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  • Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    C’est officiel, Victor Wembanyama, le MVP du championnat de France 2023, finaliste avec les Mets 92 contre l’AS Monaco en juin, numéro 1 de la draft NBA 2023 engagé désormais avec les Spurs de San Antonio, ne participera pas à la Coupe du Monde FIBA 2023 avec l’Équipe de France de basket. Un coup dur pour la sélection française qui prépare également les JO de Paris 2024, une décision difficile mais nécessaire pour le futur rookie des Spurs, en concertation avec son propre staff, qui prépare déjà sa transition entre France et États-Unis. Et comme à son habitude, le jeune joueur ne laisse rien au hasard.

    Une marche très haute

    Même s’il a été sélectionné en numéro 1 de la draft NBA cette année, comme c’était attendu, la tâche s’annonce très difficile pour Victor Wembanyama. En effet, du haut de ses 2.24m, il n’a toujours que 19 ans et tout à prouver en NBA. Sa sélection historique en #1 ne correspond pas à son niveau actuel, mais à son potentiel. C’est un projet sur le long terme pour les Spurs, qui ne pouvaient pas se permettre de le laisser passer. Il ne devrait donc pas être prêt à jouer les premiers rôles dès sa première année, mais il entend bien limiter la casse au maximum et vise déjà, d’emblée, le titre de rookie de l’année. Il va donc clairement morfler au contact des joueurs les plus physiques de la planète, surtout à l’intérieur, mais pas trop, si tout se passe bien. Et pour que tout se passe bien, il préfère éviter les détours… et jouer autant de matches que possible. Détail important pour la suite.

    Un bras de fer avec le staff des Spurs

    Engagé pour les Summer leagues, qui démarrent à Sacramento dès le 3 juillet et se poursuivent à Las Vegas le 7, Victor Wembanyama a déjà prévenu le staff technique des Spurs qu’il souhaite participer à l’ensemble des matches possibles lors de sa première saison en NBA. Ce à quoi les Spurs ont répondu qu’ils « feraient leur possible pour accéder à cette demande ». Les termes sont clairs, les réponses un peu moins, ce qui indique une relation déjà constructive et dynamique entre le joueur et son nouveau club, mais avec un bras de fer sous-jacent – le jeune présente déjà des exigences inattendues qui peuvent ne pas être en accord direct avec le staff technique des Spurs, connu pour pratiquer volontiers le load management avec ses joueurs. Une partie d’échecs où chacun avance ses pions, le premier étant malheureusement pour le public français et la fédé sa participation à la Coupe du Monde FIBA cet été.

    Qu’est-ce que le load management ?

    Depuis quelques années, plusieurs clubs NBA prennent des libertés avec le calendrier imposé par la ligue, très chargé et parfois proprement déraisonnable en termes de récupération – le fameux 4 matches en 5 soirs, par exemple. Les clubs n’ont pas d’autre choix pour préserver la santé de leur jours que de décider parfois même au dernier moment d’aligner une équipe B à un match important pour la télévision américaine. Certaines belles affiches sur le papier sont donc régulièrement gâchées par l’absence inopinée d’une ou plusieurs stars, non pas pour cause de blessure, mais pour la récupération des joueurs et leur santé à long-terme. Les spectateurs voient donc arriver leur vedette tant attendue en tenue de ville.

    Les Spurs ont été précurseurs de cette pratique, refusant par exemple d’aligner quatre joueurs majeurs contre le Heat de Lebron James en novembre 2012 (pas de TP, Duncan, Manu ni Danny Green). C’était le sixième match d’une tournée, les Spurs ayant gagné les 5 premiers matches, et c’était le seul déplacement de la saison à Miami, contre un rival pour le titre de champion NBA. Un match très attendu par les fans et les chaînes de télévision, mais à l’évidence difficile pour des Spurs surmenées. Gregg Popovich a donc décidé non seulement que ses joueurs vedettes n’y participeraient pas, mais les a en plus renvoyés directement à San Antonio sans assister au match, afin de se reposer en vue d’un prochain match contre les Grizzlies. Le club a écopé d’une amende de 250 000 dollars, alors même que sur le fond, la ligue ne contestait pas la décision du coach, mais plutôt ses modalités et son timing, ne laissant ni aux fans, ni à la ligue, ni aux organisateurs à Miami le délai de prévenance habituel. Les clubs restent souverains dans les décisions, mais il y a un protocole, qui n’avait pas été respecté.

    Depuis, le load management est rentré dans les habitudes, ce qui permet aux clubs de mettre au repos légitimement leurs stars lors du deuxième match de suite (le fameux back-to-back). Afin de préserver leur jeune recrue, les Spurs comptaient probablement surveiller de près sa fatigue et pouvaient envisager de réduire ses apparitions en matches de saison régulière, surtout dans une saison qui risque de se solder sans play-offs, donc sans enjeu sportif réel. Autant ménager le rookie, qui sera sollicité par sa fédération lors de compétitions estivales, notamment les Jeux Olympiques de Paris à l’issue de sa première saison, à l’été 2024.

    Pas de bleus cet été, mais pas de load management

    Cependant, ce n’est pas la préférence du rookie, qui l’a déjà fait savoir, pas de load management pour sa première saison américaine. Pour être au mieux avec son club et pouvoir exiger de jouer tous les matches lors de sa première saison, mais également optimiser sa préparation américaine, Victor Wembanyama a déclaré forfait pour la Coupe du Monde FIBA 2023 qui l’aurait emmené en France fin juillet pour la préparation puis à Jakarta fin août. Un été en bleu, dans un système de jeu particulier, différent de son ancien club (Boulogne-Levallois) et de son futur club (San Antonio), avec des règles différentes (FIBA) et la perspective d’une lutte difficile dans la raquette malgré la présence de Rudy Gobert au poste de pivot titulaire. Par cette décision difficile mais murement réfléchie, Victor Wembanyama se libère du poids considérable d’une compétition très relevée et très attendue par la FFBB et le public français; il peut désormais se focaliser exclusivement sur la préparation de son année rookie à San Antonio, qui s’annonce extrêmement difficile et nécessite toute son attention. C’est embêtant pour la Fédération Française de Basketball (FFBB) et la FIBA, pour le public qui l’attendait, pour les supporters français évidemment, mais tout le monde peut comprendre la logique et approuver le raisonnement, la retenue. Pas malin de se cramer tout l’été après une saison intense en LNB qui s’est terminée en finale mi-juin, à un an des Jeux Olympiques et avec une année NBA déterminante qui démarre mi-septembre et qui sera forcément exténuante (avec le fameux rookie wall, à négocier intelligemment). Sans pause réelle, c’était mission impossible.

    Les devoirs de vacances en Summer League

    Au lieu d’endosser le rôle de sauveur d’une sélection française, avec la certitude de s’attirer deux ou trois défenseurs et autant de coudes, de fautes flagrantes ou des petits coups en douce souvent ignorées par l’arbitrage, le rookie des Spurs va pouvoir se familiariser avec le staff qui va le suivre toute l’année, en commençant par les matches estivaux qui présentent déjà, contrairement à ce que certains en disent, une opportunité d’apprentissage très intéressante pour le jeune français, avide de nouveaux challenges. Ce n’est pas la NBA, certes, mais quand on vient de Boulogne-Levallois face à Bourg-en-Bresse, Monaco, Blois et Nanterre, chaque étape américaine est bonne à prendre.

    Un profil des plus atypiques

    Ne vous y trompez pas, Victor Wembanyama est un cas unique. Dans le basket français, un tel monstre physique et athlétique était proprement injouable. Sa seule présence en attaque comme en défense posait des problèmes inédits pour des professionnels pourtant aguerris. Régulièrement, les clubs adverses refusaient d’entrer dans la raquette pour éviter le contre inévitable du géant boulonnais. On a même vu des joueurs jeter la balle plutôt que de se faire contrer sur un shoot à 3 points. Monaco, en finale, a utilisé une technique coordonnée à deux pour permettre au meneur de jeu d’accéder au panier en poussant le pivot de 2,24 mètres de côté.

    Et en défense, toute l’équipe était mobilisable sur chaque action : dès que Wemby recevait le ballon, il devait affronter deux, trois voire cinq joueurs, ouvrant considérablement le jeu pour ses coéquipiers, qu’il savait trouver pour une passe décisive presque trop évidente – un jeu totalement faussé. Ses statistiques impressionnantes pour un joueur de 19 ans, ont donc été réalisées dans un contexte très particulier. C’est pourquoi rester une saison de plus en championnat de France n’aurait pas réellement servi – il ne rencontrera jamais de telles situations en NBA, où son avantage de taille sera moins important. Sa préparation doit donc se faire désormais exclusivement sur le sol américain, où la concurrence est plus élevée globalement et à chaque poste, rendant un 5 contre 1 pratiquement impossible. Curieusement, si son vis-à-vis sera plus costaud, le jeu dans son ensemble devrait être plus clair.

    Victor veut jouer Lebron

    Visiblement, Victor Wembanyama ne veut rater aucune rencontre en NBA lors de sa première saison. C’est essentiel pour son processus d’apprentissage, sa boîte noire interne qui enregistre chaque possession, c’est ce qui lui a permis de progresser considérablement en LNB cette saison, où il n’a pas raté une minute de jeu, jamais abandonné un match même mal parti (comme en témoigne le premier match de la finale contre l’AS Monaco, une deuxième mi-temps exemplaire après une première mi-temps catastrophique, alors que le score était sans appel: 21-52 à la mi-temps puis 64-87 à l’arrivée). Au lieu de se reposer sur le banc pour la suite de la finale, le MVP des Mets a joué la deuxième mi-temps comme un nouveau match, remporté pour la gloire (43-35 pour les Mets). Toute l’année, on l’a vu jouer chaque ballon avec la même intensité, même après le coup de sifflet de l’arbitre; quand un adversaire tentait un shoot qui ne comptait pas, Wemby allait chercher le ballon au-dessus du cercle, en mode Georgetown – pas de panier, même pour rien.

    Pour le rookie des Spurs, pas question, sauf problème de santé caractérisé, de rater une affiche dont il rêve depuis si longtemps. Chaque expérience sera importante pour lui. Et il ne souhaite pas en être privé sur décision administrative de son club, même bienveillante. Il est jeune, il veut vivre sa saison rookie à fond. Ses héros de NBA, il les rencontrera tous. Il ne reculera devant aucun challenge. Donc, il a pris les devants, il fait là une énorme concession dès le début, afin de se donner toutes les chances d’aborder le championnat NBA dans les meilleures conditions – les siennes. Il montre aux Spurs qu’il est lucide, engagé mais raisonnable. Et surtout, il garde un œil sur sa propre santé, préférant ne pas disperser ses efforts avec des attentes excessives, l’obligation de se ménager ici et là. Il s’engage donc à fond pour les Spurs dans un premier temps, mais sera tout aussi déterminé et disponible pour le maillot bleu lors des Jeux Olympiques de Paris 2024.

    Trouver sa place en NBA et en Bleu

    Avec son parcours sans faute cette saison, ou presque (une belle gifle en finale), Victor Wembanyama donne sans doute une impression de facilité. On entend donc que la Summer League, c’est trop facile pour lui, ça n’a aucun intérêt. L’équipe de France, c’est cadeau. Et l’enchainement LNB, Equipe de France cet été, année rookie en NBA directement après, c’était jouable. Eh bien selon les calculs de Wemby et son staff, cela ferait 170 matches en 2 ans, ça ne passe pas.

    Un choc culturel à la fois. Pour réussir en Équipe de France, Victor Wembanyama va devoir trouver sa place dans un effectif habitué aux grands rendez-vous internationaux (finaliste aux JO de Tokyo en 2021). Même si on se doute que la greffe ne posera pas vraiment de problèmes, cela reste un travail spécifique important avec une nécessité de résultat immédiat – l’Or ou rien. C’est très facile à dire, bien plus compliqué à mettre en place et à assumer au jour le jour, face à chaque adversaire, sur le terrain. Personne ne nous fera de cadeau. En repoussant cette échéance-là d’un an, Wemby s’offre le luxe de se concentrer cet été sur un seul challenge de taille, son intégration au sein des Spurs en NBA, un club en pleine reconstruction.

    F comme… FIBA

    Accueilli en grandes pompes dès son arrivée au Texas par une délégation légendaire à San Antonio (David Robinson, Sean Elliott, Manu Ginobili et Tim Duncan), Victor Wembanyama a longuement discuté avec ses illustres prédécesseurs. Or, pour mémoire, Tim Duncan a participé à une compétition internationale avec Team USA en 2004, un échec cuisant pour lui et la sélection américaine sous la gouverne de Larry Brown. L’équipe américaine avait concédé 3 défaites face au Porto Rico de Carlos Arroyo (73-92), la Lituanie de Jasikevicius (90-94) et l’Argentine en demi-finale (81-89), se contentant du bronze. Le pivot des Spurs (10 points, 5 fautes en 20 minutes), excédé par les règles et l’arbitrage international, avait alors déclaré tout simplement: « FIBA sucks! ».

    Si le sujet a été abordé lors du fameux dîner avec ces légendes, on se doute de ce que le rookie a pu entendre. On ne sera donc pas surpris si le staff des Spurs, Duncan en tête, ne compte pas en priorité sur les compétitions internationales pour accélérer le développement de leur jeune prodige en NBA. Ce qui n’empêchera pas Wemby de porter le maillot des Bleus, bien entendu, mais cela ne lui rapportera pas de points auprès des américains. Il va donc devoir faire preuve de souplesse, d’où cette première grosse concession stratégique.

    Ceci dit, il y avait également à cette table le grand Manu Ginobili, l’un des responsables de la débâcle américaine de 2004, côté argentin (29 points dont 4/6 à 3 points, la victoire 89-81 en demi-finale de la World Cup, le 27 août 2004). Sans froisser Duncan, l’ailier pourra lui aussi donner, en douce, quelques clés à Wemby pour déjouer le piège américain aux prochains JO. Tout n’est donc pas perdu pour le Français en compétitions internationales. Wemby veille.

  • Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Pivot all-star des Timberwolves du Minnesota, trois fois élu meilleur défenseur de la NBA en 9 saisons avec le Jazz de l’Utah qu’il a emmené en playoffs chaque année, Rudy Gobert est l’un des sportifs français les mieux payés au monde. Mais attention, en Équipe de France comme aux États-Unis, il n’a qu’un objectif, la victoire. Un atout majeur qui sait se faire étonnamment discret.


    Tout pour lui? Pas vraiment…

    Avec son CV, Rudy Gobert pourrait débarquer en équipe de France chaque été (et désormais pendant les fenêtres internationales qui ponctuent l’année très chargée des basketteurs) avec un appétit gargantuesque. Tout pourrait être organisé pour lui garantir des performances individuelles en rapport avec son statut de star américaine. On verrait Rudy recevoir le ballon à l’intérieur au minimum 20 fois par match en isolation sur un côté pendant que le reste de l’équipe attire la défense à l’opposé, le temps de se frayer un chemin vers le cercle. Il l’a fait contre Kevin Durant aux derniers JO, contre Doncic et tous les pivots internationaux lors de cet Euro, il n’a peur de personne. Il pourrait facilement dominer les raquettes européennes et aligner des statistiques de star américaine, dès les matches de préparation. Dans quel but? Confirmer son statut individuel? Faire parler de lui? Décrocher la une de L’Équipe? Pendant que le reste du groupe le regarde? Ce n’est pas du tout l’esprit.

    Rudy Gobert contre la Turquie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    Une superstar du collectif

    Non seulement Rudy Gobert n’a aucune exigence vis-à-vis du staff français, il joue systématiquement collectif, à en oublier totalement son statut individuel. Un pivot sans ego. Pratiquement jamais le ballon ne reste dans ses mains. Il circule. On le voit ainsi recevoir le ballon au poste bas, face au pivot adverse, parfois démarrer un dribble, jouer son vis-à-vis en un-contre-un. Mais pendant ce temps-là, les ailiers français s’activent, et le premier qui coupe vers le panier recevra le ballon. Rudy Gobert n’a pas le temps de faire un move qu’il voit déjà le coéquipier traverser la raquette et lui sert une passe impeccable, dans le bon timing. C’est sa qualité de passe qui fait toute la différence. Moins de points, une position pas optimale au rebond, mais un ballon qui circule librement et un collectif qui fonctionne. Un naturel de champion. Du coup, ses statistiques individuelles sur le tournoi peuvent paraître moyennes, car ce n’est pas sa priorité. Il ne cherche pas à être le meilleur marqueur de l’équipe, il laisse bien volontiers la place à Fall et Poirier, qui ont le temps de trouver leur rythme et d’avoir un réel impact, avec la confiance d’un titulaire pas pressé de revenir sur le parquet. Chacun trouve sa place, et si les autres marchent bien, Rudy se contente de 7 points et d’une victoire.

    Le trade

    Cet été, Rudy Gobert, roi de la raquette incontesté dans l’Utah depuis ses débuts, se retrouve en binôme avec une superstar locale, Karl-Anthony Towns. Un grand gabarit avec qui il devrait naturellement s’entendre, puisque KAT aime se placer à l’extérieur en attaque et pourra désormais s’appuyer totalement sur un poids lourds dans la raquette. En duo, les deux grands vont poser un sérieux problème de mismatch à toutes les équipes de la ligue américaine, à la fois par la taille, leur volume au rebond et leur vivacité en attaque. Rudy Gobert est toujours prêt à recevoir la balle près du panier, pour un alley-oop, un move rapide ou une passe aux ailiers qui coupent, avec désormais la possibilité de ressortir à 3 points pour Towns. Quand on voit comment fonctionne la relation Gobert-Poirier en Équipe de France, on se dit qu’avec un monstre comme KAT, Gobert va vivre ses meilleures saisons en NBA. Enfin un grand qui le comprendra et ne l’oubliera pas. Si le staff des Timberwolves est au point et conscient du potentiel de Rudy Gobert, la saison pourrait être grandiose pour les joueurs et le club, qui a au minimum une base ultra-solide.

    Rudy Gobert contre l’Italie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    L’option Embiid

    Si l’Équipe de France reçoit un jour la candidature très attendue de Joel Embiid, la place est prête. L’effectif français compte actuellement 3 pivots très complémentaires (Gobert, Poirier et Fall), avec chacun un style différent, qui assurent une continuité pendant tous les matches. Mais c’est bien Rudy Gobert qui se détache lors des phases finales de cet Euro et qui a porté l’équipe lors des derniers JO à Tokyo. Et malgré tout, force est de reconnaître qu’un joueur comme Joel Embiid apporterait une dimension supplémentaire à l’intérieur.

    Plus haut, plus fort, plus gourmand, Embiid changerait nécessairement la direction de l’attaque, obligeant toute l’équipe à approvisionner plus régulièrement le pivot sans attendre forcément une passe en retour. Ce que Gobert n’a jamais prétendu faire, accaparer le ballon, deviendrait une priorité. Un point de fixation à haut rendement, voire de domination, qui réduirait dans un premier temps les possibilités à l’extérieur, mais obligerait aussi la défense adverse à respecter le secteur intérieur français et à s’y opposer davantage, ouvrant à terme des espaces plus importants aux ailes. Plus de points dans la raquette, plus de rebonds, une attaque plus efficace, avec un rendement minimum garanti à chaque match. Un véritable choc culturel qui pourrait installer la France au sommet du basket européen, et même mondial, pendant 10 ans.

    Une superstar timide mais clutch

    La sélection française est arrivée en demi-finale de l’EuroBasket 2022 au prix de matches intenses et très disputés. Dans les moments importants, c’est bien Rudy Gobert qui a fait la différence avec des rebonds offensifs cruciaux et de paniers salvateurs, parfois au milieu de trois défenseurs adverses. Tout naturellement, son rendement est en augmentation à mesure que le niveau monte (20 points et 17 rebonds en 30 minutes en huitième de finale contre la Turquie puis 19 points et 14 rebonds en 34 minutes en quart de finale contre l’Italie, le tout à 15/22 aux shoots, 68% de réussite, 4 passes décisives pour 7 balles perdues). Un joueur capable du meilleur comme du pire (6 balles perdues face à la Bosnie-Herzégovine qui avait parfaitement ciblé sa prise à deux et neutralisé ses moves ballon en main), qui peut être gêné par les fautes, notamment celles provoquées par des adversaires coquins abusant les arbitres, selon la méthode espagnole bien rodée (on a vu des joueurs se jeter sur Gobert, rebondir, tomber au sol façon football, et obtenir une faute offensive). Cible de critiques de toutes parts (notamment la sortie inattendue de Tracy McGrady dans le podcast de Gilbert Arenas) qui peinent à reconnaître le travail accompli, en veulent toujours plus, le pivot français trace calmement sa route et vise l’or à cet EuroBasket et au Jeux Olympiques de Paris en 2024.

  • NBA Fashion épisode II : Semelle, Virgule, Balle Orange

    NBA Fashion épisode II : Semelle, Virgule, Balle Orange

    Publicité pour la paire Adidas Superstar White/Black ( Source : Sneakers.fr)

    Encore un “Sacré samedi soir”. La semaine fut pénible, le week-end accueilli avec soulagement. C’est l’heure de célébrer. Retrouver ses potes pour une soirée cosy en appartement. Pousser l’aventure jusqu’en club ? Quoi qu’il arrive, il faut se mettre sur son 31. Plutôt petite chemise et Jean Levis 501 ? Pantalon cargo et tee-shirt blanc XXL ? Peu importe, on accorde la tenue avec sa paire de sneakers. Le néologisme sneakers  vient de l’anglicisme to sneak : se faufiler, passer partout (souvent en douce). C’est une chaussure imaginée pour la pratique sportive, détournée de sa fonction première un usage quotidien. Cette semaine, Clutch Time vous emmène à la rencontre de cet accessoire lifestyle né des parquets NBA et baptisé par la rue. 

    La Signature

    Qu’est-ce qui pousse à acheter compulsivement un paire de chaussures ? On a tous autour de soi un sneaker addict touché par le mal, la passion qui fait craquer son PEL à la fin du mois pour acheter “cette dernière paire”. Pourquoi ? Surement pas pour le sport.  Une simple paire de babouche fera l’affaire pour votre séance de “Ping-Pong Confinement”. Non, on tombe amoureux d’une paire pour son identité : son visuel, mais aussi les secrets de sa fabrication, l’Histoire qu’elle raconte de sa genèse à la communauté qui l’adopte.  Bien que usée par le temps et le bitume on finira par s’y accrocher pour les souvenirs de vadrouille qu’on lui prête. 


    La Nike Dunk Low PRM QS Paris, commercialisée en hommage au plus vieux terrain de basketball rue Trévise à Paris. Source : Nike.fr

    Vos manufacturiers préférés l’ont bien compris. Ils déploient des trésors de marketing pour rendre une paire unique et la rattacher à une légende. Or, La NBA a de belles histoires à raconter
    Une paire signature est une chaussure pensée pour rappeler l’identité d’un joueur. C’est un privilège souvent réservé aux joueurs les plus médiatisés, les “All Stars”. Le terme consacré pour désigner les meilleurs athlètes de la saison est aussi le titre éponyme de toute première sneaker de l’Histoire : La Converse “Chuck Taylor” All Star.

    Chuck Taylor (à gauche), ses converses All-Star aux pieds. Source : Graduatestore.fr

    La firme Converse est créée en 1907. A l’issue de la première guerre mondiale, elle décide de lancer une gamme sportive de chaussures de sport. A cette époque, la NBA n’existe pas. Le basketball était pourtant déjà populaire aux Etats-unis et Converse choisit un joueur de balle orange pour représenter le produit. Chuck Taylor ne sera jamais Hall-of-Famer mais c’est un excellent commercial et représentant : 

    « Les gens commandaient les « chaussures de Chuck » ou les « chaussures de Chuck Taylor » au lieu de demander des Converse All Star. Alors son nom a été ajouté juste à côté de l’étoile [le logo de Converse, NDLR]. Un coup marketing brillant »,

    Source : Joe Dean, ancien vice-Président de Converse, Pierre Démoux, 2016

    C’est cette personnification de l’objet associé à la volonté des fans de ressembler à leur idole qui donne une nouvelle dimension à la paire. Porter la même paire que Patrick Ewing, c’est un peu avoir du Patrick Ewing en soi.

    La signature shoe Ewing 33 Hi Gum Black Gold, source : Sneakers.fr

    A l’échelle du quartier, différentes écoles de style vestimentaire s’observent.  Dans le milieu de “la sape”, la paire de chaussure et le premier vecteur d’affirmation identitaire. Ainsi l’Histoire d’une paire est importante pour les aficionados de la sneaker : elle rappelle sa dimension quasi-communautaire. Certaines marques sont désormais associées aux skateurs amateurs de ride, d’autres font désormais référence à des films, des phénomènes culturels, fruits de collaborations entre designers corporates et artistes. La fonction sportive de la sneaker fut détournée pour devenir un objet de la pop-culture. 

    La chanteuse islandaise Bjork fait la cover du magazine Rolling Stone et affiche ses plus belles Reebok Instapump OG Citron. Source : Instagram @JalaPatra

     Les manufacturiers ont su brillamment jouer avec ces oppositions de style qui pilotent le développement du design d’une paire. Avoir pour égérie le franchise player des Lakers ou celui des Celtics ce n’est pas viser le même coeur de cible.

    Une manne financière

    Estimation des recettes annuelles des joueurs NBA grâce à leur partenariat avec des manufacturiers de chaussures. Source : Forbes, Twitter 2019

    Les sneakers sont un phénomène de la mondialisation. Des prolétaires aux richous, elles attestent de la prédominance de la consommation ostentatoire dans nos sociétés : il faut acheter une paire non seulement parce qu’elle est magnifique, mais aussi pour montrer (ou prétendre) qu’on a les moyens de l’obtenir. La sneaker c’est une affaire d’argent. Assemblée dans les fabriques des pays en développement, la chaussure lifestyle s’écoule majoritairement sur les marchés occidentaux. Sa popularité est pourtant planétaire : de Manille à Maputo vous pourrez trouver des contrefaçons d’Air Max. 

    adidas D Rose 1 Forbidden City to release some time in January ...
    Derrick Rose présente la Adidas D Rose 1 Forbidden City. Source : SneakersReleases.com

    Nike et Adidas s’affrontent pour la poule aux souliers d’Or. En 2019, la  Fédération Française de la Chaussure estimait à 9 milliards d’euros les revenus générés par la filière “sneakers” soit la moitié du marché français de la chaussure. La popularité du produit s’explique aussi par la ruse de ses manufacturier. En 2020, Nike a gagné 21 milliards de dollars grâce à ses chaussures. La virgule a investit 10 % de son pactole pour financer sa politique de marketing en pression tout terrain (Source : Capital.fr). 

    L’Apparition de marchés parallèles comme celui du resale (la revente) atteste du poids économique de la frénésie sneaker

    En première position dans la file d’attente, sous une tente, ils campent depuis la veille jusqu’à l’ouverture du magasin. Ce ne sont ni des clowns, ni des amateurs du tourisme urbain mais de véritables investisseurs qui espèrent récupérer une paire inédite en édition limitée. Puis laisser faire le temps et la spéculation. L’achat de sneakers peut se révéler être un placement financier, selon sa rareté et l’évolution de l’offre et la demande sur le marché. 

    Les Nike Air Mag Back to the Future BTTF (2016). Inspirée du film “Retour vers le Futur” c’est paire la plus chère du monde, en atteste sa cotation sur le Site de revente Stock X.fr. Clin-d’œil magistral au long-métrage, cette édition ultra-limitée fait ses lacets toute seule.

    Selon les projections du cabinet américain Cowen and Company, ce marché souterrain de la revente sur internet, atteindra un poids de 6 milliards d’euros dans l’économie mondiale d’ici 2025. 

    La success-story Jordanesque

    La Air Jordan 1 Mid Bred Multi-Color, source : Jordan Shoes UK

    9 chaussures sur 10 achetées aux Etats-Unis appartiennent à l’écurie Nike. Cette domination sur le marché américain s’explique par leur partenariat fructueux avec Jordan Brand, filiale de la marque. Le logo jumpman occupe une place particulière dans l’imaginaire des fans de sneakers. Son ascension commerciale et identitaire s’explique par un pari fou réalisé par Nike au milieu des années 1980. Ce récit est raconté en mars 2020 par le journaliste Rémy de Souza pour Eurosport, à l’occasion des 35 ans de Jordan Brand. 

    Tout commence en 1984. Un athlète issu de l’université North Carolina est annoncé pour la draft. Il a remporté le championnat NCAA en tant que leader incontesté de son équipe et fait déjà parler de lui pour son jeu délié et ses dunks aériens. Michael Jordan est un diamant, une opportunité pour l’équipementier qui arrivera à en faire son égérie. La direction exécutive de Nike propose à Jordan une offre faramineuse : 500 000 dollars par an et une rétribution à hauteur de 25 % sur chaque paire vendue. MJ a toujours été un flambeur, s’affichant volontairement cigare au bec dans un casino. C’est surement son goût pour le luxe plus que son attrait pour la marque à virgule qui lui fait accepter ce contrat juteux, lui qui avait des familiarités avec Adidas et Converse. 

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    Le GOAT à North Carolina, une paire de Converses aux pieds. Source : Getty Images

    La saison rookie de Jordan est fracassante, sa carrière légendaire. Nike adapte sa stratégie marketing autour de sa réussite.

    Un joueur comme on en a jamais vu qui impose son style face à l’adversité. La promotion de la paire Jordan 1 se fait sous le signe de la subversion. L’Anecdote est désormais connue, la NBA ne valide pas les chaussons de sa majesté et lui fait payer une amende pour chaque match joué avec ses chaussures. Celles-ci ne respectent pas le code couleur imposé par la ligue : au moins 51 % de blanc/noir sur le design extérieur.

    Spot publicitaire de la Jordan 1 « Bannie » par la ligue, Source : Youtube.

    Anticonformisme et dominante, un cocktail explosif qui explique le succès immédiat de la Jordan 1, et de ses déclinaisons durant plus de deux décennies. 

    Jordan devient une icône planétaire qui vend ses baskets comme des petits pains. Il a construit sa fortune grâce à des chaussures qui sont devenues plus renommées que sa personne. En 2020, le magazine Forbes le déclare mille-et-unième personnalité la plus riche de la planète. Bankable à hauteur de 2,1 milliards de dollars, il n’a gagné “que” 90 millions de dollars grâce à ses contrats d’athlète aux Bulls et aux Wizards. 

    Le logo Jumpman dépasse le basket, il entre dans la culture populaire et efface les vieilles rivalités sportives : Jordan Brand est désormais équipementier du Paris Saint-Germain jusqu’en 2032.

    L’Univers de la sneaker sécuritaire

    La salle de basket est une arène. Une rencontre de gladiateurs. Les joueurs veulent optimiser leur performance et briller aux yeux du public. Pour être prêt à l’entre-deux rien de tel que l’entraînement, la préparation physique et technique. La paire de chaussures à son rôle à jouer dans ce processus. Le joueur doit la trouver familière à ses pieds car elle apporte confort, maintien et soutien. Le salaire NBA permet à l’athlète de choisir la paire de son choix au delà des considérations monétaires. Ce qui compte, c’est tout d’abord l’allégeance au sponsor si le joueur en a un. Ensuite, à lui d’adopter la technologie qui présente le meilleur rapport risque/esthétique/performance. Le risque, c’est la blessure, un drame pour l’athlète et  manufacturier de la chaussure. Une entorse à la cheville est synonyme de très mauvaise publicité pour le produit. 

    Le 22 février 2019, Zion Williamson rencontrait l’Université North Carolina de Coby White. En première mi-temps, le pied de Zion transperce littéralement la chaussure. Il tombe et se blesse au genou. Nike a immédiatement lancé une enquête à la suite de l’incident. Source : Youtube.

    L’insouciance des années 1960-70 où les joueurs jouaient en chaussures en toile sur les parquets a disparu. Les marques de baskets ont désormais optimisé leur paire pour assurer un maintien de la cheville. L’amorti de la semelle est primordial. Symbolisé par la  “bulle d’air” chez Nike, il permet d’atténuer les chocs répétitifs au sol, lors des rebonds, contres ou dunks de l’athlète. 

    Plus un joueur est lourd plus ses articulations sont mises à l’épreuve. Conventionnellement, les intérieurs jouent avec une chaussure à l’armature haute qui couvre la cheville. Les meneurs de jeu effectuent sans cesse des changements de direction et privilégient des paires basses assurant plus de mobilité. Ce choix reste personnel et certains athlètes se permettent des folies, au risque de s’attirer les foudre de leur staff médical.  Thabo Sefolosha arbore régulièrement ses Air Max 90, comme s’il participait à un match de Départemental 3 à la Queue-en-Brie un dimanche matin.

    Panthéon de quelques paires iconiques


    La converse Chuck Taylor : l’Historique

    Paires Chuck Taylor All Star x Andy Warhol. Source : Sneakers.fr

    La première des sneakers est rentrée dans l’Histoire par la grande porte, devenant un phénomène interculturel. Elle fut portée par les soldats américains durant la seconde guerre mondiale, puis la paire la plus populaire en NBA durant la décennie 1960. De West Side Story au mariage de Mick Jagger,la Chuck Taylor s’invite partout et est portée successivement par Elvis, James Dean et Kurt Cobain.

    La Jordan 1 : La Royale

    Awesome game Jordan with the setup. | Michael jordan, Michael ...
    La Jordan 1 aux pieds de MJ, Source : Getty Images


    On en a déjà assez parlé, mais comment ne pas la faire figurer ici ? Vendue 65 dollars à sa sortie en 1985, son coloris rouge et noir ainsi que son succès commercial donnera naissance à une lignée de paires, et à un pactole Jordanesque pour Nike. 

    La Air Force 1 : de l’Armée à la Rue

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    Le modèle Air Force 1 édition spéciale NBA Paris Game en 2020, Source : Stock X

    L’éternelle rivale de la Stan Smith pour l’écurie Nike. Sortie en 1982 la Air Force 1 est entrée dans la culture populaire avec une identité force. Son nom fait référence à l’avion militaire présidentiel de Ronald Reagan. Elle fut le premier modèle de la marque à adopter la  technologie Air Sole : “une unité d’air caché sous le talon pour apporter un meilleur amorti”. La Air Force one se paie le luxe de décorer les pieds du Hall of Famer Moses Malone. Adoptée par les communautés des quartiers difficile de New York, Phillie et Baltimore, Nelly ou Jay-Z la démocratisent dans le milieu Hip-Hop américain. 

    La très stylish Puma Clyde

    Source : Puma Hoops

    Impossible de passer à côté de la Puma “Clyde”. La sneaker représente le GOAT vestimentaire de l’Histoire de la NBA, monsieur Walt Frazier : “Swishing and Dishing” tous les jours avec ça aux pieds.

    La Reebok Pump : séduisante et gonflée

    reebok pump up basketball shoes
    Source : reddit.com

    La vague Reebok Pump coïncide avec le début de la décennie 1990. En 1989 la paire arrive avec une technologie flashy et inédite qui lui permet de concurrencer Nike sur le marché américain. “Pump up and Air out” explique Dominique Wilkins dans son clip publicitaire : côté intérieur de la chaussure, une bulle d’air en forme de ballon de basket (évidemment) est gonflée manuellement par l’utilisateur afin de verrouiller sa cheville. La Reebok Pump connaît un succès commercial grâce à ce mécanisme ludique, mais aussi grâce à son apparition au cinéma dans des films très 90’s : Juice (1992, Dickerson) ou Above the Rim (1994, Pollack). 

    Avec les sneakers, la NBA a réussi le grand saut. Conçues pour les parquets de la plus belle ligue du monde, les chaussures de sport de basketball ont été propulsées au rang d’outil lifestyle indispensable. Pas besoin de suivre la NBA pour porter des Jordan.  Les adeptes de la chaussure, les collectionneurs sont connectés à un réseau de fans de la mode et de la culture streetwear mondialisée.

  • NBA Fashion Episode I : Pigments, Aiguille et Balle Orange.

    NBA Fashion Episode I : Pigments, Aiguille et Balle Orange.

    JR Smith dans son élément, torse nu. Source : ClutchPoints.com

    Il avait un “Maman je t’aime” inscrit sur le biceps droit et était multimillionnaire.” Le paysage NBA contemporain permet ce genre de success story incroyable. A l’exception des chaussures, le tatouage est l’un des seuls accessoires lifestyle permettant de se démarquer visuellement sur le terrain. Les maillots et shorts sont uniformisés, les bandeaux, manchons et gaines de shooter  sévèrement contrôlés par les instances NBA en charge du code vestimentaire. Le tatouage s’est ainsi imposé depuis deux décennies comme un must have pour affirmer son style sur le parquet. Certes, c’est avant-tout par son jeu qu’un joueur se démarque, qu’il construit son image et sa réputation. Mais comment nier l’impact visuel du tatouage dans une nation qui glorifie le culturisme, les corps musculeux et l’esthétisme sportif ? Durant les trois prochaines semaines, votre média Clutch Time vous propose une incursion dans l’Univers Fashion de la NBA. Pour ce premier volet de la série, une étude haute en encre et en couleur sur la pratique du tatouage auprès de vos athlètes préférés.

    Une NBA hostile au tattoo ?

    Le tattoo parsème le corps des athlètes NBA, même les plus jeunes. Lors de la cérémonie de la Draft, de nombreux rookies peinent à dissimuler leurs bras encrés de l’épaule au poignet sous des costards impeccables. La ligue est conservatrice par certain aspects, et jusque dans les années 90, le tatouage apparent en NBA était une anomalie. 

    En Occident, le tatouage n’est toujours pas conventionnel. Toléré mais pas acclamé, l’entretien d’embauche avec le visage ou les mains colorées reste une épreuve fastidieuse. A l’aube des années 2000, des joueurs au style provocateur font tomber les barrières érigées par David Stern. Parmi eux, le fantasque Dennis Rodman. Ostensiblement rebelle, il s’affiche volontiers sur les tabloïds américains avec … a naked woman eating its own vagina” sur le dos (google est votre meilleur ami). Ses tatouages sont perçus comme une énième  manifestation de sa douce folie. Alors, qui a réellement participé à démocratiser cet art en NBA ? La réponse est “The Answer”. Encore une fois. 

      Allen Iverson posant pour une publicité Reebok. Source : The Bleacher Report

    Iverson ramène la rue en NBA.  Associé au baggy et à la lourde chaîne en or, le tatouage rappelle la culture du ghetto. Sur le continent américain, encre et illicite sont étroitement liés. Les membres de gangs portent sur leur peau les symboles qui assurent leur fidélité à leur organisation. Les anciens détenus meurtriers arborent une larme dessinée sous l’oeil en guise de trophée. 

    Face à cet imaginaire, comment faire passer la pilule ? Des pourparlers sont engagés entre David Stern et le syndicat des joueurs. En 2005-2006, la NBA impose à ses employés un dress code “professionnel” pour leurs apparitions en public. Pourtant, le tatouage n’est pas évincé. Il est progressivement adopté comme une forme d’expression artistique, les instances NBA feignant de ne pas percevoir sa dimension communautaire. 

    Des points de crispation persistent pourtant autour de la discipline. En 2018, JR Smith, alors arrière des Cavaliers se fait réprimander par la ligue pour son tatouage sur le mollet, reprenant le logo de la marque “Supreme”.

    « Lors d’un match NBA, à l’exception de l’uniforme ou de l’inscription du manufacturier visible sur les baskets, un joueur n’est pas autorisé à faire de la publicité, de la promotion pour une marque ou un logo, notamment représenté sur son corps ou ses cheveux. « 

    Source : 2019-2020 NBA Official Guideline

    JR risque une amende pour chaque match joué sans que son tatouage ne soit dissimulé, et “L’homme qui lançait des bols de soupe à la figure de ses entraîneurs” ne s’est pas gêné pour exprimer sa frustration sur les réseaux sociaux. Le sniper souligne l’hypocrisie des instances NBA qui tolèrent les tatouages à l’effigie du logo Jumpman, très populaires auprès des ballers

    Réaction de JR Smith sur Instagram et photographie de son tatouage, source : SB Nation.com

    Un tatouage, une histoire. 

    Combien d’apprentis tatoueurs, d’esprits sensibles à la sémantique artistique se cachent parmi les fans NBA en berne en cette période de COVID 19 ? Que les curieux se connectent au league pass, visionnent des images d’archives  et passent en revue le paysage épidermique de la ligue. Nombreux sont les graffitis, dessins et chef d’oeuvres qui valorisent le corps des joueurs. 

    A l’instar de Leonard Shelby dans le très bon Memento de Christopher Nolan (2000), le tatouage peut représenter un précieux mémo. Un point d’ancrage sur son corps pour ne pas oublier les souffrances et sacrifices qu’impliquent le sport de haut niveau. Dans les moments d’adversité, le tatouage n’est pas seulement une oeuvre d’art mais aussi un souvenir galvanisant. 

    La spiritualité, les souvenirs d’enfance, la famille sont ainsi des thèmes récurrents parmi les aficionados de tatouages. Certes, tous les tatouages ne sont pas originaux, c’est ce dont se moque Harry Cheadle dans un article Vice consacré au sujet. 

    Impossible de se démarquer en NBA avec un paquet de tatouages minables « I LUV MY GOD+GRANDMA+SECTION 8 HOUSING” sur la peau, et quel est l’intérêt du tatouage si ce n’est de se démarquer ? »

    Source : Vice, « A Brief History Of Tattoos in the NBA » Harry Cheadle, 2011.

    Cependant, les tatouages nous offrent la formidable opportunité de croiser la carrière individuelle du joueur avec des éléments de son histoire, afin de mieux comprendre sa personnalité.  

    Le cas Lebron James est très intéressant : icône NBA depuis plus de 15 ans, c’est aussi l’un des joueurs les plus tatoués de la ligue. Qu’a-t-il choisi de représenter sur son corps pour le reste de sa vie ? 

    The Chosen 1 

    Source : Reddit.com

    Son tatouage le plus imposant, celui qu’on ne peut rater lors des séances de work-out (torse nu bien sûr) de Lebron sur Instagram. “L’élu”, c’est le surnom qui lui a été donné par le média Sports Illustrated alors qu’il n’était encore que lycéen, celui qu’il porte fièrement. Oui, LBJ est l’élu car peu de joueurs peuvent prétendre rivaliser avec Michael Jordan pour le débat du Greatest Of All Time. Ce patronyme est aussi un poids et une responsabilité qui lui colle à la peau. 

    Difficile d’être the chosen one et d’essuyer les échecs en début de carrière, d’être décrié pour sa “non-clutchitude”. Le bilan en finales de Lebron est actuellement de 3 victoires pour 8 défaites. Pourtant, comment nier sa qualité de joueur générationnel ? 

    330

    Source : Reddit.com

    Une suite de chiffres tatoués sur son avant-bras droit. Elle correspond à l’indicatif téléphonique régional de sa ville natale d’Akron, Ohio (l’équivalent de notre “+336”, mais à l’Américaine). Pas le tatouage le plus visible, ni le plus clinquant mais peut-être l’un des plus importants si l’on considère la carrière de Lebron. En 2003, “The Kid from Akron” commence son aventure dans la ligue à Cleveland, franchise de son Etat natal. Au coeur d’une tempête médiatique après “The Decision” en juillet 2010 et son départ pour Miami, Lebron s’est fait la promesse de revenir et gagner un titre pour sa franchise de coeur. 6 ans plus tard à l’issue des finales NBA il hurle en larmes : “CLEVELAND, THIS IS FOR YOU”, après avoir fait tomber une équipe des Warriors invincible en saison régulière. Ce trophée plus que les autres atteste de la grandeur du joueur. Il le récompense pour sa fidélité envers son État et sa ville. Son engagement se lit sur son épiderme ET sur son CV en dehors des parquets : il multiplie les projets sociaux et investissements pour les membres de sa communauté. 

    Black Mamba

    Source : Instagram de Lebron James

    Un tatouage pour rendre hommage, pour ne pas oublier. Ce début d’année 2020 fut tragique pour la grande famille NBA, avec le décès de Kobe Bryant. Cette dernière inscription sur la peau du King est une promesse :  de ne pas oublier un ancien, un rival, une idole. Kobe fut un des plus grands mentors du jeu et de sa philosophie. Lebron James porte une partie de cette histoire, de cette “mentalité de tueur à sang froid” à même la peau. Le serpent venimeux et menaçant symbolise cet état d’esprit à perpétuer “pour la vie”. La rose est l’allégorie de la passion pour le jeu, où puiser sa motivation. 

      Qu’est ce qui fait du Cyborg un joueur de basket incroyable ? Probablement sa capacité à absorber et assimiler les skills et aptitudes des meilleurs artistes du jeu. A l’instar de Cell dans la saga d’Akira Toriyama, il est devenu la meilleure version de lui même à l’automne de sa carrière. Du numéro 8 fougueux et explosif au numéro 24 maître du fadeaway et enfin patron de la ligue, Lebron a du Kobe en lui. Et l’enfant d’Akron fera tout pour apporter un titre à la franchise de son idole.  Ce tatouage symbolise toute sa détermination.

    Tattoo Gossip

    Les mentalités ont changé dans la grande ligue. On peut afficher fièrement une peau recouverte de tattoos sur le terrain et prétendre à être un role model pour les ménages américains. Auprès de la presse et des fans, les tatouages ne font pas partie des frasques et fantaisies pouvant altérer l’image d’un joueur. L’argent et le succès rendent beau et respectable, encore plus aux Etats-Unis.  Et pourtant, la discipline réserve son lot de surprises. En outro, votre média basket préféré vous propose un florilège du meilleur comme du pire des tatouages en NBA. Du signe infini dessiné sur le poignet à la blague potache inscrite sur la fesse droite.

    Le Goat du Tattoo. 

    Source : The BleacherReport.com

    Chris Andersen, aka Birdman a été un solide éboueur sur les parquets, toujours avec du style. Champion avec le Heat en 2012, il s’est forgé une image de bad guy à l’imagerie punk et s’est tatoué des ailes d’oiseau sous les biceps pour mieux coller à son surnom. Le résultat est bigarré tout en maîtrise. 

    Le plus nerdy

    Source : The BleacherReport.com

    Le meilleur poste 4 de tous les temps est un fan de l’univers Heroïc Fantasy et du jeu de rôle Donjons et Dragons. Tim Duncan arbore ainsi fièrement un tatoo d’un bouffon sur son épaule droite, et un beau Merlin L’Enchanteur sur le pectoral gauche. 

    Le “tattoo tête brûlée”

    Source : The BleacherReport.com

    Stephen “Jax” Jackson s’est fait tatoué une figure biblique tenant une arme à feu dans ses mains. L’arrière des Warriors a été impliqué dans de nombreuses bagarres et fusillades et prend des matchs de suspension la saison 2005-2006 pour … Possession d’arme à feu dans les vestiaires. 

    Le tatoueur préféré de ton joueur préféré. 

    Source : The Undefeated.com

    La fidélité à son tatoueur, c’est sacré jusqu’en NBA. De bouche à oreille entre joueurs, on se refile les bons tuyaux, les bonnes aiguilles. Le canadien Steve Wiebe (à gauche sur la photo) est le tatoueur préféré de Kevin Durant, spécialisé dans les tatouages réalistes. The Snake a refilé le bon plan à son coéquipier Deandre Jordan et les trois s’entendent comme des larrons en foire. 

    Comment ne pas louer les crossovers entre l’art et le sport de haut niveau ? Le tatouage s’est démocratisé depuis une vingtaine d’années en NBA et il est plus populaire que jamais. 

    La pratique reste pourtant affiliée à une culture de l’Underground qui jure avec le code policé et corporate qu’essaie d’imposer la ligue à ses joueurs. A quand une rébellion de l’industrie du tatouage ? En 2016, les éditeurs du jeu vidéo NBA 2K avaient dû affronter les foudres du collectif Solid Oak Sketches. Ce groupe de tatoueurs avaient demandé le paiement de droits d’auteurs pour les tatouages portés par les joueurs, représentés dans le jeu par souci de réalisme.  L’organe de presse Huffington Post relaie qu’une demande de rétribution de 1.8 millions de dollars à été portée devant le tribunal fédéral New-Yorkais … A la semaine prochaine pour une enquête sur la culture sneakers en NBA. 


  • L’Épopée des Globetrotters (Partie II)

    L’Épopée des Globetrotters (Partie II)

    Image
    Les Globetrotters à Berlin, le 22 août 1951. Avec au moins 75 000 personnes, c’est la plus grande foule jamais recensée pour un match de basket. Source : Site internet des Harlem Globetrotters.

    « L’amitié d’abord, la compétition après”. En 1971, c’est le slogan qui caractérise les échanges des Etats-Unis avec la Chine de Mao, durant la 31ème édition des championnats du monde de … Tennis de table. C’est la « Diplomatie du Ping-Pong », ou comment profiter du sport pour tisser des relations entre deux puissances géopolitiques en froid. Quel rapport entre un pongiste nerveux , raquette à la main et un pivot musculeux maniant la balle orange ? Bien avant cette Diplomatie du Ping-Pong, les Etats-Unis ont expérimenté une stratégie internationale du grint and grind, en défense tout terrain, par l’intermédiaire des Harlem Globetrotters. La semaine dernière, Clutchtime vous contait le périple de cette équipe afro-américaine dans une société racialisée. Votre média basketball revient aujourd’hui sur le premier épisode de la franchise qui a joué un rôle majeur dans les prémices de la guerre froide : tout commence en 1951 … 

      Ice in my veins 

    Vous l’avez appris au lycée ou sur les bancs de la fac. La guerre froide ne fut pas un conflit armé direct mais un affrontement idéologique et politique. Une opposition de style, Lakers versus Celtics, Deandre Jordan contre Isaiah Thomas. La naissance de la NBA à l’issue de la Seconde Guerre mondiale coïncide avec le début des tensions entre les deux blocs. 

    A l’instar de notre Grande Ligue, le monde est divisé en deux. Joseph Staline, à la tête de la conférence Est, dirige encore d’une main de fer l’espace soviétique et ses Etats satellites. Aussi têtu que Mike D’Antoni, le communisme est le seul système de jeu toléré pour tous. Côté conférence Ouest, les Etats-Unis de Truman défendent leur vision de l’État idéal : une démocratie libérale et capitaliste. Les enjeux de cette compétition ? Remporter le titre : asseoir sa domination militaire, étendre son aire d’influence idéologique et économique à la planète.

    L’animosité se cristallise par deux discours étatiques qui nient la légitimité de leur concurrent. C’est la doctrine Truman aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest contre la doctrine Jdanov en URSS et en Europe de l’Est. Bien avant la construction du mur en 1961, Berlin est déjà le théâtre de cette opposition. La ville est internationale et fragmentée en plusieurs zones d’occupation. Dans ce contexte houleux, les Globetrotters débarquent sur un “vieux continent” déjà initié à  la balle orange, grâce au passage de missionnaires américains au début du siècle.

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    Le plus vieux gymnase de basketball au monde, inauguré en 1893, 14 Rue de Trévise, 75009 Paris .

    La Hype est donc réelle. Abe Saperstein, le “Picsou” des Globetrotters sait que ce voyage en Europe est une opportunité pour s’enrichir et  participer à faire grandir la renommée de la franchise. Les globe-trotters commencent leur tournée en mai 1950. Au programme, des work-out avec les locaux pour démontrer la supériorité du basket américain, et plus de 73 rencontres, notamment à Lisbonne et à Paris. Le phénomène “globetrotters” conquis le public européen  avec un basketball virtuose, décomplexé ET pratiqué par des afro-américains. Ce dernier détail n’est pas anodin, il donne une dimension mystique à l’équipe. En France par exemple, sans les deux guerres mondiales et la proximité des soldats sur le front, de nombreux individus n’auraient pas eu l’occasion de rencontrer des citoyens étrangers, noirs de surcroît. L’émulation créée par le passage en ville des Globetrotters est remarquée par le secrétaire d’Etat Américain de l’époque : Dean Acheson. 

    Au service de la propagande

    Le sport, aux USA c’est presque une affaire d’Etat. Le gouvernement de Truman désire utiliser cet aspect culturel américain comme outil de propagande. Acheson déclare, dans un télégramme envoyé aux responsables de son département : 

    « Le département a remarqué le parcours des Harlem Globetrotters (des joueurs de basketball noirs*) et reconnait leur qualité en tant qu’ambassadeurs de valeur, particulièrement dans les pays critiques du traitement des noirs* aux Etats-Unis. »

    Source : The Big Read “The Ambassadors” Dave Zarum. *Le texte original utilise le terme “Negroes” qui a ici été remplacé par « noirs » par souci de bienséance.

    Les pays détracteurs des Etats-Unis évoqués par Acheson, c’est l’ensemble des nations affiliées à l’Union Soviétique. Le bloc de l’Est dénonce l’hypocrisie Étatsunienne

    L’Uncle Sam se veut “gendarme du monde”, fervent défenseur de la liberté pour tous les peuples, mais perpétue un système discriminatoire envers ses propres citoyens. Une équipe uniquement composée d’athlètes afro-américains, patriotes et émissaires de l’excellence étatsunienne à l’international est une opportunité en or pour la propagande gouvernementale. Les Harlem Globetrotters  représentent le contre-exemple parfait à toutes les accusations proférées à l’encontre du champion du “Monde Libre.”

    Ces accusations ne sont pas infondées. Les membres des Globetrotters ont grandi avec le fardeau que représentait leur couleur de peau dans la société américaine. Plus surprenant, leur statut d’athlète professionnel/comédien n’est pas accepté par tous aux Etats-Unis. De nombreuses critiques émanent de la communauté afro-américaine. L’autre équipe star de l’époque, les New-York Renaissance, leur reproche de ne jouer au basketball que pour divertir un public blanc. Ils accusent les Globetrotters de proposer un spectacle similaire à celui des Minstrels. 

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    Des acteurs « blackfaced » pour la représentation d’un spectacle raciste Minstrel. Source : BBC.co.uk

    Populaires au XIXème siècle aux Etats-Unis, les Minstrels Shows étaient des représentations mettant en scène des acteurs blancs blackfaced, déguisés en afro-américains. Entre théâtre et concert raciste, les soirées Minstrel cherchaient à provoquer le rire chez le public en imitant de façon grotesque des clichés prétendument associés aux afro-américains. 
    La mission confiée par le secrétaire d’Etat à l’équipe d’Abe Saperstein tient ainsi de l’opportunisme politique. Le chef du département des affaires étrangères fait mine de rester en retrait, c’est pourtant lui qui pousse à l’organisation d’une rencontre “Harlem Globetrotters contre les Boston Celtics”, le 22 août 1951, à Berlin en République Fédérale Allemande. 

    Une tentative de contre

    Le choix de la date n’est pas innocent. Au début du mois dans la même ville, Staline a organisé son “Troisième Festival de La Jeunesse et des Étudiants”. Ce rassemblement a pour but de démontrer la puissance et la détermination de l’URSS dans un contexte de tensions croissantes avec son rival américain. Le festival attire plus de 200 000 ressortissants de 104 nations acquises aux valeurs du communisme. 

    Le match de basketball est ainsi une tentative du gouvernement américain pour contrer la propagande soviétique et réaffirmer sa vision du monde.   

    Près de 80 000 personnes viennent regarder jouer des Globetrotters qui arborent leur tenue aux couleurs du drapeau américain. Le public connaît déjà la plupart des stars qui viennent s’affronter. La propagande américaine  a toujours un coup d’avance. En octobre, la même année, l’industrie cinématographique hollywoodienne avait produit un long métrage intitulé The Harlem Globetrotters (Columbia Pictures, Phil Brown, 1951). Le film mettait bien sûr en valeur Marques Hayes, Louis “Babe” Presley, Rece “Goom” Tatum et les figures majeur de l’effectif présent à Berlin. 

    Affiche du film produit par Columbia Pictures en 1951. source : IMDb

    Le résultat du match est ainsi plus anecdotique que toute la symbolique qui l’entoure. Le gouvernement américain est bien présent. C’est lui qui sponsorise la rencontre et sa logistique par l’intermédiaire des autorités locales. A cette époque, Jordan McCloy est le haut commissaire étatsunien de République Fédérale Allemande . Cependant, il désire rester discret afin de sacraliser le tout puissant capitalisme. Il s’agit de démontrer qu’une entreprise privée comme la franchise des Globetrotters peut recruter et valoriser des athlètes performants. En filigrane, c’est un nouveau pied de nez au système sportif et culturel russe : un communisme assumé qui fonctionne grâce à l’interventionnisme étatique. 

    Le sens du show à l’américaine, de la surprise, est un atout publicitaire de taille. A la mi-temps, un hélicoptère de la US Air Force apparaît à l’horizon. Il se rapproche du public et fait trois fois le tour du stade avant de se poser. Un homme en sort et commence à courir sous les “hourra” de la foule. C’est Jesse Owens. Le sprinteur afro-américain qui a tenu tête à Hitler durant les jeux de Berlin de 1936. 


    jesse owens hitler jeux olympiques
    Jesse Owens sur le podium des JO de 1936. Il rafle l’or devant les athlètes « aryens » sur les épreuves du sprint sur 100m et 200m, ainsi que sur le saut en longueur et le 4x100m relais. Source : Rue des Archives.

    L’athlète est un symbole fort  pour la propagande américaine. Il représente la victoire contre le nazisme, fait d’arme largement attribué aux Etats-Unis, et l’accès à la gloire, au rêve américain, pour un afro-américain. 

    Après le match, Owens conclu : “We did a great job selling America”.

    La rencontre fut ainsi un succès politique. Pour les joueurs, elle ne fait que conforter le sentiment amer qu’ils ressentent ici en Europe. Sur ce continent ils sont adulés par la foule, et leur couleur de peau semble moins problématique. Ils sont considérés comme des athlètes superstars. L’accès aux hôtels, restaurants et festivités organisées en leur honneur n’est pas marqué par un préjudice racial. Cette différence de traitement de faveur est d’autant plus criante lorsqu’ils retournent aux Etats-Unis.

    Le mouvement pour les droits civiques qui secoue la société américaine des années 1960 est en partie né à cette dynamique du voyage. Des athlètes afro-américain ont découvert la reconnaissance outre-atlantique, et ont pris conscience que leur statut aux Etats-Unis n’était pas immuable. 

    Le match à Berlin sera le premier coup d’éclat de la propagande sportive américaine contre l’URSS. Les Globetrotters continuent leur “Communist Tour” durant la décennie. En 1959, l’équipe emmenée par un certain Wilt Chamberlain reçoit la médaille de l’Ordre de Lénine des mains de Khrouchtchev, plus haute distinction de l’Etat. Leur influence va pourtant s’atténuer alors que les talents des globies fuient en NBA et que la Grande Ligue prend le relais. En 1988, dans un contexte géopolitique tendu, les Atlanta Hawks sont la première équipe américaine à fouler le sol de l’URSS. Dominique Wilkins et ses camarades représentent les Etats-Unis. Ils représentent aussi l’amour du jeu, face à un CSK Moscou talentueux et épris de cette même passion du basket. Le sport, au delà des différents culturels, adoucit le ressentiment. C’est grâce à l’opposition sur le terrain que l’on cherche la réconciliation. 

  • L’épopée des Globetrotters (Partie I)

    L’épopée des Globetrotters (Partie I)

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    Wilt Chamberlain aux côtés d’Abe Sapertstein, propriétaire historique de la franchise.
    Source : Basket Europe

    “Ils nous regardèrent comme si nous avions tué le Père Noël”. Louis “Red” Klotz commente la réaction des fans lorsque le buzzer retentit. En ce 5 janvier 1971, les Harlem Globetrotters s’inclinent pour la première fois de leur Histoire face à leur éternel rival, les Washington Generals. Si des enfants pleurent dans les gradins, c’est que les Globetrotters perdent aussi souvent contre leur alter-égo que Lebron James en playoffs face aux Raptors. Leur bilan clownesque serait de 16 000 victoires pour une seule défaite. “Faut pas pousser mémé dans les orties, ce n’est qu’une parodie de basket” diront les connaisseurs. 

    Et pourtant, nous avons oublié que l’immense  Wilt Chamberlain a évolué aux couleurs de la franchise, ou que celle-ci remporte le World Basketball Tournament en 1940. Et oui, il y a quatre-vingt ans les globies étaient sacrés Champions du Monde. Les Harlems Globetrotters, seulement du show et des paillettes ? Cette semaine, Clutchtime vous propose une piqûre de rappel en basketball, comédie et politique. Retour sur l’héritage d’une des franchises les plus emblématiques de notre formidable sport. 

     Une équipe afro-américaine

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    L’équipe des Globetrotters durant les années 1930. A gauche du cliché, Abe Saperstein. Source : Nbahistory.com

    L’identité des Harlem Globetrotters était vouée à la facétie dès sa création. La franchise qui apparaît en 1926 n’est pas originaire de « la grosse pomme » mais de Chicago, Illinois. Durant trois décennies, l’équipe est itinérante au sein du territoire américain, sans jamais quitter ses frontières. Pourquoi ce pseudonyme mensongeur alors ? Car le premier propriétaire des Harlem Globetrotters, Abe Saperstein, désirait conférer à son équipe un surnom évoquant la culture afro-américaine. Or, dans les années 1930, le quartier New-Yorkais de Harlem est la “capitale de la culture noire” notamment grâce au mouvement artistique, littéraire et musical de la “Renaissance de Harlem”

    L’appellation  mensongère a le mérite d’éclairer le statut des Harlems Globetrotters à leur genèse. C’est une équipe uniquement composée de joueurs noirs, dans une Amérique de l’entre-deux guerres encore régie par les lois Jim Crow (1876-1965). Ces lois particulièrement appliquées dans les Etats du Sud des Etats-Unis imposaient une ségrégation spatiale entre les individus selon leur couleur de peau, et un système de discrimination quotidien. 

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    Une fontaine avec pour indication « pour gens de couleur uniquement », symbole de la ségrégation de l’espace public américain sous le système Jim Crow.
    Crédit photo : History.com

    A cette époque, la ségrégation  s’applique aussi aux parquets. Les rencontres entre les communautés afin de mettre à l’épreuve sa passion du basketball n’existent pas. Coéquipiers comme opposants doivent partager la même couleur de peau. De même, aucune mixité n’est tolérée dans le public et les gradins sont “racialisés”.

     Les premiers Globies sont obligés de parcourir le pays afin de gagner leur vie lors de matchs d’exhibition rémunérés. La violence raciste est un fardeau associée à leur travail, même auprès de leur public et des populations locales qu’ils rencontrent . Ben Green, historien des Globetrotters, rapporte le  traitement qui était réservé aux joueurs lors de leur arrivée dans des localités sudistes particulièrement racistes. Lors d’une halte en Floride, à Jacksonville, l’équipe se voit refuser son entrée dans un hôtel à cause de sa couleur de peau. Un singe savant, artiste de cirque se rend quelques jours plus tard dans le même hôtel : 

    « Ils lui ont donné la suite présidentielle et toutes les bananes qu’il désirait, tandis que les Globetrotters ont été refusés à l’entrée ».

    Témoignage de Ben Green, historien des Globetrotters pour le média Big Read.

    Des Clowns Victorieux

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    Meadowlark Lemon, légende des globies, moqueur. Source : ABC.com

    Malgré ces difficultés, les Globetrotters poursuivent leurs confrontations dans tout le pays. Très techniques et physiques, ils marchent sur la concurrence. Les blow out s’accumulent et l’équipe adopte un style de jeu moqueur, détaché lorsqu’elle mène largement au score. Du Trashtalk avant-gardiste. C’est ainsi de la domination que naît une nouvelle identité pour l’équipe, qui va participer à construire sa renommée. Le véritable show organisé par les Globetrotters chaque soir amuse et attire un public noir et blanc désormais conséquent. 

     Le propriétaire Abe Saperstein signe des contrats pour effectuer les matchs d’exhibition des Globetrotters en première partie de rencontres NBA. Ils sont en réalité la véritable attraction de l’événement sportif. Dans le documentaire “The Harlem Globe Trotters, The Team That Changed the World” (2005, Sear),  Bob Cousy, la légende des Celtics témoigne : “On jouait à guichet fermé mais lorsqu’ils finissaient leur rencontre, la moitié de la salle se vidait, donc nous (les équipes NBA) prenions conscience de notre second-rôle dans la soirée.” 

    Film promotionnel des Harlem Globetrotters en 1956

    C’est grâce à cette renommée qu’est organisé un match de gala contre les Minneapolis Lakers le 19 février 1948. 

    Les Lakers évoluent alors en National Basketball League, l’ancêtre de la NBA. Ils sont la meilleure équipe d’un championnat entièrement caucasien. Les grandes instances de la NBA rechignent alors à intégrer des afro-américains à leur compétition. La doxa dominante raciste s’applique aussi au basketball. Cette mentalité est expliqué par le journaliste Dave Zarum, dans un article intitulé “The Ambassadors”, recueil de témoignages autour des Harlem Globetrotters pour le média Big Read. 

    J’entendais des choses comme, « Les noirs ne peuvent pas jouer meneur de jeu car ils ne peuvent pas réfléchir et encore moins diriger. Les noirs sont bons pour le rebond et les tâches ingrates , mais on ne peut pas vraiment leur faire confiance sur le terrain car ils sont dans l’incapacité de s’adapter au jeu complexe de la NBA ».

    Mannie Jackson, ancien joueur et propriétaire des Globetrotters.

    La rencontre a lieu à Chicago dans un contexte houleux. Plus qu’un simple de match de basket, l’opposition sur le terrain est un véritable clash sociétal. La semaine du match, un adolescent afro-américain avait été battu à mort par six hommes blancs. Ce n’est ainsi pas une coïncidence si à quelques secondes du coup d’envoi de  cette opposition médiatisée, le Président américain Harry Truman tient un discours officiel promouvant la tolérance entre les communautés. 

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    George Mikan, considéré comme la première superstar NBA, source : Inside Basket.

    Les Globetrotters éteignent littéralement Georges Mikan. Ils maintiennent le pivot dominant des Lakers sous la dizaine de points. Les outsiders s’imposent ainsi au buzzer avec la manière et au suspense, à l’issue d’un match serré (61-59). Une équipe uniquement composée de joueurs afro-américains vient de vaincre la meilleure équipe du championnat américain. Un an plus tard, les Globetrotters réitèrent l’exploit et battent une nouvelle fois les  Lakers. 

    L’événement participe à accélérer les démarches d’inclusion de joueurs noirs en NBA : désormais considérés comme plus légitimes à évoluer au haut niveau.  La mixité permet d’ailleurs d’apporter de nouveaux spectateurs à une ligue qui n’est désormais plus strictement réservée aux blancs. Lors de la saison NBA 1950-1951, le pivot Nat “Sweetwater”Clifton ancien joueur des GlobeTrotters,  devient ainsi le premier afro-américain à être drafté et à évoluer au sein d’une équipe NBA, chez les New-York Knicks. Il est le premier d’une longue lignée de joueurs afro-américains à contribuer à faire grandir l’Organisation. 

    En 1994, Mannie Jackson acquiert  les Harlem Globetrotters et devient le premier propriétaire noir d’une franchise sportive sur le continent américain, toutes disciplines confondues. 

    Plus qu’un simple parodie de basketball, les Harlem Globetrotters ont participé à révolutionner la vision de la société américaine à propos de ses athlètes afro-américains. Au début des 50’s, ce constat donne des idées au secrétaire d’Etat Américain qui va manigancer un “Communist Tour” avec les joueurs de Abe Saperstein. Clutchtime vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de l’épopée GlobeTrotters avec un dossier sensible : le Basketball au cœur de la Guerre froide.

  • Plaidoyer pour le Playground

    Plaidoyer pour le Playground

    Crédit photographique : Capucine Bailly.

    On peut entendre l’écho du ballon qui rebondit sur le bitume à 100 mètres. Puis le crachotement de l’enceinte au pied du panier qui fait résonner un morceau de trap US autour de six adolescents qui s’affrontent. Sur le côté, un joueur attend son tour, maillot “Curry 30” floqué sur le dos, gourde tiède à la main. “Check”. La balle est donnée à l’attaque. La rencontre commence et la première possession est jouée en isolation. Le hurlement “AND ONE” retentit alors que le joueur monte au cercle et percute son défenseur direct. 

    En cette chaude après-midi d’été, l’atmosphère animée du terrain témoigne de l’importance de la culture du streetball. Véritable discipline du basketball avec ses propres codes, le jeu outdoor est pourtant inconsciemment lié aux grandes compétitions officielles internationales. Cette semaine, Clutch Time vous propose une incursion dans l’univers du playground, à la recherche des connections que ses joueurs entretiennent avec la NBA. 

    Un microcosme du basket

    “Le Street Basketball, ce n’est pas vraiment du Basket”. L’affirmation semble hypocrite et peut amuser. C’est pourtant vrai, le jeu qui se pratique sur les playgrounds n’est pas académique et ne s’enseigne dans aucune école de basket. 

    Les esthètes des systèmes exécutés à la perfection ne portent pas la discipline dans leur cœur.  Le basket de rue, c’est le règne de l’isolation. L’individualité des joueurs est exacerbée, symptomatique de la liberté qu’offre l’espace du playground. Un terrain ouvert avec ou sans revêtement mais toujours à l’air libre, au coeur de la ville. Le cercle est souvent nu, lorsqu’il n’est pas recouvert par un reliquat de filet. Malgré cet environnement rudimentaire, le terrain est accessible à tous. Pour rejoindre un pick up game, pas besoin de licence ou de mesurer 1m95. Parfois  il faut être inventif et partager son territoire avec des « footix ». Le 3vs3 est ainsi le format royal du playground, sur demi-terrain. Plus spontané, il demande peu d’organisation et la fatigue se fait moins vite ressentir. 

    Pick Up game de nuit à Hô Chi Minh City, District 2, Thao Dien, Vietnam. Crédit Photo : Benjamin Pham.

    No Blood no foul, le jeu pratiqué dehors est réputé bien plus physique, moins édulcoré. Il n’y a pas d’arbitre sur le terrain pour siffler le coup de coude asséné pour prendre position sous le cercle. Pas de lancer-franc non plus, chaque joueur est responsable d’annoncer les fautes commises à son encontre. Par bien des égards, le basket des playgrounds est moins rigoureux mais plus violent. Le risque de blessure y est plus élevé. Sans staff médical en sortie de temps mort, une fois hors-jeu on rentre seul avec son entorse à la cheville. 
    Pourtant, le Street Basketball passionne car il implique une affirmation de soi. Le but n’est pas seulement de gagner, mais surtout de prouver sa valeur individuelle. Un marcher ou un porter de balle sera bien souvent ignoré si le joueur en question a la main chaude et assoit sa domination sur la rencontre.
    De plus, le sentiment d’appartenance à une équipe est moindre car celle-ci est éphémère. L’engagement sur chaque action est pourtant total. L’opposant direct n’hésite pas à défendre avec rudesse, c’est une question d’égo. Chaque panier encaissé est une petite défaite et à chaque action , on brille aux yeux de tous ou on s’écroule.  
    Le basketball pratiqué en outdoor diffère ainsi du jeu pratiqué en club, mais les deux disciplines inspirent la même passion pour le jeu. Même aux USA, royaume du basket de rue, peu de joueurs ont réussi ce voyage des playgrounds vers la NBA.

    « AND ONE »

    Earl “The Goat” Manigault. Souvent présenté comme un des meilleurs joueurs de tous les temps. Entre addiction à l’héroïne, misère et prison, il n’a jamais officié en NBA.  Il appartient au panthéon des playgrounds New-Yorkais. Souvent idéalisé,  Manigault aurait été capable de réaliser un double dunk d’un seul saut, du haut de son 1m80.

    Au tournant du millénaire aux Etats-Unis,  le mouvement du freestyle basketball prend de l’ampleur. La créativité est le mot d’ordre de cette discipline qui se nourrit des influences Hip-Hop de la rue, de moves spectaculaires et esthétiques du basketball, avec pour intention première d’humilier son adversaire. Le collectif AND1 créé en 1993 met en avant cette culture des cross à répétition, des passes extravagantes et dunks dévastateurs. 

     “All Ball, Nothing More” :  l’équipementier accède à la renommée en devenant sponsor de joueurs NBA qui possèdent ce côté flashy,comme Stephon Marbury en 1996 ou Latrell Sprewell en 1999. Lors du légendaire dunk contest de Vince Carter en 2000, le joueur de Toronto décolle, une paire de Tai Chi AND1 aux pieds.  L’identité et la publicité de la marque  se développe grâce aux mixtapes. Ces cassettes sont des compilations des meilleures actions des joueurs de l’écurie AND1, sur les playgrounds, gymnases, et surtout dans la rue. Distribuées massivement dans les quartiers américains, elles participent à faire émerger des stars du collectif.

    Vidéo Youtube du Troisième volet des mixtapes And1

    Parmis ces personnalités, Philip “Hot Sauce” Champion, Grayson “The Professor” Scott Boucher ou Rafer Alston, aka Skip To My Lou

    Skip To My Lou est un des rares joueurs ayant reçu une éducation purement freestyle à rejoindre la grande ligue. Né en 1976 dans le Queens, Rafer se fait remarquer sur les playgrounds prestigieux de la Big Apple. Drafté en 39ème position par les Bucks en 1998, Skip est un meneur de jeu aux dimensions honnêtes avec 1m88 sous la toise. Sa qualité de dribble et son jeu parfois provoquant transpirent la rue et trahissent son passé de streetballer. 

    Le début de carrière de Rafer Alston est laborieux, il atteindra son pic en 2009 en étant le meneur vétéran d’une équipe du Magic qui atteint les finales NBA, emmenés par Dwight Howard

    For The Love Of The Game

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    Des enfants s’entraînant sur un terrain New-Yorkais. Source : Curbed NY.

    Beaucoup de joueurs NBA ont connu leurs premières oppositions et moments de gloire sur des terrains en outdoor. Le playground porte  la jeunesse. Il y règne un esprit et une culture de la gagne, du travail essentiel pour briller un jour aux yeux de tous. Être amoureux de la balle orange, c’est répéter ses gammes dans le froid en hiver, sous une pluie battante, ou la nuit avec pour seule lumière l’éclairage public. C’est ainsi que se construit la passion, The Love for the Game. L’été durant l’intersaison, aux Etats-Unis comme en Europe, des amateurs peuvent avoir la chance de se retrouver en compagnie de joueurs professionnels, peut-être nostalgiques de leurs premiers souvenirs de basketball. Cet éternel retour au playground atteste de l’héritage qu’a apporté la culture du streetball au jeu en NBA. 

    Depuis une décennie, le jeu rapide et offensif domine en NBA, à l’instar de la tactique run and gun qui consiste à courir, jouer la contre-attaque sans ralentir le tempo et prendre un maximum de tirs ouverts, en première intention. Comme au playground, l’accent est mis sur le scoring et les grandes équipes se construisent autour d’individualités fortes. Des joueurs de caractère, des franchise players qui imposent leur domination aux yeux de tous, sur les terrains et … sur les réseaux sociaux. On ne le répètera jamais assez, l’explosion des audiences NBA ces dernières années s’explique aussi par l’ouverture à Facebook, Twitter et  Instagram. Or, ce qui ramène du buzz, de la visibilité c’est le pathos. Des actions magistrales réalisées dans une situation de confrontation directe entre deux joueurs, de  préférence avec humiliation. Rien de tel qu’un poster dévastateur ou un ankle breaker pour vendre des maillots. Or, le dribble superflu qui fait tomber son défenseur, cette audace récompensée, c’est l’essence même du jeu street

    C’est pourquoi de nombreux joueurs ont emprunté des moves et un style de jeu issu de la rue pour l’importer en NBA. Earl “The Pearl Monroe” ou Jason “White Chocolate” Williams sont des joueurs qui ont participé à faire évoluer le jeu de la grande ligue. 

    Le plus street  d’entre-eux reste Allen Iverson, pour la révolution culturelle qu’il a initié en NBA, à coup de baggies et de crossovers aiguisés. 

    De Paris aux States, une géographie des playgrounds iconiques

    Jouer à domicile, qu’on habite à Miami ou à Roubaix c’est représenter sa ville, son “chez-soi.”

    “C’est mon terrain”. Le playground est un espace sur lequel ses habitués projettent un sentiment d’appropriation. C’est ici que se sont déroulés leurs exploits individuels. Chaque terrain de basket a ainsi une identité propre qui participe à construire sa renommée. 

    Clutch Time vous propose une escapade touristique et basketballistique sur des terrains entrés dans la culture populaire. 

    Rucker Park : la Mecque. 155th Street, New-York, Etats-Unis. 

    Un match au Rucker Park. Crédit Photo : Russ Bengtson

    C’est à New-York, dans le quartier de Harlem que se trouve le playground le plus iconique des Etats-Unis. Le terrain a été nommé en hommage à Holcome Rucker, un enseignant du quartier qui a organisé une compétition locale en 1955 afin d’aider des jeunes en difficulté à poursuivre leurs études.  Des Halls-of-Famers et légendes du jeu comme Kareem Abdul Jabbar, Nate Archibald ou Wilt Chamberlain l’ont fréquenté assidûment. C’est un lieu de pèlerinage pour la planète basket et les superstars actuelles. 

    Le  Basketball Court de Venice Beach : Le plus West Coast. 1708-1798 Ocean Front Walk, Venice, États-Unis

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    Source : Los Angeles Magazine

    Enchaîner les ficelles sous le soleil de Californie, à quelque mètres de la plage. Que demander de plus ? A LA, le cadre est idyllique et inspirant avec plusieurs terrains. Comme dans la plupart des playgrounds américains de renommée, la hype et le niveau sont bien présents. Pour les amateurs de cinéma, c’est aussi le lieu où ont été tourné des scènes de “White Men Can’t Jump” (Ron Shelton, 1992) et American History X (Tony Kaye, 1998). 

    Le terrain Duperré : Le repère des Basketteurs-Instagramers. 22 Rue Duperré, 75009 Paris, France

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    Source : Dezeen.

    Localisé dans le IXème arrondissement de Paris à proximité de Pigalle, le terrain Duperré est probablement le spot de basket le plus photogénique de Paris. Niché entre deux immeubles, son revêtement coloré aux couleurs bariolées en fait un lieu plébiscité par les sportifs influenceurs. Le terrain séduit par son esthétique et il faudra se lever tôt pour avoir une chance d’enchaîner les jumpers sur ses paniers en toute quiétude. 

    Le Playground des jardins de Saint-Paul : L’International.  9 Rue Charlemagne, 75004 Paris, France

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    Crédit Photographique : X days in Y

    En plein milieu du Marais, à proximité de la station de métro Saint Paul, c’est le terrain qui avait accueilli Stephen Curry pour sa démonstration de shoots sous la bannière Under Armor, il y a deux ans. Réputé pour attirer les touristes et étrangers de passage, on s’y trashtalk aussi bien dans la langue de Molière que dans celle de Shakespeare. Le niveau y reste assez hétérogène.

    Le Jordan Legacy Court : Le plus “Jordanesque”. 41 Rue des Haies, 75020 Paris, France

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    Source : Nike.com

    Pas forcément le terrain parisien le plus connu, mais il mérite le détour. Le playground a été inauguré en 2015 par His Airness en personne. C’est un cadeau fait par MJ à la mairie de Paris.  Michael désirait apporter des infrastructures de qualités aux jeunes de l’arrondissement du 20ème, quartier populaire et dynamique de la capitale. Les panneaux en plexiglas et le revêtement correspondent aux standards de qualité des playgrounds américains. Vous y trouverez toujours du monde pour organiser un pick up game, sous le regard de l’immense fresque du GOAT en fond de court

    Ainsi, le Basket pratiqué sur les playgrounds n’est pas aussi policé que la discipline pratiquée en FIBA ou en NBA. C’est ce statut hybride qui en fait un univers rayonnant et riche culturellement à l’International. Il a donné lieu à de nombreuses manifestations et créations autour de la culture urbaine et du Basketball. En Hexagone, les organisateurs du Quai 54 l’ont compris. Depuis 2002 ils organisent annuellement un All-Star game du basketball de rue. Cette célébration du jeu attire fans, influenceurs Hip-Hop, marques de Street-Wear et joueurs NBA. Tous ces acteurs reconnaissent le patrimoine que représente le basketball issu de la rue pour notre sport. 

  • NBA : Altruisme & Mobilisation

    NBA : Altruisme & Mobilisation

    Kevin Durant lors d’une distribution de cadeaux initiée par NBA Cares, en 2018 . Source : SF Gate.

    En cette semaine de Saint-Valentin, l’amour était bien présent à Chicago. A la surprise de nombreux fans, le All-Star Week-end 2020 s’est montré sous son plus beau jour : de la hype, des concours relevés et surtout un peu plus de défense. Le retour en grâce de la meilleure kermesse NBA s’inscrit dans un contexte émotionnel chargé. Les joueurs ont honoré la Mamba Mentality comme il se doit. Mais la ligue a aussi fait sa part du boulot en proposant un nouveau format pour la rencontre des étoiles. Chaque quart-temps était un match dans le match. A la clef,  100 000 dollars de don pour l’association représentée par l’équipe gagnante à l’issue des 12 minutes de jeu. Le Fourth Quarter a été une  bataille acharnée, acmé de la sueur, de l’intensité.  Ce format alliant compétition et dimension caritative représente une perspective intéressante pour ravir les spectateurs et soutenir une noble cause. Cette association n’est pas inédite pour la NBA. Tout centrée vers le business qu’elle soit, la ligue reste exemplaire par ses oeuvres caritatives. Cette semaine, votre média Clutch Time analyse la NBA engagée, celle qui nous rend fiers d’être fans de basket. 

    NBA Cares

    L’organisme NBA Cares est l’un des grands travaux de David Stern. En 2005, le commissioner lance ce programme qui a pour ambition de réunir toutes les initiatives caritatives de la ligue sous une même bannière. Ses actions concernent aussi bien les Etats-Unis que l’international, dans la lignée du mouvement “Basketball Without Borders”, organisé en partenariat avec la FIBA depuis 2001. 

    La plateforme NBA Care joue le rôle d’intermédiaire entre les membres  de la grande ligue et des organisations non-gouvernementales renommées telles que Make a Wish ou UNICEF. 

    La première politique de l’association est le soutien à la jeunesse. Les joueurs et employés NBA se réunissent pour soutenir les plus jeunes, en tant que role models.

    Deandre Jordan participe à un atelier art plastiques avec les élèves d’une école primaire de la Nouvelle-Orléans. Source : The Undefeated. 2017. 

    Grâce à ce programme, la NBA soutient les familles dans le besoin et réaffirme une  valeur qui transcende le basketball : la solidarité dans l’effort et la souffrance, face à l’adversité. NBA Cares permet ainsi aux acteurs du jeu d’apporter un soutien psychologique aux enfants malades, de prôner l’accès au sport et à l’éducation pour tous. 

    Le programme a pris de l’ampleur depuis sa création. NBA Cares constitue un acteur identifiable de l’oeuvre caritative américaine, en atteste le bilan des actions délivré par l’association sur son site internet : 

    “ (depuis sa création) Les participants du programme NBA Cares ont délivré plus de 5 millions d’heures de bénévolat, aménagé plus de 1300 espaces où les enfants et leur famille peuvent vivre, apprendre ou jouer. A l’échelle mondiale, plus de 51 millions de jeunes ont été encadrés dans des programmes de basketball au sein de leur communauté. A l’international, NBA Cares a créé plus de 323 espaces où les enfants et leur famille peuvent vivre, apprendre ou jouer, dans 40 pays différents.”

    Source : NBACares.com, site consulté en février 2020.

    Les actions menées par NBA Cares attestent du sentiment de  responsabilité de la ligue face aux personnes dans le besoin. La NBA participe à construire des athlètes exemplaires tout au long de leur carrière. Cette forme de tutorat est aussi une manière pour les joueurs de s’exprimer en dehors des parquets, et soutenir des causes qui leur sont chères. 

    More than an Athlete

    La carrière d’un joueur NBA est faite de concessions. Entre les entraînements récurrents, les voyages en déplacement, difficile de passer du temps auprès des siens. Pourtant, c’est bien souvent la famille et la communauté qui poussent un joueur à faire les efforts nécessaires pour s’extraire de sa condition et atteindre la consécration : la NBA, si compétitive. Arrivé au sommet, il s’agit de “ne pas oublier d’où l’on vient”. De nombreux joueurs désirent rendre à leur communauté tout l’amour qu’elle leur a prodigué, quel que soit le contexte socio-économique de celle-ci. Aux Etats-Unis, la communauté c’est la famille, les amis, les proches, mais aussi les voisins et habitants du quartier qui partagent des références culturelles communes, dans un esprit de solidarité. Le “Community Assist Award” récompense ainsi chaque mois l’employé de la ligue qui s’est distingué par son engagement philanthropique auprès des communautés de fans.

    KD en larmes, remerciant sa mère alors qu’il est nommé meilleur joueur de l’année en 2014 : “You are the real MVP.” Source : CNN.com

    Parfois, cette démarche permet aussi de montrer aux siens qu’il n’y a pas de déterminisme social et que chacun peut s’extraire de sa condition, accéder à la réussite. 

    C’est ce que scande le rappeur Kendrick Lamar dans son titre “Black Boy Fly”, paru sur le projet Good Kid M.A.A.D City en 2012. Dans son premier couplet, il explique que plus jeune, il vouait une admiration envers Arron Afflalo. Issu du même quartier de Compton, le basketteur  a réussi à échapper à la violence de cette banlieue de LA  pour se hisser en NBA. 

    “J’étais jaloux de Arron Afflalo. Il était celui à suivre. Il était notre seul exemple pour accéder à de meilleurs lendemains. Il vivait à la salle d’entraînement, nous vivions dans la souffrance.”

    Début du premier couplet de Black Boy Fly, Kendrick Lamar.
    Vidéoclip de fan du titre Black Boy Fly. Kendrick Lamar

    Lebron James est déjà une légende vivante en Ohio. “The Kid From Akron” a ramené un titre NBA à son État, après 60 ans de disette sportive. Il est aussi un des acteurs militants pour dynamiser cette région de la Rustbelt, qui s’apparente désormais à une vaste friche industrielle. Elevé seul par sa mère, sans argent, LBJ multiplie les initiatives sociales pour permettre aux nouvelles génération de bénéficier d’un parcours scolaire digne, malgré des conditions de vie difficiles. La Lebron James Family Foundation a ainsi inauguré l’école élémentaire I Promise School à Akron en 2018, et finance régulièrement des bourses pour des étudiants locaux dans le besoin. 

    La lutte civique

    Photographie de l’équipe du Renaissance Big Five de Harlem. Considérée comme une des meilleures équipes des années 1930, elle était composée uniquement de joueurs noirs et était en conséquence interdite de compétition officielle. Source : Black Fives Foundation.

     Aux Etats-Unis, le mois de février est le  “Black History Month”. La nation exerce son devoir mémoire pour ne pas oublier l’esclavage et la discrimination qu’a subi historiquement la communauté afro-américaine du pays. Dans un second temps, le peuple américain célèbre le combat de ses citoyens qui ont milité pour garantir une équité entre tous les sujets étatsuniens, en accord avec la constitution. Si le contexte sociétal des Etats-Unis reste inégalitaire, la période de la ségrégation raciale institutionnelle est terminée. 

    “Aucun Vietcong ne m’a jamais traité de nègre.” déclarait Mohamed Ali en 1967, refusant de participer à la guerre du Vietnam, face à l’injonction du gouvernement américain. Tout comme  le “noble art”, le basketball  a compté des adeptes qui se sont positionnés politiquement pour dénoncer les injustices de la société américaine au XXIème siècle. 

    Bill Russel, légende des C’s a été le facteur X  de l’Hégémonie de Boston sur la NBA durant plus d’une décennie. 11 titres NBA en 13 ans devrait suffir à obtenir le respect de ses contemporains, non ?  Pas forcément dans la société américaine des sixties. Né en Louisiane en 1934, Bill a souffert durant son enfance à cause du racisme ambiant de cet Etat du Sud. Il se réfugie avec sa famille en Californie mais sera poursuivi par les discriminations toute sa carrière.

    Sa relation avec la franchise  de Boston, ses fans et médias, a été longtemps conflictuelle. Les Celtics partagent historiquement l’identité d’une ville fière de ses racines WASP (White Anglican Anglo-Saxon), souvent  insensible aux revendications de Russel. Il déclarera : “Je suis un Celtic, pas un BOSTON Celtic”.

    Photographie de Bill Russel, à gauche, lors de la marche pour les droits civiques de Washington en 1963. Source : US National Archives and Records Administration.

    Le pivot continue cependant de se battre pour faire valoir ses droits, aux côtés du mouvement Black Panthers. Son engagement va de pair avec son succès sportif :  Première étoile médiatique afro-américaine en NBA, premier entraîneur noir d’une ligue sportive majeure sur le continent. Bill sera aussi le premier basketteur afro-américain intronisé au Hall Of Fame, en 1975. Il n’accepte cette récompense qu’en 2019 clamant que d’autres athlètes afro-américains l’ont mérité avant lui, notamment Chuck Copper, premier joueur noir drafté par la grande ligue, en 1950.

    En 2011, il reçoit la médaille de la liberté pour son engagement civique, équivalent de la légion d’honneur aux Etats-Unis. 

    Conjointement au combat de Bill Russel, de nombreux athlètes des années 1960 ont participé à la mobilisation pour l’égalité des communautés sur les parquets et dans la société américaine. A cette époque, être un athlète ne dispensait pas les joueurs d’être catégorisés et traités différemment selon leur couleur de peau. La ségrégation dans les hôtels ou restaurants étaient fréquente pour les joueurs noirs. 

    Photographie d’Oscar “Big O” Robertson, Roi du triple-double, sous les couleurs des Royals de Cincinatti. Source : NBA.com

    Oscar Robertson, père spirituel de Russell Westbrook, a lui aussi souffert de la haine raciale, qu’il évoque dans son autobiographie : “My Life, My Times, My Game.” (2003).

    L’agence de presse USA Today rapporte qu’en 1959, alors qu’il s’apprête à jouer un match pour Cincinnati à Raleigh, en Caroline du Nord, il reçoit un télégramme du Ku Klux Klan. L’organisation suprémaciste blanche le menace de mort : une balle l’attend s’il se présente sur le parquet. The Big O participe quand même à la rencontre. Il commentera plus tard : “je n’en avais pas vraiment grand chose à faire, j’étais impétueux”.

    A la création de la NBA en 1946, elle était strictement blanche. Aujourd’hui, la ligue est composée à 80 % d’athlètes afro-américains. Cette évolution, en parallèle des changements dans la société américaine, n’a été possible que grâce à l’engagement d’athlète pionniers qui se sont mobilisés pour leurs droits. De nombreux joueurs reprennent ce flambeau et dénoncent les problématiques sociétales contemporaines aux Etats-Unis. Le mouvement “Black Lives Matter” qui dénonce ainsi la récurrence des violences policières à l’encontre de la communauté afro-américaine. 

    Le Basketball est un jeu collectif. L’entraide entre les joueurs est essentielle pour la victoire. La NBA et ses joueurs soutiennent les personnes dans le besoin, dénoncent les injustices car la  solidarité et le don de soi représentent des valeurs intrinsèques à ce sport. La communauté du basket international se mobilise et fait ainsi fleurir des actions altruistes, initiées par une même passion pour la discipline. 

    En France, l’Association Clutch ( https://twitter.com/AssoClutch?s=20 ) soutien ainsi le financement de matériel pour le handi-basket.  

    La NBA, c’est plus que du Basketball. 


  • Être retraité en NBA

    Être retraité en NBA

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    Kyrie Irving, grimé en petit vieux pour son film Uncle Drew. Source : Deadline.com

    Chaque semaine, Clutch Time vous propose une immersion dans l’univers de la grande ligue. Entre phénomènes identitaires et tendances extra-sportives, votre média basket analyse le paysage culturel de la NBA.

    L’Éternité. Ne serait-ce pas l’idéal auquel aspirent tous les artistes, qu’ils manient un pinceau ou une balle orange ? Que les gens se souviennent de leur carrière. Que leurs exploits restent. Racontés encore et encore après que le buzzer sonne, et que leurs dernières secondes passées sur le parquet se soient écoulées. Malheureusement pour nous, les athlètes NBA n’ont pas accès à la fontaine de jouvence, (sauf Vince Carter). Un jour, il faut raccrocher ses baskets, et ensuite ? Que se passe-t-il dans la tête d’une superstar à la fin de son épopée ? Comment se réorienter lorsqu’on est un athlète professionnel ? Clutchtime vous propose une incursion inédite : direction les coulisses de la maison de retraite de la plus belle ligue au monde.

    Raccrocher ses baskets, enfiler ses sneakers

    Les dernières années ont été difficiles. Il a fallu évoluer avec son temps. S’adapter aux nouveaux systèmes de jeu en proposant une partition moins physique, plus technique. Accepter que les minutes passées sur le terrain soient en baisse, tout comme le montant de son contrat. Vieillir en NBA nécessite des trésors d’adaptation. Certains joueurs s’en sortent d’ailleurs mieux que d’autres, car leur profil, leur style de jeu intéressent toujours des équipes qui jouent le titre. Ray Allen a ainsi parfaitement réussi sa transition pour devenir un sixième homme de luxe pour le Heat champion en 2013, les Spurs s’en souviennent.

    Les dernières années d’un vétéran ne sont pas forcément arides.  Il incombe au joueur expérimenté la lourde et noble tâche de former les plus jeunes. Devenir un mentor pour les gloires de demain, c’est le rôle que joue à merveille Kyle Korver, proche de la fin mais toujours aux Bucks cette saison. Le quatrième shooter à 3pts de l’Histoire de la NBA participe à familiariser Giannis Antetokounmpo, MVP sortant, au tir à longue distance. 

    Cependant, un jour la dernière saison arrive. La sortie n’est pas identique pour tous les joueurs. Certains ont marqué la NBA de leur empreinte et ont le droit à une  tournée d’adieu, les honneurs du public chaque soir. Viendront ensuite, le ou les maillots retirés et pour une poignée d’entre eux, le Hall of Fame : la consécration.

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    Ray Allen lors de son discours d’intronisation au Hall-of-Fame en 2018. Source : Nba.com

     D’autres, désormais boudés par les franchises sont condamnés à partir dans l’ombre, plus sobrement. Parfois par dépit, lorsque l’accumulation des blessures et la fatigue du corps pousse à la retraite anticipée. Quelle que soit la forme du départ, elle ne doit pas minimiser ce que chaque joueur a apporté aux équipes NBA. C’est grâce à son travail acharné durant sa vie d’athlète qu’il a réussi à se hisser jusqu’à cette ligue compétitive.
    Que reste-t-il lorsque vient le temps de raccrocher ses baskets ? Peut-être l’émotion, le soulagement, les souvenirs et la sensation d’une retraite méritée. Commence ensuite une nouvelle carrière. 

    S’accrocher à la NBA

    S’accrocher à la NBA. Cela semble compréhensible quand le basket a été au centre des espérances, du développement d’un individu en tant que jeune adulte. La porte est parfois claquée à regret et nombreux anciens joueurs désirent préserver leurs liens avec la grande famille du basket. Plusieurs perspectives de reconversion s’offrent alors à eux. 

    La plus évidente est de travailler pour sa franchise de cœur, et les opportunités sont multiples. La voie royale pour ne pas trop s’éloigner des terrains reste le coaching. De nombreux joueurs se voient en tacticiens cérébraux et aspirent tout d’abord à un poste d’assistant coach, espérant prendre un jour les rênes d’une équipe. Ce parcours professionnel n’est pas le plus évident : les meilleurs joueurs ne font pas les meilleurs entraîneurs, bien au contraire. 

    Se faire respecter dans les vestiaires et gagner la confiance des jeunes par ses choix tactiques est un exercice souvent périlleux. En cas d’échec, le coach est souvent présenté comme un bouc-émissaire. La réputation d’un Magic Johnson, véritable magicien et métronome tactique n’a pas été consolidée par son expérience en tant que meneur d’hommes. Coach des Lakers en 1994, la franchise rate alors les playoffs pour la première fois depuis 18 ans. 

    Aujourd’hui, Tim Duncan et Becky Hammon, deux légendes du basket ball, secondent Gregg Popovich au coaching des Spurs et aspirent probablement à mener un jour une équipe au titre, comme ils l’ont fait durant leur carrière d’athlète.

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    Gregg Popovich aux couleurs des Falcons De l’US Air Force, 1969. Le légendaire coach des Spurs n’a jamais joué en NBA. Source : GettyImages.com

    En arrière-plan du coaching, de nombreux retraités s’intéressent à des postes associés au développement d’une franchise : Manager, Président ou Directeur Général des opérations basket par exemple. Cependant, un décalage persiste entre  le jeu sur le parquet et le jeu derrière les bureaux. Si les retraités ont l’expérience de la ligue et de son sport, cette seconde carrière nécessite un apprentissage des qualités intrinsèques à un nouvel environnement entrepreneurial. Les réussites ne sont pas immédiates et systématiques.  Larry Legend Bird fait peut-être exception à la règle. Le patron des C’s durant les années 1980 a été nommé successivement Coach of the Year et « Dirigeant de l’Année » avec la franchise de son État de naissance, les Indiana Pacers. Ce palmarès si varié illustre les capacités d’adaptation et de compréhension du basketball en tant que véritable science par Bird.

    Enfin, en gravitation permanente autour de la ligue, les médias constituent une orientation de niche pour d’anciens joueurs beau parleurs. A l’aise face aux caméras lors de leur passage en NBA, ils constituent désormais un atout de séduction lorsqu’ils représentent  un organe de presse ou de télévision. Charles Barkley, ou Big Shaq brillent en qualité de présentateurs pour le show Inside the NBA, diffusé sur la TNT. Un  ravissement pour les nostalgiques de leur verbe corrosif.  D’autres retraités/journalistes deviennent commentateurs des matchs ou consultants analystes de la grande ligue. 

    Les analystes Scottie Pippen et T-Mac étudient la meilleur stratégie à adopter en défense sur James Harden.
    Source : ESPN, 2019.

    La NBA ne rechigne pas à solliciter les services de ses anciennes légendes. Ces partenariats sont d’ailleurs une opportunité pour les joueurs retraités qui s’adaptent à de nouvelles dynamiques professionnelles.  

    Ruine ou Business ? 

    “60 % des joueurs NBA sont ruinés après cinq années de retraite sportive. »

    Source : « How (and why) athletes go broke » 23 mars 2009, Sports Illustrated.

    C’est le triste constat que dressait le journaliste Pablo S. Torres pour Sports Illustrated en 2009. 

    Pourtant, les athlètes sont éligibles à une retraite confortable dès lors qu’ils ont passé plus de 3 saisons sur les parquets de la grande ligue. La NBA est la ligue sportive américaine qui prend le mieux soin de ses retraités avec une aide annuelle pouvant s’élever de 57 000 dollars à 195 000 dollars par an. Cette somme semble suffisante pour aspirer à une vie paisible, en prenant en compte les gains amassés en carrière et les investissements potentiellement réalisés grâce aux conseillers en patrimoine de la grande ligue. 

    Dès lors, pourquoi cette situation de ruine généralisée auprès des jeunes retraités ? 

    Probablement car la transition n’est jamais indolore et parfois brutale. Les athlètes quittent un encadrement quotidien imposé par leur franchise. Le relâchement est compréhensible, car la rigueur n’est plus de mise pour rester à un niveau compétitif. Si des anciennes stars comme Dwyane Wade s’imposent des séances de workout régulières pour ne pas ressembler trop vite à un papy, d’autres profitent amplement de leur nouveau statut. Ces retraités n’ont pas attendu de raccrocher les baskets pour dépenser des sommes astronomiques dans les festivités. Cependant, la liberté acquise incite à la démesure. Les dépenses qui s’accumulent mènent pragmatiquement à la ruine. 

    Dennis Rodman est connu pour son train de vie de clubber déjanté et ses déboires financiers. Totalement fauché mais fidèle à son idéal de luxure, il s’est résigné à jouer des matchs de gala aux cachets faramineux pour survivre financièrement. En 2005, il jouait une rencontre officielle en territoire finlandais : 17 minutes de jeu et 50 000 dollars dans la poche. 
    Si Pippen, Iverson ou Shawn Kemp ont eux aussi bataillé avec leurs comptes en banques, d’autres superstars se sont heureusement révélés de redoutables businessmen. 

    Le plus emblématique reste Michael Jordan. Son altesse des Bulls a érigé sa marque éponyme en modèle marketing et commercial mondialisé. Partout sur la planète, les chaussures signatures ou produits dérivés du logo Jumpman  inondent les marchés locaux. 

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    Jordan, posant le cigare aux lèvres en parfait millionnaire. Sur sa casquette, le logo de sa marque jumpman qui a fait sa fortune. Source : USA today.

    En 2020, le magazine américain Forbes tient Jordan à la 1281ème place des plus grandes fortunes mondiales. L’ex numéro 23 détient un capital qui s’élève à 1,9 milliards de dollars. Il est devenu propriétaire des Charlottes Hornets en 2010, pour 175 millions de dollars. Encore un investissement fructueux de la part du GOAT, car la valeur de la franchise a été multipliée par 10 en une décennie. 

    A 35 ans, la rupture avec son travail, sa passion, peut sembler difficile pour un joueur NBA. Les athlètes professionnels doivent cependant assurer leur transition vers une seconde vie. Plus éloignés de la lumière médiatique, de la pression des parquets, nombreux d’entre eux se refusent pourtant de quitter totalement l’amour des fans et de la grande famille NBA. Parfois présentes au premier rang spectateur d’un match, les anciennes gloires accompagnent la nouvelle génération de joueurs dans le sillage de leurs souvenirs sur les parquets.


  • Vices et Excès en NBA

    Vices et Excès en NBA

    Chaque semaine, Clutch Time vous propose une immersion dans l’univers de la grande ligue. Entre phénomènes identitaires et tendances extra-sportives, votre média basket analyse le paysage culturel de la NBA.

    “God Bless America”.  Les Etats-Unis sont une nation religieuse et puritaine, au moins en façade. Mais quid des dérives du Capitalisme, d’Hollywood, de Donald Trump, et de la NBA ? La première ligue sportive du pays brasse de l’argent et suscite la frénésie de ses fans. Des athlètes millionnaires dans la fleur de l’âge s’affrontent tous les soirs sous le feu des projecteurs.  Le vice et les excès liés à leur statut sont inévitables, pour le grand plaisir de la presse à scandale américaine. Face à la pression médiatique, comment les joueurs NBA gèrent-ils la tentation et les petits plaisirs de la vie liés à leur notoriété ? 

    Andre Iguodala célébrant son titre avec les Warriors en 2017, source : Quora. 

    Eat Good Play Good 

    “TACOOO TUESDAAY”, c’est le hurlement de bonheur de Lebron James face à ses tacos. Sur le réseau social Instagram, le King célèbre une coutume initiée  par la diaspora mexicaine aux Etats-Unis. Chaque mardi soir, en famille, la tortilla est au menu. À jamais un business man, Lebron a désiré faire de son cri du cœur pour la nourriture latina une marque déposée. Le joueur entretient une relation ambiguë avec la “malbouffe” : rarement dans son assiette, souvent dans son porte-monnaie. Il détient une part du capital de la société Blaze Pizza et a fait la publicité des chaines MacDonald’s, Coca-Cola ou Dunkin’ Donuts durant sa carrière.

    Lebron James fait pourtant attention à son régime alimentaire. Associé à une éthique de travail rigoureuse, son attachement à la nourriture saine explique sa longévité. En 2018, son manager Maverick Carter avait divulgué que l’enfant d’Akron  dépensait chaque année près de 1,5 millions de dollars pour préserver sa condition physique exemplaire. 

    De nombreux joueurs emploient des chefs cuisiniers et diététiciens pour contrôler leur poids, car être gras en NBA semble rédhibitoire. En 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) affirme que 39 % de la société américaine est obèse. Avec près de 15 000 établissements McDonald’s sur le territoire, le pays tient la culture du fast-food en religion. La tentation est forte durant la trêve estivale, et de nombreux joueurs en profitent pour croquer la vie, et le cheeseburger, à pleine dents.

    Shaquille O’Neal, égérie pour une publicité du Fast-Food Slutty Vegan, à Atlanta. Source : Page Facebook de la chaine.

    Les coachs NBA sont au diapason quant à la gestion de ces joueurs hédonistes. Être hors de forme par rapport aux standards de la ligue, c’est voir mathématiquement son temps de jeu sur le banc augmenter. Les kilos en trop induisent des performances athlétiques en baisse et une vulnérabilité aux blessures musculo-articulaires. 

    Une NBA grossophobe ? Demandez à Nikola Jokic. Comme le Serbe, certains joueurs n’ont pas le physique standardisé de la grande ligue mais compensent avec un bagage technique supérieur. Il y a les faux lents et les phénomènes physiques dotés d’une génétique qui font oublier les kilos en trop. 

    Le Alley-Oop stratosphérique de Zion Williamson la nuit du 2 février face aux Rockets. Revenu de blessure hors de forme, le rookie pèse 130 kilos pour 1.98m. Zion est le troisième joueur le plus lourd de la ligue.

    Si les historiens de la NBA ne devaient relater qu’une performance XXL, ce serait sûrement la saison 2003-2004 de Shaquille O’Neal. Le pivot des Lakers pèse alors 165 kilos. Ce poids de forme ne l’empêche pas de jouer 67 matchs avec une ligne statistique de 21 points et 11 rebonds de moyenne. Shaq disposait d’une mobilité et d’une puissance incroyable pour un big men de son gabarit. 

    Glen Davis, Olivier Miller … ou encore Serge Ibaka et son show culinaire sur Youtube ont prouvé qu’on peut allier amour du basket et de la gastronomie. En coulisses des parquets, d’autres addictions moins visibles peuvent séduire les joueurs de la ligue. 

    La stupéfiante NBA

    La NBA accueille des talents issus de toute classe sociale. Dans leur jeunesse, certains joueurs ont été confrontés à la drogue, symptomatique de la misère et la pauvreté dans les zones urbaines aux Etats-Unis. C’est le cas de Patrick Beverley, qui s’est confié cette année à ESPN et au journaliste Ohm Youngmisuk. Interrogé sur ses perspectives dans la vie s’il n’avait pu quitter la banlieue de Chicago pour devenir un sportif professionnel, le meneur des Clippers a donné une réponse aussi franche que radicale :

    « J’aurais probablement été le meilleur vendeur de drogue du monde”. 

    Source : Patrick Berverley pour ESPN, le 22 novembre 2019.

    De nombreux joueurs ont ainsi évolué dans un environnement favorable à la possession et à la consommation de substances. La ligue a conscience de cette réalité et mène une politique sévère à l’encontre des stupéfiants, susceptibles de mettre en danger la santé de ses athlètes. Un accord a été signé avec l’association des joueurs dans le cadre de “L’Anti-Drugs Program”. 

    Le site internet SportsReference.com rappelle la législation adoptée par la NBA pour le traitement de ce sujet. 

    Les joueurs peuvent subir jusqu’à cinq tests d’urine aléatoires durant la saison. Ces tests concernent aussi bien les produits stéroïdes et autres hormones, que la cocaïne, le LSD ou la marijuana. Tous les joueurs sont susceptibles d’être contrôlés. Cependant, une vigilance particulière est accordée aux rookies, afin de les sensibiliser dès leurs premiers pas dans la ligue. En cas de test positif à la weed, le joueur intègre obligatoirement le programme de suivi des addictions de la ligue. Les sanctions sont ensuite croissantes selon la gravité de la situation et les éventuelles récidives. De quelques matchs de suspension et une amende de 25 000 dollars, elles peuvent aller jusqu’à un bannissement maximal de deux ans, imposé à Chris Andersen pour usage de drogues dures en 2006

    Illustration de fan de Chris Andersen, alias Birdman,  sous les couleurs du Heat. Source : Clutchpoints.com

    Ce suivi s’adapte aux besoins des athlètes et permet de prévenir les drames qui ont secoué toute la communauté sportive américaine, comme le décès par overdose du jeune Lens Bias, sélectionné en deuxième position de la draft 1986 par les Celtics.  Les grandes instances de la NBA veulent ainsi préserver leur image mais aussi assurer le bien-être de leurs premiers employés. 


    De plus, malgré leur statut privilégié, les athlètes ne sont pas immunisés à la dépression. Une traversée du désert dans une carrière peut mener à l’alcoolisme. DeMar Derozan ou Kevin Love se sont engagés récemment au sein de la communauté NBA pour témoigner, prévenir et accompagner les joueurs qui subissent ce fardeau existentiel.

    Durant la saison 1988-1989,  Chris Mullin, membre du triptyque offensif up tempo  “Run TMC”, a dû affronter son addiction pour l’alcool. Arrivé à Oakland chez les Warriors, l’arrière s’acclimate difficilement aux exigences de ce nouveau cadre, loin de son quartier natal de Brooklyn. Son refuge dans la boisson mine  son assiduité à l’entraînement. C’est son coach et mentor, Don Nelson qui l’incite à intégrer un programme de désintoxication. Le soutien dispensé en rehab permet à Mullin de retrouver un équilibre sur et en dehors des parquets. 

    L’alcoolisme reste un problème aigu en NBA, notamment une fois les sneakers raccrochées. Dans la luxure, d’anciennes légendes finissent par dilapider tous leurs gains amassés en carrière. 

    Sexual Healing

    Avis aux âmes sensibles, ici commence le royaume de l’intime. Certes, la vie privée des joueurs ne nous regarde pas. Cependant, leurs frasques nous amusent, car elles jurent avec l’image que veut donner la NBA à son business. Les valeurs louables liées à la communauté, et à la famille sont régulièrement mises en scène autour d’acteurs du jeu exemplaires. 

    Ne soyons cependant pas hypocrites. Une piqûre de rappel gossip ne peut pas faire de mal, surtout pour réduire la distance pouvant exister entre ces monstres sacrés du parquet et nous, simple fans. Les livres d’Histoire de la ligue regorgent d’anecdotes sur la libido de ses légendes. 

    Wilt Chamberlain et ses 100 points en un match se targue de disposer d’un record encore plus rocambolesque. Dans sa biographie, A View From Above (1991), il affirme avoir couché avec plus de 20 000 femmes, soit “une moyenne de 1,2 par jour depuis ses quinze ans”. 

    Légende du jeu, Dennis Rodman est adoré car c’est aussi un personnage haut en couleurs. Champion intercatégories, the Worm a la réputation de donner dans tous les vices. Nous ne nous attarderons aujourd’hui que sur ses exploits sous la couette.  Les hustle plays se déroulent aussi hors du temps réglementaire, et le numéro 91 des Bulls a affirmé s’être fracturé le sexe à trois reprises. Pour les plus curieux d’entre vous, les circonstances de ses mésaventures sont détaillées dans une interview que l’ex-petit ami de Carmen Electra et Madonna  a accordé au média VICE, en 2016.  

    Récit des blessures légendaires de Dennis Rodman, produit et réalisé par le média VICELAND. Source : Youtube

    Tempérons nos jugements. Certains joueurs évoluent dans des gros marchés et nombreux sont des athlètes millionnaires. A New-York, Miami ou  LA, difficile d’ignorer la fête qui sert d’exutoire à la tension accumulée durant la saison. Le très sérieux Sports Illustrated a ainsi publié une étude statistique sur James Harden, montrant que l’ex-MVP performait en moindre mesure lorsqu’il était en déplacement dans une ville réputée pour ses strip-clubs. 

    Le 26 janvier 2020, une vidéo de Kawhi Leonard fuite sur Twitter. Le joueur des Clippers apparaît en club aux côtés d’une danseuse dénudée, lascive. Cette saison, le joueur est souvent préservé par sa franchise au nom d’un load management assumé, et l’extrait soulève la moquerie de certains fans. Kawhi semble disposer d’assez de vigueur pour évoluer sur les parquets. Si cette telle polémique amuse, elle humanise aussi the Claw, souvent perçu comme un tueur timide qui ne vit que pour le basket. 

    La parenthèse gossip se referme. La NBA passionne par sa démesure qui induit des moments de faiblesse et des ragots de l’autre côté du rideau. Prenons conscience qu’il est difficile pour ces joueurs médiatisés de préserver leur vie privée, à l’écart des caméras. Les excès extra-sportifs des joueurs sont compréhensibles lorsqu’on réalise les sacrifices nécessaires à l’intégration  de cette ligue ultra-compétitive. Pour notre grand bonheur le vice est partout, même dans une NBA qui se veut si lisse et policée.