookie trouve ses marques. Rappelons que c’est sa première campagne en Équipe de France, avec une saison américaine dans les jambes et une grosse préparation, la fatigue s’est clairement fait ressentir contre une défense allemande épaisse et rugueuse. Et ses choix en attaque ont été parfois hasardeux – en témoigne son air-ball à trois points dans le coin juste après avoir pris une claque en plein visage par Mo Wagner dans le troisième quart-temps, au moment où les Bleus jouaient mieux, mais ne parvenaient pas à réduire l’écart (environ 20 points constants et 14 à l’arrivée). On a vu aussi des relances ratées, des actions sans conviction, beaucoup de frustration. Mais en quart de finale contre le Canada, Victor Wembanyama pourrait sortir son match de référence de cette compétition. Victoire ou défaite, Wemby doit laisser une impression indéniable pour ses premiers Jeux Olympiques.
Une équipe prête à en découdre en quarts de finale
Même si la manière a manqué, les Bleus ont gagné les deux matches importants de la phase de poules et se présentent à Paris pour la phase finale après une défaite contre l’Allemagne, certes, mais pas si « lourde » en vérité, dans un match sans enjeu, et on reste sur une bonne seconde mi-temps, avec le sursaut d’orgueil attendu. C’est un mauvais quart-temps, le second, qui coûte le match. Et contrairement à certains commentaires, les allemands n’ont jamais « levé le pied », ce sont les français qui ont joué correctement et même réalisé de très belles actions des deux côtés du terrain. Rudy Gobert (4 points à 2/2), absent car très peu servi en attaque malgré ses appels de balle, était essentiel en défense (4 contres). En sortie de banc, Guerschon Yabusele et Isaia Cordinier ont mis le feu pour sonner la révolte. Il n’aurait manqué qu’un peu plus de Bilal Coulibaly, encore trop timide (1 point en 12 minutes avec 0/2 aux tirs) et certainement plus d’impact de Mathias Lessort (5 points et 3 rebonds en 15 minutes à 2/4). Contre une équipe canadienne moins forte à l’intérieur que le bloc allemand, la France doit s’imposer physiquement. L’occasion également pour Evan Fournier (10 points en 17 minutes), mis au ban par Tom Thibodeau à New York, de montrer enfin au public pourquoi il a toujours la confiance de ses pairs.
Un match décisif… pour tous
Comme toutes les autres équipes qualifiées, dans une confrontation à élimination directe, les Bleus n’ont plus le droit à l’erreur. Mais ils ont beaucoup de talent et d’expérience, ils peuvent parfaitement « cliquer » ensemble au meilleur moment et viser le podium. En prenant chaque match un par un, en se donnant la possibilité de réaliser l’exploit à chaque étape, l’équipe de Vincent Collet ne pourra pas grand chose si les canadiens réalisent un match parfait, mais pourrait saisir sa chance en cas de défaillance ou de panne d’adresse. C’est la doctrine de Vincent Collet, qui ne nie pas le talent de la formation nord-américaine favorite du tournoi avec Team USA. En jouant dur et sérieusement, la France peut battre la Canada… ou sombrer dans la disgrâce devant son public. Et si Rudy Gobert sortait le grand jeu? Réponse ce mardi 6 août dès 18h.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Olympic.org
Cette semaine Clutch Time nous ramène presque seize ans en arrière, aux XXVIIIᵉ Jeux olympiques d’été qui se déroule en Grèce, plus d’un siècle après la première édition des Jeux de 1896. La Team USA reste sur trois titres consécutifs aux Jeux et va tenter de conserver son invincibilité en remportant un 13ème sacre, le quatrième d’affilée. Mais la sélection « Albiceleste » argentine de Manu Ginóbili va transformer ce rêve américain en cauchemar.
Des Jeux entre symbolique
et modernité
Ville hôte pour la seconde fois de son histoire, Athènes fut préférée à la ville de Rome et du Cap en Afrique du Sud, la symbolique de la ville ayant joué un rôle dans cette attribution, notamment pour son rôle dans la promotion des Jeux olympiques de la modernité depuis plusieurs décennies. L’évènement se déroule alors au mois d’août (du 13 au 19) et verra notamment plusieurs athlètes se distingués parmi lesquels le nageur américain Michael Phelps, qui réalisera l’exploit de remporter 8 médailles dont 6 en or à seulement 19 ans. La gymnaste roumaine Cātālina Ponor et ses trois médailles d’or mais aussi le titre sur 100m du sulfureux Justin Gatlin ainsi que le doublé du marocain Hicham El Guerrouj sur 1 500m et 5 000m furent autant de faits marquants lors de cette édition.
Logo officiel
Côté français, la cuvée olympique 2004 est presque aussi bonne que celle de Sydney pour la France, avec 33 médailles dont 11 en or (7ème rang). Parmi ces exploits on notera l’éclosion de la nouvelle star de la natation, Laure Manaudou, qui remportera le 400m nage libre féminin, la première médaille d’or de Julien Absalon en VTT, la deuxième pour Tony Estanguet en Canoë-Kayak ou encore le titre olympique au fleuret de Brice Guyart qui viendra compléter les titres par équipes au sabre et à l’épée des escrimeurs français.
Le tournoi de basket masculin verra quant à lui la
participation pour la dernière fois de la Serbie-et-Monténégro (vestige de la
grande Yougoslavie) des Bodiroga et Drobnjak et l’absence du vice-champion olympique
de Sydney, l’équipe de France. Chez les femmes, les américaines vont asseoir un
peu plus leur domination sur leur discipline en remportant leur cinquième
médaille d’or face à l’Australie, la troisième consécutive.
Le Basket américain en
plein doute
Une lente descente qui
s’amorce
Les américains ont dû prendre pour acquis le simple fait de se sentir invincibles depuis plus de dix ans. L’effet Dream Team 92 s’est pourtant étiolé au fil des ans et les esprits les plus éclairés ont pu constater de leurs propres yeux un certain déclin des États-Unis qui ne sont plus aussi intouchables qu’auparavant. Mais alors que s’est-il passé entre le début des années 90, époque dorée durant laquelle la Team USA était adulée et crainte de tous et ce nouveau millénaire qui remet en question cette hégémonie planétaire ?
Getty Image
Depuis les Jeux de Barcelone le paysage du basket international a beaucoup changé. Entre l’arrivée de contingent de joueurs européens en NBA, l’impact culturelle de la sélection yougoslave dans le style et le savoir-faire en Europe pour la balle orange, l’ogre américain ne dispose plus de la même marge de manœuvre douze ans après et ne fait plus aussi peur.
Symbole de ce dérèglement au sommet de la hiérarchie, la surprenante mais non moins logique élimination de la Team USA lors des derniers championnats du monde. Organisés sur son territoire en 2002, du côté d’Indianapolis (Indiana), la sélection américaine de l’époque se présentait avec un effectif composé uniquement de joueurs NBA afin d’effacer le cuisant échec du dernier mondial (3ème) à … Athènes. L’erreur faite en 1998 fut d’avoir envoyé jouer des universitaires (Trajan Langdon et Brad Miller entre autres) aux côtés d’expatriés comme Bill Edwards, Wendell Alexis ou encore David Wood, passés notamment par le championnat de France (on les salue).
Autre époque, autres mœurs. Désormais Team USA doit composer avec son vivier de joueur au plus haut niveau professionnel afin de remporter un quatrième titre mondial. Mais malgré la présence de nombreuses têtes d’affiche (Reggie Miller, Michael Finley ou encore Paul Pierce), la Team USA 2002 va lamentablement échouer en ¼ de finales face à la Yougoslavie (81-78), terminant son tournoi à une retentissante 5ème place et un bilan de six victoires pour trois défaites, dont une face à l’Argentine future médaillée d’argent.
Une Team USA en quête
de rachat
USA Basket
Exit George Karl et son cuisant échec. Bonjour Larry Brown ! Finaliste NBA avec les 76ers de Philadelphie en 2001 et surtout champion universitaire avec Kansas en 1984, coach Brown débarque donc en 2003 pour les qualifications olympiques lors des championnats des Amériques aux côtés d’un certain Gregg Popovich (déjà présent en 2002) et semble décider à réparer l’affront subit sur un an plus tôt. Les qualifications tournent très vite à la correction, la sélection américaine remportant ses dix matchs par 31 points d’écart en moyenne (101.7 points inscrits), s’octroyant un cinquième titre en finale face au argentins (106-73), vainqueurs en 2001.
Touchés dans leur fierté, le nouveau coaching staff de la Team USA a semble-t-il décidé de remédier à cette humiliation à domicile en mobilisant un maximum de joueurs majeurs en NBA. Mais en dépit des bonnes intentions, la sélection olympique ne séduit pas grand monde parmi les grands noms de la ligue. Sur les douze joueurs présents au tournoi de qualifications olympiques, seulement trois feront partie du voyage en Europe, Allen Iverson, Tim Duncan et Richard Jefferson. Logique me diriez-vous car plusieurs grands noms du basket n’étaient pas présents à Porto Rico lors des qualifications. Pourtant ni Kobe Bryant, ni Vince Carter et Tracy McGrady ou encore Paul Pierce et Kevin Garnett ne répondront à l’appel des Jeux.
Passés les désertions de certains joueurs, Larry Brown décide donc d’envoyer une escouade très rajeunie en Grèce. Autour de ses deux stars, Stephon Marbury, qui sort d’une saison mouvementée depuis son trade de Phoenix à New York, est accompagné de son ex-coéquipier aux Suns Shawn Marion et du Laker Lamar Odom, dans les rôles de joueurs suffisamment expérimentés. Car la grande majorité de l’effectif se composera de jeunes talents en devenir, allant de LeBron James à Carmelo Anthony, en passant par Dwyane Wade, Carlos Boozer, Emeka Okafor ou encore Amare Stoudemire. La plus jeune Team USA assemblée depuis 1988 (23.5 ans de moyenne d’âge). Une autre époque.
Wikipédia
La « Generación de oro ” du basket argentin
Pour faire une brève rétrospective sur le basket argentin,
il faut tout d’abord remonter près d’un demi-siècle en arrière, aux prémices de
ce sport. En effet la sélection argentine fut la première nation titrée aux
championnats du monde en 1950, organisés sur son territoire. Sous l’impulsion de
la légende sud-américaine de l’époque, Oscar « Pillin » Furlong, qui
fut la figure de proue du basket argentin dans les années 50, l’équipe
nationale d’Argentine termina ensuite 4ème lors des Jeux d’Helsinki
(1952) et double médaillé d’argent aux Jeux Panaméricains en 1951 et 1955.
Retombée depuis dans l’anonymat des nations secondaires de la balle orange, l’Argentine va devoir patienter jusque dans les années 90 et même jusqu’au début des années 2000 avant de revenir, de façon remarquable, sur le devant de la scène internationale. C’est donc presque 50 ans après ses premiers exploits basketballistiques que la nation Albiceleste va écrire sûrement les plus belles pages de son histoire, autour d’une génération de joueur aussi talentueuse que redoutable sur les parquets.
De nos jours, lorsque l’on évoque le basket argentin,
certains noms reviennent avec insistance. Ginóbili, Scola, Nocioni, Delfino,
Prigioni ou encore Oberto, tous ces joueurs aux palmarès immenses et aux carrières
exceptionnelles ont la particularité d’être tous issus du récit olympique de
2004 à Athènes. Enfin pas tout à fait, car si on s’attarde un peu plus sur le
parcours de ces joueurs, l’on se rend compte que cette équipe n’était en rien une
surprise toute droit sortie de nulle part.
Si on remet les choses dans leur contexte, le basket argentin n’en est pas à son premier coup d’éclat. Titrés en 1995 aux Jeux Panaméricains pour la première fois de son histoire, autour de joueurs issus du championnat local où l’on retrouve déjà Fabricio Oberto et Rubén Wolkowysky, la plupart vont être également médaillés aux Championnats des Amériques en 1993, 1995 et 1999 mais vont être surtout à l’origine du renouveau du basket argentin.
En 2001, l’Argentine va également remporter le championnat
des Amériques puis terminera médaillée d’argent en 2003, compostant au passage
son billet pour Athènes. Mais le plus grand fait d’arme avant les Jeux restera
évidemment la médaille d’argent décrochée lors des championnats du monde d’Indianapolis
aux USA face à la Yougoslavie (84-77). Ce fut ni plus ni moins que la première
médaille des argentins au mondial depuis celle décrochée cinquante-deux ans
plus tôt à domicile.
Le sélectionneur de l’époque, l’argentin-italien Rubén Magnano part donc très confiant pour ses premiers Jeux, aux côtés d’une génération dorée qui fait enfin honneur à la réputation et à la culture basket du pays. Accompagnés en très grande majorité par des expatriés qui évoluent pour la plupart en Espagne et en Italie (certains ont d’ailleurs la double nationalité), l’effectif olympique argentin compte surtout dans ses rangs un certain Emanuel Ginóbili, dit « Manu », joueur des San Antonio Spurs, drafté en 1999 (57ème position), mais qui n’avait rejoint la grande ligue qu’en 2002. Il sera d’ailleurs accompagné de d’autres joueurs, restés jouer en Europe après avoir été draftés (Luis Scola, Carlos Delfino) ou encore non-sélectionnés à la draft (Pepe Sánchez, Walter Herrmann, Fabricio Oberto, Andres Nocioni et Rubén Wolkowyski) mais qui connaîtront tous un passage plus ou moins convaincant en NBA.
Wikipédia
Un tournoi plein de surprises
Un premier tour qui se termine aussi mal qu’il a commencé
Ce tournoi olympique de 2004 va réserver plusieurs bonnes (ou mauvaises) surprises pour tout fan de basket. Entre l’élimination prématurée au premier tour de la Serbie-et-Monténégro (une victoire seulement), qui enterra définitivement la grande épopée du basket yougoslave, ou encore le surprenant parcours de la sélection italienne qui éliminera la Lituanie avant de tomber en finale, les Jeux d’Athènes nous auront offert un dénouement aussi inattendu que palpitant. Porto Rico fut à juste titre la plus grosse surprise de ce tournoi, pas tant par son parcours, très honorable (6ème), que pour son exploit réalisé dès son premier match du groupe B. La petite île des Caraïbes, habituellement réputée pour des disciplines comme le baseball, l’athlétisme ou la boxe, va réalisé l’exploit invraisemblable de battre la sélection américaine.
Cette défaite revêt alors une dimension historique, tant pour le monde du basket que pour les médias. La Team USA, douze fois titrés, réputée quasi-invincible aux Jeux, encore plus depuis que les stars de la NBA se sont engouffrées dans les compétitions internationales, viennent de subir une défaite mémorable dès le premier tour, la troisième depuis leur participation au tournoi olympique depuis sa création. C’est un véritable tremblement de terre que vient de provoquer l’état insulaire, succédant ainsi à l’URSS qui restait la seule sélection à avoir battu les américains aux Jeux (en 1972 et 1988).
Photo by Jamie Squire/Getty Images
Une défaite très large 92-73 infligée par le voisin, menée par leur meneur NBAer Carlos Arroyo (Utah Jazz) qui va terminer la rencontre avec 24 points et 7 passes. Au-delà du contenu du match plutôt médiocre de la part des américains (adresse en berne, coaching peu évident et manque de prise de responsabilités des cadres), c’est la preuve même que le basket international peut désormais rivaliser avec une sélection américaine composée de joueurs professionnels. Une occasion que ne manqueront pas de saisir les lituaniens de Jasikevicius (28 points) en fin de premier tour, en arrachant une victoire (94-90) à la symbolique très forte face à des américains plus que jamais au fond du gouffre.
En quart de finale, les hommes de Larry Brown vont tout de même se ressaisir en venant difficilement à bout d’une équipe d’Espagne invaincue (cinq victoires au premier tour) d’un Pau Gasol intenable (29 points, 6 rebonds) et de son back court Navarro-Calderon (36 points et 10 rebonds). Il faudra un Marbury record (31 points à 6/9 derrière l’arc) pour permettre à la Team USA d’accéder au dernier carré (102-94).
L’Argentine sur un rythme crescendo
De son côté l’Argentine va connaître des fortunes diverses dès le premier tour. Malgré une qualification décrochée pour le tableau final, les partenaires de Ginóbili vont souffrir pendant presque l’intégralité des matchs de groupe. Que ce soit face à la Serbie-et-Monténégro (victoire arrachée 83-82) ou la Nouvelle-Zélande (94-98) c’est surtout lors des défaites face à l’Espagne (87-76) et l’Italie (76-75) que l’Argentine a montré d’inquiétants signes de fragilité défensive et d’adresse (à peine 30% d’adresse de loin) qui seront à peine gommés lors du quart de finale face aux futurs champions d’Europe grecs (69-64).
Mais qu’importe, le basket argentin retrouve enfin des couleurs et de l’éclat dans le jeu, offrant à ses supporters l’honneur de retrouver les États-Unis dans le dernier carré de la compétition. Avançant avec les mêmes bilans depuis le début du tournoi, l’Argentine sait qu’elle devra saisir la moindre opportunité offerte de battre à nouveau les américains comme aux derniers championnats du monde, ce qui semble désormais bien plus envisageable maintenant que la Team USA n’est plus invaincue. Il ne reste plus qu’à achever la bête.
Le Tango argentin
Getty Image
Dès le début du match les argentins prennent le taureau par les cornes et veulent dicter le tempo de la rencontre. Partis sur un rythme très élevé en attaque, le cinq argentin joue la carte de la rapidité en s’appuyant notamment sur Ginóbili et Pepe Sanchez sur les phases de contre-attaques mais également sur la mobilité et les écrans offensifs de Nocioni et Oberto, qui mettent les américains en grande difficulté tout au long de ce quart-temps. Les argentins se retrouvent devant après la fin du 1er quart-temps (24-20), la faute à une grosse maladresse derrière l’arc des américains et une défense de zone qui cadenasse la raquette Duncan-Odom. Par ailleurs les hommes de Larry Brown ne sont pas dans leur veine, manquant notamment deux énormes occasions de recoller au score à moins d’une minute de la fin, après deux cafouillages en attaque côté argentin. La chance est semble-t-il du côté des sud-américains.
Avec un jeu toujours autant animé, la défense américaine fait le dos rond pendant plusieurs minutes, préférant jouer la carte du rebond défensif et offensif (7 déjà pour la team USA en l’espace de douze minutes). Une bataille qui fait rage dans la raquette argentine avec des joueurs très regroupés pour couper le cercle tandis que les américains ne règlent pas encore la mire à longue distance contrairement à l’Argentine. Plus rusés, les joueurs de Magnano coupent l’herbe sous le pied de leurs adversaires en provoquant des fautes offensives et en interrompant les situations de contre-attaque adverse. Iverson est finalement le seul joueur à véritablement surnager côté Team USA grâce à une bonne activité défensive et offensive malgré un shoot qui dévisse. Côté argentin l’entrée en jeu de Scola fait un bien fou en défense, le pivot prenant peu à peu le dessus dans la raquette. Après un nouveau temps fort des coéquipiers de Manu en fin de quart-temps, la sélection Albiceleste est devant à la mi-temps (43-38).
La deuxième mi-temps repart de plus belle avec un démarrage tonitruant de la part de Ginóbili qui va inscrire un 3pts d’entrée de jeu puis s’en va provoquer le cercle sur un « Paso Doble » avec la faute en prime et voilà les argentins à +11 après seulement 1 minute 30 de jeu. La rapidité du jeu argentin combiné à l’audace technique font merveille à l’image de Luis Scola dans un très grand soir et qui éclipse un Tim Duncan qui n’est que l’ombre de lui-même, handicapé par les fautes et en manque de ballon. Malgré les pertes de balles argentine (14), les américains ne parviennent pas à refaire leur retard, la faute à un replacement défensif rapide et efficace et des possessions de balle chahutées par le pressing argentin. Définitivement plus adroits de loin et disposant d’une avance confortable à l’orée du dernier quart-temps (70-57), l’Argentine d’un Manu « Bombazo » Ginóbili étincelant (déjà 28 points à 9/11) semble être sur la voie royale pour rallier la finale olympique.
Athens 2004 Olympic Summer Bob Rosato
Le début du dernier quart-temps est à l’avantage des tenants du titre qui vont effectuer une « remontada » en un peu moins de cinq minutes (74-65) essentiellement grâce aux remplaçants, Richard Jefferson, Shawn Marion, Carlos Boozer et Stephon Marbury (coupable néanmoins d’un vilain geste en fin de match sur le pivot Ruben Wolkowyski). Plus appliqués et lucides avec leur adresse, c’est surtout en défense que les américains vont se rebiffer à force de s’être fait marcher dessus toute la partie. Dans un temps faible, les argentins parviennent tout de même à maintenir l’écart autour de dix longueurs d’avance en se focalisant sur la défense et en continuant de marquer des points en contre-attaque. Au final ni Duncan, ni Iverson ne changeront quoique ce soit au résultat. L’un exclut pour des fautes répétées, l’autre maladroit et isolé de ses coéquipiers, les deux figures de proue de la Team USA n’ont guère eu l’impact recherché par Larry Brown pour empêcher la défaite américaine. L’Argentine, plus adroite, plus rapide, et plus combative a su faire preuve de sérieux et fut incontestablement la plus forte lors de cette demi-finale. Après sept points consécutifs inscrits par l’ailier Walter Herrmann suivis d’un dunk renversé de Scola, le match se termine sur le score de 89 à 81 en faveur de l’Argentine.
L’Argentine vient alors de réaliser l’un de ses plus bels exploits en atteignant pour la première fois de son histoire la finale des Jeux, mais surtout en éliminant au passage la Team USA qui restait sur trois titres consécutifs. Autour de sa génération dorée de quasi-trentenaire, les vice-champions du monde sont parvenus à imiter les portoricains qui avaient mis un terme à la série d’invincibilité américaine aux Jeux en misant dans un premier temps sur un jeu rapide en transition, une bonne circulation de balle et une raquette imperméable aux assauts des athlètes américains, mais surtout en se jetant comme des morts de faim sur chaque ballon et en défendant du début à la fin avec la même intensité et la même « grinta ».
FIBA Archives
Le sacre olympique et une génération exceptionnelle enfin récompensée
ATHENS, GREECE. August 28, 2004 (Photo By Garrett W. Ellwood)
En finale, l’Argentine n’est semble-t-il pas totalement redescendu de son nuage, dictant sa loi sur le parquet face à des italiens qui échoueront encore à décrocher le titre après Moscou 1980. L’esprit revanchard et déterminé, les sud-américains vont usés les transalpins aux rebonds et sur jeu rapide pour s’imposer logiquement 84 à 69, devenant au passage la première équipe sud-américaine titrée en Basket (et la seule encore à ce jour), hommes-femmes confondus.
La déchéance américaine est totale. Désormais destitués de son titre de champion du monde et du titre olympique, la sélection à la bannière étoilée va désormais repartir de très loin afin de recouvrer totalement sa force et son basket, terminant de nouveau à la troisième place lors des championnats du monde au Japon (2006) avant de retrouver sa juste place aux Jeux de Pékin en 2008 en prenant au passage une grosse revanche sur l’Argentine en 1/2 finale (101-81).
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Cette semaine Clutch Time vous propose de revenir sur cette XVIème éditions des Jeux qui se déroule pour la première fois dans l’hémisphère sud. L’occasion pour nous de revenir sur un évènement marquant lors du tournoi de basket. Plus qu’un évènement, il s’agit d’un phénomène, sorti tout droit de la fac de San Francisco, qui va traverser quasiment la moitié du globe pour martyriser les cercles et rapporter l’or olympique.
Bill Russell aux Jeux de Melbourne
Bill Russell et la naissance d’un compétiteur d’exception
Pour les amateurs de basket, Bill Russell fut la pierre angulaire, la figure de proue et l’incarnation même de la dynastie des Celtics de Boston des années 60, à savoir l’une, si ce n’est la plus grande équipe de l’histoire du sport aux États-Unis. Incroyable défenseur, contreur légendaire et défenseur hors-pair qui révolutionna les concepts et styles défensifs en NBA, le pivot fut longtemps considéré comme le meilleur joueur de l’histoire de la ligue. MVP à cinq reprises, auquel on peut ajouter douze sélections All-Star, le grand Bill fut également quatre fois meilleur rebondeur de la ligue avec près de 22.5 prises par match en carrière (21 620 rebonds au compteur), terminant même certains matchs à 51 rebonds… 51 rebonds !
Ses nombreuses distinctions individuelles sont également à mettre en parallèle avec un palmarès collectif qui ferait pâlir n’importe quel athlète. Au sein de l’effectif des Celtics de Red Auerbach, Bill Russell fut un joueur d’équipe pur et dur et n’a jamais caché son obsession pour les victoires collectives et la réussite de son équipe, celle de Boston en l’occurence, qui va littéralement broyer la ligue sur son passage entre 1956 et 1969, remportant onze titres, dont huit consécutifs. Une domination qui n’a pas son pareil dans les annales de la ligue, la franchise devenant l’égal des Yankees de New York au baseball ou encore des Canadiens de Montréal en hockey sur glace.
De la Louisiane à la Californie
William Felton Russell est né le 12 février 1934 à Monroe, en Louisiane. Sa famille déménage dans la région de la baie de San Francisco alors que le monde est plongé dans une seconde guerre mondiale, Bill a alors huit ans et ses parents partent pour trouver du travail sur la côte ouest mais surtout pour fuir la ségrégation qui sévit dans le pays. Il fréquente alors l’école secondaire de Mcclymonds à Oakland pour laquelle il commence à jouer au basket. Plutôt adroit ballon en main, le jeune Russell n’est pas considéré comme le plus offensif des basketteurs à l’époque mais sera tout de même remarqué pour ses mensurations vertigineuses, ce qui lui vaudra une bourse d’étude à l’Université de San Francisco, où il s’épanouira très vite et sera remarqué par un certain George Mikan, joueur des Minneapolis Lakers.
De la révélation à la confirmation sur les parquets de la fac
K.C. Jones et Bill Russell, joueurs des Dons de San Francisco
Avec les Dons de San Francisco, Bill Russell va rapidement faire la connaissance d’un certain K.C. Jones, meneur titulaire de l’équipe universitaire depuis un an et qui deviendra très vite son acolyte de toujours. Entre 1955 et 1957, Bill Russell et l’Université de San Francisco vont participer à trois Final Four NCAA, remportant deux titres consécutifs avec une série de 55 victoires consécutives à la clé. Il tournera sans discontinuer à plus de vingt points et rebonds et sera honoré des meilleurs distinctions individuelles lors de ses deux dernières années, notamment du titre du meilleur joueur universitaire du tournoi. La réputation du jeune pivot n’est désormais plus à faire.
Des Boston Celtics aux Harlem Globe Trotters
Bill Russell attire l’attention d’un très grands nombres de recruteurs, notamment celle de Red Auerbach, qui voit chez lui la pièce manquante à son grand échiquier aux Celtics. Mais Boston est dans une impasse à l’aube de la draft 1956. Le premier choix est revenu aux Hawks de Saint-Louis et Auerbach voulait utiliser son Territorial Pick pour récupérer également Tom Heinsohn (Holy Cross). Il va donc mettre en place un trade avec les Hawks de Ben Kerner, cédant le pivot Ed Macauley et Cliff Hagan pour récupérer le joueur drafté en 2ème position par Saint-Louis. Un pari risqué à l’époque mais nécessaire aux yeux du dirigeant-entraîneur, qui souhaite apporter une dimension athlétique et défensive supplémentaire autour des cadres Bob Cousy et Bill Sharman.
Les Harlem Globetrotters vont inviter Bill Russell à rejoindre leur équipe de basketball semi-amateur en 1956, moyennant un salaire assez attractif pour l'époque (on parle de plusieurs milliers de dollars par représentations). Russell fut néanmoins vexé et énervé contre le propriétaireAbe Saperstein qui aurait préféré discuter avec Phil Woolpert, le coach des Dons de San Francisco, sans même prendre le temps de discuter avec le joueur. Russell refusa l’offre des Trotters en s'inscrivant à la draft 1956, estimant que si Saperstein était trop intelligent pour discuter avec lui, alors il jugea qu'il était également trop intelligent pour jouerpour son équipe.
Melbourne 1956
Une année charnière
Pour autant, Russell retardera ses débuts dans la grande ligue pour concourir aux Jeux Olympiques, ne rejoignant les Celtics qu’en décembre. Déjà approché lors de son année junior, Bill Russell était néanmoins déterminé à représenter son pays et la cause afro-américaine lors des Jeux de Melbourne. Le président Eisenhower l’y avait fortement encouragé, souhaitant notamment voir le prodige de San Francisco, représenter la sélection olympique américaine de basket.
Bill Russell lors d’une épreuve de saut en hauteur
Car la popularité du jeune Russell ne s’arrêtait pas qu’au basket. Bill Russell était également l’un des tous meilleurs athlètes universitaires du pays, détenteur de la septième meilleure performance de l’année au saut en hauteur. Lors des West Coast Relays, le grand Bill avait réalisé un saut à plus de 2m10, jouant des coudes avec Charlie Dumas, futur champion olympique de l’épreuve à Melbourne et surtout futur recordman du monde de la discipline. Sa panoplie d’athlète ne s’arrêtait pas là puisque que la future légende des Celtics était également spécialiste du demi-tour de piste (400m).
Le jeune Russell va néanmoins se tourner vers la balle orange et la sélection olympique américaine de basket, pour son plus grand plaisir.
Dès que j’avais atteint l’âge fixé pour participer aux Jeux, je n’ai pas hésité un instant. Je n’y suis pas allé pour gagner mais avant tout pour participer car je voulais vraiment faire partie de cette expérience olympique.
Bill Russell, ESPN
1956, année de boycott et de tensions internationales
Organisé du 22 novembre au 8 décembre, les Jeux Olympiques se déroulent pour la première fois dans l’hémisphère sud. Autre nouveauté, la charte olympique (instaurée par Pierre de Coubertin) fut remise en cause concernant le déroulement et le lieu des épreuves olympiques. En effet un décret économique et sanitaire imposait une mise en quarantaine de six mois pour tout bétail et animaux entrant dans le pays. Le Comité International Olympique décida donc de scinder en deux l’organisation des Jeux, les épreuves équestres se déroulant à Stockholm du 10 au 17 juin 1956.
Par ailleurs, les saisons australiennes inversées par rapport au continent nord-américain, les Jeux eurent lieu durant l’hiver aux États-Unis, en plein début de saison en NBA. Le gouvernement australien du versé une somme record de près de 13,5 millions de dollars afin de dédommager les différentes ligues sportives professionnelles, privées de leurs athlètes.
Sur le plan diplomatique, une multitude d’évènements majeurs vinrent empiéter sur le terrain de l’olympisme et plus exactement dans les piscines olympiques avec l’épisode du « Bain de Sang de Melbourne », surnom donné lors de la rencontre de Water-polo entre l’URSS et la Hongrie en demi-finale du tournoi. Cet évènement se déroula moins d’un mois seulement après l’insurrection de Budapest et la repression meurtrière de l’armée soviétique dans les rues de la capitale. Au cours de cette rencontre, le joueur soviétique Valentin Prokopov donna un coup de tête au Hongrois Ervin Zádor. Les deux équipes en viendront aux mains et plusieurs joueurs seront blessés dans la piscine, au point que l’eau se teindra de rouge. La police australienne interviendra pour éviter le lynchage de l’équipe soviétique par les spectateurs et la Hongrie sera déclarée vainqueur et remportera la médaille d’or en finale.
Ervin Zádor sort le visage ensanglanté
Côté résultats et performances mémorables, Melbourne offrit à Alain Mimoun sa première médaille d’or olympique sur marathon. Âgé de 35 ans, le français avait échoué à deux reprises sur le 10 000m et le 5 000m lors des précédentes éditions, et décrocha finalement le graal sur l’épreuve reine de fond. Par ailleurs l’athlète locale Betty Cuthbert va s’illustrer, chez elle, devenant triple championne olympique sur les épreuves de sprint.
Le Tournoi olympique de 1956
Le Royal Exhibition Building fut le théâtre du plus beau tournoi de basket depuis sa création selon les spécialistes et médias invités à l’époque. Bâtiment construit en 1880 il accueillera entre 2 000 et 3 000 spectateurs en moyenne à chaque rencontre et jusqu’à 3 166 spectateurs pour la finale disputée dans la soirée du 1er décembre.
Le pays hôte fut néanmoins éliminé dès le premier tour, se contentant d’une douzième place après avoir perdu notamment son dernier match face à Formose (87-70). La présence de Formose faisait pointer le risque d’un conflit politique entre la République Populaire de Chine et la présence de la petite île, plutôt connue sous le nom de Taïwan, qui concourait avec l’appellation portugaise de « Formosa ».
Pour sa quatrième participation, la France de Robert Busnel se retrouve au 1er tour face aux Soviétiques et s’en sortira remarquablement bien en gagnant leur rencontre face à l’ogre russe (76-67). Jean-Paul Beugnot, Robert Monclar, Henri Grange et Roger Haudegand ont l’objectif de faire aussi bien que leurs aînés aux Jeux de Londres (médaille d’argent) mais vont malheureusement s’inclinés face à ces mêmes soviétiques en 1/2 finale du tournoi (49-56) avant de perdre le match de la médaille de bronze face à l’Uruguay de Carlos Blixen et Oscar Moglia (62-71).
Team USA
Team USA Basket 1956
Le sélectionneur de l’époque, Gerald Tucker, est l’entraîneur des Phillips 66ers, équipe de basket amateur en AAU (Amateur Athletic Union). Accompagné de son assistant Bruce Drake, des forces armées des USA, la sélection se faisait à l’époque entre les joueurs universitaires, les militaires et les joueurs de l’AAU. Le format voulait qu’il y est autant de joueurs amateurs que de joueurs en facs, c’est pourquoi cinq joueurs des Phillips 66ers furent sélectionnés entre autres. Charles « Chuck » Darling (C), Burdette Haldorson (F), William Hougland (F), Robert Jeangerard (F), James Walsh (G). Parmi les autres joueurs sélectionnés on retrouve également trois joueurs issus de l’armée, Williams Evans (G), Ron Tomsic (G) et Gilbert Ford (G), ainsi qu’un joueur des Wichita Vickers (AAU), Dick Boushka (F).
Au final seul le duo de San Francisco Bill Russell et K.C. Jones, accompagnés de Carl Cain, jeune ailier de l’université d’Iowa firent partis de l’aventure olympique en tant qu’universitaires. Fait unique pour l’époque, les trois joueurs afro-américains furent les premiers sélectionnés par Team USA depuis Don Barksdale lors des Jeux de Londres (1948) alors qu’aucun joueur noir n’avait été retenu quatre ans plus tôt à Helsinki. Jones et Russell deviendront assez vite les joueurs indispensables sur le terrain.
Les États-Unis en démonstration
Reversés dans le premier groupe du tournoi, les américains vont devoir se défaire des modestes équipes des Philippines, du Japon et de la Thaïlande au premier tour. Des rendez-vous plus exotiques qu’à enjeux réels. Le récital débute tout d’abord face aux japonais (98-40) qui vont prendre la marée en seconde mi-temps (65-20) grâce aux vingt points de Bill Russell et une présence diabolique dans la raquette. Face à la Thaïlande, le score sera encore plus sévère (101-29) avec une défense monstrueuse contre laquelle les pauvres thaïlandais n’ont rien pu faire. Bill Russell ne va inscrire que huit petits points mais son activité incessante en défense laisse ses coéquipiers assurer au scoring. Lors du dernier match, les philippins prendront une leçon de basket identique (121-53), tandis que sept joueurs américains finiront en double figures au scoring (21 points pour Jeangerard notamment).
La démonstration américaine ne s’arrête pas au premier tour, les USA infligeant trois nouveaux revers au bulgares (85-44), aux brésiliens (113-51) mais surtout aux soviétiques (85-55), annoncés comme leur principaux rivaux et ce malgré une première mi-temps accrochée. Sur l’ensemble des six premiers matchs, Team USA affiche une moyenne de 100,5 points inscrits contre 45,3 encaissés, soit 55 points d’écart par match. Au vue des prestations, l’explication semble toute trouvée, la répartition du scoring se faisant librement et de manière déconcertante entre Russell (14,8 points), Jeangerard (13,5 points), Tomsic (11,1 points), K.C. Jones (9,8 points), Chuck Darling (9,3 points) ou encore Haldorson (9 points).
Bill Russell, impérial dans la raquette soviétique
Même constat en demi-finale face à l’Uruguay, où Team USA va faire un récital face aux champions sud-américains (101-38). Tous les joueurs américains vont au moins inscrire un panier pour la sixième fois depuis le début du tournoi, six d’entre eux vont même atteindre la barre des dix points inscrits. Difficile du coup pour l’Union Soviétique de trouver une quelconque faille dans la mécanique américaine. Pour la finale, bis repetita, les soviétiques croisent de nouveau la route de Bill Russell et sa bande qui les avaient sévèrement puni lors du match au second tour.
Bill Russell justement fut bien inspiré de représenter les États-Unis à Melbourne car les Soviétiques s’empressèrent d’emboîter le pas aux américains, en choisissant eux-aussi de grands gaillards, à vocation offensive et défensive mais évidemment moins génial et talentueux que Bill Himself. Du coup c’est le letton Jānis Krūmiņš (2m20) qui devra s’occuper de défendre sur le pivot américain. Mais l’équipe soviétique ne fut guère à la hauteur, trop lente et apathique dans le jeu en comparaison des américains, à l’image de son golgoth, totalement dépassé par la vitesse et l’aisance technique du jeu adverse. En dépit de ses mensurations extraordinaires, le letton et son équipe furent malmenés au rebond et sur le jeu rapide mis en place par Tucker, marquant seulement 55 points, comme lors du premier volet, (dont quatre lancers seulement pour Krūmiņš).
Bill Russell, plein et d’aisance sur le plan technique et physique, rend le jeu impossible pour des russes contraints de s’écarter de la raquette pour tenter leur chance de loin, sans réussite. Les américains vont remporter cette finale (89-55) encore plus facilement que la première rencontre contre l’URSS, menant notamment à la mi-temps de près de trente points, avec un Bill Russell de gala (13 points) et un K.C. Jones à la baguette (15 points), Jeanregard ajoutant également seize points.
Un titre olympique et la naissance d’une légende
Jānis Krūmiņš serrant la main du jeune Bill Russell
Il s’agit donc de la quatrième médaille d’or consécutive des États-Unis aux Jeux Olympiques depuis l’introduction de ce sport au programme lors des Jeux de Berlin.
Les américains furent les seuls à dépasser la barre des cent points à plusieurs reprises et fut considéré comme la plus dominante de l’histoire, remportant ses huit rencontres par 53 points d’écart, étrillant au passage l’URSS à deux reprises, dans un récital offensif et défensif avec un génial Bill Russell, métronome aux rebonds et en défense. Le sélectionneur américain regrettera même que les efforts de ses joueurs furent banalisés à cause de la faible concurrence dans ce tournoi, jugeant que cette équipe aurait pu battre à peu près n’importe qui même en dehors des Jeux.
Mélangeant taille, vitesse, timing offensif et défensif ainsi que de créativité, l’équipe américaine offrit ainsi un modèle de joueur moderne de basket, polyvalent et athlétique. Le public s’empressa de venir voir jouer ce nouveau phénomène de la balle orange, claquant des dunks et des contres à tour de bras et enthousiasmant déjà les foules selon Alison Danzig du New York Times. Russell changea ainsi la face du basket international lors de ces Jeux de Melbourne, tout comme il avait changé celle du basket universitaire au début des années 50.
C’était tellement sympa de pouvoir participer à cet évènement. Être réunis, au même endroit et au même moment pour partager quelque chose d’aussi génial. Cette médaille d’or a une grande valeur à mes yeux. Parmi tous les trophées et récompenses que j’ai remportés dans ma vie, c’est probablement celle-ci la plus importante.
Bill Russell
Bill Russell qui aura inscrit 113 points dans le tournoi savourera cette victoire très brièvement, le joueur étant désormais tourné vers un retour aux États-Unis, non pas à Boston comme on pourrait le penser mais plus exactement en Californie, où son mariage avec Rose Swisher, son amour de lycée était prévu pour le 9 décembre. Âgé seulement de 22 ans, Bill Russell aura néanmoins montré en Australie toute l’étendue de son talent et de son QI basket, amenant ce sport à un tout autre niveau en particulier en défense.
Avec son coéquipier de l’Université de San Francisco puis à Boston, KC Jones, les deux futurs Hall of Famers feront partis du cercle très restreint des joueurs à avoir remporté un titre NCAA, un titre NBA et une médaille d’or olympique.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux de Séoul en 1988. Pour cette 24ème édition des Jeux, américains et soviétiques vont une nouvelle fois s’écharper en demi-finale du tournoi olympique, offrant un verdict inattendu à l’issue duquel, les instances du basket autoriseront les américains à envoyer leur joueurs professionnels.
Séoul 88, entre Boycott et Dopage
Ben Johnson devançant Carl Lewis sur la ligne d’arrivée
S’il y a bien une image à retenir en 1988 à Séoul, c’est bien celle de l’athlète canadien Ben Johnson, sprinter sulfureux des années 80 qui remportera l’or sur 100m devant son grand rival et légende de son sport Carl Lewis. Le nouveau recordman du monde de la distance se verra retirer sa médaille d’or deux jours plus tard après un contrôle positif à un stéroïde anabolisant, laissant une trace indélébile sur sa discipline. Organisés pour la première fois en Corée du Sud, l’évènement fut de nouveau le théâtre de dissensions politiques entre le pays organisateur et sa soeur au nord, qui décidera de boycotter ces jeux au motif qu’elle aurait dû être également retenue pour organiser l’évènement conjointement avec le sud. Soutenue par d’autres pays dont Cuba, il s’agira de la quatrième édition consécutive des Jeux, boycottées par plusieurs nations pour des motifs étrangers au sport.
Et le basket dans tout ça ?
Pour ce douzième tournoi olympique de basket, le public retrouve enfin les meilleures sélections nationales au grand complet. En effet depuis 1976 et les Jeux de Montréal, soviétiques et américains ont pris soins de s’éviter en refusant de participer à l’une des deux dernières éditions de 1980 et 1984, organisées respectivement à Moscou puis Los Angeles. Seize ans donc que Team USA n’a plus croisé la route des basketteurs soviétiques depuis le triste incident de la finale des Jeux de Munich. Les deux équipes ont cependant remporté, trois des quatre dernières médailles d’or aux Jeux et s’avancent comme les grandes favorites du tournoi aux côtés également de la nation montante du basket, la Yougoslavie. Un tournoi qui s’annonce dès lors comme l’un des plus passionnant de son histoire.
Team USA pour le doublé
Depuis 1976 et la victoire aux Jeux de Montréal, les américains sont parvenus à effacer le traumatisme de Munich. Le boycott des Jeux de Moscou et la victoire d’il y a quatre ans sur leur territoire ont offert aux américains les arguments pour réaffirmer leur rôle de nation du basket dans le monde. Afin de ne pas reproduire les même erreurs, la sélection olympique cherche désormais à inciter, par tous les moyens, ses meilleurs joueurs universitaires de participer au tournoi olympique afin de présenter une équipe la plus compétitive possible alors que l’écart entre les USA et le reste du monde s’est considérablement réduit au fil des décennies.
En 1988, John Thompson, coach universitaire des Hoyas de Georgetown, doit bâtir cette sélection olympique américaine. Ancien joueur des Celtics dans les années 60, il remporta notamment deux bagues de champions au côté de Bill Russell puis deviendra entraîneur en High School à Saint Anthony (Idaho). Thompson connaîtra le succès en tanr qu’entraîneur en NCAA, avec la fac de Georgetown entre 1972 et 1999 avec laquelle il terminera champion en 1983 et aura notamment sous ses ordres Patrick Ewing, Dikembe Mutombo, Alonzo Mourning ou encore Allen Iverson pour ne citer qu’eux. Toutefois il ne s’agit pas de sa première expérience avec Team USA, John Thompson fut également assistant coach lors du sacre en 1976. Il connaît bien la maison et emmène à ses côtés George Raveling (USC), ancien militant des droits civiques aux côtés de Martin Luther King et Mary Fenlon, fidèle assistante de Thompson à l’université de Georgetown et première femme à faire partie du staff de la sélection olympique américaine de basket.
Sélection olympique américaine de Basket, Séoul 1988
Parmi les joueurs que Thompson emmène avec lui en Corée, on retrouve les futurs Hall of Famers David Robinson (U.S. Naval Academy) et Mitch Richmond (Kansas State), le champion universitaire Danny Manning (Kansas) ainsi que Hersey Hawkins (Bradley), Charles D. Smith (Pittsburgh) et son homonyme Charles E. Smith (Georgetown) ainsi que Dan Majerle (Central Michigan). L’effectif est prometteur avec des joueurs déjà promis à un bel avenir en NBA à l’image de David Robinson, sélectionné en première position de la draft 1987 mais qui doit terminer son service militaire avec l’US Navy.
Après leurs deux troisièmes places consécutives en 1976 et 1980, le basket soviétique a su néanmoins conserver son statut international sur le devant de la scène en remportant le Mondial 1982 (face aux États-Unis) ainsi que trois nouveaux titres de champions d’Europe (1979, 1981, 1985). Seize ans après le premier sacre olympique de Munich, l’URSS partage néanmoins le haut de l’affiche du basket européen avec son terrible voisin yougoslave. Depuis quelques temps les deux frères ennemis se rendent coup pour coup en compétitions pour se départager le rôle de meilleure nation du basket derrière les États-Unis.
Dirigée d’une main de maître par Alexander Gomelsky, les vice-champions d’Europe s’avancent à Séoul avec un effectif taillé sur mesure pour y décrocher l’or. De retour aux manettes, le père du basket russe peut compter sur son expérience inégalée en terre soviétique (sept titres de champions d’Europe, deux titres mondiaux et trois médailles olympiques) même si le titre olympique résiste encore au sélectionneur qui entame sa quatrième campagne olympique. Pour y remédier Gomelsky emmène avec lui en Corée une armada de joueurs d’exceptions. Plusieurs d’entre eux retiennent l’attention au premier coup d’oeil, des lituaniens Arvydas Sabonis (Žalgiris Kaunas), Šarūnas Marčiulionis (Rytas Vilnius) et Valdemaras Chomičius (Žalgiris Kaunas) et Rimas Kurtinaitis (Žalgiris Kaunas), aux russes du CSKA Alexander Volkov et Sergei Tarakanov, l’effectif compte également dans ses rangs l’ukrainien Alexander Belostenny (Budivelnyk Kiev), l’estonien Tiit Sokk (Kalev Tallinn) et le letton Igors Miglinieks (CSKA). Alliant expérience et jeunesse à la fois, technique et puissance physique, cette cuvée de joueurs apparaît sur le papier comme l’une des plus talentueuse jamais réunie pour un tournoi olympique.
Des États-Unis invaincus face à des Soviétiques malmenés depuis le début du tournoi
Deux équipes s’affrontent en demi-finale, avec deux parcours légèrement différents. D’un côté les américains, sortis invaincus de leur poule, ont écrasé une faible équipe du Costa Rica (94-57) en 1/4 de finale pour rejoindre le dernier carré. Bien emmenés par le trio Majerle – Robinson – Manning, les États-Unis n’ont guère été inquiété que par le Canada (76-70) et le Brésil au premier tour (102-87) avant de dérouler face à la Chine (108-57) et l’Égypte (102-35). Invaincus, les joueurs américains affichent une moyenne de 97 points inscrits pour seulement 60 encaissés. Difficile alors d’imaginer une équipe capable de renverser cette équipe qui semble se diriger tout droit vers un dixième sacre.
Côté soviétique la copie rendue est moins reluisante. Dépassés d’entrée de jeu par les yougoslaves (92-79), les hommes de Gomelsky ne sont pas parvenus à reprendre la tête de leur groupe entre les victoires faciles face à l’Australie (91-69) et la Corée (110-73) et des succès plus serrés face à Porto Rico (93-81) et la Centrafrique (87-78). C’est en 1/4 de finale que l’Union Soviétique éprouvera toute les peines du monde pour venir à bout du Brésil (110-105) et d’un Oscar Schmidt de gala avec 46 points inscrits à 5/8 de loin ! Néanmoins les coéquipiers de Marčiulionis (prononcé Martchioulionis) sont toujours en vie dans ce tournoi et disposent encore d’une certaine marge de progression aux vues de leurs prestations.
Une première mi-temps sur les chapeaux de roues
Sur le papier l’affiche a tout d’une finale avant l’heure. La rivalité soviético-américaine est toujours vive même après seize ans sans s’être croisé aux Jeux. Du côté américain, Thompson reconduit son cinq habituel avec Charles E. Smith à la mène, Mitch Richmond au poste d’arrière, Dan Majerle à l’aile et une raquette Danny Manning, David Robinson. Absence non-négligeable, l’arrière Hersey Hawkins ne figure pas sur la feuille de match, blessé au premier tour. Les Russes sortent également l’artillerie lourde avec un back-court Tiit Sokk – Šarūnas Marčiulionis, à l’aile on retrouve le joueur drafté par les Hawks d’Atlanta, Valeri Tikhonenko pour finir sur une terrible raquette Alexander Volkov – Arvydas Sabonis.
Le lituanien, est d’ailleurs au coeur d’une grosse controverse depuis quelques mois. Bien qu’aucun joueur de l’Union Soviétique ne soit autorisé à rejoindre la NBA, le pivot lituanien, drafté à l’été 1986 par Portland, se blesse gravement au tendon d’Achille droit un an avant les Jeux. Persuadés que le joueur ne reviendra pas avant un long moment en se soignant dans son club, l’Union soviétique autorise finalement Sabonis à rejoindre Portland pour y rencontrer les médecins de la franchise et soigner sa blessure qui le remettront plus rapidement sur pied. Malgré plusieurs contre-indications de ces derniers, Arvydas se juge suffisamment rétabli pour faire partie du voyage à Séoul. La polémique prend de l’ampleur, certains médias américains jugeant inadmissible qu’un joueur aussi important pour l’équipe soviétique puisse avoir été pris en charge et guéri par des soigneurs américains alors qu’il représente la principale menace dans le jeu russe.
Devant près de 7 000 spectateurs, quasiment tous acquis à la cause des américains, cette demi-finale démarre sur un très gros rythme de jeu. Les soviétiques emmenés par Marčiulionis font circuler le ballon à merveille et développent un jeu résolument porté vers l’attaque. Face à la rapidité des russes les américains opposent une agressivité et une défense rapprochée sur le porteur de balle pour couper les lignes de passes vers la raquette. Très vite dépassés par le jeu rapide des hommes de Gomelsky, notamment en contre-attaque, les américains commencent à perdre la bataille au rebond et tardent à revenir défendre sur des joueurs russes qui s’écartent très souvent de la raquette pour allumer de loin. Après moins de quatre minutes de jeu, les russes sont devant (10-4) après un premier tir à 3 points réussi par Marčiulionis, intenable depuis le début du match. Les USA insistent néanmoins sur le jeu intérieur en forçant parfois les pénétrations et les tirs sans trouver la faille. Ils doivent s’en remettre alors à leur défense agressive et les pertes de balles russes pour rester en vie.
Après deux tirs primés de Kurtinaitis l’URSS maintien l’écart alors que les américains se mettent de plus en plus à la faute pour stopper les tirs adverses. Danny Manning en fera d’ailleurs rapidement les frais, renvoyé sur le banc pour trois fautes concédées rapidement. À l’image de son jeu, lent et stéréotypé, les joueurs américains développent un basket trop individualiste et se font punir par le trio lituanien Kurtinaitis – Marčiulionis – Sabonis. Menés 16-9 après un nouveau trois points de l’arrière, les hommes de Thompson réagissent enfin grâce à David Robinson qui règle la mire. Sur une série d’attaque-défense express, les russes prennent le large par un nouveau tir derrière l’arc de Volkov (20-13), puis 23-15 après le troisième tir primé de Kurtinaitis. Malgré le bon travail à la mène du meneur de Georgetown, Charles E. Smith, les joueurs américains ne sont pas concentrés et alors qu’ils revenaient à 23-19, Marčiulionis puis Sabonis vont inscrire des paniers faciles. L’entente entre les deux joueurs est absolument fantastique sur le parquet.
David Robinson maintient la Team USA à flot grâce à de nouveaux lancers (27-24) alors qu’il reste huit minutes à jouer. Dan Majerle l’imite quelques secondes plus tard en attaquant le cercle et provoquant la faute de Volkov, offrant la première égalité du match aux américains depuis la première minute (27-27). Mais les soviétiques ne relâchent pas la pression et après deux lancers de Kurtinaitis, suivis d’un panier de Sabonis sur une passe laser de Marčiulionis, les russes reprennent l’avantage au tableau d’affichage. Le jeu commence enfin à ralentir à six minutes de la fin, moment choisi par Robinson pour inscrire un tir en tête de raquette, auquel Sabonis répondra par un trois points. Kurtinaitis aggrave la marque seul à longue distance et les USA sont toujours menés 37-29 alors qu’il reste cinq minutes à jouer dans la première mi-temps.
Incapables de sécuriser convenablement le rebond, les américains se font marcher dessus, en particulier J.R. Reid qui livre un duel de haute voltige avec Volkov. Les rebonds, souvent captés par les russes, finissent par revenir dans les mains du génial Marčiulionis qui régale par des passes caviars pour Sabonis notamment. Le pivot lituanien inscrira deux nouveaux paniers à moins de trois minutes de la fin (45-35) alors que David Robinson sera le seul joueur américain à surnager en face. Après un nouveau floater du remplaçant Chomičius au buzzer, les russes sont devant 47 à 37 à la mi-temps, provoquant la stupeur dans la salle. Plus adroits et avec des joueurs en mouvement permanent, les Soviétiques font étalage de leur intelligence de jeu avec leur circulation de balle et leur capacité à trouver des espaces ouverts pour tirer. Sabonis réalise également un énorme travail dans la raquette et en contre-attaque.
Des américains en plein doute face à des soviétiques tout en contrôle
Intense bataille au rebond entre Sabonis et Manning
On se dit alors que les américains vont revenir le couteau entre les dents et refaire leur retard. Les discours de Thompson en première mi-temps et dans le vestiaire n’ont guère d’effets concrets sur le moral des joueurs. Les USA passent près de trois minutes sans inscrire le moindre point alors que Sabonis et Kurtinaitis en rajoute une couche (51-37). Il faudra attendre un tir salvateur à trois points de Richmond, invisible jusque là, pour voir les américains se réveiller. Reid prend enfin le dessus au rebond sur Volkov et après un dunk de l’ailier fort revoilà les américains à moins de dix longueurs (52-44). Plus présents au rebonds, les joueurs de Thompson élèvent le rythme de la seconde mi-temps en adoptant un pressing efficace sur les russes. Reid devient intenable et après un hook shot plein de maîtrise, il intercepte le cuir et part dunker en contre-attaque pour revenir à deux longueurs des russes (52-50). Les américains restent alors sur un run de dix points consécutifs après six minutes de jeu.
Mais c’était sans compter sur ce diable de Kurtinaitis qui va de nouveau inscrire un tir à trois points, le cinquième déjà, pour redonner l’avantage aux siens. Après une contre-attaque soviétique, conclue par Tiit Sokk les russes prennent le large (57-50). Les russes ne parviennent plus à rentrer leurs tirs malgré un jeu qui ne se crispe pas. Les USA en profitent par l’intermédiaire de Charles E. Smith puis des rentrants Vernell Coles et Willie Anderson (59-57). Le retour de Manning, absent quasiment toute la première mi-temps, fait un grand bien sur le plan mental et défensif de l’équipe notamment au rebond, domaine dans lequel Majerle se met en évidence. Malgré tout les États-Unis enchaînent les fautes personnelles, offrants de nouveaux lancers à Sabonis et Marčiulionis. Les russes parviennent tout de même à contrôler le match et le tableau d’affichage avec un rythme de jeu plus lent pour faire défiler les secondes plus vite. Après un nouveau panier de Volkov, suivi d’une faute, les russes sont toujours devant (65-57) après douze minutes de jeu.
Majerle commet alors une faute de débutant sur Kurtinaitis derrière l’arc, le lituanien, rusé, rentre deux lancers sur trois. Sur la remise en jeu américaine, Manning perd le ballon et Volkov envoie Marčiulionis en contre-attaque, provoquant la faute à six minutes de la fin. Les joueurs américains sont de nouveau dans le dur en cette fin de match et éprouvent d’énormes difficultés à rentrer leurs tirs. Toujours handicapés par les fautes à répétition, Marčiulionis, encore lui, offre un net avantage à cinq minutes de la fin (69-60). L’entraîneur américain s’agace depuis son banc et peste de plus en plus contre ses joueurs et l’arbitrage. Les USA finissent tout de même par revenir par l’intermédiaire de Majerle, Coles et Robinson, insuffisant néanmoins à moins de quatre minutes de la fin du match. L’URSS est toujours devant au moment d’entrer dans le money time (73-66) et Marčiulionis provoque une nouvelle perte de balle américaine, interceptant VernellColes et inscrivant deux nouveaux points.
Le regard noir, Dan Majerle envoie un sublime tir à trois points pour recoller à 75-69 mais Kurtinaitis lui répondra dans la foulée. John Thompson en profite alors pour prendre un temps-mort, lequel débouche sur une claquette-dunk de Robinson après un nouveau tir de Majerle. Avec deux minutes à jouer, les américains optent pour une défense tout-terrain sur les russes mais ne parviennent pas à concrétiser leurs débauches d’énergie malgré trois nouveaux points de Majerle. Kurtinaitis, encore lui, place un magnifique lay-up sur jeu rapide en transition (79-74) alors que le match part dans tous les sens. Dan Majerle prend le jeu à son compte mais rate de nouveau un tir à trois points à moins d’une minute de la fin.
Les dernière secondes du match n’y changeront rien, le pressing américain ne parvient pas à inverser la tendance et alors que Majerle et Andersoncommettent de nouvelles fautes pour bloquer les remises en jeu soviétiques, Titt Sokk rentre un lancer-franc avant de voir Kurtinaitis clôturer le score à deux points (83-76) devant un Alexander Volkov qui exulte.
Une demi-finale maîtrisée de bout en bout et un rêve olympique qui se dessine
De g. à d. S. Marčiulionis, R. Kurtinaitis, A. Sabonis et T. Sokk
Les soviétiques viennent une fois encore de renverser les américains. Toutefois, contrairement à la finale controversée de Munich, cette victoire russe ne souffre d’aucune contestation, tant elle fût amplement méritée. Les hommes de Gomelsky ont su imposer leur jeu et un énorme rythme en première mi-temps auxquels les américains n’ont su répondre. Malgré un sursaut dans la deuxième mi-temps, les hommes de John Thompson n’avaient vraisemblablement pas la même envie et la même détermination sur le terrain pour venir à bout d’une très belle équipe soviétique, emmenée d’une main de maître par leur trio infernal. Kurtinaitis terminera meilleur marqueur du match avec 28 points (à 5/8 à 3pts) devant les 19 points de Šarūnas Marčiulionis et l’énorme chantier dans la raquette effectué par le grand Sabonis (13 points, 13 rebonds). En face hormis David Robinson (19 points, 12 rebonds) et le réveil en seconde mi-temps de Dan Majerle (15 points, 7 rebonds) la feuille de match des USA n’est guère reluisante.
Nouvelle désillusion pour le basket américain qui se consolera néanmoins avec la médaille de bronze face à l’Australie (78-49) et qui regardera de loin la finale opposant Soviétiques et Yougoslaves et le second sacre de leur bourreau (76-63). À l’issue de ces Jeux, le comité olympique américain en accord avec la fédération internationale de basket et après avoir convaincu la fédération américaine, décidera désormais d’envoyer non-plus des joueurs universitaires représenter les USA mais des joueurs professionnels issus des franchises NBA. Nous sommes alors à quelques années de voir naître la légendaire Dream Team de Barcelone.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Cette semaine Clutch Time nous emmène de l’autre côté du globe durant l’été 2000. Absente du tournoi depuis 1984, l’équipe de France masculine de basket est de nouveau présente pour ces Jeux Olympique et est en passe de réaliser l’un des plus grands exploits de son histoire en y affrontant les redoutables américains en finale pour la médaille d’or.
Les Jeux du siècle
Pour cette année symbolique, la 27ème édition des Jeux Olympiques se déroulent pour la seconde fois en Australie (après Melbourne 1956). Durant la quinzaine olympique plusieurs athlètes vont se mettre en évidence à l’image de l’aborigène Cathy Freeman, porteuse de la flamme olympique et star locale de l’athlétisme qui va remporter devant son public la médaille d’or du 400m. Pour nous autres français, qui suivront l’évènement à quelques 17 000km, l’exploit de ces jeux fut ni plus ni moins que la médaille d’argent de l’équipe de France de basket masculine. Alors qu’on attendait sûrement les filles sur un podium olympique, ce sont bien les hommes de Jean-Pierre de Vincenzi qui vont monter sur la boîte pour notre plus grand plaisir.
L’équipe de France de Basket
L’équipe de France avant ces Jeux est loin d’être le cador du basket mondial que l’on connaît aujourd’hui. La France n’est plus montée sur un podium international depuis plus de quarante ans (Euro 1959), pire encore ces Jeux représentent la seule compétition internationale (hors-Euro) de la décennie, les premiers depuis 1984. Une véritable renaissance donc pour le basket français qui néanmoins ne compte plus dans ses rangs les Dubuisson, Dacoury et Ostrowski, génération dorée du basket français des années 80-90. Alors pour préparer ces Jeux, le staff des bleus embarquent plusieurs nouvelles figures montantes du basket tricolore avec en tête Antoine Rigaudeau. Le futur Hall of Famer FIBA incarne ce renouveau de l’équipe de France avec laquelle il côtoie le meneur Laurent Sciarra, le pivot Cyril Julian et l’ailier (et capitaine) Jim Bilba.
Préparation olympique
Après un Euro 1999 à domicile encourageant (4ème) de Vincenzi emmène avec lui un groupe de douze joueurs, majoritairement issus du championnat de Pro A de basket pour Sydney. Si Tariq Abdul-Wahad (Orlando Magic), premier joueur français évoluant en NBA depuis 1997 n’est pas présent tout comme Alain Digbeu (Barcelone) c’est parce que le joueur entretien des relations conflictuelles avec le staff et dans le vestiaire. Il sera remplacé par Yann Bonato (Limoges) accompagné du naturalisé Crawford Palmer. La sélection française olympique entame son parcours par une série de six victoires pour une défaite (face à la Croatie) durant les matchs de préparation du mois d’août en France. C’est donc avec le plein de confiance que Rigaudeau et sa bande embarquent direction Sydney pour y affronter les meilleures nations du basket.
La » Dream Team » IV
Face à eux, les Bleus auront la malchance de tomber dans le groupe des États-Unis, triples tenants du titre. La sélection américaine, réputée invincible depuis que les joueurs professionnels sont autorisés à prendre part aux tournois internationaux, envoie à Sydney un effectif très impressionnant. À l’exception du duo Kobe-Shaq’, Tim Duncan, Grant Hill ou encore Allen Iverson, la « Dream Team » quatrième du nom présente un roster cinq étoiles. De Ray Allen à Vince Carter, en passant par Kevin Garnett, Tim Hardaway, Allan Houston ou encore Jason Kidd, Gary Payton et Alonzo Mourning, les plus grandes stars de la NBA sont bel et bien présentes en Australie. Dirigées par le duo Tomjanovich – Brown, les américains sont déterminés à conserver leur titre et effacer la troisième place du mondial 1998.
Des débuts compliqués
Après deux
défaites et une victoire en amical au pays des kangourous, les bleus se
retrouvent dans un groupe très relevé, composé entre autres des USA, mais
également l’Italie championne d’Europe et la Lituanie, médaillée de bronze à
Atlanta. Les bleus entament néanmoins le tournoi par une victoire probante face
à la Nouvelle-Zélande (76-50), autour d’un Yann Bonato qui confirme le choix du
sélectionneur de l’avoir retenu en lieu et place d’Abdul-Wahad qui termine
meilleur marqueur du match avec seize unités. La joie sera de courte durée, les
lituaniens, pourtant privés de Marciulionis, ramenant les français sur terre
avec une large défaite (81-63) durant laquelle Einikis et Jasikevicius vont se
faire plaisir sur la défense française. Rigaudeau avec treize points inscrits
n’a rien pu faire pour éviter la débacle. Les français vont néanmoins se
ressaisir face aux chinois (82-70) de Yao Ming (14pts, 6rbd). Le duo
expérimenté Foirest-Rigaudeau va inscrire 51 des 82 points de l’équipe, Julian
ajoutant au passage 11 points et 7 rebonds et permettant à la France de rester
dans la course pour les ¼.
C’est donc deux
affiches décisives qui s’offrent aux Bleus. En affrontant d’abord les italiens
de Bogdan Tanjević, les bleus vont une fois encore flancher en seconde mi-temps
face à une solide défense transalpine et punie par l’italo-britannique Carlton
Myers (24 points, 4 passes). Laurent Sciarra sort tout de même une bonne
prestation individuelle (17 points) accompagnant Bonato (14 points) mais la
France s’incline et se retrouve désormais face à une montagne.
Pour son dernier match de poule, la France doit se mesurer aux américains qui marchent sur l’eau (100 points par match inscrits pour 66 encaissés). Le deal est simple la France est quasiment assurée de terminer 4ème de son groupe et de jouer les ¼ après la défaite logique des chinois face à la Lituanie. Il faut donc que la France ne perde pas de plus de cinquante points pour éviter l’élimination. Cette équipe fera encore mieux en rivalisant les yeux dans les yeux avec les ricains en deuxième mi-temps (46-47) ne perdant que 106 à 94. Au-delà de la prestation française, Sciarra en tête (21 points), ce match restera dans les mémoires pour le geste stratosphérique de Vince Carter, dunkant littéralement sur la tête de Fred Weis et ses 2,18m, un dunk qui reste à coup sûr comme l’un des plus impressionnant de l’histoire.
Des bleus au panache
La France s’en sort difficilement et retrouve le Canada de Steve Nash en ¼ de finale. Une belle affiche pour un bien bel adversaire. Si Nash n’est pas encore le meneur en puissance qu’il fut au milieu des années 2000 (deux titres de MVP), il n’en reste pas moins que le Canada dispose d’un bel effectif, atour de son duo NBAer Nash-MacCulloch. Auteurs d’une première mi-temps maîtrisée, (38-23) les français vont tenir le match pour ne plus le lâcher jusqu’à la fin. Malmené par la bonne défense des français, Nash termine avec seulement 10 points et 6 passes et 8 pertes de balle et doit s’incliner 68 à 63 face à de bons français (Sciarra à 17points et Rigaudeau 15 points).
Quelque chose s’est
débloqué dans le jeu des français depuis le match face aux américains et les
canadiens en firent les frais assez rapidement. Désormais en demi-finale, l’équipe
de France croise la route des australiens et de leur redoutable duo Gaze-Heal.
Les dinosaures trentenaires sont des habitués du tournoi olympique et participent
déjà à leur cinquième et quatrièmes olympiades et tout comme leurs aînés Oscar
Schmidt et l’américaine Teresa Edwards, ils dominent encore assez nettement (35
points à eux deux par match).
Mais les français emmenés par un Laurent Sciarra intenable une fois encore (16 points, 7 passes). Dans un vrai récital offensif (50 % d’adresse dont 8/19 à 3pts), Antoine Rigaudeau (13 points), Risacher (11 points) et Weis (11 points, 9 rebonds) vont prendre le dessus sur les locaux devant près de 15 000 supporters médusés. Fred Weis, victime face aux américains, va littéralement dominer son adversaire direct, Luc Longley (triple champion NBA). Une victoire large 76 à 52 et les portes de la finale qui s’ouvre pour cette surprenante équipe de France.
Une finale pour rêver
Que ne fût pas la
surprise générale de cette qualification pour la finale olympique. Partout en France
on parle désormais du « chef d’œuvre de Sydney ». Les hommes de De Vicenzi
réalisent ce qu’aucune autre équipe n’avait fait depuis 1948 et les jeux de
Londres. Un demi-siècle de désillusion et voilà les bleus du basket de retour
au plus haut niveau, en passe de défier les redoutables américains. Tout un
symbole alors que plus tôt cet été, la jeune génération des U18 de Tony Parker,
Boris Diaw et Mickaël Pietrus remporta le titre européen en Croatie.
Team USA bis repetita
pour les bleus. Après leur défaite encourageante et pleine de promesse lors du
dernier match du groupe A, les américains aussi sont passés par plusieurs émotions.
Accrochés par les russes en ¼ de finale (85-70) les hommes de Tomjanovich ont
eu toutes les peines du monde à se défaire des lituaniens en demi et sont
passés tout proche du correctionnel (85-83) face à un Sarunas Jasikevicius en
feu (27 points). Invaincus après sept rencontres et bien partis pour tripler leur
gain de l’or olympique, les américains sont néanmoins bousculés et pointés du
doigt pour leur comportement sur les terrains souvent condescendant et à la limite
du fair-play. Raison de plus pour Rigaudeau et sa bande de faire tomber cette
Dream Team plus accessible que les précédentes.
Le match démarre
rapidement à l’avantage des américains qui prennent le large après dix minutes
de jeu. L’équipe de France joue avec ses tripes, pose ses systèmes et son jeu
qui lui ont permis d’arriver jusqu’en finale. À l’image de Fred Weis et Cyril
Julian (11 points) qui tiennent la raquette et empêchent les USA de dérouler
leur jeu. Menés à la mi-temps (46-32) les bleus ne lâchent rien et continuent
de poser leur jeu et leur circulation de balle pour revenir à moins de dix
longueurs des USA.
Les américains
restent devant avec une avance confortable à moins de dix minutes de la fin du
match. Mais Laurent Sciarra et Rigaudeau ne l’entende pas de cette oreille.
Battus quelques jours auparavant par Carter et sa bande, les deux meilleurs marqueurs
français vont à tour de rôle faire un rapproché au tableau d’affichage et c’est
toute l’équipe qui élève ainsi son niveau de jeu et provoque les fautes et l’agacement
côté américain. Avec encore quatre minutes à jouer les français sont revenus à
quatre points.
Un exploit semble alors envisageable, les stars américaines peinent à remettre du rythme et de l’avancée. Mais l’arrogance et le mental dont ont fait preuve les champions olympiques en titre leur servira à terminer le match en roue libre pour finalement l’emporter 85 à 75, dans une finale qui restera à n’en pas douter comme la plus difficile à remporter pour une Dream Team face à une courageuse et épatante équipe de France qui pose les jalons des succès à venir pour le basket tricolore.
Laurent Sciarra termine pour la cinquième fois de suite meilleur marqueur côté français (19 points) bien secondé par plusieurs autres joueurs qui termineront en doubles figures (15 points pour Risacher, 10 points pour Rigaudeau et Palmer). En dépit d’un bilan de trois défaites en cinq matchs de groupe, la France est parvenue à la force de son groupe et de son mental à gravir les échelons de la compétition et créer la plus grande surprise de son histoire aux Jeux.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de Munich en 1972, alors que les États-Unis demeurent invaincus depuis l’apparition du basket aux Jeux, la finale opposant américains et soviétiques va faire naître l’une des plus grandes controverses de l’histoire aux Jeux.
LE DRÂME DES JEUX
Trente-six
ans après les derniers Jeux organisés en Allemagne, sous le régime nazi, le CIO
décide d’attribuer l’organisation de ces 20èmes olympiades aux allemands, dans
la ville de Munich (Bavière), devant Madrid et Montréal. Cette édition restera
néanmoins dans les mémoires, non pas pour ces exploits sportifs mais bel et
bien pour la dramatique prise d’otage d’athlètes israéliens au cœur même du
village olympique.
Le 5 septembre
1972 un commando de l’organisation palestinienne « Septembre noir » prend
en otages neuf athlètes israéliens dans le village olympique. Les huit
terroristes sont parvenus à pénétrer dans les appartements des athlètes, tuants
d’abord deux personnes lors de l’attaque, puis menaçant d’exécuter les autres si
les autorités ne répondent pas favorablement à leurs exigences. Les
négociations, mal-gérées par les autorités ouest-allemandes, vont
malheureusement conduire au dénouement le plus tragique lors d’un assaut,
entraînant un bain de sang, dans lequel dix-sept personnes, dont onze membres
de la délégation israélienne, vont périr.
La grande fête
du sport se retrouvant au cœur d’un terrible incident dont elle se souvient
encore aujourd’hui. Les épreuves seront suspendues pendant 36 heures et une
cérémonie d’hommage aura lieu le lendemain du tragique évènement en la mémoire
des victimes. Le sport reprit néanmoins sa place sous l’impulsion du Président
du CIO, Avery Brundage « The Games must go on ! ». L’édition de 1972 devint
l’une des plus réussie par sa densité d’athlètes et de pays représentés et en
termes de fréquentation du public.
Mark Spitz fut incontestablement l’athlète qui brillera le plus durant cette olympiade, remportant pas moins de sept médailles d’or en natation, devenant ainsi l’athlète le plus médaillé sur une seule édition aux Jeux. La petite gymnaste Soviétique Olga Korbut tiendra la vedette dans les médias, enchaînant les succès dans les épreuves par équipe échouant seulement en individuel pour finalement remporter quatre médailles dont trois en or, sous le regard du monde entier.
L’EVEREST AMÉRICAIN
Comme à son habitude, depuis son premier titre à Berlin (1936), les États-Unis se présentent avec une équipe composée majoritairement de joueurs universitaires, dont la plupart seront amenés à se présenter à la draft pour devenir professionnels dans un avenir proche. La tradition veut néanmoins que tous les quatre ans, les athlètes retenus pour le tournoi olympique, se consacrent durant un été à la Team USA basket afin de ramener l’or olympique. C’est devenu une habitude en effet de voir les États-Unis rouler sur à peu près toutes les autres sélections olympiques pour au bout du compte ramener le titre uniquement à la force de son vivier de jeunes basketteurs amateurs. La sélection américaine reste en effet sur une invincibilité lors de chaque édition depuis la création du tournoi olympique de basket, toutes ponctuées par une médaille d’or.
Henry « Hank » Iba
En 1972, le
comité olympique américain sort de la retraite son sélectionneur emblématique,
Henry Iba, de l’université d’Oklahoma State, déjà victorieux aux Jeux de 1964
(Tokyo) et 1968 (Mexico). La recette est en tout point la même. Iba veut
construire son équipe autour d’un axe 1-5, s’appuyant d’abord sur l’arrière
Doug Collins (Illinois State) et face au refus de porter la tunique américaine
du phénomène de UCLA, Bill Walton, c’est sur sa doublure, Swen Nater, que l’AAU
(Amateur Athletic Union) décide de porter ses espoirs. Des espoirs vite balayés
par les défections de certains joueurs, dont le pivot Nater, jugeant la
préparation de l’équipe insupportable sur le plan physique et psychologique.
Henry Iba réunit donc une équipe, fin préparée, mais affaiblie par les
absences, programmée pour monter une huitième fois consécutive sur le toit de
l’olympe.
Doug Collins
doit donc mener une équipe, jugée comme une des plus light de l’histoire pour
les uns, et extrêmement prometteuse pour les autres. Les talents sont néanmoins
bel et bien présents, de Tom McMillen (Maryland) à Dwight Jones (Houston) et
Mike Bantom (St. Joseph’s) en passant par Thomas Henderson et le futur first
pick de la draft 1973, Doug Collins, seront autant de joueurs parmis les
meilleurs du pays, amenés à défendre les couleurs de l’oncle Sam aux jeux. La
sélection de 1972 laisse tout de même planer quelques interrogations sur son
casting et surtout au niveau du coaching d’Henry Iba, jugé un peu dépassé et
hors-jeu. Pour autant avec une équipe âgée de 20 ans en moyenne, il s’agit bel
et bien de la plus jeune sélection jamais présentée par Team USA aux Jeux. Les
adversaires des USA sont habitués à voir les jeunes pousses américaines leur
faire la leçon sur les parquets et l’absence d’un Bill Walton n’y change rien,
les américains sont favoris aux yeux de tous, même pour les soviétiques.
L’OUTSIDER SOVIÉTIQUE
Comment parler
des Jeux olympiques, sans évoquer l’Union Soviétique. Depuis 1952, date à
laquelle l’URSS fut inscrite comme nation participante, les soviétiques se sont
toujours débrouillés pour truster les premières places, et le basket n’y
échappe pas. Devenu populaire dans les années 30-40, l’Union Soviétique peut se
targuer d’avoir terminé à chaque fois deuxième sur ses quatre premières
participations, n’échouant que face aux intouchables américains. Cependant lors
des jeux de Mexico, les soviétiques eurent la mauvaise surprise de croiser la
route d’une autre sélection montante du basket, battue par son cousin félon, la
Yougoslavie. Revancharde la sélection rouge veut rectifier le tir à Munich.
Hors période
olympienne, les russes ont pour habitudes de croiser la route des américains aux
championnats du monde. Des championnats de 1959 (victoire soviétique 37-62), en
passant par le match pour la troisième place en 1963 (nouvelle victoire rouge
74-75) jusqu’au titre mondial de 1967 (défaite 58-59), les soviétiques veulent
croire qu’à l’instar des championnats du monde, les américains peuvent
également être défaits lors des tournois olympiques. La tâche demeure néanmoins
compliquée, l’URSS restant sur une série de deux défaites cruelles en 1967 et
1970 face aux américains. Les russes doivent alors se jeter sur cette deuxième
place, synonyme de médaille d’argent.
Vladimir Kondrachin
Dirigée d’une main de maître depuis plus d’un an par le coach du Spartak de Léningrad, Vladimir Kondrachin, la sélection soviétique peut d’ores et déjà se féliciter d’avoir repris le dessus sur son principal rival européen yougoslave, lors des des derniers championnats d’Europe (victoire 81-72), confortant un peu plus son hégémonie sur la scène européenne à l’époque (10ème titre depuis 22 ans). Il faut désormais s’atteler à préparer les jeux et pour cela Kondrachin prépare l’armada soviétique. Le leader Sergueï Belov (CSKA Moscou), 2x meilleur marqueur Euroleague et MVP de l’Euro 1969 et du Mondial 1970), la jeune pépite Aleksandr Belov (pivot du Spartak Leningrad), le talentueux Modestas Paulauskas (Žalgiris Kaunas), MVP de l’Euro 1965 et l’ailier Ivan Edeshko (CSKA Moscou).
UN TOURNOI ENNUYANT PUIS ENDEUILLÉ
Au programme
pour les États-Unis, Tchécoslovaquie, Australie, Cuba, Brésil, Égypte, Espagne
et Japon dans un groupe A, un programme assez relevé pour les américains qui
vont devoir se frotter aux vice-champions du monde et vainqueurs des jeux
panaméricains brésilien ou encore des audacieux cubains et australiens dirigés
par le futur Hall of Famer Lindsay Gaze. Rien d’insurmontable cependant pour
les hommes de « Hank » Iba qui vont démarrer tambour battant par un
succès propre et net face aux tchécoslovaques (66-35) en ouverture. T.
Henderson (16 points), D. Jones (15 points), K. Joyce (12 points) et J. Brewer
(10 points) vont tour à tour ravager la défense de Vladimír Heger. L’Australie
(81-55) puis Cuba (67-48) ne seront ni plus ni moins que du menus fretins,
jusqu’à un match plus accroché face au Brésil de Marquinhos (20 points) et une
victoire (61-54). La fin du tournoi préliminaire débouche sur deux orgies
offensives face aux novices égyptiens (96-31) et japonais (99-33), entrecoupées
d’un succès (72-56) face aux futurs vice-champions d’Europe espagnols. 44
points encaissés seulement en moyenne avec un écart moyen de 33 points. Rien de
spectaculaire néanmoins dans le jeu américain, trop sûr de sa force et limitant
souvent ses inspirations en attaque.
À l’Est rien de
folichon non plus. Les soviétiques sont tombés sur le Sénégal, l’Allemagne de
l’Ouest, l’Italie, la Pologne, Porto Rico, les Philippines et les redoutables
yougoslaves. Le jeu est assez pauvre, même venant des yougoslaves de Cosić qui
finiront d’ailleurs seulement 5ème au classement final. L’URSS
termine première de son groupe comme les américains avec le rouleau compresseur
face aux sénégalais (94-52), allemand (87-63), polonais (94-64), Porto ricains
(100-87) et philippins (111-80). L’Italie de Meneghin et Marzorati s’en sortira
mieux en deuxième mi-temps, limitant ainsi la casse (79-66) et s’offrant même
une place en ½ au nez et à la barbe des yougoslaves, battus quant à eux (74-67)
dans un match décisif. Les deux Belov (Aleksander, 14,5 points et Sergueï 14
points) s’en donnent à cœur joie bien aidés il faut dire par Zarmuhamedov
(22pts, 11 rbd face à l’Italie) Paulauskas (11 points) Polivoda (10 points).
Le commando » Septembre Noir «
Les demi-finales se déroulent néanmoins dans une indifférence encore plus marquante, du fait des incidents du 5 septembre au village olympique. Les évènements qui suspendent les médias sur autre chose que le sport, les matchs URSS-Cuba et USA-Italie paraissent bien futiles pour un public encore sous le choc. L’Union soviétique se sort ainsi difficilement du piège cubain (67-61) tendu par Pedro Chappe (20 points) et Juan Carmelo Ortega Diaz. S.Belov (16 points), Zarmuhamedov (15 points) et A. Belov (14 points) auront néanmoins le dernier mot. Côté américain, le résultat est là mais la performance collective offensive de l’équipe laisse à désirer. Une victoire (68-38) face à des italiens apathiques ne lève pas tous les doutes sur le niveau de jeu de la Team USA à l’aube d’un match crucial pour la médaille d’or face à leur plus sérieux rivaux, les soviétiques.
L’inexpérience américaine combinée à une certaine difficulté dans le jeu, les hommes de coach Iba n’ont que huit matchs de vécus contre plus de 400 pour les hommes de Kondrachin. Mais néanmoins, l’entraîneur russe réitère ses propos, les américains sont favoris et l’objectif de médaille d’argent étant rempli, c’est maintenant une montagne qui se dresse sur la route des russes.
LA FINALE DE LA DISCORDE
Le 9 septembre
se déroule alors une finale familière dans le paysage du basket international
depuis plusieurs années et ce sont les Soviétiques qui surprennent les
Américains très tôt dans le match, menés par un très bon Sergei Belov (20 points).
Le match est tendu et les Soviétiques maintiennent les Américains à 4-8 points
d’écart en première mi-temps. A la mi-temps, le score était de 26-21 pour
l’URSS.
En deuxième
mi-temps, les Soviétiques provoquent le pivot américain Dwight Jones (meilleur marqueur
de l’équipe américaine). A la 28ème minute, alors que le joueur défend pour
récupérer le ballon, il est brusquement projeté au sol par Mikheil Korkia mais
décide de ne pas se laisser faire. Les deux joueurs sont expulsés par l’arbitre
Righetto. L’incident est loin d’être isolé, Ivan Dvorny également exclu pour
avoir protesté depuis le banc soviétique. Les Soviétiques en tirent profit,
Korkia étant moins important pour eux que Dwight Jones ne l’était pour Henry
Iba et Team USA. La minute suivante, Alexander Belov blesse violemment
(volontairement ?) Jim Brewer sur un lancer-franc, forçant ce dernier à
sortir, les arbitres n’ayant pas évalué correctement la faute flagrante, les
américains se retrouvent de nouveau privés d’un de leurs meilleurs éléments
(meilleur rebondeur) et surtout de sa raquette titulaire.
À moins de dix
minutes de la fin de la rencontre, les Soviétiques accroissent leur avance d’une
dizaine de points. Les joueurs américains commencent à élever le rythme en
pressant les hommes de Kondrachin, sous la conduite de Kevin Joyce, ils finissent
par réduire leur retard à -1 à moins d’une minute de la fin. A sept secondes du
coup de sifflet final, Doug Collins intercepte brillement une longue passe
d’Alexander Belov à destination de Zurab Sakandelidze qui provoquera la faute
alors que l’arrière fonçait vers le panier en contre-attaque. Une nouvelle
illustration d’acte d’antijeu des soviétiques cherchant par n’importe quels
moyens à déstabiliser les tenants du titre, quitte à durement blesser leurs
joueurs. Avec trois secondes à jouer au tableau d’affichage, Collins se voit
offrir deux lancers francs pour la gagne, deux lancers au bout desquels le
match va prendre une tournure inédite et surréaliste.
Sûrement les
trois secondes les plus controversées de l’histoire du basket. Le temps se fige
durant plusieurs longues minutes, durant lesquelles américains, puis
soviétiques, vont exulter et déchanter. Collins ne tremble pas et rentre son
premier lancer, puis rentre le second alors que la sirène retentit dans le Rudi-Sedlmayer-Halle
de Munich au moment où l’arrière enclenche son geste. L’arbitre se tourne alors
une première fois vers la table de marque, suivi d’une remise en jeu
soviétique. Rien à signaler donc, les américains repassent devant (50-49).
Pourtant la sirène retentit une deuxième fois arrêtant le jeu (une seconde
restante), alors que le banc soviétique s’agite près de la table de marque.
Stupeur dans la salle, les américains ne comprenant pas ce qui se passe, la
tension monte d’un cran, joueurs et staffs commencent à s’échauffer l’un envers
l’autre.
Vladimir
Kondrashin peste contre l’arbitrage, invoquant un temps-morts qu’il aurait
demandé avant les lancers-francs américains et qui aurait été oublié. Les
officiels affirment que la demande du banc soviétique a bien été comptabilisée
mais pendant les lancers-francs américains et qu’en raison des règles de jeu de
l’époque, les temps-morts ne peuvent être pris n’importe quand. C’est donc
l’incompréhension générale des deux côtés du terrain. L’arbitre siffle
néanmoins la reprise du match depuis la ligne de fond de l’Union soviétique
sans accorder de temps-morts au coach russe qui n’en dispose plus selon le
règlement. Pendant que les officiels, pas encore au point avec la nouvelle
table de marque, sont occupés à régler l’affichage du score et du temps de jeu
restant, Kondrashin se permet de remplacer son ailier Zharmukhamedov par le
pivot Edeshko. Ce changement passe totalement inaperçu aux yeux de l’arbitrage qui
redonne trois secondes aux soviétiques et demande à Edeshko de se positionner
sur la ligne de fond.
Le panier de la victoire
Gêné par Tom McMillen (à l’origine de l’action décisive précédente avec un contre sur Zharmukhamedov), le biélorusse transmet la gonfle à Paulauskas qui tente une passe désespérée pour A. Belov sous le panier qui ne parvient pas à récupérer la gonfle et marquer. La sirène retentit, le match est terminé et le banc américain explose en envahissant le parquet. Dans une liesse indescriptible le public exulte et fête une find de match que le corps arbitral n’a toujours pas sifflé. La raison est simple, les officiels n’avaient toujours pas réglé la table de marque au moment de la remise en jeu d’Edeshko. Les arbitres font évacuer le terrain et redonne une nouvelle fois trois secondes au camp russe. Une dernière action rejouée qui aura une incidence considérable sur la rencontre. Righetto demande à McMillen de s’écarter du pivot soviétique, pourtant à une distance réglementaire. Ce dernier s’exécute, de peur d’être sifflé et d’offrir deux lancers aux russes alors que les USA sont dans la pénalité. Edeshko trouve enfin son partenaire au CSKA, A. Belov, démarqué, qui shoote et inscrit le panier de la victoire avec la planche. Le gong retentit et l’URSS remporte la médaille d’or olympique.
Liens pour le match : https://youtu.be/NuBm0PRt23I
L’HÉRITAGE DE MUNICH
Podium des Jeux de Munich 1972
Un énorme
sentiment d’injustice demeure près de cinquante ans après ce match très
controversé. Les américains ont toujours nié la victoire des soviétiques à
Munich, refusant même de participer à la cérémonie de remise de médailles et de
récupérer l’argent. Quelques jours après la rencontre, la fédération américaine
contestera le résultat pour forcer les officiels des jeux de revoir leur copie
et d’attribuer la victoire aux joueurs américains. Le CIO constitue alors un
jury de cinq membres de la FIBA dont plusieurs d’entre eux sont des proches
alliés du camp soviétique (hongrois, polonais et cubains). Le résultat restera
inchangé et à l’annonce du verdict par trois voix contre deux pour la victoire de
l’URSS, les américains rejettent la décision du CIO et leurs médailles d’argent
demeurent conservées à Lausanne en Suisse, au siège du Comité.
L’arbitre
brésilien, qui avait prétexté en premier lieu le manque de compréhension entre
le corps arbitral et les officiels à la table de marque, du fait de la barrière
de la langue, va néanmoins affirmer que les américains auraient dû remporter ce
match, jugeant la fin de match totalement irrégulière de la part des
soviétiques, à commencer par le remplacement de Kondrashin, que personne n’a
remarqué au moment des faits. Par ailleurs, plusieurs responsables et officiels
du CIO ne comprennent pas pourquoi une telle erreur de l’horloge à la table de
marque a-t-elle bien pu être commise, invoquant la responsabilité directe de la
FIBA à commencer par celle de son secrétaire général, le britannique Renato
William Jones, qui était intervenu au court de la rencontre.
Pour l’URSS, les joueurs soviétiques seront célébrés tels des héros, leur victoire ne souffrant d’aucune contestation possible. La controverse qui va naître de cette rencontre demeure illégitime pour le camp des vainqueurs qui préfèrent s’amuser de la mauvaise foi des États-Unis qui n’acceptent pas la défaite. Interrogés à ce sujet, les membres de l’équipe soviétique ont indiqué qu’ils considéraient que leur triomphe était légitime. Kondrachin a toujours cité la victoire comme la plus grande réalisation de sa carrière de basket-ball mais reconnait toutefois que la manière avec laquelle elle fut acquise lui laisse quelques regrets avec le temps.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de 1980, dans un contexte plus politique que sportif, le boycott des jeux de Moscou par les États-Unis verra le tournoi olympique de basket offrir un dénouement inédit pour l’ex-Yougoslavie.
LES JEUX DU BOYCOTT
Moscou 1980
Cette édition des jeux se déroule dans un contexte géopolitique sur fond de fin de détente entre les deux blocs, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique en décembre 1979. À l’initiative des États-Unis de Carter, un mouvement de protestation international de grande ampleur entraîne un regain de tension, menaçant la tenue de l’évènement. Le Comité international olympique décide tout de même de maintenir la 22ème édition des Jeux, décision rapidement suivi d’un boycott d’une cinquantaine de pays, parmi lesquels, le Canada, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest et les États-Unis. 80 nations sont tout de même présentes pour ces jeux mais Porto Rico, l’Australie et plusieurs pays européens, la France et la Grande-Bretagne en tête, défileront sous la bannière olympique.
Cérémonie d’ouverture des Jeux de Moscou
Au-delà de ce boycott inédit, les jeux de Moscou vont tout de même offrir leur lots de moments marquants pour le sport. La « petite fée de Montréal » Nadia Comaneci, remporta quatre nouvelles médailles, dont deux en or. Les nageuses est-allemandes firent une razzia sur les podiums avec 26 breloques (12 en or). Enfin le perchiste polonais et champion olympique, Wladyslaw Kozakiewicz, adressa un bras d’honneur plein d’audace en direction du public et des officiels pour protester contre le déroulement des épreuves favorisant les athlètes soviétiques.
Les « Gold Medal Series » De Team USA
L’absence des États-Unis d’un tournoi olympique de basket c’est un peu comme une tarte aux pommes sans les pommes. Inimaginable à l’époque pour les octuples champions olympiques et tenants du titre, de ne pas défiler, bannière étoilée en évidence, au sein d’une délégation américaine dans le stade olympique de Moscou.
Team USA 1980
Dave Gavitt, coach de l’université de Providence, est nommé à la tête de Team USA durant l’été 1980, avec à ses côtés Larry Brown (UCLA) et Dee Rowe (UConn). Autour de plusieurs joueurs universitaires brillants (Isiah Thomas, Mark Aguirre, Sam Bowie, Rolando Blackman et Buck Williams entre autre), l’objectif est de conserver le titre olympique, reconquis quatre ans plus tôt à Montréal, et cette cuvée américaine de 1980 aurait pu être la plus jeune de l’histoire, titrée aux Jeux (vingt ans de moyenne d’âge seulement !). L’équipe va tout de même s’illustrer lors d’une série de matchs d’exhibition, sorte de tournoi olympique de substitution, durant lesquels les USA affronteront successivement des équipes composées de professionnels puis la Team USA, championne olympique en 1976.
Une série conclue par cinq victoires pour une seule défaite opposant notamment les joueurs de Gavitt à plusieurs All-Star NBA, de George Gervin, Marques Johnson et Tiny Archibald à Dennis Johnson, Bob Lanier, et Jack Sikma en passant par Paul Westphal, Alex English, Artis Gilmore ou Magic Johnson. Cette Team USA avait malheureusement tout pour briller à Moscou autour d’un trio (Thomas, Brooks, Bowie) déjà dominant, de grosses qualités athlétiques et d’un collectif très au dessus de la moyenne.
L’ « Ours » Soviétique
A. Belostenny (g.), A. Gomelsky, V. Tkatchenko (d.)
Depuis sa victoire, teintée de scandale à Munich (1972), l’Union Soviétique est parvenue à maintenir sa domination sur le basket mondial, remportant un deuxième titre de champion du monde en 1974 à Porto Rico, et éclipsant à nouveau les États-Unis du basket international. Une domination cependant très vite écourtée par le voisin yougoslave qui renversera les soviétiques en 1975 et 1977 aux championnats d’Europe puis en 1976 et 1978, d’abord aux Jeux de Montréal puis lors de la coupe du monde aux Philippines. Défaits lors de 13 de ses 14 confrontations face aux yougoslaves, les soviétiques mettront fin à cette humiliation lors de l’Euro de Basket italien en 1979. C’est précisément sur les bases de ce nouveau titre que le pays hôte veut construire son succès aux jeux afin de ramener une nouvelle médaille d’or olympique. En l’absence des américains, un seul adversaire obsède alors les nouveaux champions d’Europe, La Yougoslavie.
Alexandre Gomelsky, « père » du basket russe et entraîneur légendaire de l’ASK Riga, tient de nouveau les rênes de la sélection soviétique depuis 1977 et est persuadé que ses hommes ne failliront pas, répétant sans cesse qu’aucune équipe n’est assez forte pour les empêcher de remporter l’or à Moscou. Il faut dire qu’après six années de disette face aux irrésistibles yougoslaves, l’Union Soviétique, lestée des américains, est logiquement favorite de ses jeux en 1980. Les regards sont désormais tournés vers un possible duel entre les deux sélections que certains qualifient déjà de « match du siècle ».
Sergei Belov
La sélection soviétique dirigée par Gomelsky est emmenée par son arrière légendaire et immense héros de Munich en finale des Jeux 1972, Sergei Belov. Le joueur du CSKA Moscou, est encore à 36 ans un joueur de basket formidable, capable d’aligner les tirs avec une précision chirurgicale et menant brillamment la sélection depuis près d’une décennie. À ses côtés d’autres joueurs majeurs se démarquent à l’image des pivots Vladimir Tkatchenko (2,23m) et Alexander Belostenny (2,14m), du meneur Stanislav Eremin et des ailiers Myshkin et Salnikov. Il s’agit alors pour Gomelsky d’assurer une continuité depuis le titre de 1979 en s’appuyant sur l’expérience de son effectif et son efficacité sous la raquette.
La « Génération Dorée » Yougoslave
En dépit d’une nouvelle médaille en 1979, la Yougoslavie sort d’une prestation décevante aux championnats d’Europe (trois défaites dans le tournoi). Il faut dire que les yougoslaves, présents sur les podiums internationaux depuis près de quinze ans, restaient sur trois titres européens consécutifs (1973, 1975, 1977) ponctués d’un nouveau titre mondial en 1978 (après celui de 1970) et que rien ne résistait alors au basket yougoslave. L’entraîneur Petar Skansi en fera les frais, un an seulement après avoir succédé à Aleksandar Nikolić (le « Père » du basket yougoslave). Après cet échec c’est Ranko Žeravica, coach du Partizan puis de l’Étoile rouge de Belgrade, qui est désigné comme le nouvel architecte d’une équipe yougoslave qui illumine le basket mondial depuis plusieurs années mais qui souhaite rapidement tourner la page de l’échec amer de Turin, à moins d’un an des jeux.
L’équipe olympique yougoslave lors d’un stage de préparation
Accordant une grande attention à la psychologie et la préparation mental, Žeravica souhaite dynamiser l’état d’esprit et la motivation des joueurs. Pour mettre toute les chances de son côté, Ranko sélectionne non seulement les meilleurs joueurs possibles, mais s’entoure également d’un staff cinq étoiles. Bogdan Tanjević, vainqueur de la Coupe des clubs champions en 1979 (Bosna Sarajevo), Dušan Ivkovic, vainqueur de la Coupe Korać en 1979 (Jugoplastika de Split) et Bata Đorđević (Crvena Zvezda) viennent renforcer les rangs de la sélection. Nikolić absent, c’est Mirko Novosel (Cibona Zagreb), sélectionneur médaillé d’argent au Championnat du monde en 1974 et au Jeux de Montréal en 1976 qui endosse le costume de manager général de la sélection.
Dragan et Dražensous le maillot du Partizan Belgrade
Au rang des joueurs, le cinq majeur yougoslave se compose des deux arrières Dragan Kicanović (Partizan Belgrade), Mirza Delibašić (Bosna Sarajevo), de l’ailier Dražen Dalipagić (Partizan Belgrade) et des deux intérieurs Krešimir Ćosić (Bologne) et Željko Jerkov (Jugoplastika Split). Un effectif talentueux, expérimenté et rompu au très haut niveau, complété par un banc tout aussi fourni (Zoran Slavnić, Rajko Žizic, Andro Knego, Duje Krstulović). Depuis dix ans, presque tout ces joueurs ont participé aux succès yougoslaves en club ou en sélection à l’image d’un Dražen Dalipagić, MVP de l’Euro 1977 et du Mondial 1978, confiant à l’approche des jeux. Pour préparer l’évènement, le groupe se retire alors dans les zones sauvages reculées du pays, subissant des séances d’entrainement de spartiate, comme l’école de basket yougoslave sait si bien les faire, sur des bases de footing en forêt dès 4h00 du matin et de séances de tir interminables, afin de ramener l’or olympique qui manque à leur palmarès.
« Quelle médaille espérez-vous décrocher à Moscou » ? – demandèrent des journalistes à Žeravica « L’argent », répondit-il. Puis il ajouta : « … Au minimum »
Ranko Žeravica, sélectionneur de la Yougoslavie
LE TOURNOI OLYMPIQUE1980
Le tournoi olympique de basket se déroule du 20 au 30 juillet au Stade olympique de Moscou et au Palais des Sports du CSKA. Parmi les équipes qualifiées, l’Espagne de Brabender se retrouve dans le groupe B de la Yougoslavie (avec la Pologne et le Sénégal) tandis que l’URSS devra se défaire de l’Inde, la Tchécoslovaquie et du Brésil d’Oscar Schmidt.
Le Premier Tour
Le pivot yougoslave Krešimir Ćosić
Lors du premier tour, la Yougoslavie ne sera guère inquiétée par le Sénégal (104-67) et la Pologne (129-91) à l’exception de son dernier match face à des espagnols accrocheurs. Derrière son shooter naturalisé Wayne Brabender (Real Madrid) à 30 points et les barcelonais Chico Sibilio et San Epifanio, les hommes de Žeravica menés à la mi-temps, vont s’employer en deuxième période pour accrocher une troisième victoire et maintenir leur invincibilité. Les soviétiques, emmenés par un Belov impeccable, auront encore moins de difficultés à se défaire de l’Inde (121-65), du Brésil (101-88) et de la Tchécoslovaquie (99-82). L’autre groupe, celui de l’Italie de Dino Meneghin et Pierlo Marzorati, qualifiée réservera une surprise avec la qualification de Cuba au détriment de l’Australie.
Le Second Tour
le pivot soviétique V. Tkatchenko
Yougoslaves et soviétiques vont continuer leur récital au tour suivant. Les italiens emmenés par leur pivot Meneghin se retrouvent dépassés et impuissants face au duo intenable Kicanović (31pts) Daligapić (26pts), infligeant une lourde défaite à la squadra d’entrée (102-81) suivi d’une large succès (112-84) face aux cubains. Les soviétiques les imiteront lors de leur match remporté face à l’Espagne (119-102) mais les soviétiques vont à la surprise générale perdre leur deuxième rencontre face à l’Italie (87-85) et se retrouver dans une posture délicate. Les deux favoris du tournoi doivent désormais se rencontrer dans un match déjà décisif. La Yougoslavie invaincue peut en cas de victoire s’assurer l’une des deux premières places pour jouer le titre olympique, tandis que les soviétiques dans l’impasse, doivent gagner cette rencontre afin de ne pas compromettre leurs chances de ramener une médaille.
Le « Match des Jeux »
Depuis le début du tournoi Ranko Žeravica est particulièrement attentif au niveau de préparation physique des soviétiques et du contenu de leurs matchs mais aussi des déclarations d’Alexander Gomelsky, qu’il juge trop confiant. Le sélectionneur et les joueurs le savent, remporter ce match, c’est l’assurance d’éliminer son rival de la course au titre et de terminer en tête en évitant d’affronter les soviétiques une deuxième fois en moins d’une semaine. Le triangle offensif Kicanović – Delibašić – Daligapić sera la clef de voûte du jeu yougoslave lors de cette rencontre. En misant sur la rapidité en contre attaque et la vitesse de jeu de ses extérieurs, Ranko a vu juste. Plus appliqués que les soviétiques en défense et sur les pertes de balle, l’équipe de Yougoslavie va proposer un jeu offensif de transition sur des paniers faciles en contre attaque et provoquant des fautes sous le cercle. Le pivot massif Tkatchenko suivi de son partenaire Belostenny se retrouveront rapidement sur le banc pour des fautes à répétition laissant Belov et le reste des joueurs en difficulté à la mi-temps. Plus efficaces et plus altruistes, les yougoslaves développent un basket plus collectif commettant néanmoins des pertes de balles par excès de zèle.
L’URSS a souffert face aux yougoslaves
Rentrant aux vestiaires en tête (48-42) Žeravica distille alors ses directives à ses joueurs en confiance afin de maintenir le niveau sur la fin de match. Le début de la seconde mi-temps part sur un rythme encore plus élevé, les soviétiques parvenant même à combler leur retard grâce à un Belov encore impressionnant et en trouvant enfin des solutions dans la raquette. La défense yougoslave s’effrite et en moins de dix minutes, les hommes de Gomelsky passent devant au tableau d’affichage (54-62). Pour mettre fin à l’hémorragie Žeravica use de temps morts et les yougoslaves sortent de leur torpeur pour recoller au score à quelques minutes de la fin du match (76-76). Kicanović d’abord puis Daligapić vont menés une série d’actions conclues par plusieurs paniers pour reprendre l’avantage, mais c’était sans compter sur des soviétiques accrocheurs qui recollent immédiatement au score et arrachent l’égalisation au bout du temps réglementaire (81-81) après un tir au buzzer manqué de Daligapić. Ce même Daligapić qui, lors des prolongations va inscrire dix des vingt points de la Yougoslavie, et offrir à son équipe une victoire de prestige face au grand rival soviétique (101-91). En faisant courir les coéquipiers de Belov (20pts) tout au long de la rencontre, La Yougoslavie, Dalipagić (28pts) et Kicanović (22pts) en tête, sont parvenus à renverser les favoris du tournoi, en proposant un basket intense, dans un match décisif dans la course pour le titre.
Le sacre olympique
Italie – Yougoslavie en finale des Jeux (86-77)
La première place est acquise et les hommes de Žeravica ne la lâcheront pas, remportant la rencontre suivante face au Brésil (96-95), dans un match encore très accroché pour s’offrir une nouvelle finale olympique, la troisième en douze ans. Dans un match beaucoup moins accroché, les italiens, comme lors de leur précédente rencontre, ne parviendront pas à renverser cette équipe yougoslave, frustrés au point de voir Dino Meneghin asséner un violent coup de genou sur Kicanović qui sortira sur civière en fin de rencontre. Derrière son trio magique qui inscrira 60 points sur la finale (86-77), la Yougoslavie s’octroie l’or et termine invaincue dans le tournoi avec huit victoires et une moyenne de 103 points marqués par match.
LE MIRACLE YOUGOSLAVE
La première génération dorée du basket yougoslave
Drazen Dalipagić (24,5pts) sera élu meilleur joueur du tournoi et c’est aux côtés de ses compatriotes Zoran Slavnic et Dragan Kicanović qu’il sera également choisi dans le meilleur cinq de la compétition. Le futur Hall of Famer NBA et FIBA a su mener l’équipe de basket la plus sexy du continent à voir jouer, au sommet, ramenant le seul titre majeur manquant à cette sélection depuis sa première participation en 1960. Cette équipe championne olympique, déjouant les pronostics qui voyaient une victoire de l’Union soviétique pourtant largement favorite chez elle, demeure encore aujourd’hui, un des meilleurs exemples de basket moderne, rapide, technique et réaliste, autour d’une génération qui aura tout gagner ensemble, depuis les championnats d’Europe en passant par les Mondiaux jusqu’au Jeux de Moscou. Ce fut également l’avant dernière grande compétition en sélection pour Ranko Žeravica qui quittera ses fonctions sur une médaille de bronze au Mondiaux de Cali en 1982. La Yougoslavie est parvenue pendant plusieurs années à entretenir ce terreau fertile de joueurs d’exception en montant à nouveau sur plusieurs podiums internationaux et en s’installant durablement sur le toit de l’Europe à la fin des années 80 autour d’une autre génération dorée, avant que la guerre ne vienne interrompre brutalement l’histoire.
À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, ClutchTime vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.
Un jour aux jeux de Rome est née la véritable première Dream Team américaine de l’histoire
Petite escapade aux Jeux de Rome
Affiche pour les Jeux de Rome
Les 18ème Jeux Olympiques qui se déroulent à Rome, marquent un tournant dans l’histoire du sport en devenant les premiers jeux retransmis en direct à l’international. Mais les jeux olympiques de Rome passeront à la postérité avant tout sur le plan sportif grâce à des exploits devenus légendaires. En boxe, Mohamed Ali, qui n’est encore que Cassius Clay, remportera la médaille d’or des poids lourds à seulement 18 ans, l’éthiopien Abebe Bikila courra pieds nus le marathon olympique ramenant au passage, sa première médaille olympique à l’Éthiopie (en or) et établissant un nouveau record du monde de la discipline. Enfin l’américaine Wilma Rudoplh fera une razzia sur les épreuves de sprint féminins d’athlétisme (100m, 200m et relais 4×100). Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement lors de ces jeux d’été, c’est le sacre des États-Unis dans le tournoi de basket, glanant leur 5ème médaille d’or en autant d’éditions depuis que la discipline a fait son entrée au programme olympique. Un beau clin d’œil à la première médaille d’or récoltée quelques mois plus tôt par l’équipe de hockey sur glace américaine face à l’Union Soviétique, lors des Jeux d’hiver de Squaw Valley (USA).
Invictus Team USA
Cette sélection américaine n’a rien de comparable avec les équipes contemporaines auxquelles nous sommes habitués depuis plusieurs années. Lors des jeux de Rome, l’histoire nous plonge trente ans avant l’ère de la Team USA made in NBA. Aucun joueur professionnel, aucun grand nom du basket américain ne prend part à ce tournoi depuis sa création. En raison du niveau et du savoir-faire américain pour la balle orange, la sélection olympique s’effectue depuis 1936 par l’Amateur Athletic Union (AAU) qui régit le sport aux États-Unis, sur la base d’un vivier de joueurs universitaires (et/ou amateurs) extraordinaire, amenés, pour les plus talentueux d’entre eux, à devenir de futurs basketteurs professionnels. Suffisant néanmoins pour rafler, haut la main, l’ensemble des titres olympiques mis en jeu depuis la création du Tournoi. Plusieurs pionniers de la NBA et plus généralement du basket américain sont passés, le temps d’un été, par cette case olympique. L’équipe médaillée d’or de 1956 (Melbourne) compte par exemple dans ses rangs le duo légendaire des Celtics, Bill Russell et K.C Jones, tous deux au Hall of Fame.
Présentation de la cuvée « universitaire » de 1960
Juillet – Août 1960, quelques mois avant le début des jeux, alors que le sélectionneur et les dirigeants de l’AAU s’écharpent sur la sélection à venir, une présélection de jeunes joueurs universitaires va écraser en matchs de préparations les équipes de NIBL (National Industrial Basketball League) des Akron Goodyear Wingfoots, Phillips 66ers et des Peoria Caterpillars. En dépit de ces performances, l’AAU oblige le coach de l’université de San Francisco, Pete Newell, à sélectionner plusieurs joueurs amateurs, se privant au passage du champion universitaire d’Ohio State, John Havlicek ou encore de l’ailier Tom Sanders (New York) et du meneur Lenny Wilkens (Providence). Seulement trois joueurs (J.West, A.Smith et O.Robertson) ont déjà joué ensemble auparavant pour la sélection américaine, à l’occasion des Jeux Panaméricains de 1959 (victoire des États-Unis)
Un Coach
Pete Newell, entraîneur de Michigan State
Pete Newell, coach de l’Université de Californie, (Hall of Famer NBA & NCAA) est désigné pour diriger la sélection américaine de basket pour préparer les Jeux de Rome. Vainqueur en 1959 et finaliste en 1960 du tournoi de basket universitaire américain (NCAA), l’entraîneur de 45 ans se lance un tout autre défi en prenant les rênes de la Team USA. Il décide de s’entourer de Warren Womble, coach de l’équipe amateur des Peoria Caterpillars (NIBL) et prédécesseur de Newell aux Jeux d’Helsinki (1952). Le préparateur physique de l’équipe de football américain et le manager des Kansas Jayhawks, Dean Nesmith et Arthur Lonborg viennent également se greffer au staff technique américain.
Un Meneur de jeu
Oscar Robertson, université de Cincinnati
Premier Hall of Famer de cette cuvée, Oscar Palmer Robertson, dit « Big O» ou « Mr. Triple Double », est un meneur de jeu à la vision et à la technique en avance sur son époque. Le droitier, originaire de Charlotte, va effectuer son cursus collégial à l’université de Cincinnati (un présage) pour terminer, l’année de ses 21 ans, meilleur joueur universitaire de l’année selon la presse américaine et l’association des joueurs. Impossible de se tromper sur ce génie de la balle orange qui tourne à près de 34pts, 15rbd et 7ast par match depuis trois ans en NCAA (sans jamais remporter le titre). C’est donc avec une réputation déjà toute faite que le jeune meneur d’1m96 va mener le jeu de l’équipe des USA des Jeux de 1960. La carrière NBA de Oscar Robertson est en tout point similaire. Douze fois All-Star, onze fois All-NBA, Champion en 1971 (Bucks), MVP 1964, trois fois MVP du All-Star Game et Rookie de l’année 1961. « Ozzie » est considéré à juste titre comme le meneur le plus talentueux des années soixante, détenteur du record de triples doubles en carrière (181), et seul joueur à avoir terminé une saison en triple double de moyenne (1961-1962) au XXème siècle. Une régularité exceptionnelle, durant quatorze saisons à 26pts, 9.5ast et 7.5rbd de moyenne.
Un Capitaine
Jerry West, université de West Virginia
Jerry West a le physique du gendre idéal, souriant et avenant. Le staff américain ne s’y trompe pas en le désignant co-capitaine de Team USA. Au sortir de sa dernière année senior de l’université de West Virginia, le jeune arrière tourne à plus de 29pts, 16.5rbd et 4ast par match et terminera à la troisième place de la conférence régionale (East). Le MOP finaliste malheureux de 1959, et futur Hall of Famer NBA, veut se montrer à la hauteur des attentes placées en lui. Son profil de « Swingman » élégant et technique, doublé d’une finition chirurgicale au tir et d’une défense agressive, vont lui permettre de s’installer définitivement dans le débat des plus grands joueurs All-Time de son sport. Avec quatorze sélections au ASG (MVP en 1972), une bague de champion (1971-1972), un titre de MVP des Finales 1969. Douze fois All-NBA, cinq fois dans le cinq défensif, notre ami « Zeke From Cabin Creek » bénéficie encore aujourd’hui d’un capital sympathie immense de la part de joueurs, entraîneurs et dirigeants qui l’ont côtoyé de près ou de loin. Avec près de 930 matchs au compteur, pour 27pts, 6rbd et 6.5ast de moyenne en carrière (actuel détenteur du nombre de points total inscrits en Finale NBA), Jerry West brillera autant sur les parquet qu’en coulisse en tant que general manager de sa franchise mythique des Lakers puis aux Warriors (huit titres de champions NBA entre 1980 et 2017). On ne devient pas « The Logo » pour rien.
Un Big man
Jerry Lucas, université de Ohio State
Jerry Lucas est l’intérieur américain titulaire lors de ces jeux, et ni plus ni moins que le futur Hall of Famer et coéquipier du Big O aux Cincinnati Royals. Champion universitaire avec Ohio State, le jeune sophomore se retrouve seul représentant de la promo 1959-1960 de l’université, parmis lesquels John Havlicek et Larry Siegfried ont également brillé. Auteur de 26pts et 16rbds de moyenne dans la conférence Big Ten, Jerry Lucas sera désigné par les observateurs MOP du tournoi universitaire (24pts et 16rbd) notamment grâce à d’énormes performances face à Western Kentucky et Georgia Tech. Mais Jerry Lucas pour d’autres c’est aussi le Hall of Famer et fidèle lieutenant du Big O, sept fois All-star, champion NBA en 1973 (sous le maillot des Knicks), Rookie de l’année 1964, élu cinq fois dans le All-NBA Team. Avec près de douze saisons au compteur, ponctuées de plusieurs finales de conférence et de moyenne en carrière honorable (17pts, 15.6rbd, 3ast) Jerry Lucas vit aujourd’hui à Compton (Californie) et intervient encore, grâce à son aura, dans des programmes d’éducation pour les jeunes.
Un Remplaçant
Walt Bellamy, université d’Indiana
Walter « Walt » Bellamy, (décédé), jeune Pivot de 2m11, futur Hall of Famer, n’est qu’en deuxième année junior à l’université d’Indiana. Tournant à 22.5pts et 13.5 rbd par match, et parvenant à amener les Hoosiers à la 2ème place de conférence Big Ten, derrière le futur champion, Ohio State, ses performances retiennent l’attention des scouts NBA et plus particulièrement celui du staff de la Team USA. Walt, qui n’a encore que 20 ans, sera sélectionné en backup de Jerry Lucas durant l’été 1960. Très peu de personne s’imaginent alors quel joueur il va devenir par la suite. Lors de sa saison de Rookie 1961-62 sous le maillot des Chicago Packers, Walt Bellamy termine à 31.6pts et 19rbd par match, s’octroyant, haut la main, le titre de Rookie de l’année. Des performances ahurissantes qu’il va conserver pendant quatre saisons durant lesquelles il sera All-star. Malgré une longévité certaine, ses performances finissent par s’estomper laissant tout de même l’image d’un intérieur dominant jusque dans les années 70.
Un Roster
Le reste de l’équipe se compose entre autre de trois jeunes joueurs universitaires. Le pivot Darrall Imhoff, All-star en (1966-67), coéquipier de West aux Lakers pendant plusieurs saisons, jouera treize ans en NBA. Ce même Darrall Imhoff, fidèle de Pete Newell, qui offrira le titre en 1959 à l’université de Californie face à… Jerry West. L’ailier scoreur Terry Dischinger de l’université de Purdue connaîtra trois sélections All-star (chez les Chicago Zephyrs, Baltimore Bullets et Detroit Pistons) récompensé du titre de ROY (1962-63). Enfin le moins connu des trois, Jay Arnette (Texas), arrière des Cincinnati Royals jouera moins de trois saisons en NBA.
Adrian Smith soulevant Darall Imhoff, décrochant le filet
Ainsi que cinq joueurs de l’AAU. Bob Boozer (Peoria Caterpillars) de Kansas State, qui a repoussé sa carrière NBA pour faire les jeux, connaîtra une sélection All-Star (1967-68) avec les Chicago Bulls. Adrian Smith, champion universitaire 1958 avec l’université de Kentucky, meneur – arrière très adroit de la Navy qui s’ouvrira les portes de la grande ligue d’abord chez les CincinnatiRoyals puis les Warriors de Philadelphie. Burdette Haldorson (PhillipsOilers, Université de Colorado) déjà médaillé d’or aux jeux de Melbourne. Lester Lane (Wichita Vickers), sélectionné en 52ème position par les Philadelphia Warriors en 1955. Allen Kelley (Peoria) champion universitaire en 1952 avec l’université de Kansas, sélectionné en 56ème position par les Milwaukee Hawks en 1954.
Le Tournoi olympique
Du 26 août au 10 septembre, le tournoi oppose alors seize sélections nationales (dont la France fait partie), réparties en quatre groupes lors d’un premier tour, puis d’un tour de classification, se disputants successivement au petit palais des sports puis jusqu’en finale, au « Palazzo dello Sport » de Rome (salle du Virtus de Rome). Un changement de règle important fait également son apparition. Lors des Jeux de Melbourne (1956), le niveau de jeu, très fermé et en manque de variété, avantageait surtout les grands gabarits, Bill Russell en tête. Les officiels vont instaurer une limite de trois secondes de présence d’un joueur dans la raquette adverse afin de rendre le jeu plus agréable et plus fluide et surtout afin d’éloigner le plus possible les intérieurs dominants de sous les paniers.
Un Tour préliminaire en guise d’échauffement
Italie – USA (54-88)
Les États-Unis sont reversés dans le groupe A de l’Italie, la Hongrie et le Japon. Devant plus de 3 000 spectateurs, les tenants du titre défient lors du premier match, la « Nazionale », pays hôte, de l’ailier GianfrancoLombardi (Virtus Bologne). Les USA marquent d’entrée le tournoi en infligeant un revers cuisant aux italiens (88-54), grâce à une première mi-temps parfaitement négociée (seulement 17 points inscrits par les italiens) et une fin de match maîtrisée grâce à la rotation de son banc. L’arrière Adrian Smith (Kentucky) et Oscar « Big O » Robertson terminent co-meilleurs marqueurs (16pts). Le Japon(125-66) puis la Hongrie(107-63) ne tiendront guère plus que des rôles de figurants lors de ce premier tour, durant lequel les joueurs américains se mettent en jambe. Un écart moyen de 47pts par rencontre, des adversaires limités à 61pts par match, JerryLucas et Oscar Robertson scorant 19pts de moyenne et pas moins de six joueurs (sur douze !) à 10pts ou plus. Le ton est donné.
Le rouleau compresseur américain
Lors du second tour (en demi-finale) les américains vont encore hausser leur niveau et littéralement écraser la concurrence. Parmi les huit équipes encore en lice pour jouer le titre, les États–Unis tombent sur la Yougoslavie de RadivojeKorać et IvoDaneu, l’Uruguay de CarlosBlixen (médaillé de bronze à Melbourne) et de l’habituelle mais néanmoins redoutable équipe d’UnionSoviétique. Des soviétiques qui depuis 1952, en dépit de leur domination sur le vieux continent, se heurtent constamment à cette TeamUSA en finale.
Autour de joueurs dominants dans la raquette, notamment le colosse letton, JānisKrūmiņš (2m20, 140kg), Viktor Zubkov, Yuri Korneev et Aleksandr Petrov espèrent enfin tenir leur revanche et renverser la montagne américaine. Malgré deux premières rencontres maîtrisées par les soviétiques, les américains font étalage de toute leur maîtrise sur le dernier match décisif du groupe. Dans un contexte diplomatique tendu, en pleine période de guerre froide, le match est relativement serré et les américains sont pour la première fois mis en difficulté par le jeu physique et l’adresse soviétique. À la mi-temps, les USA n’ont que sept points d’avance (35-28) et Newell décide d’un changement tactique face à des soviétiques en confiance et un peu trop favorisés selon lui par l’arbitrage. Les américains reviennent du vestiaire, le couteau entre les dents, avec une pression défensive tout-terrain, infligeant un (25-1) dans le 3ème ¼ avec 20pts consécutifs inscrits durant les cinq premières minutes. Derrière son « swingman », Jerry West (19pts), et le génie d’Oscar Robertson (16pts), les États-Unis vont étouffer les soviétiques et par la même occasion contenir les hommes de Stepan Spandarian à moins de 60pts, leur infligeant une seconde défaite (81-57) (défaite face au Brésil au 1er tour 58-54).
Oscar Robertson et la défense des soviétiques
Les deux matchs précédents furent aussi expéditifs que démonstratifs de la supériorité américaine sur ce tournoi. Team USA récite une partition millimétrée sur 40mn, menée par Terry Dischinger (Purdue) et du « Big O », face à une équipe yougoslave apathique (104-42), en dépit du bon match de Korać (16pts). Puis elle récidive le lendemain lors d’une nouvelle démonstration de basket face aux uruguayens impuissants (108-50). (+47) et (+46) respectivement sur chaque première mi-temps lors de ces deux rencontres. Leur domination est totale et s’imprime, telle une marque laissée au fer rouge par chacune de leurs prestations, grâce à des joueurs qui, l’un après l’autre, plantent paniers sur paniers avec une maîtrise spectaculaire.
Un final grandiose
Les États-Unis n’ont plus que deux rencontres à disputer dans le tableau final qui va donc opposer USA et URSS (qualifiés du Groupe B) au Brésil et à la surprenante équipe d’Italie (qualifiés du Groupe A).
Le schéma est le suivant : Avec une victoire chacun, brésiliens et américains doivent remporter leur premier match, respectivement face à l’Union Soviétique et l’Italie, pour être assurer de joueur la médaille d’or l’un contre l’autre. Les deux premières rencontres se déroulent tard dans la soirée du 8 septembre (à cause des fortes chaleurs). L’Union Soviétique ouvre le bal et renverse le Brésil de WlamirMarques (25pts) sur le score étouffant de (64-62). Les USA doivent alors assurer une victoire face à l’Italie pour s’adjuger une sixième breloque consécutive. Contre toute attente, devant plus 11 000 spectateurs, la première mi-temps révèle un scénario inattendu dans un Palais des Sports bouillant. Au tableau d’affichage, les USA sont devant des italiens accrocheurs et en réussite (56-48), mais vont finalement craquer lors du second acte, poussant les américains à s’employer un peu plus, pour la seconde fois dans ce tournoi. Le courageux ailier GianfrancoLombardi (23pts) va maintenir l’Italie à quai et tenir tête aux Jerry Lucas (26pts), Oscar Robertson (22pts) et Jerry West (18pts) qui vont néanmoins ramener une 7ème victoire américaine dans le tournoi (112 – 81), la seconde face à l’Italie. Certains « tifosi » y verront la finale pour la médaille d’or que l’Italie n’aura jamais connu car malheureusement pour eux l’Union Soviétique sera tout aussi impitoyable lors de son dernier match, l’emportant (78-70) et se parant d’argent pour la troisième fois consécutive, laissant les italiens au pied du podium.
États-Unis – Brésil
Climax de ce tournoi pour la Team USA. La médaille est assurée, reste à déterminer de quel métal elle sera faite. En dépit du résultat des soviétiques qui conforte leur première place, les joueurs veulent s’employer à rendre une feuille de match plus aboutie que face à l’Italie en particulier depuis les derniers championnats du monde de basket remportés par le Brésil devant… les États-Unis. En ce jour de 10 septembre 1960, le décor est planté pour une « finale » qui s’annonce aussi déséquilibrée qu’haletante. La première mi-temps sera à sens unique pour les américains (50-24), insolents de réussite, qui anesthésient les champions du monde « auriverde » emmenés par l’ailier vedette Wlamir (19pts) et son pivot Amaury (17pts). Le match étant quasiment acquis, les joueurs américains vont gérer la seconde période en stabilisant l’écart autour des trente points (90-63) grâce à une nouvelle prestation majeure de l’intérieur Jerry Lucas (21pts) et de son leader et meilleur joueur du tournoi, Oscar Robertson (14pts). Les USA remportent une 5ème médaille d’or consécutive qui récompense, au bout de huit matchs sans défaite, une équipe prodigieuse, au comportement et au jeu exemplaire. Les américains restent sur une série olympique impressionnante de 36 victoires consécutives (en 36 matchs), confortant ainsi un peu plus leur hégémonie sur le basket aux Jeux.
Le podium des Jeux de 1960
L’héritage de Team USA 1960
La Dream Team originelle
Cette génération exceptionnelle, en remportant ses rencontres avec un écart moyen de 42,4pts sur l’ensemble du tournoi et en dépassant à cinq reprises la barre des 100 points inscrits, surclasse la concurrence dans tous les secteurs de jeu face à des joueurs pourtant rompus au basket international et des équipes plus âgées (en moyenne 24 ans, contre seulement 22ans pour les américains). Des jeunes qui, très tôt, n’hésitent pas à endosser un rôle de leader au sein de l’équipe, à l’image d’Oscar Robertson, qui va assumer ses responsabilités sur le parquet et en dehors, comme il saura si bien le faire en NBA plus tard.
“En dépit de notre jeunesse et sans aucune expérience professionnelle, nous avons représenté les États-Unis comme aucune autre équipe dans l’histoire ne l’avait fait jusqu’à présent. Nous n’avions aucune faiblesse” – Oscar Robertson
Guider par un tempo rapide, une endurance ainsi qu’une
défense inépuisable et capable d’envoyer du jeu des deux côtés du terrain
pendant de longues séquences. Cette équipe récite ses gammes, bloque les tirs sous
le panier et pratique un jeu de mouvement avec et sans ballon pour offrir des tirs
idéalement ouverts sur chaque possession. Tous les joueurs tiennent leur rôle depuis
le banc jusqu’aux titulaires.
“La meilleure équipe de basket amateur qui ait jamais existé” – Jerry West
Du podium olympique à la postérité
Cinq joueurs de l’équipe championne olympique finiront le tournoi en double figures, une équipe parfaitement menée par le duo Lucas – Robertson (17pts par matchs) et habilement construite par le regretté Pete Newell. À l’issue des Jeux de 1960, et d’une cuvée exceptionnelle, dix joueurs entameront progressivement une carrière en NBA, parmi lesquels Bob Boozer, Adrian Smith et Jay Arnette qui deviendront coéquipiers d’Oscar Robertson aux Cincinnati Royals durant plusieurs saisons. D’ailleurs Oscar Robertson (1961), Walt Bellamy (1962), Terry Dischinger (1963) puis Jerry Lucas (1964) seront successivement élu Rookie de l’année. Ces mêmes Jerry Lucas et Oscar Robertson, déjà vedettes montantes du basket universitaire bien avant leur parcours olympique, étaient amenés, tôt ou tard, à faire le grand saut en NBA. Parmi les dix joueurs qui auront une carrière en NBA, huit d’entre eux connaîtront une longue carrière, quatre d’entre eux seront intronisés quelques années plus tard au Hall of Fame à titre individuel.
Ce n’est qu’en 2010, cinquante ans après les faits, que l’équipe des États-Unis, médaillée d’or aux Jeux de Rome de 1960 intégrera le prestigieux mémorial de basket américain lors d’une cérémonie hommage, ponctuée par les discours des deux co-capitaines, Jerry West et Oscar Robertson, entourés de plusieurs de leurs anciens coéquipiers, sous les yeux d’une autre équipe honorée ce soir-là ; la Dream Team 1992 de Barcelone.
Discours du « Big O », lors de la cérémonie d’intronisation de la Team USA Basketball 1960
Quelle place dans l’histoire ?
L’équipe de basket des États-Unis de 1960 reste indubitablement moins médiatique et iconique sur le papier que la Dream Team 1992 mais les deux sélections ont en commun d’être les seules équipes nationales intronisées au Hall of Fame. 60 ans après, la Team USA, version 1960, demeure encore une référence en matière de réussite sur le plan collectif et dans le jeu. En dépit d’un manque de médiatisation à l’époque, elle se félicite cependant du titre officieux de « Dream Team originelle » et demeure à n’en pas douter la meilleure équipe américaine amateur de l’histoire grâce à une concentration exceptionnelle de talents qui réaliseront, par la suite, des carrières NBA mémorables.
A practical guide to the best Australian online casinos that accept Skrill in 2026. Compare top Skrill casinos, bonus types, deposit and withdrawal speed, and the real state of Skrill payments for AU players. No hype, just verified cashier information and operator comparisons. read our full Skrill casino guide for Australia
A practical guide to the best Australian online casinos that accept Neosurf deposits in 2026, with a ranked shortlist, comparison table, deposit and withdrawal reality checks, and legal notes. read the full guide to casinos that accept Neosurf in Australia
A practical 2026 guide to PayID casinos available to Australian players, covering deposit mechanics, legal reality, bonus expectations, instant withdrawal operators, and 10 trusted brands ranked by banking speed, game selection, and reliability. read the PayID casino guide
A no-nonsense guide to finding the highest payout online casinos in Australia for 2026. We cut through the RTP marketing noise, list operators that actually process withdrawals quickly, and explain which pokies and table games give you a mathematical edge. read the full payout guide
A practical guide to the best low deposit casinos for Australian players in 2026. Compare real brands, check PayID and crypto options, and understand the legal grey area before you deposit. read the low deposit casino Australia guide
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site web. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.