Auteur/autrice : Benjamin G.

  • Houston Rockets – LA Lakers : débrief d’un Game 1 surprenant…

    Houston Rockets – LA Lakers : débrief d’un Game 1 surprenant…

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    Après une analyse du Game 1 entre Bucks et Heat, direction… Orlando pour la confrontation entre les Houston Rockets et les Los Angeles Lakers, soldée par une victoire des Texans à la surprise générale, eux qui sortaient d’une confrontation compliquée face à Oklahoma City. Retour sur un 1er match qui peut en dire long sur cette série !


    Article à lire : Comment le Miami Heat a-t-il gagné le match 1 face aux Bucks ?


    Les Lakers battus… dans la raquette… mais pas que !

    Aussi surprenant soit-il, Los Angeles a connu une soirée compliquée dans la raquette. Et personne ne pouvait prévoir la physionomie de ce match, car Houston a marqué plus de points dans la raquette que Los Angeles, et ça c’est fort.

    Il faut dire que les différentes confrontations avant ce match avaient vus les Lakers dominer outrageusement les Rockets dans la raquette avec un écart de plus de 13 points dans ce domaine (3 matchs joués avant ce Game 1).

    Mais depuis les playoffs, Houston est clairement transformé. Les séquences offensives sont moins axées sur le tir à 3 points et plus posées sur du jeu demi-terrain. Le résultat est sans appel, les statistiques en playoffs sur les tirs dans la raquette grimpent.


    Tableau représentant les points marqués et encaissés des deux équipes dans la raquette, en saison régulière et en playoffs.


    Encore plus impressionnant, Houston s’impose comme l’une des équipes les plus fortes sur le jeu intérieur depuis le début des playoffs, même devant les Lakers, qui possèdent un des ex-candidats au Défenseur de l’Année nommé Anthony Davis. Alors forcément, quand on affronte le Thunder au 1er tour, ça aide. Mais les 40 points encaissés face aux Lakers expriment une volonté d’être plus agressifs, et corrigent énormément les faiblesses défensives du groupe texan accumulées durant la saison régulière.

    Offensivement, l’équipe de James Harden n’a quasiment rien forcé, profitant du match très faible de l’adversaire pour se projeter vers l’avant et jouer le jeu, avec simplicité. De manière générale, Houston n’a pas été vraiment rayonnant offensivement, mais ils ont fait ce qu’ils savent faire.

    Profitant des 17 ballons perdus par les Lakers, ils se sont procurés de multiples occasions. Les 27 points issus des pertes de balles adverses, pire total des playoffs pour « LA », sont un excellent indicateur du faible niveau proposé par Los Angeles et de la manière dont Houston a su en profiter.

    Savez-vous contre qui les Lakers ont encaissé le plus de points sur pertes de balle cette saison (hors playoffs) ? Houston bien sûr, durant les seeding games 1 , avec 36 points inscrits par les Texans !
    Simple coïncidence, ou véritable épine pour l’équipe californienne ? Difficile à dire, cependant les 1,54 points par possession 2 sur perte de balle pour les Rockets doivent actuellement donner des sueurs froides au coach Vogel.

    Un manque total d’efficacité a frappé les Lakers, avec un peu moins d’un point par possession (0,99) sur le match, contre 1,11 de règle générale.
    Catastrophique au niveau du tir, avec un eFG% 3 de 48.8, Los Angeles ne pouvait pas espérer une victoire, surtout avec un faible 9/24 aux tirs pour eux quand ils furent complètement ouverts (sans aucun défenseur pour les gêner).

    Avec 0,80 points par possession à la suite d’un panier inscrit par Houston, LeBron & compagnie n’ont jamais vraiment mis la pression sur Houston, malgré 3 premiers quart-temps plus ou moins serrés…

    Houston Rockets, maîtres du temps

    Une des caractéristiques majeures de ces deux équipes reste la vitesse de jeu. Houston et Los Angeles font partie des équipes jouant le plus rapidement de la NBA. Entre les transitions de LeBron et celles de James Harden, les 2 équipes devaient se rendre coup pour coup sur un rythme effréné.

    Sur le papier tout du moins, car les Rockets ont joué différemment ! En alternant énormément entre transition et jeu placé, ils ont pris de court des Lakers un peu perdus sur un rythme qui ne leur convenait pas. C’est une stratégie qui avait déjà fonctionné pendant la victoire des Rockets lors du seeding game.

    Avec une moyenne de 15,7 secondes par possession sur le Game 1, Houston explose totalement sa moyenne de saison (13,2 secondes) ! Sur un rythme plutôt lent, ils ont quasiment endormis et pris à contre-pied des Lakers sûrs de leur coup et portés vers l’avant (13,5 secondes par possession, soit -0,5 sur leur moyenne), probablement responsables de ces 17 pertes de balle.


    Tableau représentatif des différents tirs où Houston excelle, comparant la saison régulière et le match n°1 face aux Lakers


    En témoigne directement le tableau ci-dessus, on remarque que Houston a levé les pieds sur les tirs rapides, divisant quasiment par 2 le nombre de possessions finissant par un tir pris en moins de 10 secondes.
    Mais ce « ralentissement » du jeu n’a pas poussé les porteurs de balle comme James Harden à monopoliser le ballon pendant 20 secondes. Le nombre de tirs après plus de 7 dribbles sont restés plus ou moins équivalents à ceux enregistrés durant la saison.

    Des Rockets plutôt patients, plus collectifs, plus sereins, et qui ont été dans le contrôle quelques jours seulement après un Game 7 stressant face à Oklahoma City.
    C’est la clé du match. La patience a joué un rôle énorme dans la victoire des Texans.

    James Harden en mode patron

    Si on peut attribuer le mérite de la victoire au collectif des Rockets, impressionnants de réalisme et d’efficacité, et si Robert Covington (defensive rating de 90.4 4 en 39 minutes de jeu) ou Eric Gordon (11 points dans le dernier quart-temps) ont été vraiment importants, un joueur est sorti du lot : James Harden.

    Il faut croire que le contre sur Luguentz Dort a libéré la bête et l’a rempli de confiance. Véritable responsable du maintien des Rockets en tête durant le match, gestionnaire quasiment parfait sur le rythme, il est l’artisan de cette victoire.


    James Harden au dunk face à LeBron James (n°23 des Lakers), dans une victoire 112 à 97 des Rockets.
    © Photo par Jesse D. Garrabrant / GETTY IMAGES


    25 points sur la première mi-temps. 36 au final. 12/20 aux tirs. Des séquences défensives convaincantes, notamment sur Anthony Davis au poste bas.
    Il a su contrôler le groupe à un moment où Russell Westbrook était très frustré de certaines de ses actions.

    Cependant, il n’a pas pu stoppé « AD » indéfiniment, encaissant 11 des 25 points du joueur des Lakers en moins de 4 minutes de confrontation directe.
    « The Brow » a été le point faible d’une défense collective quasiment parfaite, point qu’il faudra régler pour Houston et exploiter pour Los Angeles…

    Quelques notes sur la 1ère confrontation…

    • Le meneur de jeu des Lakers, Rajon Rondo, est revenu sur les parquets pour la 1ère fois depuis le 10 mars. 24 minutes pour lui dans le G1, avec 8 points, 3 rebonds et 4 passes. Classic Rondo. Enfin statistiquement…
    • Les 25 points de James Harden en 1ère mi-temps se classent à la 2ème place des plus grosses performances sur une première mi-temps dans ces Playoffs. A noter que ses 11 lancers-francs tentés sur cette même période constituent le 3ème plus gros total sur une première mi-temps. L’ancien podium était occupé par… 3 joueurs des Lakers (LeBron + Davis x2) lors de leur série face à Portland !
    • Les Los Angeles Lakers perdent ainsi leur premier match dans chacune de leurs séries jouées. C’est arrivé 3 fois dans leur histoire, et pour la première fois depuis l’exercice 2010/11 (Hornets puis Mavericks). A chaque fois, ils n’ont pas dépassé le second tour des playoffs ! Fin de série ?
    • Dallas, Indiana, Miami, Oklahoma City, Toronto et Utah ont chacun réalisé un match avec 3 joueurs à plus de 20 points durant ces playoffs.
      Houston vient d’achever son 3ème match dans ces conditions, avec 5 joueurs différents dans les 3 performances (Harden, Westbrook, Gordon, House, Green). Isolation Harden n’est-ce-pas ?

    Sources : NBA.com, inpredictable, Basketball Reference, ESPN, RealGM.

    Lexique :

    1. Les seeding games : matchs joués à Disney (Orlando) le mois passé afin de définir les places pour les Playoffs et pour la lotterie NBA. Chaque équipe présente à Disney a joué 8 seeding games.
    2. Les points par possession (ou PPP) : statistique prenant en compte le nombre total de points marqués sur le nombre total de possessions.
    3. L’effective field goal percentage (ou eFG%) : statistique calculée en prenant en compte le fait qu’un panier à 3 points est 1,5 fois plus important qu’un panier à 2 points. Plus l’équipe est adroite à 3 points, plus son eFG% sera élevé. La moyenne pour les équipes NBA est de 52-53%.
    4. Le defensive rating (ou DRtg) : statistique inventée pour mesurer l’efficacité défensive d’un joueur. La moyenne NBA se situe entre 105 et 110.
  • Comment le Miami Heat a-t-il remporté le Game 1 face aux Bucks ?

    Comment le Miami Heat a-t-il remporté le Game 1 face aux Bucks ?

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    A quelques heures du 2ème match d’une série aussi palpitante que prévue, Milwaukee Bucks et Miami Heat se sont affrontés lors d’un premier match du second tour des Playoffs 2020. Alors que Milwaukee partait favori dans cette confrontation, Miami a su déjoué les pronostiques en s’imposant de 11 points face à la meilleure équipe de la saison régulière. Mais comment ont-ils fait ?


    Du répondant… Beaucoup de répondant

    Jouer contre Milwaukee, c’est constamment choisir son poison. Entre Giannis Antetokounmpo, Khris Middleton, Brook Lopez et les autres shooteurs fous à 3 points, il est impossible de contenir tout le monde.
    Miami a fait son choix en se concentrant exclusivement sur la menace numéro 1 : le défenseur de l’année et candidat légitime au titre de MVP, Giannis Antetokounmpo.

    Il faut dire que Miami peut se vanter d’être une des 4 équipes à avoir maintenu Giannis à moins de 15 points lors d’un match de saison régulière. Sur ces 4 matchs, Giannis a tenté le plus de tirs et joué le plus de minutes face au Heat. Et seul Miami s’est qualifié en playoffs parmi ces 4 adversaires…
    Mais les Playoffs et la saison régulière n’ont rien à voir, on le sait, et on le répète assez souvent.

    En assignant principalement Jae Crowder en mission face à lui, Miami ne s’attendait pas à trouver un « Giannis stopper ». Et cela n’a pas été le cas. Comme à son habitude, il a été compliqué de stopper Giannis en 1 contre 1.


    Tableau représentant quelques statistiques de Giannis Antetokounmpo face au Miami Heat, en fonction de ses principaux face-à-face en défense


    Mais la confrontation ne s’est pas jouée sur les 1 contre 1 de Giannis, bien au contraire. Coach Spoelstra a fait le choix de couper le plus possible l’accès au cercle, laissant les Bucks maître de leur destin sur la ligne à 3 points et doublant (ou triplant) quasiment toutes les tentatives du joueur grec de pénétration. Avec seulement 12 tirs tentés, il enregistre son plus faible total des playoffs et l’un des plus faibles de sa saison.

    Offensive rating 1 de 99, 6 pertes de balle, 4/12 aux lancers-francs, 4 points en 12 minutes sur le dernier quart-temps… Mission accomplie pour Miami, avec un Giannis qui doit déléguer le scoring à d’autres joueurs.

    Le répondant du Heat a été physique, mais aussi mental. Avec un impressionnant 1,39 points par possessions 2 à la suite d’un panier de Milwaukee, Miami n’a laissé aucune chance aux Bucks de creuser l’écart, les deux équipes se répondant souvent coup pour coup sur le terrain. Milwaukee n’a pas su gérer son avance, et n’a pas su prendre avantage de sa forte adresse à 3 points (16/35 sur le match).
    Signe inquiétant pour la meilleure défense sur les points par possessions encaissés après avoir marqué un panier (0,99 sur la saison).

    Pourtant, le 1er QT, malgré sa physionomie très particulière, a été outrageusement dominé par Milwaukee, avec 2 énormes « runs »3 , caractéristique de la locomotive Bucks depuis le début de saison : 15-6 puis 17-8, en un seul QT. Résultat : 40 points inscrits, 29 encaissés. +11, plus gros écart du match côté Bucks.

    Derrière ? Miami remportera les 3 derniers QT et ne laissera pas Milwaukee faire un run plus gros qu’un petit 7-2 juste avant la mi-temps.
    Ajustement tactique, volonté de gagner, peu importe… Le Heat a eu du répondant.

    Jimmy Buckets, patron d’une seconde mi-temps maîtrisée

    L’affaire était compliquée à la mi-temps. 63-60 pour les Bucks, menés par un tandem Middleton-Lopez absolument incroyable, compilant 40 des 63 points à eux deux. Côté Miami, c’est Goran Dragic qui tient la barre, avec 19 unités.

    Miami tient mais Miami n’est pas à l’abri d’un sursaut offensif comme ils avaient pu le vivre lors de la défaite 116-130 dans la bulle face aux mêmes Bucks lors des seeding games 4 .

    Si Goran n’inscrira « que » 8 points durant la seconde mi-temps, un homme sortira du lot et scellera la victoire du Heat : Jimmy Butler.

    Souvent considéré ces dernières saisons comme un joueur clutch 5 , Jimmy a connu une saison compliquée dans ce domaine. Avec des pourcentages aux tirs très douteux dans les moments chauds, il a su renaître lors de ces playoffs, enregistrant des statistiques dignes de sa réputation, quasiment au niveau de ses playoffs avec Philadelphie l’an passé.


    Graphique représentant les probabilités de victoires ajoutées dans les situations clutch de Jimmy Butler, sur les play-offs et en saison régulière depuis 2013


    40 points inscrits. 27 en seconde mi-temps. 15 dans le dernier quart-temps.
    Un record de points en carrière sur un match de playoffs pour lui, et une victoire en tant qu’outsider face à la meilleure équipe de la ligue. « Jimmy Buckets » ne pouvait pas rêver mieux, Miami est toujours invaincu sur cet exercice de playoffs, et lui est en pleine confiance.

    Il est chez lui à Miami, dans cette fameuse culture du Heat à laquelle il s’identifie. Le fit est parfait, l’ambiance est excellente, la dynamique est très bonne.

    3ème joueur de l’histoire de la franchise floridienne à scorer 40 points ou plus dans un match de playoffs (LeBron James & Dwyane Wade), il a été inarrêtable dans cette seconde mi-temps, à tous les niveaux.
    6/8 aux tirs dans le 4ème quart-temps, accompagné de 2 lancers francs mis, et une impression de marcher sur l’eau, offensivement et défensivement.

    Beaucoup de situations d’isolations en fin de match, preuve d’une confiance incroyable, tant Miami est l’une des équipes utilisant le moins l’isolation dans la NBA (pourcentage de 4,6% possessions se finissant par une isolation). C’était le moment « Jimmy B. ». Peut-être le seul de la série, peut-être le premier, mais il a saisi cette occasion, et le Miami Heat s’est imposé.

    Sous les yeux de Pat Riley, présent pour la 1ère fois à un match à Orlando, cette performance n’a pas manqué de faire réagir sur Twitter, notamment avec l’apparation d’un petit message de la part d’un certain ex-coéquipier, sûrement nostalgique…

    Une grosse présence dans la raquette

    C’est l’un des facteurs X de cette série. Miami doit apprendre à gérer la domination défensive à l’intérieur des Bucks.
    En encaissant seulement 38,7 points de moyenne dans la raquette sur la saison régulière, Milwaukee a été incroyablement efficace, poussant ses adversaires à prendre énormément de tirs à 3 points (39,3 tirs à 3 points tentés pour les adversaires des Bucks, soit plus que n’importe quelle autre équipe).

    Le problème, c’est que Miami possède une armada de shooteurs à 3 points, menées par le sniper Duncan Robinson. Il ne serait pas très malin de les laisser tirer 40 fois à 3 points par match.
    Ainsi, Milwaukee s’est directement adapté (31 tirs à 3 points tentés par Miami sur le G1), en contenant notamment parfaitement la menace offensive Duncan Robinson, qui a seulement tenté 4 tirs à 3 points, pour un réussi.

    Cette performance défensive rappelle fortement le match 1 face aux Pacers au 1er tour, où le jeune joueur fit un 2/8 à 3 points dans la victoire contre Indiana, avant de s’adapter et de finir à 10/19 sur les 3 derniers matchs de la série.

    En refusant le plus possible les tirs longue distance, Coach Budenholzer savait quelque chose : l’accès au cercle sera beaucoup plus simple pour Miami.

    Résultat sans appel : alors qu’ils encaissaient 27,6 points par match dans la raquette depuis le début des playoffs, Milwaukee a subi et a encaissé 42 points dans la raquette.

    En plus de cela, Miami a bénéficié d’un excellent Bam Adebayo aux rebonds, avec 17 prises, dont 6 offensives et un ORB% 6 de 19,5. Avec 12,4 rebonds de moyenne sur ces playoffs, Bam s’impose comme une énorme menace dans la raquette. Il a notamment battu le record de rebonds d’un joueur de Miami en playoffs (19) lors du match 4 face à Indiana.

    Complètement dominé aux rebonds niveau statistiques (46 rebonds pour Miami, 34 pour Milwaukee), les Bucks n’ont pris que 14 rebonds en seconde mi-temps, pire total de leur saison ! Miami en a profité, et n’a laissé, sur le match, que 4 petits points sur seconde chance à Milwaukee, malgré les 7 rebonds offensifs des Bucks.

    Milwaukee n’a pas utilisé une stratégie défensive ultra efficace sur ce match, et devra s’adapter rapidement avant le Game 2, sous peine d’être une fois de plus dans une situation inconfortable, car Coach Spoelstra sait et va s’adapter.

    Cette adaptation du collectif floridien peut faire très mal aux Bucks. Nous parlions plus tôt dans cet article du fait qu’il fallait choisir son poison face à Milwaukee. Miami est différent. Ils s’adaptent au jeu adverse pour offrir le poison le plus mortel possible. Entre profondeur du banc et génie au coaching, Milwaukee a du souci à se faire avant la confrontation de ce soir.

    En tout cas, rien n’est fait dans cette série. Le match 1, soldé par une victoire de Miami, a été à la hauteur des espérances et des attentes. La suite de la série ne devrait pas faire exception à la règle et les deux équipes vont nous offrir un excellent spectacle !

    Quelques notes sur la 1ère confrontation…

    • Le meneur de jeu des Bucks Eric Bledsoe n’a pas joué le match 1 à cause d’une tension à l’ischio-jambier droit. Son statut est incertain pour le match 2. Il a été remplacé par George Hill, dont l’impact a été faible durant ce match.
    • Côté Miami, 7 jours ont séparés le Game 1 de leur dernier match contre Indiana, contre 2 pour Milwaukee. Fatigue en fin de match ? Avantage sur l’adaptation tactique ? Possible, le run 20-8 en faveur de Miami dans les dernières minutes du match a fait très mal.
    • Milwaukee a subi le rythme imposé par Miami durant toute la seconde mi-temps, avec une moyenne de 14,9 secondes par possession offensive, contre 12,9 secondes en première mi-temps. Jeu lent = jeu moins efficace pour les Bucks…
    • Miami, qui était l’équipe la plus dominante de la ligue sur les handoffs 7 , connaît des débuts de playoffs plutôt compliqués dans ce domaine, avec une adaptation très concrète des équipes adverses. Même si la fréquence augemente, l’efficacité diminue, passant de 1,07 PPP à 0,98 PPP.
    • Les Bucks, adepte du jeu de transition grâce à Giannis, ont eu très peu d’occasions de dérouler rapidement leur jeu dans ce match. A l’aide d’une défense très resserrée sur le repli défensif et très intelligente (fautes faites très tôt, prises à deux succinctes pour dissuader le porteur), Miami a su très souvent ralentir le jeu de Milwaukee.

    Sources : NBA.com, inpredictable, Basketball Reference, ESPN.

    Lexique :

    1. L’offensive rating (ou ORtg) : statistique inventée pour mesurer l’efficacité offensive d’un joueur. La moyenne NBA se situe entre 105 et 110.
    2. Les points par possession (ou PPP) : statistique prenant en compte le nombre total de points marqués sur le nombre total de possessions.
    3. Un run : période de jeu où une équipe A domine une équipe B en inscrivant beaucoup de points et en encaissant très peu. C’est un véritable passage clé lors d’un match. Le basket-ball est souvent caractérisé comme étant un sport de runs.
    4. Les seeding games : matchs joués à Disney (Orlando) le mois passé afin de définir les places pour les Playoffs et pour la lotterie NBA. Chaque équipe présente à Disney a joué 8 seeding games.
    5. Joueur clutch : joueur doté d’un sang froid hors-norme, capable de faire basculer une rencontre dans les moments les plus chauds et stressants.
    6. Offensive rebound percentage (ou ORB%) : calcul du nombre de possessions offensives d’un joueur se terminant par un rebond offensif. C’est calculé en fonction des rebonds offensifs de son équipe et ceux de l’équipe adverse. La moyenne NBA se situe entre 0 et 5%.
    7. Handoffs : situation de « main-à-main » où le porteur de balle va offrir le ballon à un coéquipier en étant immobile. Pour cela, le coéquipier va venir vers le porteur et va recevoir le ballon une fois qu’il passera à côté du porteur. Situation très utile pour les shooteurs à 3 points afin de les libérer de leur marquage défensif.
  • Justin James, un joyau à surveiller de très près…

    Justin James, un joyau à surveiller de très près…

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    Beaucoup de très bons joueurs NBA, notamment All-Star et membres d’une All-NBA team, sont arrivées par la petite porte de la NBA. Que ça soit par le second tour de la Draft ou par le chemin des joueurs non-draftés, rien n’est impossible. Parlons aujourd’hui d’un joueur qui pourrait bien nous surprendre : Justin James.


    Qui est Justin James ?

    Drafté à la 40ème position par les Sacramento Kings lors de la dernière draft NBA, Justin James, tout droit sorti du Wyoming, n’arrivait pas dans la grande ligue avec un bagage clinquant. Et pourtant…

    Sélectionné dans la All-Moutain West Conference 2nd Team lors de sa dernière saison universitaire, Justin est resté 4 ans avec les Cowboys du Wyoming, accumulant plus de 2000 points en carrière universitaire. Ex-joueur 3 étoiles selon ESPN, 247Sports et Rivals, « JJ » n’avait pas forcément le profil type pour rentrer en NBA à travers la draft.

    Cependant, le destin en a choisi autrement, et à force de travailler, Justin s’est fait une place dans la MWC , en inscrivant plus de 15 points par match lors de ses 3 dernières saisons, avec notamment une moyenne de 22,1 points par match lors de sa 4ème et dernière saison.
    Il est ainsi devenu le second meilleur scoreur de l’histoire de cette université, derrière Brandon Ewing et le 3ème de l’histoire de la conférence.

    Son parcours a pris une ampleur monumentale lorsque les Kings décidèrent de miser sur lui avec le 40ème choix de la draft, faisant de lui le 12ème joueur de l’histoire de Wyoming à être drafté, et le premier depuis Larry Nance Jr. (Cleveland Cavaliers) en 2015.

    Auteur d’une Summer League convaincante (9 points et 4 rebonds de moyenne), le Floridien se vit offrir un contrat de 3 ans par les Kings. Consécration pour un joueur originaire de Port St. Lucie en Floride, et qui n’avait pas une destinée liée à la NBA.


    Justin James dunkant sous le maillot de son université : Wyoming.
    © Photo par Wyoming Athletics


    Membre d’un groupe de 3 rookies au sein des Kings, il est celui qui a joué le plus de matchs des trois. Avec ses 34 participations, il se retrouve loin devant DaQuan Jeffries (8 à cet instant de la saison) et Kyle Guy (2) : preuve d’une bonne confiance du groupe et du staff envers lui.

    Mais qu’a-t-il de particulier ?

    « JJ », un athlète pur (et dur)

    Justin, c’est tout d’abord un physique impressionnant pour un arrière. 2,01m de hauteur, 86 kg, accompagnés d’une envergure d’environ 2,10m, c’est grand, plus grand de la moyenne.

    C’est un joueur très athlétique, doté de qualités physiques indéniables, dont il sait très bien se servir. En témoigne ses 7 dunks réussis cette saison, équivalent à 21% de ses tirs réussis, dont celui-ci :

    https://twitter.com/SacramentoKings/status/1211136116797009920?s=20

    C’est un joueur avec une énergie gigantesque, sur et en dehors du parquet. Ses coéquipiers et son coach disent de lui qu’il parle beaucoup, vraiment beaucoup. Il est passionné par le sport et on le ressent sur le terrain, et même sur le banc, avec ses nombreuses réactions énergisantes.

    Il a ce truc en plus, il n’est pas timide. Dès le premier jour, il n’a pas été effrayé de nous répondre, ni d’exprimer son opinion. Je me suis dit : « Cet enf**** doit se taire », mais il a de bonnes intentions, et cela vient de sa confiance en lui.

    BUDDY HIELD (joueur des kings et coéquipier de justin james)

    Une confiance en lui débordante pour un joueur doué offensivement, à l’aise avec le scoring depuis Wyoming.

    Pas inquiété par le fait d’avoir le ballon en main (usage percentage 1 de 19 pour un turnover percentage 2 de 8,4), notamment grâce à sa longue expérience NCAA, il sait également jouer sans ballon, notamment dans le catch-and-shoot 3 . Il manque cependant de réussite à l’échelle NBA, surtout sur les tirs longue distance, mais nous en parlerons dans un deuxième temps.

    Plutôt bon rebondeur grâce à ses qualités athlétiques (8,5 rebonds/matchs lors de sa dernière saison à Wyoming), il adore jouer en transition, comme nous pouvons le constater avec le dunk ci-dessus. C’est d’ailleurs sur le jeu de transition que se base la plupart de son apport offensif, notamment grâce à sa volonté de vouloir perforer les défenses très tôt avec son explosivité.


    Tableau représentant les statistiques aux tirs de Justin James sur contre-attaque et transition


    Mais là où il est talentueux, c’est défensivement. Long, plutôt rapide, athlétique. Toutes ces qualités réunies forment un cocktail vraiment efficace défensivement.

    Pas réputé à l’époque Wyoming pour être le plus grand des défenseurs, notamment avec son jeu ultra offensif, Justin James s’est muté cette saison comme un potentiel très bon défenseur.
    Directement adapté au jeu défensif de la NBA, Justin a su tirer profit de son expérience universitaire pour très souvent neutraliser son vis-à-vis, comme nous le montre ce graphique.


    Graphique représentant le defensive rating en fonction du pourcentage aux tirs alloués en défense, sur les joueurs âgés de moins de 24 ans (ayant joués plus de 15 matchs cette saison)


    Justin James survole la concurrence en étant le seul joueur de la NBA, selon nos conditions (âge inférieur à 24 ans et plus de 15 matchs joués cette saison), à avoir un defensive rating 4 inférieur à 100 et un pourcentage aux tirs « défensif » inférieur à 40%. Tout simplement monstrueux.

    On peut bien évidemment relativiser notre propos en notant que Justin n’a joué que 6 de ses 34 matchs avec plus de 9 minutes de jeu.
    Très souvent membre du fameux « garbage time » 5 , il n’affronte pas les plus grands joueurs offensifs de la NBA à l’instar d’autres jeunes joueurs présents dans le graphique, comme Ben Simmons ou Jayson Tatum.
    Cependant, il ne reste pas moins un très bon défenseur, parfaitement adapté à la NBA.

    Très rapide sur ses appuis, il gère parfaitement les situations de close-out, avec une excellente présence et animation de son corps. Une statistique montre vraiment cet impact : les statistiques défensives sur les tirs « spot-up » 6 .


    Graphique représentant le pourcentage aux tirs alloués en défense en fonction du percentile, sur spot-up, pour tous les joueurs NBA


    Véritable muraille, Justin se place parmi les meilleurs éléments à ce niveau, avec sa capacité à gêner ses adversaires avec ses mensurations. Il n’a alloué que 9 petits points en 22 possessions sur ce type de tir.
    Une plus-value qui peut devenir très intéressante avec le temps.

    Autre point marquant : reprenons les conditions émises plus haut. Justin James a l’un des plus grands différentiels entre son pourcentage aux tirs et son pourcentage aux tirs alloués en défense.


    Graphique représentant la différence entre le pourcentage aux tirs et le pourcentage aux tirs alloués en défense, sur les joueurs âgés de moins de 24 ans (ayant joués plus de 15 matchs cette saison)


    Avec un différentiel de +6,5%, Justin se classe tout simplement à la 3ème place. Seuls Ivaca Zubac (Clippers) et Romeo Langford (Celtics) font mieux dans la ligue.
    Il doit cependant avoir un peu plus de présence dans la défense intérieure, grande taille oblige. Avec un pourcentage défensif aux tirs de 72,7% près du cercle , Justin est loin d’être un roc, mais la défense extérieure compense.

    Des statistiques intéressantes, un physique plutôt convaincant, de la confiance en soi… Mais quels sont ses axes de travail ?

    Qu’est-ce qu’il lui manque ?

    Tout d’abord, il lui faut de la régularité. Il est certain qu’un temps de jeu faible et variable n’est pas favorable au développement, mais Justin doit faire preuve de plus de régularité sur le terrain.

    On le sait capable de coups d’éclat, comme il a pu le montrer contre Brooklyn et Indiana cette saison (14 points sur ces 2 matchs). Mais c’est cette régularité que cherchent les Kings actuellement en sortie de banc.

    Elle doit commencer au niveau du tir extérieur. Justin James a les capacités pour être un bon shooteur à 3 points, même si sa « shooting form » n’est pas extraordinaire. Il avait notamment enregistré un excellent 41,9% en 117 tentatives lors de sa 2ème saison à Wyoming.
    Cette saison, ce n’est pas vraiment de ce niveau, même si on peut repérer quelques points positifs au niveau du shoot.


    Graphique représentant la répartition des tirs de Justin James, leur fréquence (taille du point) ainsi que le pourcentage par rapport à la ligue (couleur)
    © NBA.com/Stats


    Hormis le jeu proche du cercle quasiment omniprésent, que nous avons abordé précédemment, nous pouvons remarquer un détail. Il tire à 32,1% en 28 tentatives longue distance. Pourcentage correct, mais d’autant plus Justin James est bipolaire.

    Il est létal à droite du cercle, avec 50% de réussite à 3 points mais atroce à gauche du cercle, avec 12,5% de réussite. Encore une chose à améliorer de son côté.

    Mais une fois de plus, Justin sait shooter à longue distance, il manque de régularité. En témoigne son très très faible 47,6% aux lancers-francs, complètement aux antipodes de son 73,1% en 4 ans à Wyoming.

    Avec du travail, il peut très certainement devenir un très bon 3&D 7 en NBA. Après tout, c’est un gros travailleur, salué pour le staff et ses coéquipiers, qui a essuyé de nombreuses heures à l’entraînement pour arriver en NBA. Pourquoi ne pourrait-il pas continuer dans ce sens ?

    Le deuxième point est la gestion du rythme offensif. Comme dit précédemment, c’est un joueur offensif très agressif vers le cercle, qui adore la contre-attaque et la transition. Il est tellement passionné qu’il en est parfois à contre-courant de la vitesse de jeu de son équipe. Il est habitué à avoir le ballon en main, à gérer le rythme de son équipe. Mais il ne s’agit plus de l’équipe de Wyoming autour de lui, et il va devoir continuer à s’adapter.

    Son apport offensif est également à revoir, avec une légère incapacité à être « utile » sans être le porteur du ballon. On a évoqué le catch-and-shoot plus haut, où nous pouvons sentir des prémices de potentiel, mais le reste est très faible. Il ne suffit pas d’attendre dans les corners à 3 points pendant 20 secondes… Même s’il est à 40% dans ces spots !


    Tableau représentant les pourcentages sur différents types de tirs, entre Justin James et la moyenne de la NBA


    On peut également évoquer l’âge comme certains pourraient le prétendre. L’âge est-il une contrainte ? 23 ans et demi pour lui. Le potentiel est moins grand, mais cela ne l’empêchera pas d’évoluer au sein de la ligue. Beaucoup de joueurs, arrivés plus âgés, ont réussi à devenir des joueurs majeurs de la NBA.
    L’exemple et la comparaison avec Robert Covington (Rockets) est facile à produire, mais parfaitement évidente. Drafté à l’âge de 23 ans comme Justin James, doté d’un gabarit plutôt semblable (2,01m, 95 kg), il a d’abord vécu une saison rookie très difficile à Houston avant d’être coupé et d’atterrir dans un environnement qui l’a développé comme l’un des meilleurs 3&D de la ligue : Philadelphie.


    Tableau comparatif sur les statistiques de Justin James et Robert Covington sur les deux premières saisons en NBA


    La concurrence sur les postes d’arrières est rude à Sacramento, peut-être que le staff ne laissera pas de chances à Justin. Peut-être que comme Robert Covington, il se développera ailleurs. Nombreuses sont les questions qui peuvent se poser avec un talent comme le sien…


    Ce qui est sûr, c’est que Justin James a un potentiel. Possible 3&D ? Défenseur redoutable ? 6ème homme ? Joueur de rotation ? Aux Kings ? Ailleurs ? On ne peut pas le savoir pour l’instant, mais c’est un bijou, un joyau à polir… Et on lui souhaite de réussir dans la ligue ! Affaire à suivre !

    Sources : NBA.com, Sacramento Kings, Wyoming Athletics, The Athletic.
    (Toutes les statistiques ont été prises avant la reprise NBA à Orlando)

    Lexique :

    1. Usage percentage (ou USG%) : calcul du nombre de possessions offensives passant par un joueur lorsqu’il est sur le terrain.
    2. Turnover percentage (ou TOV%) : calcul du nombre de possessions offensives d’un joueur se terminant par une perte de balle.
    3. Le catch-and-shoot (ou C&S) : action où le joueur reçoit le ballon en étant en mouvement et tire en première intention sans avoir posé le dribble.
    4. Le defensive rating (ou DRtg) : statistique inventée pour mesurer l’efficacité défensive d’un joueur. La moyenne NBA se situe entre 105 et 110.
    5. Le garbage time : période de jeu où les deux équipes se relâchent, notamment à cause du score. Cette période est généralement jouée par les remplaçants de chaque équipe.
    6. Le spot-up shoot : action où le joueur reçoit le ballon en étant immobile et tire en première intention sans avoir posé le dribble. (La différence entre un C&S et le spot-up est le mouvement)
    7. Un 3&D : joueur qui possède la capacité très recherchée de pouvoir tirer à 3 points et défendre sur les positions extérieures de manière compétitive. C’est un rôle très apprécié aujourd’hui.
  • Les HBCU, nouveau combattant dans le ring du recrutement

    Les HBCU, nouveau combattant dans le ring du recrutement

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    Dans un système de recrutement de lycéens qui est habitué depuis longtemps à la domination du « Power 5 » 1 et qui voit apparaître la G-League comme nouvelle option, vient s’ajouter un concurrent inattendu, auquel personne n’aurait pensé quelques mois auparavant : les HBCU.


    Que sont les HBCU ?

    Dans le sillage de lycéens pionniers comme Makur Maker, dont nous parlerons plus tard, et dans un contexte social où leur apparition dans le circuit du recrutement est plus que favorable, les « Historically black colleges and universities » ou HBCU sont en train de rafler la mise.

    En effet, de plus en plus d’excellents joueurs envisagent de passer par ces universités. Un tournant pour ces établissements, chargés de culture et d’histoire afro-américaine, créés pour former des têtes pensantes de la société à des moments où les droits civiques américains n’étaient pas du tout les mêmes, et ayant aujourd’hui encore, une légitimité à l’échelle universitaire nationale.

    Plus qu’un passage d’une ou deux années pour faire du basket et se montrer aux recruteurs NBA, ces joueurs veulent laisser une trace dans leur communauté.

    Avec aujourd’hui seulement 10% des étudiants des HBCU provenant de la communauté afro-américaine, il est important pour les deux camps de revaloriser cette culture.

    « Si je veux aller dans une équipe du Power 5, c’est pour le basket-ball. Une HBCU, c’est plus pour un héritage »

    Brandon Huntley-Hatfield
    (7ème de la class 2022 selon ESPN)

    Symbole d’un virage social important, les HBCU peuvent devenir, à terme, des candidates à de grosses échéances comme la March Madness, tournoi final sacrant le champion universitaire.

    Connaissant l’importance de cette culture dans le développement d’un lycéen d’origine afro-américaine, elles n’hésitent pas à aller chercher le haut du tableau. C’est ainsi que la plupart des top joueurs lycéens afro-américains ont reçu des offres de bourses de la part de nombreuses HBCU.

    Les noms de Mikey Williams, Harrison Ingram ou Trevor Keels ne vous évoquent peut-être rien pour l’instant, mais ce sont potentiellement de futurs joueurs NBA, des futures stars NBA, qui à cet instant, ont un penchant pour ces établissements. Et cela n’est qu’un petit échantillon du nombre de joueurs talentueux qu’ils pourront accueillir. De quoi faire saliver certains établissements…

    Les HBCU ont formé énormément de très bons joueurs, des All-Star, des légendes du basket-ball et des Hall of Famer dans une autre époque. Des noms comme Earl Monroe, Sam Jones ou Willis Reed sont passés et se sont forgé un nom au sein de ces universités.

    Cependant, depuis le développement et l’augmentation des bourses au sein des « autres universités », le taux de joueurs draftés a considérablement chuté, niveau des joueurs oblige… Leurs dernières fiertés sont Robert Covington (Tennessee State, pas drafté) et Kyle O’Quinn (Norfolk State, 49ème choix de la draft 2012). On est loin du Hall of Fame…

    Mais le combat est lancé. La G-League et le Power 5 sont prévenus, les HBCU ne sont pas là pour rigoler.
    Mais pourquoi ces universités se sont-elles déclarées aujourd’hui ?

    Quel est l’élément déclencheur ?

    Il a fallu un tweet. Un seul tweet de la part de Mikey Williams et tout s’est emballé.

    https://twitter.com/glengarryblock/status/1267869043479810049?s=20
    Traduction : « Aller dans une HBCU ne serait pas si mal… »

    Il faut dire que Mikey n’est pas un joueur anonyme dans le circuit lycéen. C’est même tout l’inverse.
    Freshman (première année) lors de la saison 2019/20, il a impressionné en signant une saison XXL avec son équipe de San Ysidro.
    Classé 3ème joueur de la class 2023 2 dans les classements ESPN 3 , il a aligné une moyenne de 30 points/match cette saison, avec notamment une performance à 77 points !

    Le tweet et son contenu n’ont donc pas tardé à faire réagir, et beaucoup de coachs des différentes HCBU ont directement proposé des bourses au phénomène lycéen.

    La suite ? Il assume ses propos et l’on doute qu’il ait changé d’avis entre temps, étant donné son enthousiasme à l’annonce de Makur Maker, cousin de Thon Maker, devenant le joueur au rang ESPN le plus élevé de l’histoire à choisir une HBCU.

    « Je suis avec toi mon gars, allons choquer le monde ! @MakurMaker »

    Mikey Williams à propos de la décision de Makur Maker

    Le tandem Williams/Maker marque un tournant énorme. Les plus grands joueurs lycéens ne veulent plus forcément marquer sportivement. Une autre dimension est atteinte. Leurs idoles, à l’instar de LeBron James et de son école « I Promise » , ont agi pour la communauté afro-américaine et pour la société en général. Ils ont permis à ces jeunes joueurs d’évoluer humainement.


    Makur Maker (Howard University), 16ème joueur de la class 2020 et cousin de Thon, est devenu l’un des emblèmes d’une nouvelle génération, en choissant une HBCU au lieu de la draft NBA.
    © Photo par Brian Rothmuller / GETTY IMAGES


    Et si la tendance des « super-teams » au sein des HBCU n’est pas encore d’actualité, elle pourrait bien le devenir un jour.
    Cela reste tout de même de jeunes joueurs assoiffés de victoires et voulant gagner, le fait de s’associer avec les meilleurs joueurs peut forcément aider.

    Il ne serait pas impossible, comme on a pu le voir ces dernières années dans des équipes comme Kentucky ou Duke, d’avoir, chaque année, plusieurs joueurs du top 50 débarquant dans une seule et même équipe.
    Relativisons cependant, car nous sommes encore loin d’une équipe comme ça… Encore faudrait-il que l’expérience de Makur soit concluante.

    Et pour cela, il va devoir rehausser le niveau des HBCU…

    Le basket dans les HBCU, ça donne quoi ?

    Avant même de parler de niveau, nous devons commencer par la culture basket. Très présente, comme on peut l’imaginer, dans les années folles des HBCU, elle s’est depuis un peu affaiblie. Le niveau des équipes rentre sûrement en compte dans cet aspect.

    Mais cette période est finie. La communauté afro-américaine veut insister sur cet aspect, sur le fait que le sport aussi a permis le développement des droits civiques aux États-Unis. L’arrivée de Mo-Williams (champion NBA avec les Cavaliers) à la tête de l’équipe d’Alabama State n’est pas anodine. Elle montre un réel intérêt.


    Mo Williams, champion NBA avec Cleveland, s’attaque au coaching d’Alabama State.
    © Photo par Sam Wasson / GETTY IMAGES


    Un regain d’énergie et une volonté forte émergent dans ces équipes. Le coach d’Howard, la future équipe de Maker, Kenny Blakeney a appris durant sa première saison à gérer une attente de résultats. Une attente qui devient de plus en plus longue. En effet, Howard n’a pas accédé à la March Madness depuis 1992.

    Il faut dire qu’Howard est qualifié aux États-Unis comme « The Black Harvard » et n’arrive pas forcément à attirer des talents monstrueux sur le parquet… mais Makur Maker arrive.

    Le niveau va augmenter, la culture va se développer. C’est clairement l’objectif de Blakeney : instaurer de nouveau une culture.
    On imagine très certainement que la suite et le développement des gros talents dépendront forcément de la saison de Maker et d’Howard. Blakeney était confiant sur ce sujet et le potentiel de son équipe avant même le recrutement de Maker. On imagine qu’il le sera encore plus !

    Un sentiment de fraîcheur et de confiance s’installe dans les établissements HBCU. Les dures années au fond des tableaux risquent de ne plus durer, et certains coachs s’avancent déjà comme Brian Collins, coach des Tennessee State Tigers.

    « Cela va arriver ! »

    Brian Collins à propos du recrutement d’un joueur 5 étoiles

    Si tout se passe bien avec l’université d’Howard cette année, les prochaines années risquent de déclencher une bataille monumentale pour le recrutement des meilleurs joueurs lycéens.
    Quand on voit la domination du Power 5 dans le recrutement du top 100 chaque année… On se dit que ce n’est pas plus mal !

    Les moyens mis en place pour séduire les joueurs sont forcément très différents des locomotives actuelles de la NCAA. Moins de moyens, moins de matériel, mais une envie de bien faire.
    Les calendriers et les matchs à l’affiche ne sont pas aussi remarquables que certaines universités du pays, avec des confrontations peu reluisantes et parfois très dures dans la différence de niveau.

    Mais c’est ça qui séduit de plus en plus les lycéens. Marquer de nouveau l’histoire. Devenir les descendants directs de joueurs de légende ayant marqué l’histoire de leur sport et de leur communauté.
    Et un jour peut-être viendra l’annonce historique du joueur n°1 de sa classe en direction d’une HBCU…


    Avec l’arrivée de Makur Maker et le développement d’une culture basket dans les HBCU, les établissements vont connaître une seconde vie sportive. Beaucoup de phénomènes lycéens s’intéressent fortement et souhaitent suivre une conduite inspirée par leurs idoles en NBA… Reste encore à convaincre sur cet aspect, avec des échéances compliquées, mais une volonté de se démarquer, d’être plus que des joueurs, plus que des étudiants.

    Sources : ESPN, HBCU Gameday, The Undefeated.


    Lexique :

    1. Power 5 (ou Power Five) : les 5 conférences majeures du sport universitaire américain. Elles sont composées des conférences ACC, Big Ten, Big 12, Pac-12 et SEC. Aucune HBCU n’appartient au Power 5.
      Depuis l’an 2000, seules 5 équipes championnes au basket-ball ne sont pas du Power 5 (3 fois UConn, 2 fois Villanova).
    2. Class 20XX : année où le joueur lycéen va rentrer à l’université.
    3. Les classements des lycéens ESPN : depuis un bon nombre d’années déjà, des sites comme 247Sports, Rivals ou ESPN mettent à jour des classements nationaux contenant les meilleurs joueurs par class.
      Les joueurs sont classés par étoiles et par score, 5 étoiles étant réservé aux meilleurs joueurs et le score de 100 étant le plus grand.
      Même si cela ne veut rien dire concernant leur accession en NBA et leur niveau plus tard, cela permet de repérer les talents les plus inarrêtables au lycée.  
  • Joel Embiid, pilier d’un domaine en disparition : le poste bas

    Joel Embiid, pilier d’un domaine en disparition : le poste bas

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    Nous sommes en 2020 après Jésus-Christ. Toute la NBA est occupée par les intérieurs qui stretchent… Toute ? Non ! Un joueur doté d’un don unique au poste bas résiste encore et toujours à l’envahisseur. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons de joueurs NBA des franchises retranchées de Troipointum, Stretchum, Houstonum et Brouquelopaizum… Son nom ? Joel Embiid.


    Philadelphie : terre du poste bas

    Après avoir abordé le cas de Damian Lillard et du pick & roll dans notre premier article spécial « super-joueurs », penchons-nous sur un autre cas étrange évoluant dans cette NBA pleine de surprises…

    Triple All-Star, et possédant 2 présences dans une All-NBA Team en seulement 4 années « complètes » au sein de la ligue, Joel Embiid est là où on l’attend : dans la catégorie des piliers de la NBA.

    Alors que son équipe, les Philadelphie 76ers, est, avant que la NBA reprenne, 6ème dans la conférence Est, Joel ne cesse d’évoluer et d’atteindre les sommets dans le jeu au poste bas 1 .
    Depuis quelques années déjà, Joel fait parler de lui dans ce domaine. Workouts avec Hakeem Olajuwon, volonté de jouer au poste bas, prise de poids conséquente… Tous les ingrédients sont réunis pour fabriquer un cocktail détonant.

    On peut même parler d’un joueur à contre-courant, dans un angle parallèle qui le maintient au poste bas contrairement à la plupart des autres joueurs intérieurs qui veulent de plus en plus s’écarter du cercle.

    Est-ce tout simplement une volonté d’être efficace ?

    On sait grâce aux statistiques, et grâce aux points par possession (PPP) 2 , que les 3 points rapportent plus par possessions que les 2 points « longs ». Dans le cas de Joel Embiid, les tirs au poste bas rapportent seulement 0,90 PPP… Soit un tout petit plus que les 2 points « longs » (0,85 PPP) et bien moins que les 3 points (1,15 PPP) !
    Mais alors, pourquoi tenter des tirs au poste bas ?

    Peut-être s’agit-il d’une simple exploitation de ses forces et faiblesses, avec un petit mais correct 32,2% à 3 points accompagné d’un bon 52,3% à 2 points en carrière ? Ou alors une simple volonté de dominer là où il a peu de concurrence ?

    Nous tenterons de répondre à cette question tout au long de l’article… Mais avant de voir en profondeur l’impact de Joel Embiid dans ce domaine, parlons de son équipe. Que valent les 76ers au poste bas ?

    On s’en doute, avec un joueur impactant comme Embiid à l’intérieur, Philadelphie a toutes les armes pour dominer la ligue dans cet aspect.
    Résultat : les 76ers ont le plus grand nombre de possessions par match au poste bas.


    Graphique représentant le nombre de possessions par match au poste bas pour chaque équipe


    12,6 possessions par match ! C’est 12,7% de leurs possessions totales sur un match, soit plus que quiconque dans la ligue.
    C’est également près de 4 possessions de plus que le second au classement, les Los Angeles Lakers.

    Ce chiffre a complètement explosé depuis les premiers matchs d’Embiid au Wells Fargo Center. Eux qui étaient, durant le « Process », habitués aux bas-fonds dans ce domaine, ont trouvé un second souffle avec l’arrivée du pivot en provenance des Jayhawks de Kansas.


    Graphique représentant le nombre de possessions par match au poste bas pour chaque équipe depuis la saison 2015/16


    Mais il ne suffit pas d’avoir un grand nombre de possessions pour s’imposer comme les patrons de la NBA. Il faut être efficace et scorer. C’est ici que les 76ers créent un gap avec le reste des franchises. Avec 1 point par possession de moyenne, ils se logent à la 2ème position de la ligue, avec seulement Atlanta devant eux.

    Le calcul est vite fait. 1 PPP pour 12,6 possessions, cela fait 12,6 points par match au poste bas, soit 11,5% de leurs points totaux. Plus que toute la ligue, encore une fois.


    Graphique représentant les points par possession au poste bas pour chaque équipe


    Joel Embiid a su impacter son équipe et la propulser aux sommets de la NBA dans un domaine en perdition.
    Mais en est-il le seul architecte ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Que vaut Joel Embiid au poste bas ?

    Que vaut Joel Embiid au poste bas ?

    Nous l’avons abordé un peu plus tôt : Joel Embiid a un talent monstrueux au poste bas. Mais comment cela se répercute sur ses statistiques ?

    Il n’a pas toujours été à ce niveau-là. Ses premières années ont même été compliquées dans ce domaine.
    Nous avons vu que l’arrivée de Joel a engendré une augmentation du nombre de possessions chez les 76ers un peu plus tôt dans l’article, mais ce dernier n’a pas toujours été efficace.


    Graphique représentant l’évolution des percentiles de Joel Embiid et des Philadelphie 76ers depuis les débuts d’Embiid en NBA


    Preuve irréfutable de l’impact d’Embiid sur son équipe, les courbes concernant le percentile 3 au poste bas sont quasiment similaires dans le temps. Le joueur progresse d’années en années et fait progresser son équipe dans la même direction.

    Quelle est la limite sur cet aspect ? Pourront-ils aller chercher plus haut ? Étant pour la première fois dans les 10% les plus efficaces de la ligue, quelle pourrait être la suite pour eux ?

    Lui qui possède déjà le plus grand pourcentage de points procurés par le poste bas, pourra-t-il creuser encore plus l’écart ?


    Graphique représentant le pourcentage de points procurés par le poste bas lors de la saison 2019/20


    Il domine tellement que l’écart semble difficile à combler pour le reste de la ligue.
    Ses statistiques, quand on les compare aux autres joueurs, sont tout simplement affolantes. Il est seul, tout en haut.
    C’est un véritable patron.


    Graphiques représentant les PPP et le percentile de tous les joueurs NBA en fonction de leurs nombres de possessions par match


    On le remarque bien, tout cela est assez représentatif, mais comparons quand même avec l’une des plus grandes menaces au poste bas de la NBA : Nikola Jokic.


    Tableau comparatif de statistiques au poste bas entre Joel Embiid et Nikola Jokic sur l’exercice 2019/20


    Dans les statistiques majeures au poste bas, on remarque directement la domination d’Embiid. Il surpasse Jokic dans toutes les statistiques, mis à part le pourcentage aux tirs, où il possède tout de même un excellent 52,4%.

    Et tout cela en ayant joué 21 matchs de moins que la star des Denver Nuggets. C’est vraiment impressionnant.

    Tous ces points montrent une fois de plus un talent incroyable, et une utilisation massive de ce super-pouvoir depuis quelques années, augmentant rapidement le taux de possessions au poste bas dans son équipe. Mais à quel prix ? Doit-il monopoliser le jeu au poste bas et ne pas en laisser aux autres ? Serait-ce un bonus pour Philadelphie, surtout quand on voit sa production ?

    Analysons cet aspect à travers un graphique.


    Graphique représentant le pourcentage des possessions d’Embiid (sur les possessions totales de 76ers) et les points par possession des 76ers depuis l’arrivée d’Embiid


    Depuis l’arrivée d’Embiid en NBA, on peut remarquer que les 76ers n’ont fait que progresser dans ce domaine. Cependant, cette augmentation du nombre de points par possessions peut être liée à un autre fait : les 76ers jouent plus au poste bas de manière générale.

    Comment le sait-on ? Dans un système qui lui a accordé de plus en plus de possessions au poste bas, le pourcentage qu’il obtient dans les possessions totales de l’équipe est en baisse. Une contradiction des plus totales.

    A terme, cela pourrait devenir terriblement létal. Encore faudrait-il que Philadelphie possède d’autres joueurs talentueux au poste… Après avoir connu Boban Marjanovic (2,1 possessions, percentile de 74), ils sont désormais parents d’Al Horford (2,9 possessions, percentile de 42) sans compter la présence de Ben Simmons et ses 2,3 possessions et son percentile de 28,3 en carrière…

    Joel est talentueux c’est sûr. Le groupe progresse à ses côtés, mais cela ne suffit pas encore. Ce n’est pas encore suffisamment rentable. Peut-être faudra-t-il des éléments plus performants à ses côtés ? Peut-être une réduction du nombre de possessions ?

    Beaucoup de questions et d’incertitudes, mais abordons tout de suite la dernière partie de cet article : comment arrive-t-il à être autant dominant ?

    Comment Joel Embiid domine-t-il au poste bas ?

    Dans cette dernière partie, nous allons analyser deux séquences au poste bas jouées par Joel Embiid, afin de découvrir comment arrive-t-il à afficher des statistiques aussi impressionnantes.

    Ces séquences ont été prises lors de la saison 2019/20, afin d’avoir une expertise plus précise du phénomène.

    Pour la 1ère action, prenons la direction du Wells Fargo Center, lors du match des 76ers contre les Minnesota Timberwolves le 30 octobre dernier. Philadelphie, alors sur un bilan de 4 victoires pour 0 défaites, mène 34 à 24 durant le 2ème quart-temps.



    Les Timberwolves viennent de perdre le ballon sur une faute offensive de Noah Vonleh. L’attaque est longue, vient un tir, puis un rebond offensif. Le ballon circule et arrive dans les mains de Mike Scott (n°1). Robert Covington défend sur lui à une bonne distance, ne pouvant le laisser tirer à 3 points facilement (Mike est à 45% à 3 points dans cette zone en 51 tirs cette saison) et driver facilement.

    Il reste 8 secondes sur l’horloge des 24 quand Joel Embiid (n°21) vient se présenter au poste bas du côté du ballon, proposant une solution de passe. Noah Vonleh, qui défend sur lui, subit le duel physique engagé, laissant l’avantage au pivot des 76ers.



    Mike Scott, voyant Embiid démarqué, n’hésite pas une seule seconde et lui donne le ballon. Vonleh ne veut même pas contester l’arrivée du ballon, alors que Joel Embiid produit une petite erreur. En effet, il rompt le contact avec son vis-à-vis alors que le ballon n’est pas encore dans ses mains. De plus, il n’a pas du tout les yeux fixés sur Vonleh, qui aurait pu saisir l’occasion afin d’intercepter le ballon.

    Le reste des joueurs est plutôt bien placé. On imagine tout de même que Tobias Harris (n°12) ne va pas tarder à gêner le futur porteur de balle, étant donné son placement. Il faudra donc qu’il se déplace, dans le corner gauche par exemple.



    Une fois qu’il a réceptionné le ballon, Embiid se replace directement face au cercle, afin de montrer aux 5 défenseurs qu’il va être dangereux et possiblement attaquer le cercle. Il attire directement le regard des différents Timberwolves sur le terrain, délaissant alors leurs vis-à-vis. Ces derniers pourront devenir de potentielles menaces à 3 points lors d’un potentiel tir à la dernière seconde de l’horloge.

    Joel Embiid, un peu penché vers l’avant et fléchi, protège bien son ballon en l’éloignant le plus possible de Vonleh. L’écart entre ses deux pieds est très long, provoquant indirectement un avantage lors d’un éventuel départ en dribble .

    A l’opposé, Furkan Korkmaz (n°30) tend à se déplacer aux alentours du corner gauche, pendant que son défenseur ne le regarde plus. Tobias Harris, lui, ne s’est toujours pas déplacé et reste un potentiel obstacle au bon déroulement de l’action.



    Ça y est. Joel Embiid décide de franchir le pas et de déstabiliser son adversaire. Le ballon revient face à lui, et il exécute une feinte de corps en direction de l’axe. Le footwork est parfait, il est très bien équilibré. Vonleh reste les pieds ancrés au sol et aura un temps de retard pour la suite de l’action. En une demi-seconde, le pivot des 76ers vient de passer de potentielle menace à danger immédiat.

    C’est le fait qui fait basculer l’action. Vonleh a perdu le duel.

    Alors que Mike Scott est quasiment sorti du champ de la caméra de retransmission, les autres joueurs restent immobiles, avec les deux extérieurs toujours prêts à recevoir le ballon à 3 points, et Tobias… qui décide de ne pas bouger.



    Avec l’avantage qu’il a su prendre, Embiid a réussi à dépasser son vis-à-vis avec son épaule, symbole d’un 1 contre 1 réussi. Cependant, il s’emmêle les pinceaux et manque de perdre le ballon lors de son 1er dribble. Vonleh en profite pour tenter de rattraper le retard accumulé depuis la feinte de corps.

    Josh Okogie, défenseur sur Tobias Harris, ne doit pas sentir le danger arriver, et décide de ne pas venir aider son coéquipier.



    Tandis que Embiid tente de se rattraper après un dribble peu convaincant, Josh Okogie décide enfin de venir en aide défensive… sous le cercle. Petit rappel : il y a 20 cm et 17 kilogrammes d’écart entre les deux joueurs. L’aide est trop tardive et son utilité est nulle. Vonleh tente de pousser (sans faire faute) Embiid le plus loin du cercle pour qu’il n’ait aucune solution de tir.

    Mais le mal est fait, Embiid résiste et va pouvoir s’offrir une chance de scorer.

    Tobias, qui semble attiré par le ballon, se rapproche de l’action, formant un amas de 4 joueurs dans un petit espace.



    Malgré tous ces obstacles et cet amas, Embiid réussit à écarter les deux défenseurs, à placer Vonleh dans son dos, et ainsi, à se retrouver dans une bonne position pour tirer.

    Résultat : 2 points produits, un run de 6-0 entamé, et une démonstration de la puissance d’Embiid.

    1ère séquence en vidéo

    Voyons maintenant la 2ème et dernière situation. Nous sommes toujours au Wells Fargo Center, le 24 février dernier, pour la confrontation entre les 76ers et les Atlanta Hawks. C’est durant ce match que Joel Embiid enregistra son record de points sur la saison avec 49 unités dont 22 dans le dernier quart-temps.

    Et c’est justement au début de ce quart-temps que ce déroule l’action.



    Le début de la séquence se déroule de la même manière que la 1ère séquence. L’attaque est longue, vient alors un tir, puis un rebond offensif et Joel Embiid, en fin de possession se retrouve isolé un peu au large, ballon en main. Dewayne Dedmon défend sur lui. Ils sont un peu décalés par rapport au poste bas, après que Dedmon l’ait repoussé.

    L’isolation est bien réalisée, avec ses 4 coéquipiers répartis autour de la ligne à 3 points.

    On peut directement voir certaines similitudes dans la posture d’Embiid : ballon excentré pour l’éloigner du défenseur, largeur des appuis supérieure à celle de son vis-à-vis, corps totalement orienté vers le cercle pour montrer la menace….



    La prise de décisions est rapide, l’orientation est claire et laisse Dedmon sur place. Encore une fois, Embiid nous montre qu’il possède l’un des meillleurs footworks de la ligue. Son équilibre est parfait lors de cette prise de décision.

    Le moment décisif une fois de plus. Dedmon ne le sait pas encore, mais il sera en retard.

    A l’opposé, le regard de Jeff Teague (n°00) va être intéressant à suivre. C’est le joueur prioritaire pour l’aide défensive, mais à l’instar de Josh Okogie tout à l’heure, le rapport de force est trop grand pour lutter.



    Cette fois-ci, pas de problèmes lors du 1er dribble, et Embiid réussit tranquillement à passer son épaule et son bras au-delà de son vis-à-vis. Le 1 contre 1 est une fois de plus parfaitement maîtrisé, et Dedmon ne peut que subir.

    Jeff Teague, quant à lui, semble hésiter à venir en aide défensive. Il n’a pas encore passé l’axe panier-panier alors que le pivot des 76ers est bientôt au cercle… Situation bien compliquée pour les Hawks…



    Ça y est, Joel Embiid a complétement fait exploser la défense de Dedmon. Il l’a totalement pris de vitesse, n’ayant plus aucun obstacle vers le cercle. Il reste 6 secondes sur l’horloge des 24.

    Jeff Teague, finalement n’est pas venu, mais il est également responsable de la rotation défensive qu’est en train de produire Cam Reddish (n°22 des Hawks) sur Shake Milton (n°18).

    Cette rotation laisse le champ totalement ouvert à l’intelligent Al Horford (n°42) qui réalise la coupe parfaite, pouvant amener deux points.



    L’autre moment décisif dans cette action. Doté d’un QI basket très élevé près du basket, Joel Embiid sent la menace du contre. Il décide alors d’exécuter une feinte de tir, dans le but de faire sauter Dedmon. La feinte fonctionne, Dedmon se retrouve vite en l’air et Embiid n’a plus d’obstacles vers le cercle.



    Le retour de De’Andre Hunter ne changera pas le cours de l’action. Joel Embiid vient une fois encore de démonter sa superiorité face à des Hawks déboussolés. Et comme si cela ne suffisait pas, il se permet même de dunker sur Hunter.

    2ème séquence en vidéo

    Ainsi s’achève notre deuxième article sur les super-humains de la ligue, avec la présence de Joel Embiid, l’un des derniers combattants, vaillant et courageux seigneur du poste bas. C’est avec une très grande maîtrise des fondamentaux et de ses forces qu’il règne sur la NBA. Reste à savoir maintenant si le groupe qu’il dirige saura l’accompagner et être digne de ce domaine en perdition…

    Sources : NBA.com, NBC Sports Philadelphia.

    Le dossier complet à lire : Les super-joueurs en NBA

    Lexique :

    1. Le poste bas : emplacement sur le terrain situé aux abords de la raquette, proche du cercle.
    2. Les points par possession (ou PPP) : statistique prenant en compte le nombre total de points marqués sur le nombre total de possessions.
    3. Le percentile : calcul effectué sur l’ensemble des joueurs de la NBA en fonction des points par possession. Plus le PPP est haut, plus le percentile sera élevé. Si un joueur possède un percentile de 100, cela signifie que personne dans la NBA n’a un PPP aussi grand que lui. Et inversement pour un percentile de 0… Mais c’est moins glorieux…
  • Damian Lillard ou l’art d’exceller dans le pick & roll

    Damian Lillard ou l’art d’exceller dans le pick & roll

    Par Benjamin Gisse (@MagicBenJohnson)


    Depuis la nuit des temps, il existe des domaines qui sont dominés par des personnes au talent immense. Le basket ne déroge pas à la règle.
    Clutch Time vous propose à travers un dossier spécial de revenir sur l’impact de certains maestros dans des domaines du jeu.
    Pour ce 1er numéro, prenons la direction de l’Oregon pour rencontrer Damian Lillard et son meilleur ami : le pick and roll.


    Damian Lillard : roi de Portland

    Qui ne connaît pas Damian Lillard ? Franchise player des Portland Trail Blazers, quintuple All-Star, détenteur de 4 sélections All-NBA, « Dame » a tout d’un patron sur le terrain.

    Scoreur redoutable, il a établi cette saison sa plus grande moyenne de points par match (28,9), menant son équipe à un bilan de 29 victoires pour 37 défaites à l’heure où la NBA n’a pas encore repris l’exercice 2019-20.

    Âgé, pour quelques jours encore, de 29 ans, Damian a su faire évoluer son jeu au sein d’une équipe qui lui fait totalement confiance et qui se bâtit autour de lui.
    Son apport offensif se base principalement sur le pick & roll 1 (P&R) comme vous pouvez le deviner, mais nous reviendrons sur lui dans un second temps.

    Parlons tout d’abord de son équipe. Portland. C’est tout simplement l’une des équipes qui a joué le plus de P&R sur la saison 2019-20, avec une moyenne de 27,1 possessions par match où le porteur de balle tire après l’écran, soit 26,79% de leurs possessions offensives. Seul Utah fait mieux dans la NBA.


    Graphique représentant le pourcentage de tirs pris par le porteur de balle après P&R chez les équipes NBA


    Mieux encore, en plus d’en tenter énormément, les Trail Blazers sont tout simplement l’une des équipes les plus efficaces sur P&R cette saison.
    Ils scorent en moyenne 26,5 points/match, les plaçant 1ers de la ligue dans ce domaine, et obtiennent la 2ème meilleure moyenne de points par possession de la NBA avec 0,98 PPP 2.


    Tableaux récapitulatifs des points/match et PPP sur P&R sur toute la NBA


    Une efficacité à couper le souffle, modelée grâce à un front office qui a su déceler un potentiel sur ce type de jeu. Cependant, une question peut se poser : Est-ce Lillard qui rend cette équipe si spéciale sur P&R ou l’équipe qui rend Lillard spécial dans ce domaine ?

    En allant récupérer Jusuf Nurkic à Denver en 2017, puis Hassan Whiteside à Miami en 2019, Portland a su installer une certaine continuité dans leur efficacité sur P&R, prenant deux pivots à l’aise avec ce type de jeu.
    On peut bien évidemment souligner ce point grâce aux screen assists 3 , où les joueurs de Portland évoluent dans le top 10 depuis la création de la statistique.


    Tableau récapitulatif des meilleurs joueurs de Portland en screen assists depuis la saison 2016-17


    Avec un Jusuf Nurkic blessé (jambe) pour la totalité de l’exercice 2019-20, on aurait pu croire le secteur en danger, mais les dirigeants de Portland se sont penchés sur un autre joueur parfaitement complémentaire : Hassan Whiteside.
    Ce dernier a parfaitement compris son rôle au sein de l’effectif, se refaisant même une beauté avant une free agency 2020 importante pour lui.

    Mais concrètement, Lillard dans ce système, ça vaut quoi ? Comme dit précédemment, une question persiste : est-ce que c’est lui qui fait rayonner ses coéquipiers, notamment en les plaçant constamment dans le top 10 des screen assists, ou ses coéquipiers, forts en screen assists qui lui facilitent la tâche ?

    Que vaut Damian Lillard sur pick & roll ?

    Avec 13,5 possessions par match dans ce domaine, soit un peu plus de la moitié de ses possessions, Damian est un pilier dans la NBA. Seul Trae Young fait mieux, avec un total de 15,7 possessions par match.

    Mais là où il fait la différence, c’est sur son efficacité, à l’image de son équipe.
    Il devient de plus en plus fort chaque année sur P&R, s’améliorant dans la plupart des statistiques liées à l’efficacité, tellement que ça en deviendrait angoissant pour les défenseurs sur la suite de sa carrière.

    Il shoote plus, mieux, il marque plus, ses pourcentages aux tirs grimpent, son efficacité s’affole.

    Damian Lillard n’est pas loin d’être invincible sur pick & roll. Vraiment pas loin.


    Tableau récapitulatif des statistiques de Damian Lillard sur P&R depuis la saison 2015-16


    Un percentile 4 de 95,9, c’est tout simplement incroyable pour un joueur ayant autant de possessions. Le percentile étant calculé directement en fonction des points par possession, prenons le temps de comparer le sien avec celui de Trae Young, seul joueur ayant plus de possessions sur P&R que lui. Malgré des stats tout à fait solides (0,98 PPP, percentile de 83,9), Trae est très très loin des chiffres produits par Damian (1,14 PPP, percentile de 95,9).

    Pour vous montrer à quel point c’est monstrueux, si on trie tous les joueurs NBA par leurs nombres de possessions par match sur P&R, le premier joueur ayant un nombre de points par possession supérieur à celui de Lillard est l’ex-Knick Allonzo Trier, avec seulement 1,8 tentatives par match !

    S’il continue sur ce rythme, on pourrait même imaginer un jour le voir devenir le joueur affichant le meilleur percentile possible (100) tout en ayant le plus grand nombre de possessions.
    Impossible n’est pas Lillard !


    Graphique représentant le nombre de points/match en fonction du nombre de possessions/match pour tous les joueurs NBA


    De plus, il existe un aspect non-négligeable dans cette évolution massive : son pourcentage de tirs marqués à partir d’une passe décisive diminue. La traduction ? « Dame » aime beaucoup avoir le ballon lors de la création de ses tirs.

    Résultat : lors de cette saison 2019-20, seuls 17,1% de ses tirs (246 de ses 1677 points) ont été produits via une passe décisive.


    Graphique représentant le pourcentage de tirs réussis (sans provenir de passes décisives) par an


    Une statistique qui prouve un peu plus que Lillard veut et peut se débrouiller seul, ce qui peut-être un argument sur notre question initiale : il rend les autres, et notamment les pivots avec leurs screens assists, meilleurs en étant de plus en plus létal dans un jeu de plus en plus personnel.

    Mais comment arrive-t-il à atteindre ce niveau d’efficacité ?

    Découvrons ça dans notre dernière partie.

    Damian Lillard en action, ça donne quoi ?

    Pour cette partie, nous allons décrypter et analyser étape par étape une action de Damian Lillard, afin de comprendre pourquoi il est aussi fort dans ce domaine.

    Cette action a été réalisée lors de la victoire 127 à 119 face aux Los Angeles Lakers le 31 janvier dernier.

    Nous sommes au 3ème quart-temps. Celui où « Dame » mettra 22 de ses 48 points finaux. Portland vient d’encaisser un 3 points et accuse 3 points de retard. Lillard monte la balle.



    On assiste à une mise en place basique d’une transition. CJ McCollum (n°3) se retrouve rapidement placé dans le corner gauche pour ne pas encombrer le trafic.

    Hassan Whiteside (n°21), ne regarde absolument pas le cercle, que ça soit avec ses yeux ou son corps. Il est directement prêt à poser un écran sur Avery Bradley, défenseur de Damian Lillard (n°0).

    Ce dernier est en train de dribbler en direction de Whiteside, voyant l’occasion de mener la transition avec un pick & roll. Il a les yeux rivés sur le placement du poseur d’écran, et veille à ce que le poseur d’écran soit prêt pour que l’action soit la plus efficace possible.

    Les deux derniers joueurs, Mario Hezonja (n°44) et Trevor Ariza (n°8) sont dans un premier temps très proche du porteur de balle, contrairement à McCollum par exemple.
    Cependant, on peut imaginer que les deux vont s’écarter le plus possible afin de laisser le champ libre aux deux acteurs principaux.

    La défense est plutôt bien placée, hormis LeBron James, un peu en retard et dont Ariza peut prendre avantage rapidement en coupant vers le cercle. Danny Green est bien placé en aide, surveillant CJ McCollum (60% de réussite à 3 points dans le corner gauche). JaVale McGee, défenseur de Whiteside, contrôle la raquette, et décide d’adopter une défense en protection 5 sur le futur pick & roll.



    Deuxième étape. Lillard, parfaitement équilibré et fléchi, prend l’écran de Whiteside. L’écran n’est pas super bien posé, mais Whiteside prend de la place avec son corps, ce qui permet à « Dame » de bien prendre l’écran, causant à Bradley un potentiel retard.

    Mario Hezonja, sentant que le meneur se rapproche de lui, vient se placer dans le corner droit.

    Défensivement, McGee commence à sentir le danger et entreprend sa course vers Lillard. Tous les joueurs des Lakers regardent exclusivement le ballon, ce qui peut devenir une situation très dangereuse, notamment sur les coupes dans le dos. Pour illustrer ce propos, si McCollum décide de couper dans le dos de Danny Green, ce dernier ne pourra rien voir sauf le lay-up encaissé sur une passe décisive de Lillard.



    Sur cette image représentant le même instant, on visualise bien Lillard avoir l’avantage sur Bradley, totalement pris dans l’écran. Le meneur de Portland a les yeux rivés sur l’énorme espace que lui laisse l’écran, il sait qu’il a l’avantage.

    Conscient du danger, c’est Anthony Davis qui indique à McGee de venir monter sur Lillard (signe du bras droit et tête orientée vers McGee).



    Troisième étape. Avery Bradley est déséquilibré par l’écran de Whiteside, pendant que JaVale McGee continue encore sa course vers Damian Lillard. On sent bien que McGee est en retard, ses appuis se rétrécissent, mais sa posture laisse totalement à désirer.

    Lillard dispose donc d’un temps d’avance sur les deux défenseurs cités, et devra s’en servir pour prendre le bon choix. Pour l’instant, il n’est pas encore agressif vers le cercle, ce qui peut nous laisser croire qu’il va potentiellement prendre un shoot à 3 points en sortie d’écran.

    A l’opposé, Danny Green ne regarde toujours pas McCollum tandis que LeBron… fait du LeBron…



    Quatrième étape. La montée trop tardive de McGee au large a totalement laissé le champ libre dans l’axe. Malgré le retour de Bradley sur lui, Damian Lillard change totalement de posture et devient très agressif vers le cercle. McGee, surpris, se fait passer facilement. Bradley arrive à rester au contact et tente même d’intercepter le ballon sur son dribble.

    On sent déjà que l’aide défensive des Lakers à l’opposé (Danny Green, LeBron James) ne va pas être très forte. Ils sont présents mais absolument pas prêts à défendre.

    Whiteside n’a pas besoin de rouler 6 après son écran, sinon il gênerait Damian Lillard dans sa tentative de drive.



    Cinquième et dernière étape. Lillard, en un changement de direction et de vitesse, a réussi à mettre 2 défenseurs dans son dos. McGee tente de revenir, Davis tente de faire un travail qui n’est pas le sien et Bradley est trop loin pour tenter quelque chose. « Dame » est en appel deux pieds pour tenter un dunk pendant que Danny Green surgit, trop tard et trop près du cercle, en aide.

    LeBron… marche encore.

    On remarque bien évidemment que CJ McCollum est complètement seul dans le corner gauche. Lillard aurait pu lui donner le ballon, mais il a préféré aller au dunk.

    Résultat : dunk sur Danny Green et JaVale McGee, à la limite du « and one ». Démonstration simple et précise de ce que peut donner Damian Lillard sur P&R.
    Il s’est facilité la tâche grâce à l’écran de Whiteside, ce qui a créé un mismatch entre lui McGee. Deux dribbles plus tard, il se retrouve au panier. Un maestro.

    Action en vidéo

    C’est ainsi que s’achève notre premier article sur les super-humains de la ligue dans certains domaines, avec Damian Lillard et son super-pouvoir de domination de la ligue en termes de pick & roll.
    Pour répondre à la question de départ, Damian et les pivots poseurs d’écran, c’est une histoire d’amour. Il sait parfaitement utiliser les écrans et sait les rendre bons même quand ils sont mal posés. Les deux partis s’influencent l’un l’autre, pour notre plus grand bonheur.

    Sources : NBA.com, ESPN.

    Lexique :

    1. Le pick and roll (ou P&R) : système offensif avec un porteur de balle et un poseur d’écran (généralement le pivot). Une fois l’écran posé, causant du retard pour les défenseurs, le poseur d’écran va couper vers le cercle, laissant deux possibilités au porteur : passer ou tirer.
    2. Les points par possession (ou PPP) : statistique prenant en compte le nombre total de points marqués sur le nombre total de possessions.
    3. Les screen assists : si après pris un écran, le porteur de balle marque, le poseur d’écran comptabilise 1 screen assist. Traduction : passe décisive par écran.
    4. Le percentile : calcul effectué sur l’ensemble des joueurs de la NBA en fonction des points par possession. Plus le PPP est haut, plus le percentile sera élevé. Si un joueur possède un percentile de 100, cela signifie que personne dans la NBA n’a un PPP aussi grand que lui. Et inversement pour un percentile de 0… Mais c’est moins glorieux…
    5. La défense en protection : défense du joueur défendant sur le poseur d’écran. Au lieu de suivre le poseur d’écran au-delà des 3 points, il reste aux abords de la raquette, protégeant ainsi la raquette mais laissant l’attaque en 2c1 sur les postes extérieurs.
    6. Rouler après un écran : couper vers le cercle après son écran, avec l’intention de recevoir le ballon. Provient du terme « roll » dans pick & roll.
  • Le retour de Klay Thompson : entre certitudes et problématiques

    Le retour de Klay Thompson : entre certitudes et problématiques

    Alors que tous les regards côté Warriors se portaient avec appréhension vers une fin de saison très longue mentalement et une Draft lottery appétissante, quelques mots suffirent pour évoquer des souvenirs d’un passé lointain, accompagnés de sourires béats : Klay Thompson peut s’entraîner normalement.


    QUE S’EST-IL PASSÉ ?

    Interception de Stephen Curry. Peut-être celle de trop. Sa 116ème sur la saison, et on saura plus tard que c’était sa dernière sur cet exercice et très certainement l’une des plus importantes de toute sa carrière.

    Game 6. Californie. Tout se passe dans la regrettée Oracle Arena à Oakland. 3ème quart-temps. La tension est palpable, dans la salle et à travers nos écrans. Des Warriors en feu viennent de repasser devant les Raptors pour la première fois depuis 12 minutes. Ces mêmes Raptors qui mènent 3 victoires à 2 sur ces Finales NBA. Bref. Des Finales serrées comme on les aime.
    Balle à Toronto, l’attaque est longue, très longue, la défense des Warriors est parfaite : close-outs, dissuasion, aide défensive. 7 secondes sur l’horloge des 24, Kyle Lowry tente un drive de la dernière chance, il trébuche sous la pression, Curry récupère le ballon et lance une contre-attaque. Passe parfaite pour Klay Thompson, héros du quart-temps, absolument intouchable sur ce match, qui s’élance pour un dunk… Danny Green arrive tard dans les airs. Klay chute et grimace : rupture du ligament croisé antérieur du genou gauche.


    Klay Thompson se tient le genou, quelques secondes après sa terrible réception.
    © Photo par Lachlan Cunningham / GETTY IMAGES


    Seulement quelques jours après sa tension ressentie au niveau des ischio-jambiers de sa jambe gauche, le Warrior se retrouve à terre. Le lien se fait très rapidement, et le staff médical s’en ronge vite les doigts : il a repris trop tôt, enjeu oblige. C’est le match crucial pour la dynastie Warriors, qui voulait marquer l’histoire d’un triplé.
    Malheureusement, comme l’explique bien la vidéo du Docteur Brian Sutterer, les ischios-jambiers protègent les ligaments croisés antérieurs, et la tension qu’a ressenti Klay n’a fait qu’augmenter le risque de blessure.

    Les premiers diagnostics sont terribles, et beaucoup parlent de 2 ans d’arrêt, notamment avec l’étude de deux docteurs sur le temps d’arrêt d’un sportif après une blessure comme la sienne.
    Le principal intéressé en rigole et affirme que son objectif est de disputer les Jeux Olympiques de Tokyo en 2020.

    C’est un an et 6 jours plus tard, le 19 juin dernier, qu’Anthony Slater, insider des Warriors pour The Athletic, annonce que Klay Thompson peut désormais s’entraîner sans aucune contrainte.
    Énorme soupir de soulagement côté Warriors, auteurs, lors de l’exercice 2019-20, d’une des pires saisons de leur histoire.
    Orphelins d’un trio Curry – KD – Thompson double champion NBA, leurs performances ont été loin de faire l’unanimité, accumulant seulement 15 victoires en 65 matchs.

    Âgé aujourd’hui de 30 ans, approchant petit à petit du dernier tiers de sa carrière, Klay a une mission : revenir plus fort et gagner.
    Il l’illustre parfaitement dans le mini-documentaire ABOVE THE WAVES diffusé sur sa chaîne Twitter le 6 mai dernier, témoignage d’une année compliquée et longue pour le quintuple All-Star.

    Nous sommes si désireux de prouver à nouveau que tout le monde a tort…

    Klay Thompson – Documentaire Above The Waves

    TOUT CELA ARRANGE BIEN LES WARRIORS…

    Délaissé par Kevin Durant au profit de Brooklyn, privé de Curry une bonne partie de la saison et donc de Thompson, les Warriors retrouvent donc le sourire.

    Les « Splash Brothers » peuvent enfin se reformer après 1 an d’arrêt.


    Les « Splash Brothers » sont prêts à s’envoler vers le trophée Larry O’Brien à nouveau.
    © Photo par Ezra Shaw / GETTY IMAGES


    Nommé en 2019 pour la première fois dans une NBA All-Defensive Team (2nd), c’est un Klay motivé que nous allons retrouver. Imprégné de cet « ADN Warriors », à l’image de ce retour Kobe-sque sur le parquet quelques instants après sa terrible blessure, il affirme être prêt à revenir à 110% sur les terrains, encore plus affamé qu’avant.

    https://youtu.be/xLqeH7D5V3A?t=112

    Après avoir vécu une baisse d’efficacité sur les dernières saisons, liée au fait qu’il ne peut pas maintenir un niveau comme lors de l’exercice 2015-16 toute sa carrière, mais aussi par la présence de Kevin Durant qui a bousculé la hiérarchie, Klay peut désormais retrouver sa tendre place. Place de 2ème menace offensive derrière Curry. Place qu’il attend de retrouver depuis 4 ans maintenant. Place qu’il affectionne particulièrement.

    Avec l’arrivée d’Andrew Wiggins, le possible first pick à la draft, la révélation de jeunes joueurs comme Eric Paschall, le retour de Klay marque l’ambition et les prémices d’un exercice 2020-21 qui risque d’être fort alléchant pour les Dubs.


    On pourrait se poser la question de son niveau de jeu. Changera-t-il ? Est-il dangereux, comme Derrick Rose à l’époque, de continuer à jouer comme il le faisait avant sa blessure ? Il suffit de regarder le nombre de drives qu’il effectuait par match lors de sa dernière saison (4,4) et on se rend bien compte qu’il n’y a aucune raison de changer ou de modifier son jeu. Son genou devra bien évidemment être moins sollicité, surtout sur les débuts mais son jeu correspond parfaitement.

    Rappelons qu’en 2018-19, 80,9% de ses tirs réussis provenaient de passes décisives. Cela correspond à 1281 de ses 1680 points totaux. Mieux encore : Golden State est avantagé niveau victoire quand il est au-dessus de cette moyenne, avec lors de ces victoires, un pourcentage qui grimpe à 82,9% en moyenne ! On sait pertinemment que ce chiffre risque fortement de grimper, à l’avantage donc du joueur et de l’équipe.

    Cependant, l’aspect le plus intéressant de son jeu est évidemment le catch & shoot 1.
    Ce dernier occupait tout simplement 46% de ses tirs en 2018-19 ! S’il s’ajuste bien à sa blessure, ce registre devrait occuper une place encore plus grande, dans un jeu encore moins agressif vers le cercle. Même si 73,4% de ses tirs en catch & shoot proviennent de tentatives à 3 points, les pourcentages sur ce type de tir ont été très poussifs, atteignant son pire effective field goal percentage 2 en carrière sur C&S.
    Cela est forcément lié au fait qu’il ait produit son pire pourcentage à 3 points depuis sa saison rookie… Un pourcentage tout de même de 40.2%.

    Une incertitude qui nous emmène directement sur notre dernière partie…

    POURRA-T-IL CONTINUER AU MÊME NIVEAU ?

    Une question majeure peut d’ores et déjà se poser : collectivement, était-ce une saison seulement sans réussite ou la fin d’un groupe qui aura marqué une génération ?

    Cette question peut s’appliquer directement sur le n°11 cher à cette franchise. L’intéressé affirme lors d’une interview avec nos confrères d’ESPN que cette dynastie n’est pas finie.

     Dire que la dynastie va disparaître, je pense que c’est un peu crédule, parce que je vais revenir plus fort et plus athlétique !

    Klay thompson – NBA on ESPN (août 2019)

    Mais là où on peut se poser des questions concernant Klay et son retour, c’est tout simplement sur son efficacité aux tirs.
    C’est ici qu’on l’attend offensivement. Il doit être efficace aux tirs, mais d’autant plus que le nombre de drives qu’il effectuait va certainement diminuer. Moins de drives, plus de shoot extérieur. C’est mathématique.

    Et s’il continue sur la dynamique de ses 4 dernières saisons, sans prendre en compte sa blessure, cela ne risque pas d’être super propre…


    Représentation de différentes statistiques aux tirs en fonction de l’âge de Klay


    On constate un 3PA rate 3 en baisse constante depuis quelques années, symbole d’un Klay changé, qui en 2018-19, tire 5% en moins à 3 points par rapport à sa saison 2016-17.
    Ce changement a conduit dans un premier temps à une explosion de son pourcentage à 3 points (3P%), mais qui n’a pas fait énormément augmenter son pourcentage aux tirs réels 4 (TS%).
    Pour résumer : Klay introduit moins le shoot à 3 points dans ses tirs. Il shoote mieux, son pourcentage explose, mais ce n’est pas plus efficace qu’avant.

    Alors forcément, quand arrive une saison où les shoots ne rentrent pas autant qu’avant, comme lors de sa dernière saison, tous les pourcentages s’effondrent. Rien d’anormal jusqu’ici, tout est logique, mais c’est principalement le fondement de son apport offensif… C’est ainsi que ce dernier peut être remis en cause. Ainsi nous venons de soulever un premier point. Mais soyons honnêtes, ce ne sont que des suppositions, les longues blessures favorisent généralement l’amélioration de l’adresse, et Klay n’a jamais fait pire que 40,2% à 3 points.


    Voyons alors un autre point, plus concret, qui sera son temps de jeu. Véritable pile électrique, Klay est habitué aux longs efforts et a été classé consécutivement 16ème et 20ème lors de ses deux dernières saisons en termes de minutes jouées par match. Impossible aujourd’hui de prédire l’avenir, mais on se doute qu’il ne va pas faire des matchs à 40 minutes tout de suite.
    Pourra-t-il impacter autant ? On sait très bien qu’il peut prendre feu sur de courtes durées de jeu, comme ce fameux 3ème quart-temps où il inscrivit 37 points.

    Voyons ça avec un tableau :


    Tableau représentatif de diverses statistiques en fonction du temps de jeu inférieur à 30 min et de tous ses matchs joués


    On remarque immédiatement que les stats de Klay lorsqu’il a joué moins de 30 minutes sont sensiblement égales à celles qu’il a réalisé lors de la saison 2018-19.
    Apport possiblement équivalent sur un temps de jeu réduit, c’est intéressant.
    Cependant, c’est à prendre avec des pincettes. En effet, la plupart de ces matchs étaient gagnés facilement (écart moyen de 16,4 points) et contenaient les grosses performances de Klay, dont le match avec ses 14 trois points.

    Difficile de juger au final, mais on se doute que même avec un Klay à 26-28 minutes par match pour commencer, les adversaires auront de quoi avoir peur. Les signes de la baisse de minutes peuvent également provenir d’éléments externes, notamment la Draft NBA.
    Les Warriors sont actuellement en pole position, donc avec le plus gros pourcentage (14%), pour accueillir le premier choix de la prochaine Draft. Un joueur revient pas mal sur les tabloïds concernant le choix des Warriors : Anthony Edwards. Poste ? Arrière. Talent ? Incontestable.
    S’il atterrit chez les Dubs, il pourrait rapidement mettre une certaine pression sur Klay, surtout si ce dernier ne revient pas à son niveau.


    Statistiquement, 4 joueurs ont été dans le cas de Klay Thompson dans l’histoire, c’est-à-dire avoir une rupture des ligaments croisés l’année où on est All-Star.
    Les 4 joueurs sont : Kristaps Porzingis, Derrick Rose, Tim Hardaway et Bernard King.

    Quel a été l’impact de cette blessure sur ces 4 joueurs ? Pas aussi important qu’on pourrait le croire. Peut-être un peu tôt pour le dire sur le cas Porzingis, surtout après quelques petites alertes sur sa saison de retour (genou opposé).
    Autre cas compliqué : la résurrection assez longue de Derrick Rose, subissant d’autres problèmes physiques, mais capable d’enchaîner les saisons à très bon niveau malgré pas mal d’absences.
    Les 2 derniers joueurs, Hardaway et King, ont pu suivre une carrière très honorable, compilant 3 apparitions post-blessure au All-Star Game à eux deux, « Tim Bug » s’éclatant en Floride et Bernard retrouvant son niveau à Washington.

    Deux écoles donc pour Klay : une fin de carrière semée d’embuches physiques, car la compensation liée à la sollicitation de son genou peut lui poser des soucis comme pour D-Rose, ou une fin de carrière honorable, après des premières années post-blessure parfois irrégulières, compliquées physiquement et mentalement, mais retrouvant son niveau petit à petit, comme Tim Hardaway.

    Qu’en est-t-il de sa défense ? Il maitrise les fondamentaux défensifs de A à Z, on le sait. Mais physiquement parlant, que pourra-t-il faire ? Pourra-t-il encore maintenir ses adversaires directs sur le poste d’arrière à un pourcentage aux tirs de 38,3% ? Sans parler de son contrat, qui en ses temps durs, pourrait devenir l’un des moins rentables de la Ligue s’il ne revient pas à son niveau…

    Le retour de Klay Thompson, c’est du bonheur, de la joie pour les fans de la balle orange. Plus d’un an après sa blessure, le revoilà sur le devant de la scène, courant, sautant, dunkant… Preuve que même en ces temps difficiles, une nouvelle peut nous redonner le sourire.
    Cependant, rien n’est fait pour Klay au sein de cet effectif. Il a su prouver dans le passé, il devra se battre pour revenir au meilleur des niveaux, dans un parcours semé d’incertitudes.

    Sources : The Athletic, ESPN, NCBI, NBA.com, Heavy.

    Lexique :

    1 – Le catch & shoot (ou C&S) : action où le joueur reçoit le ballon et tire en première intention sans avoir posé le dribble.
    2 – L’effective field goal percentage (ou eFG%) : statistique calculée en prenant en compte le fait qu’un panier à 3 points est 1,5 fois plus important qu’un panier à 2 points. Plus le joueur est adroit à 3 points, plus son eFG% sera élevé.
    3 – Le 3PA rate (3PAr) : pourcentage du nombre de tirs à 3 points pris par rapport au nombre de tirs totaux.
    4 – Le pourcentage aux tirs réels (ou TS%) : statistique d’adresse englobant tous les tirs et prenant en compte les lancers-francs.