Catégorie : Français en NBA

  • Wemby et le défi olympique du basket français

    Wemby et le défi olympique du basket français

    D’un été à l’autre, tout a changé. Alors que les Bleus se faisaient sortir manu militari en à peine deux matches lors de la Coupe du Monde FIBA 2023, Victor Wembanyama restait lui-même sur une défaite en trois matches en finale de championnat de France contre Monaco et avait décidé à la surprise générale de consacrer son été à la préparation de sa toute première saison NBA sur le sol américain. 80 matches plus loin, alors que les Spurs attendent patiemment leur heure de gloire (pas de playoffs cette saison et pas de gros changements prévus l’été prochain), le probable rookie de l’année 2024 et peut-être même déjà meilleur défenseur de la ligue américaine (il pourrait supplanter Rudy Gobert et Anthony Davis), le nouveau dieu du basket international s’apprête à rejoindre l’Équipe de France pour préparer les Jeux Olympiques de Lille-Paris 2024. Et comme il a toujours plus d’un tour dans son sac, on peut s’attendre à tout. Problème, il est désormais attendu de pied ferme par toutes les nations de premier plan du basket international (Serbie, USA, Allemagne, Australie, Slovénie, Lettonie, Espagne…) qui vont se disputer les médailles sur le sol français. Une quinzaine olympique qui s’annonce palpitante (du 27 juillet au 11 août 2024) et qui pourrait voir le basket français se hisser sur la plus haute marche du podium. Le rêve bleu est accessible mais loin d’être garanti. Ça va chauffer!


    Un tournoi olympique historique et un programme chargé

    Tout le monde sera là ou presque. Doncic et Antetokounmpo étant encore incertains (TQO d’Athènes), Jokic est d’ores et déjà qualifié avec la Serbie, Schroeder avec l’Allemagne championne du monde en titre, Team USA au grand complet (Lebron, Curry et consorts), l’Espagne si elle remporte le TQO de Valence… Douze équipes de très haut niveau pour un tournoi olympique en deux temps, d’abord à Lille pour la phase de poules, puis à Paris pour la phase finale en trois actes (quarts-de-finale, demi-finales et finale).


    La France (Groupe B) entame la compétition le samedi 27 juillet à 17h15 au Stade Pierre Mauroy à Lille face au vainqueur du tournoi de qualification olympique (TQO) qui se déroule en Lettonie (Lettonie, Géorgie, Philippines, Brésil, Monténégro ou Cameroun). Un adversaire soit fatigué, soit galvanisé par sa victoire, qui risque d’être particulièrement chaud – un premier match piège, à l’évidence. Les Bleus enchainent trois jours après face au Japon (mardi 30 juillet à 17h15) puis le vendredi 2 août face à l’Allemagne, vainqueur de la dernière Coupe du Monde (21h). Une petite semaine dans le nord pour se qualifier et revenir à la capitale disputer la phase finale. En cas de qualification, les quarts de finale se déroulent le mardi 6 août à l’Arena de Bercy à Paris, puis les demi-finales deux jours après, le jeudi 8 août, et la finale ou le match pour le bronze le samedi 10 août.

    Si la Lettonie remporte le TQO dans son pays, la France aura la possibilité de laver l’affront de l’été dernier, ou de revivre le même cauchemar, surtout avec l’épouvantail allemand qui arrive la même semaine. Des rencontres décisives, qui s’annoncent tendues, un KO à éviter à tout prix, ça passe ou ça casse. Les supporters français s’apprêtent à vivre un moment à la fois passionnant et effrayant.

    Team USA et l’outsider canadien

    Champion olympique habituel, Team USA avait survolé la compétition avec un effectif incomplet lors des derniers JO à Tokyo, accrochés par nos Bleus mais victorieux. Cette année, sauf surprise de dernière minute, c’est une sélection américaine archi-complète qui viendra chercher l’or olympique. Lebron James, Stephen Curry, tous les illustres basketteurs américains ont réservé leur été de longue date et affichent une forme exceptionnelle en NBA cette saison. Ils seront prêts. Même Joel Embiid, le MVP en titre blessé en cours de saison, semble bien parti pour honorer sa sélection américaine.

    Entre les Bleus et Team USA, il y a désormais le Canada, avec des jeunes joueurs qui montent en puissance. Le héros de la sélection canadienne à Jakarta, Dillon Brooks, rêve de plumer Lebron James sur un terrain qui lui est plus favorable. Shai Gilgeous-Alexander est en état de grâce après une saison exceptionnelle avec OKC. Les Road Warriors, qui rencontrent l’Équipe de France en match de préparation à Orléans le vendredi 19 juillet 2024 à Orléans (Co’met Arena, billetterie ouverte ici), ont déjà l’œil sur l’objectif.

    Sur un malentendu…

    Finaliste émérite des derniers JO à Tokyo, l’Équipe de France reste sur une défaite amère et cinglante lors du rendez-vous international de l’été dernier, mais a toutes les raisons d’éviter une déconvenue similaire cet été. Si le nombre d’équipes de très haut niveau en basket est impressionnant, ça reste un tournoi expéditif, chaque gros en éliminant nécessairement un autre. On n’est pas à l’abri de quelques surprises et la route vers l’or pourrait bien se dégager pour les Bleus (qui ne verra déjà pas la Grèce ou la Slovénie). Le tournoi n’est pas totalement fermé, avec des équipes qualifiées qui n’ont pas le niveau pour réellement exister. Sur un malentendu, la France peut parfaitement se retrouver en quarts face à un adversaire des moins inquiétants. La chance, mine de rien, jouera peut-être un rôle déterminant dans cette compétition pour le pays organisateur.


    La question Wemby

    Cible numéro un des défenses adverses pour l’été 2024, Victor Wembanyama s’attend à une quinzaine difficile pour son premier tournoi olympique avec l’Équipe de France. Mais lui aussi se prépare. Et s’il parvient comme en NBA à imposer son jeu insolite, à déjouer les pièges et à réaliser ses exploits habituels, le petit nouveau peut créer la surprise. S’il met ses paniers, évite les fautes et les coups, et si l’ensemble du camp français parvient à s’organiser autour de lui, à capitaliser sur ses nombreux atouts en évitant les erreurs fatales à ce niveau de compétition, la France a toutes les chances de briller.

    Connue pour sa défense collective exemplaire en compétitions internationales, l’Équipe de France de basket a désormais un renfort de choix qui complète parfaitement le redoutable tandem Batum-Gobert (4 contres chacun en demi-finale olympique face à la Slovénie à Tokyo en 2021). Un talent générationnel inespéré, inestimable, et surtout littéralement plug-and-play (la greffe devrait prendre instantanément, les joueurs se connaissant déjà bien et dont les qualités et l’esprit sont clairement compatibles). La pièce manquante rêvée du puzzle olympique français, que Vincent Collet et son staff s’apprête à placer avec joie sur le terrain.


    Lob Country

    À l’opposé de certains joueurs très talentueux mais dont la venue inquiète dans une équipe où on se demande comment on va pouvoir partager le ballon, Wemby a tout pour réussir en Équipe de France. Un tel joueur devrait non seulement s’épanouir au sein d’une très bonne équipe, ils vont se rendre encore meilleurs les uns les autres, créant des espaces et des opportunités supplémentaires. Un authentique cheat-code, un rare plan win-win-win – pour lui, pour les cadres de l’Équipe de France en grande forme (Batum, Gobert et Fournier) et pour toute l’équipe, qui va pleinement profiter de sa présence polarisante et maîtriser le rebond comme personne, verrouiller la raquette des deux côtés du terrain (une frontline alléchante et intimidante Wembanyama-Gobert-Poirier n’étant pas à exclure, même si on attend avec impatience l’annonce de la sélection officielle de Vincent Collet). Avec les athlètes confirmés Guerschon Yabusele et Mathias Lessort aux ailes, la triplette Francisco-Albicy-DeColo à la mène. Et peut-être s’offrir, en plus d’un jeu intérieur-extérieur complet, un véritable pont aérien en sortie de pick and roll ou en backdoor – après Lob City à Los Angeles, la naissance de Lob Country pour Paris 2024. La venue de Victor Wembanyama éclipse totalement tout regret concernant Joel Embiid et installe le groupe France en tête des pronostics pour l’or olympique tant convoité.

  • L’irrésistible ascension de Victor Wembanyama

    L’irrésistible ascension de Victor Wembanyama

    C’est une constante depuis le début de la saison 2023-2024. Peut-être même depuis deux saisons, en comptant sa dernière année en France avec Boulogne-Levallois. À chaque match, Victor Wembanyama invente une nouvelle manière de briller. Non seulement en termes de statistiques, mais également par des subtilités dans le jeu, sur le terrain, un shoot plus juste, une passe encore plus réussie, un décalage plus évident. On pense avoir déjà tout vu, redire les mêmes choses, tomber dans une routine, mais il y a toujours un détail supplémentaire, une amélioration notable dans un compartiment du jeu, un fait indéniable et remarquable. Le quotidien de Wemby en NBA est fait d’exploits chaque jour plus retentissants. Une ascension attendue, espérée, logique eu égard à son potentiel et aux attentes démesurées autour du numéro 1 de la draft 2023, annoncé comme un talent unique de sa génération, mais qui dépasse pourtant de loin toutes les prévisions. Une belle réussite qui marquera l’histoire du championnat américain de basket, mais aussi l’histoire du sport français.


    Toujours plus haut

    C’est bien simple, Victor Wembanyama ne se contente plus de cocher toutes les cases, il en invente au fur et à mesure. Rookie de l’année, c’est presque fait à 20 matches de la fin de la saison régulière, et ce malgré l’avantage considérable de Chet Holmgren sur le bilan collectif d’OKC. Triple-double, quadruple-double, 5×5, tous les exploits historiques des différentes légendes de la NBA (David Robinson, Hakeem Olajuwon, Shaq) sont en train de tomber un par un. Et le tout, sans forcer (16.3 shoots tentés par match, 31ème en NBA, Devin Vassell étant 40ème avec 15,5 shoots par match, quatrième pivot NBA derrière Nikola Jokić, Jaren Jackson Jr. et Anthony Davis). Dans une équipe en devenir, au bilan catastrophique en saison régulière (15ème place de la conférence ouest avec une victoire tous les 4 matches en moyenne), qui pourrait davantage centrer son jeu sur son joueur le plus prometteur et le plus efficace, cette statistique, comme toutes les autres, est très conservatrice – c’est un minimum. Et donc, non seulement la preuve que le rookie vedette des Spurs n’est pas gourmand, mais également le signe d’une progression à venir inévitable.

    Calme comme David

    D’une maturité incroyable, Victor Wembanyama reste maître de ses émotions en toutes circonstances. S’il lâche de temps en temps un cri en tendant ses musclés après un contre ou un dunk, Wemby ne laisse jamais paraître sa frustration quand il rate une action ou un panier. Il affiche une sérénité impressionnante sur le terrain et une mesure dans ses propos lors de ses habituelles prises de parole avec les médias. Exactement dans le sillage de David Robinson et Tim Duncan, une filiation naturelle. Comme si c’était écrit sur son berceau.


    L’impensable en action

    Si on parle d’un bond en avant incroyable pour le sport français, c’est tout simplement parce que Victor Wembanyama suit Tony Parker, avec d’emblée plusieurs longueurs d’avance. La réussite et la longévité de Tony Parker ont créé un précédent dans l’histoire du sport français, c’était le premier joueur européen à s’imposer au poste de meneur de jeu en NBA, et son bilan collectif, avec 4 titres de champion NBA, fait référence (Dirk Nowizki n’a qu’un titre de champion avec Dallas, Pau Gasol en a deux avec les Lakers). Victor Wembanyama, du fait d’une combinaison unique de taille, talent et travail, son intelligence de jeu, son envie et surtout sa capacité de progresser tous azimuts, est le premier joueur européen à s’imposer aussi bien extérieur qu’intérieur à la Kevin Durant, mais surtout en défense, puisqu’il est déjà meilleur contreur de la ligue avec 3.38 contres par match (largement au-dessus de Rudy Gobert, dont c’est pourtant la spécialité) et dans la course au titre de meilleur défenseur, sans faire de fautes (à peine 119 en 55 matches, soit une moyenne de 2.16 fautes par rencontres, avec des matches à zéro fautes, très rare pour un rookie qui prend autant de risques). C’est une première historique tant il y a d’atouts en un seul joueur. Si les Spurs assurent un recrutement de qualité et trouvent la formule gagnante autour d’un tel joueur, la course aux titres est définitivement lancée.

  • La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    La révolution Wemby s’accélère à San Antonio

    Pour son deuxième match NBA, une rencontre accrochée face aux Rockets de Houston, Victor Wembanyama et ses coéquipiers ont déjà franchi un pallier important. Pas de fautes idiotes, pas d’oublis en attaque, des paniers discutables mais une connexion enfin établie entre le géant français et ses coéquipiers, qui ont bien compris les possibilités d’un tel gabarit en contre-attaque… mais pas seulement. Une très belle soirée où le français a confirmé tout ce qu’on pouvait attendre de lui, décidément très tôt, avec des highlights de folie des deux côtés du terrain, un goût prononcé pour les actions décisives dans le money time – un joueur déjà clutch. Et surtout, au bout du compte, une victoire arrachée après prolongation (126-122). La NBA, avec son calendrier, ça va vraiment très vite, et Victor Wembanyama l’a bien compris.


    Un jeu juste mais nettement perfectible

    À l’évidence, Victor Wembanyama n’est pas un rookie comme les autres. Sa maturité est largement en avance sur son âge. Après un premier match émaillé de fautes, le rookie vedette des Spurs a bénéficié pour sa seconde sortie à domicile d’un temps de jeu plus correct avec 31 minutes (et seulement deux fautes). Il a encore du déchet avec 4 ballons perdus et une série de tirs à longue distance discutables, en déséquilibre ou précipités, ce qui lui a valu une panne d’adresse en milieu de rencontre, et qui explique son faible total (7/19, soit 36,8%, dont 0/6 à trois points). Cela a permis à Houston de rester dans le match jusqu’au bout. Il reconnaîtra après le match qu’il doit désormais travailler sur son impact plus tôt dans les rencontres.


    L’apprentissage collectif en plein match

    En revanche, après un début de match où les commentateurs de la télévision locale voyaient mieux les possibilités de passe pour un Wemby ouvert dans la raquette que ses coéquipiers, ceux-ci ont fini par réaliser à quel point le jeu devenait simple dès lors qu’ils levaient la tête et lui transmettaient le ballon. Un grand gabarit de 2,24m qui coupe dans la raquette en contre-attaque, dans le bon timing, c’est un panier facile – acrobatique et aérien, tellement au-dessus de la mêlée. Il y a donc eu des alley-oops, dont l’un subtilisé à son propre coéquipier, Jeremy Sochan (2,03m, voir photo ci-dessous). Des actions magnifiques que l’on verra très souvent à l’avenir. Si les Rockets ont bien réussi à défendre à la régulière pendant un temps, Dillon Brooks a fini par attraper le français sur une contre-attaque à la limite d’une faute anti-sportive. En définitive, c’est Victor Wembanyama qui a provoqué des fautes, notamment lors de mismatches, réalisant plusieurs actions à trois points avec le lancer-franc bonus (7/8 dans cet exercice). Même quand il rate ses paniers de loin, il trouve quand même le moyen d’inscrire trois points par action ! Un joueur ultra-rentable, qui passera souvent les 20 points en match sans accaparer le ballon, comme il le faisait en France.

    Le rookie trouve ses marques

    Décisif en fin de match, Victor Wembanyama a su demander le ballon au poste bas pour plusieurs phases de un-contre-un spectaculaires sur le côté droit, avec sa maîtrise du ballon en dribble et des moves très efficaces. Il a ainsi produit l’une des actions du match, un dunk renversé en passant ligne de fond. Si on pensait que le rookie français longiligne aurait du mal à s’adapter à la dureté de la NBA, cette action a démontré la puissance dont il dispose déjà pour ses premiers pas dans le championnat américain. Non seulement il a effacé son adversaire direct avec un mouvement en dribble fluide digne d’Hakeem Olajuwon, il est allé chercher un dunk de l’autre côté du cercle avec une aisance incroyable, rappelant Kobe Bryant. Si gracieux et si haut qu’il n’y a même pas de contact possible avec son adversaire, dans le vent.

    La vie continue et la concurrence ne faiblit pas

    Si on peut féliciter Wemby pour son très bon match et une très belle victoire, cela reste un match parmi tant d’autres dans une très longue saison (82 matches) et un bilan à date de 50% (1 victoire pour 1 défaite). Comme l’a rappelé Wemby lui-même en conférence de presse, il a certes envie de célébrer son succès, mais il réalise que c’est seulement le deuxième match de la saison et qu’à peine arrivé dans le vestiaire, toute l’équipe est déjà tournée vers le prochain match, à Los Angeles contre les Clippers, dans 2 jours. Et deux matches de suite contre Phœnix, les 1er et 3 novembre. 3 matches en 5 jours contre deux grandes équipes de la conférence ouest ! Un rythme effréné qui ne permet pas de se reposer sur ses lauriers. Il n’a tout simplement pas le temps.

    21 points, 12 rebonds, 3 contres et 3 interceptions en 31 minutes de jeu.

    Le second match NBA de Victor Wembanyama

    Et si sa performance est intéressante pour un rookie, il est encore loin d’être le joueur le plus en vue de ce côté de l’Atlantique. Luka Doncic, victorieux lors du premier match des Spurs, s’est monté encore plus fort pour sa deuxième sortie avec 49 points (64% aux shoots), 10 rebonds et 7 passes en 36 minutes dans une nouvelle victoire des Mavs (125-120) avec 4 paniers à trois points de suite pour conclure la rencontre. La route est encore longue pour atteindre le sommet de la NBA.

  • Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Wemby fait déjà ses preuves en NBA

    Hors-normes, surdoué, Victor Wembanyama avait tous les atouts pour intégrer le championnat NBA. Numéro 1 de la draft en juin dernier, sélectionné par les Spurs de San Antonio, il avait fait l’impasse sur la Coupe du Monde FIBA avec l’Équipe de France pour assurer sa transition américaine. La saison qui commence bientôt, le 24 octobre 2023, s’annonce d’ores et déjà triomphante pour le rookie de 19 ans (2,24m pour 94kg). Voilà pourquoi.


    Une pré-saison au-delà des attentes

    Après une summer league correcte mais sans plus (à peine deux matches, un premier match raté, un second plus prometteur), Wemby était sagement retourné en coulisses pour travailler sérieusement, à l’abri des sollicitations notamment médiatiques. Une mise au vert qui a porté ses fruits. Avec un physique plus tonique, le géant des Spurs a attaqué les matches de pré-saison en mode KD, montrant son aisance au dribble, au shoot et à la passe en tant qu’extérieur. Il a notamment expérimenté son tir à trois points, avec 7 réussites en 22 tentatives (31,8%) et impressionné par sa défense sur des joueurs vifs et de toutes tailles. Sa mobilité, sa capacité à s’étirer de toute sa longueur pour aller chercher des ballons aussi haut après le shoot, sont une révélation. Les Spurs ont tenu parole, ils le laissent jouer son jeu en essayant de le suivre et de l’entourer au mieux. C’est une attitude très constructive, qui paye immédiatement.

    Pas de bizutage pour le rookie

    Dès son premier match, Victor Wembanyama a marqué 20 points. Alors que Greg Popovich a reconnu n’avoir annoncé qu’un seul système spécifiquement pour lui, le rookie français a trouvé des opportunités tranquillement, sans forcer, et il a tout simplement mis ses shoots. Des tirs propres, des mouvements fluides, qui font régulièrement ficelle – le fameux “swich”. S’il était passé à travers son premier match, comme en summer league, on l’aurait excusé. Même en pré-saison, ce sont déjà les équipes NBA complètes, la marche est énorme entre le premier contact américain de cet été et ces matches de préparation à quelques jours du début de saison. On se voyait déjà dire que le prodige est encore trop jeune, le jeu est trop rapide pour un français qui débarque… eh bien non. Wemby est déjà là, bien au point dans tous les compartiments du jeu. Même pour nous qui l’avons suivi de près depuis un an, c’est surprenant. On a beau être optimistes, conscients de son potentiel avec sa combinaison unique au monde de taille, de souplesse et de réactivité, il dépasse nos attentes par sa précocité. Tout va plus vite que prévu.

    Le contre sur Klay – un bug dans la matrice

    Réussir à se faire une place dans le roster des Spurs, faire bonne figure en pré-saison, d’accord. C’était logique après un été studieux avec le staff des Spurs. C’était l’idée. Mais battre les Golden State Warriors (122-117)? Contrer Klay Thompson puis Andrew Wiggins à 3 points? C’est une authentique dinguerie. À quelques jours du début de la saison régulière NBA, avec un training camp dans les pattes, les clubs sont au point, il n’y a pas d’erreur. Ce n’est pas une aberration. Le rookie des Spurs défie déjà l’ordre établi en NBA. Seulement quelques mois après son dernier match en championnat de France (en finale contre Monaco), force est de constater que ses qualités physiques, mentales et son jeu s’appliquent parfaitement à la NBA. La greffe a déjà pris. Et ce n’est que le début !

    19,3 points, 4,7 rebonds et 2,7 contres en 21 minutes de jeu. 3 victoires en 4 matches.

    La pré-saison NBA de Victor Wembanyama

    Une discipline de fer – le ciel pour seule limite

    La raison d’y croire très fort, c’est la méthode grâce à laquelle Wemby est en train de réussir sa transition en NBA. Rien n’est dû au hasard. Le sacrifice difficile mais inévitable de l’Équipe de France, critiqué même par des spécialistes reconnus, n’était pas un simple caprice de star, mais une décision murement réfléchie. Une impasse obligatoire pour travailler spécifiquement dans l’environnement des Spurs, avec tous les avantages (infrastructures, personnel, planning optimisé) et les objectifs du club en connaissance de cause (après les tests suffisamment concluants de la summer league). Le résultat est déjà là. Annoncé comme le meilleur joueur du monde d’ici 3 ou 4 ans par Richard Jefferson (en écho à Magic Johnson), il a réussi son intégration en NBA et se prépare à vivre une saison historique au sein d’un club qui le comprend. C’est une machine de précision qui ne s’arrêtera pas. Et même s’il y a des revers, des hauts et des bas, voire même une blessure, c’est un train qui ira dans un seul sens quoiqu’il arrive: toujours plus loin, toujours plus haut. Victor Wembanyama a 19 ans et 291 jours (le 22 octobre 2023), il fêtera ses 20 ans à San Antonio le jeudi 4 janvier 2024 avec une belle affiche contre les Milwaukee Bucks du tandem Lillard-Antetokoúnmpo. Alors que les autres clubs NBA ajustent déjà leur préparation pour le phénomène des Spurs, il est prêt lui aussi à les affronter. Son avenir est définitivement tout tracé.


    Après avoir suivi Victor Wembanyama lors de sa dernière saison en France (10 matches depuis les tribunes dont les 3 derniers en finale à Monaco puis à Roland Garros), nous suivons avec attention la carrière américaine du prodige français.

  • Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    Wemby : focus exclusif sur la NBA dès cet été

    C’est officiel, Victor Wembanyama, le MVP du championnat de France 2023, finaliste avec les Mets 92 contre l’AS Monaco en juin, numéro 1 de la draft NBA 2023 engagé désormais avec les Spurs de San Antonio, ne participera pas à la Coupe du Monde FIBA 2023 avec l’Équipe de France de basket. Un coup dur pour la sélection française qui prépare également les JO de Paris 2024, une décision difficile mais nécessaire pour le futur rookie des Spurs, en concertation avec son propre staff, qui prépare déjà sa transition entre France et États-Unis. Et comme à son habitude, le jeune joueur ne laisse rien au hasard.

    Une marche très haute

    Même s’il a été sélectionné en numéro 1 de la draft NBA cette année, comme c’était attendu, la tâche s’annonce très difficile pour Victor Wembanyama. En effet, du haut de ses 2.24m, il n’a toujours que 19 ans et tout à prouver en NBA. Sa sélection historique en #1 ne correspond pas à son niveau actuel, mais à son potentiel. C’est un projet sur le long terme pour les Spurs, qui ne pouvaient pas se permettre de le laisser passer. Il ne devrait donc pas être prêt à jouer les premiers rôles dès sa première année, mais il entend bien limiter la casse au maximum et vise déjà, d’emblée, le titre de rookie de l’année. Il va donc clairement morfler au contact des joueurs les plus physiques de la planète, surtout à l’intérieur, mais pas trop, si tout se passe bien. Et pour que tout se passe bien, il préfère éviter les détours… et jouer autant de matches que possible. Détail important pour la suite.

    Un bras de fer avec le staff des Spurs

    Engagé pour les Summer leagues, qui démarrent à Sacramento dès le 3 juillet et se poursuivent à Las Vegas le 7, Victor Wembanyama a déjà prévenu le staff technique des Spurs qu’il souhaite participer à l’ensemble des matches possibles lors de sa première saison en NBA. Ce à quoi les Spurs ont répondu qu’ils « feraient leur possible pour accéder à cette demande ». Les termes sont clairs, les réponses un peu moins, ce qui indique une relation déjà constructive et dynamique entre le joueur et son nouveau club, mais avec un bras de fer sous-jacent – le jeune présente déjà des exigences inattendues qui peuvent ne pas être en accord direct avec le staff technique des Spurs, connu pour pratiquer volontiers le load management avec ses joueurs. Une partie d’échecs où chacun avance ses pions, le premier étant malheureusement pour le public français et la fédé sa participation à la Coupe du Monde FIBA cet été.

    Qu’est-ce que le load management ?

    Depuis quelques années, plusieurs clubs NBA prennent des libertés avec le calendrier imposé par la ligue, très chargé et parfois proprement déraisonnable en termes de récupération – le fameux 4 matches en 5 soirs, par exemple. Les clubs n’ont pas d’autre choix pour préserver la santé de leur jours que de décider parfois même au dernier moment d’aligner une équipe B à un match important pour la télévision américaine. Certaines belles affiches sur le papier sont donc régulièrement gâchées par l’absence inopinée d’une ou plusieurs stars, non pas pour cause de blessure, mais pour la récupération des joueurs et leur santé à long-terme. Les spectateurs voient donc arriver leur vedette tant attendue en tenue de ville.

    Les Spurs ont été précurseurs de cette pratique, refusant par exemple d’aligner quatre joueurs majeurs contre le Heat de Lebron James en novembre 2012 (pas de TP, Duncan, Manu ni Danny Green). C’était le sixième match d’une tournée, les Spurs ayant gagné les 5 premiers matches, et c’était le seul déplacement de la saison à Miami, contre un rival pour le titre de champion NBA. Un match très attendu par les fans et les chaînes de télévision, mais à l’évidence difficile pour des Spurs surmenées. Gregg Popovich a donc décidé non seulement que ses joueurs vedettes n’y participeraient pas, mais les a en plus renvoyés directement à San Antonio sans assister au match, afin de se reposer en vue d’un prochain match contre les Grizzlies. Le club a écopé d’une amende de 250 000 dollars, alors même que sur le fond, la ligue ne contestait pas la décision du coach, mais plutôt ses modalités et son timing, ne laissant ni aux fans, ni à la ligue, ni aux organisateurs à Miami le délai de prévenance habituel. Les clubs restent souverains dans les décisions, mais il y a un protocole, qui n’avait pas été respecté.

    Depuis, le load management est rentré dans les habitudes, ce qui permet aux clubs de mettre au repos légitimement leurs stars lors du deuxième match de suite (le fameux back-to-back). Afin de préserver leur jeune recrue, les Spurs comptaient probablement surveiller de près sa fatigue et pouvaient envisager de réduire ses apparitions en matches de saison régulière, surtout dans une saison qui risque de se solder sans play-offs, donc sans enjeu sportif réel. Autant ménager le rookie, qui sera sollicité par sa fédération lors de compétitions estivales, notamment les Jeux Olympiques de Paris à l’issue de sa première saison, à l’été 2024.

    Pas de bleus cet été, mais pas de load management

    Cependant, ce n’est pas la préférence du rookie, qui l’a déjà fait savoir, pas de load management pour sa première saison américaine. Pour être au mieux avec son club et pouvoir exiger de jouer tous les matches lors de sa première saison, mais également optimiser sa préparation américaine, Victor Wembanyama a déclaré forfait pour la Coupe du Monde FIBA 2023 qui l’aurait emmené en France fin juillet pour la préparation puis à Jakarta fin août. Un été en bleu, dans un système de jeu particulier, différent de son ancien club (Boulogne-Levallois) et de son futur club (San Antonio), avec des règles différentes (FIBA) et la perspective d’une lutte difficile dans la raquette malgré la présence de Rudy Gobert au poste de pivot titulaire. Par cette décision difficile mais murement réfléchie, Victor Wembanyama se libère du poids considérable d’une compétition très relevée et très attendue par la FFBB et le public français; il peut désormais se focaliser exclusivement sur la préparation de son année rookie à San Antonio, qui s’annonce extrêmement difficile et nécessite toute son attention. C’est embêtant pour la Fédération Française de Basketball (FFBB) et la FIBA, pour le public qui l’attendait, pour les supporters français évidemment, mais tout le monde peut comprendre la logique et approuver le raisonnement, la retenue. Pas malin de se cramer tout l’été après une saison intense en LNB qui s’est terminée en finale mi-juin, à un an des Jeux Olympiques et avec une année NBA déterminante qui démarre mi-septembre et qui sera forcément exténuante (avec le fameux rookie wall, à négocier intelligemment). Sans pause réelle, c’était mission impossible.

    Les devoirs de vacances en Summer League

    Au lieu d’endosser le rôle de sauveur d’une sélection française, avec la certitude de s’attirer deux ou trois défenseurs et autant de coudes, de fautes flagrantes ou des petits coups en douce souvent ignorées par l’arbitrage, le rookie des Spurs va pouvoir se familiariser avec le staff qui va le suivre toute l’année, en commençant par les matches estivaux qui présentent déjà, contrairement à ce que certains en disent, une opportunité d’apprentissage très intéressante pour le jeune français, avide de nouveaux challenges. Ce n’est pas la NBA, certes, mais quand on vient de Boulogne-Levallois face à Bourg-en-Bresse, Monaco, Blois et Nanterre, chaque étape américaine est bonne à prendre.

    Un profil des plus atypiques

    Ne vous y trompez pas, Victor Wembanyama est un cas unique. Dans le basket français, un tel monstre physique et athlétique était proprement injouable. Sa seule présence en attaque comme en défense posait des problèmes inédits pour des professionnels pourtant aguerris. Régulièrement, les clubs adverses refusaient d’entrer dans la raquette pour éviter le contre inévitable du géant boulonnais. On a même vu des joueurs jeter la balle plutôt que de se faire contrer sur un shoot à 3 points. Monaco, en finale, a utilisé une technique coordonnée à deux pour permettre au meneur de jeu d’accéder au panier en poussant le pivot de 2,24 mètres de côté.

    Et en défense, toute l’équipe était mobilisable sur chaque action : dès que Wemby recevait le ballon, il devait affronter deux, trois voire cinq joueurs, ouvrant considérablement le jeu pour ses coéquipiers, qu’il savait trouver pour une passe décisive presque trop évidente – un jeu totalement faussé. Ses statistiques impressionnantes pour un joueur de 19 ans, ont donc été réalisées dans un contexte très particulier. C’est pourquoi rester une saison de plus en championnat de France n’aurait pas réellement servi – il ne rencontrera jamais de telles situations en NBA, où son avantage de taille sera moins important. Sa préparation doit donc se faire désormais exclusivement sur le sol américain, où la concurrence est plus élevée globalement et à chaque poste, rendant un 5 contre 1 pratiquement impossible. Curieusement, si son vis-à-vis sera plus costaud, le jeu dans son ensemble devrait être plus clair.

    Victor veut jouer Lebron

    Visiblement, Victor Wembanyama ne veut rater aucune rencontre en NBA lors de sa première saison. C’est essentiel pour son processus d’apprentissage, sa boîte noire interne qui enregistre chaque possession, c’est ce qui lui a permis de progresser considérablement en LNB cette saison, où il n’a pas raté une minute de jeu, jamais abandonné un match même mal parti (comme en témoigne le premier match de la finale contre l’AS Monaco, une deuxième mi-temps exemplaire après une première mi-temps catastrophique, alors que le score était sans appel: 21-52 à la mi-temps puis 64-87 à l’arrivée). Au lieu de se reposer sur le banc pour la suite de la finale, le MVP des Mets a joué la deuxième mi-temps comme un nouveau match, remporté pour la gloire (43-35 pour les Mets). Toute l’année, on l’a vu jouer chaque ballon avec la même intensité, même après le coup de sifflet de l’arbitre; quand un adversaire tentait un shoot qui ne comptait pas, Wemby allait chercher le ballon au-dessus du cercle, en mode Georgetown – pas de panier, même pour rien.

    Pour le rookie des Spurs, pas question, sauf problème de santé caractérisé, de rater une affiche dont il rêve depuis si longtemps. Chaque expérience sera importante pour lui. Et il ne souhaite pas en être privé sur décision administrative de son club, même bienveillante. Il est jeune, il veut vivre sa saison rookie à fond. Ses héros de NBA, il les rencontrera tous. Il ne reculera devant aucun challenge. Donc, il a pris les devants, il fait là une énorme concession dès le début, afin de se donner toutes les chances d’aborder le championnat NBA dans les meilleures conditions – les siennes. Il montre aux Spurs qu’il est lucide, engagé mais raisonnable. Et surtout, il garde un œil sur sa propre santé, préférant ne pas disperser ses efforts avec des attentes excessives, l’obligation de se ménager ici et là. Il s’engage donc à fond pour les Spurs dans un premier temps, mais sera tout aussi déterminé et disponible pour le maillot bleu lors des Jeux Olympiques de Paris 2024.

    Trouver sa place en NBA et en Bleu

    Avec son parcours sans faute cette saison, ou presque (une belle gifle en finale), Victor Wembanyama donne sans doute une impression de facilité. On entend donc que la Summer League, c’est trop facile pour lui, ça n’a aucun intérêt. L’équipe de France, c’est cadeau. Et l’enchainement LNB, Equipe de France cet été, année rookie en NBA directement après, c’était jouable. Eh bien selon les calculs de Wemby et son staff, cela ferait 170 matches en 2 ans, ça ne passe pas.

    Un choc culturel à la fois. Pour réussir en Équipe de France, Victor Wembanyama va devoir trouver sa place dans un effectif habitué aux grands rendez-vous internationaux (finaliste aux JO de Tokyo en 2021). Même si on se doute que la greffe ne posera pas vraiment de problèmes, cela reste un travail spécifique important avec une nécessité de résultat immédiat – l’Or ou rien. C’est très facile à dire, bien plus compliqué à mettre en place et à assumer au jour le jour, face à chaque adversaire, sur le terrain. Personne ne nous fera de cadeau. En repoussant cette échéance-là d’un an, Wemby s’offre le luxe de se concentrer cet été sur un seul challenge de taille, son intégration au sein des Spurs en NBA, un club en pleine reconstruction.

    F comme… FIBA

    Accueilli en grandes pompes dès son arrivée au Texas par une délégation légendaire à San Antonio (David Robinson, Sean Elliott, Manu Ginobili et Tim Duncan), Victor Wembanyama a longuement discuté avec ses illustres prédécesseurs. Or, pour mémoire, Tim Duncan a participé à une compétition internationale avec Team USA en 2004, un échec cuisant pour lui et la sélection américaine sous la gouverne de Larry Brown. L’équipe américaine avait concédé 3 défaites face au Porto Rico de Carlos Arroyo (73-92), la Lituanie de Jasikevicius (90-94) et l’Argentine en demi-finale (81-89), se contentant du bronze. Le pivot des Spurs (10 points, 5 fautes en 20 minutes), excédé par les règles et l’arbitrage international, avait alors déclaré tout simplement: « FIBA sucks! ».

    Si le sujet a été abordé lors du fameux dîner avec ces légendes, on se doute de ce que le rookie a pu entendre. On ne sera donc pas surpris si le staff des Spurs, Duncan en tête, ne compte pas en priorité sur les compétitions internationales pour accélérer le développement de leur jeune prodige en NBA. Ce qui n’empêchera pas Wemby de porter le maillot des Bleus, bien entendu, mais cela ne lui rapportera pas de points auprès des américains. Il va donc devoir faire preuve de souplesse, d’où cette première grosse concession stratégique.

    Ceci dit, il y avait également à cette table le grand Manu Ginobili, l’un des responsables de la débâcle américaine de 2004, côté argentin (29 points dont 4/6 à 3 points, la victoire 89-81 en demi-finale de la World Cup, le 27 août 2004). Sans froisser Duncan, l’ailier pourra lui aussi donner, en douce, quelques clés à Wemby pour déjouer le piège américain aux prochains JO. Tout n’est donc pas perdu pour le Français en compétitions internationales. Wemby veille.