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  • Un Jour aux Jeux de Melbourne, Bill Russell écrasa la concurrence au tournoi olympique de basket de 1956

    Un Jour aux Jeux de Melbourne, Bill Russell écrasa la concurrence au tournoi olympique de basket de 1956

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time vous propose de revenir sur cette XVIème éditions des Jeux qui se déroule pour la première fois dans l’hémisphère sud. L’occasion pour nous de revenir sur un évènement marquant lors du tournoi de basket. Plus qu’un évènement, il s’agit d’un phénomène, sorti tout droit de la fac de San Francisco, qui va traverser quasiment la moitié du globe pour martyriser les cercles et rapporter l’or olympique.

    Bill Russell aux Jeux de Melbourne

    Bill Russell et la naissance d’un compétiteur d’exception

    Pour les amateurs de basket, Bill Russell fut la pierre angulaire, la figure de proue et l’incarnation même de la dynastie des Celtics de Boston des années 60, à savoir l’une, si ce n’est la plus grande équipe de l’histoire du sport aux États-Unis. Incroyable défenseur, contreur légendaire et défenseur hors-pair qui révolutionna les concepts et styles défensifs en NBA, le pivot fut longtemps considéré comme le meilleur joueur de l’histoire de la ligue. MVP à cinq reprises, auquel on peut ajouter douze sélections All-Star, le grand Bill fut également quatre fois meilleur rebondeur de la ligue avec près de 22.5 prises par match en carrière (21 620 rebonds au compteur), terminant même certains matchs à 51 rebonds… 51 rebonds !

    Ses nombreuses distinctions individuelles sont également à mettre en parallèle avec un palmarès collectif qui ferait pâlir n’importe quel athlète. Au sein de l’effectif des Celtics de Red Auerbach, Bill Russell fut un joueur d’équipe pur et dur et n’a jamais caché son obsession pour les victoires collectives et la réussite de son équipe, celle de Boston en l’occurence, qui va littéralement broyer la ligue sur son passage entre 1956 et 1969, remportant onze titres, dont huit consécutifs. Une domination qui n’a pas son pareil dans les annales de la ligue, la franchise devenant l’égal des Yankees de New York au baseball ou encore des Canadiens de Montréal en hockey sur glace.

    De la Louisiane à la Californie

    William Felton Russell est né le 12 février 1934 à Monroe, en Louisiane. Sa famille déménage dans la région de la baie de San Francisco alors que le monde est plongé dans une seconde guerre mondiale, Bill a alors huit ans et ses parents partent pour trouver du travail sur la côte ouest mais surtout pour fuir la ségrégation qui sévit dans le pays. Il fréquente alors l’école secondaire de Mcclymonds à Oakland pour laquelle il commence à jouer au basket. Plutôt adroit ballon en main, le jeune Russell n’est pas considéré comme le plus offensif des basketteurs à l’époque mais sera tout de même remarqué pour ses mensurations vertigineuses, ce qui lui vaudra une bourse d’étude à l’Université de San Francisco, où il s’épanouira très vite et sera remarqué par un certain George Mikan, joueur des Minneapolis Lakers.

    De la révélation à la confirmation sur les parquets de la fac

    K.C. Jones et Bill Russell, joueurs des Dons de San Francisco

    Avec les Dons de San Francisco, Bill Russell va rapidement faire la connaissance d’un certain K.C. Jones, meneur titulaire de l’équipe universitaire depuis un an et qui deviendra très vite son acolyte de toujours. Entre 1955 et 1957, Bill Russell et l’Université de San Francisco vont participer à trois Final Four NCAA, remportant deux titres consécutifs avec une série de 55 victoires consécutives à la clé. Il tournera sans discontinuer à plus de vingt points et rebonds et sera honoré des meilleurs distinctions individuelles lors de ses deux dernières années, notamment du titre du meilleur joueur universitaire du tournoi. La réputation du jeune pivot n’est désormais plus à faire.

    Des Boston Celtics aux Harlem Globe Trotters

    Bill Russell attire l’attention d’un très grands nombres de recruteurs, notamment celle de Red Auerbach, qui voit chez lui la pièce manquante à son grand échiquier aux Celtics. Mais Boston est dans une impasse à l’aube de la draft 1956. Le premier choix est revenu aux Hawks de Saint-Louis et Auerbach voulait utiliser son Territorial Pick pour récupérer également Tom Heinsohn (Holy Cross). Il va donc mettre en place un trade avec les Hawks de Ben Kerner, cédant le pivot Ed Macauley et Cliff Hagan pour récupérer le joueur drafté en 2ème position par Saint-Louis. Un pari risqué à l’époque mais nécessaire aux yeux du dirigeant-entraîneur, qui souhaite apporter une dimension athlétique et défensive supplémentaire autour des cadres Bob Cousy et Bill Sharman.

    Les Harlem Globetrotters vont inviter Bill Russell 
    à rejoindre leur équipe de basketball semi-amateur en 1956, 
    moyennant un salaire assez attractif pour l'époque 
    (on parle de plusieurs milliers de dollars par représentations). 
    Russell fut néanmoins vexé et énervé contre le propriétaire
    Abe Saperstein qui aurait préféré discuter avec Phil Woolpert, 
    le coach des Dons de San Francisco, sans même prendre le temps 
    de discuter avec le joueur. Russell refusa l’offre des Trotters 
    en s'inscrivant à la draft 1956, estimant que si 
    Saperstein était trop intelligent pour discuter avec lui, 
    alors il jugea qu'il était également trop intelligent pour jouer
    pour son équipe.

    Melbourne 1956

    Une année charnière

    Pour autant, Russell retardera ses débuts dans la grande ligue pour concourir aux Jeux Olympiques, ne rejoignant les Celtics qu’en décembre. Déjà approché lors de son année junior, Bill Russell était néanmoins déterminé à représenter son pays et la cause afro-américaine lors des Jeux de Melbourne. Le président Eisenhower l’y avait fortement encouragé, souhaitant notamment voir le prodige de San Francisco, représenter la sélection olympique américaine de basket.

    Bill Russell lors d’une épreuve de saut en hauteur

    Car la popularité du jeune Russell ne s’arrêtait pas qu’au basket. Bill Russell était également l’un des tous meilleurs athlètes universitaires du pays, détenteur de la septième meilleure performance de l’année au saut en hauteur. Lors des West Coast Relays, le grand Bill avait réalisé un saut à plus de 2m10, jouant des coudes avec Charlie Dumas, futur champion olympique de l’épreuve à Melbourne et surtout futur recordman du monde de la discipline. Sa panoplie d’athlète ne s’arrêtait pas là puisque que la future légende des Celtics était également spécialiste du demi-tour de piste (400m).

    Le jeune Russell va néanmoins se tourner vers la balle orange et la sélection olympique américaine de basket, pour son plus grand plaisir.

    Dès que j’avais atteint l’âge fixé pour participer aux Jeux, je n’ai pas hésité un instant. Je n’y suis pas allé pour gagner mais avant tout pour participer car je voulais vraiment faire partie de cette expérience olympique.

    Bill Russell, ESPN

    1956, année de boycott et de tensions internationales

    Organisé du 22 novembre au 8 décembre, les Jeux Olympiques se déroulent pour la première fois dans l’hémisphère sud. Autre nouveauté, la charte olympique (instaurée par Pierre de Coubertin) fut remise en cause concernant le déroulement et le lieu des épreuves olympiques. En effet un décret économique et sanitaire imposait une mise en quarantaine de six mois pour tout bétail et animaux entrant dans le pays. Le Comité International Olympique décida donc de scinder en deux l’organisation des Jeux, les épreuves équestres se déroulant à Stockholm du 10 au 17 juin 1956.

    Par ailleurs, les saisons australiennes inversées par rapport au continent nord-américain, les Jeux eurent lieu durant l’hiver aux États-Unis, en plein début de saison en NBA. Le gouvernement australien du versé une somme record de près de 13,5 millions de dollars afin de dédommager les différentes ligues sportives professionnelles, privées de leurs athlètes.

    Sur le plan diplomatique, une multitude d’évènements majeurs vinrent empiéter sur le terrain de l’olympisme et plus exactement dans les piscines olympiques avec l’épisode du « Bain de Sang de Melbourne », surnom donné lors de la rencontre de Water-polo entre l’URSS et la Hongrie en demi-finale du tournoi. Cet évènement se déroula moins d’un mois seulement après l’insurrection de Budapest et la repression meurtrière de l’armée soviétique dans les rues de la capitale. Au cours de cette rencontre, le joueur soviétique Valentin Prokopov donna un coup de tête au Hongrois Ervin Zádor. Les deux équipes en viendront aux mains et plusieurs joueurs seront blessés dans la piscine, au point que l’eau se teindra de rouge. La police australienne interviendra pour éviter le lynchage de l’équipe soviétique par les spectateurs et la Hongrie sera déclarée vainqueur et remportera la médaille d’or en finale.

    Ervin Zádor sort le visage ensanglanté

    Côté résultats et performances mémorables, Melbourne offrit à Alain Mimoun sa première médaille d’or olympique sur marathon. Âgé de 35 ans, le français avait échoué à deux reprises sur le 10 000m et le 5 000m lors des précédentes éditions, et décrocha finalement le graal sur l’épreuve reine de fond. Par ailleurs l’athlète locale Betty Cuthbert va s’illustrer, chez elle, devenant triple championne olympique sur les épreuves de sprint.


    Le Tournoi olympique de 1956

    Le Royal Exhibition Building fut le théâtre du plus beau tournoi de basket depuis sa création selon les spécialistes et médias invités à l’époque. Bâtiment construit en 1880 il accueillera entre 2 000 et 3 000 spectateurs en moyenne à chaque rencontre et jusqu’à 3 166 spectateurs pour la finale disputée dans la soirée du 1er décembre.

    Le pays hôte fut néanmoins éliminé dès le premier tour, se contentant d’une douzième place après avoir perdu notamment son dernier match face à Formose (87-70). La présence de Formose faisait pointer le risque d’un conflit politique entre la République Populaire de Chine et la présence de la petite île, plutôt connue sous le nom de Taïwan, qui concourait avec l’appellation portugaise de « Formosa ».

    Pour sa quatrième participation, la France de Robert Busnel se retrouve au 1er tour face aux Soviétiques et s’en sortira remarquablement bien en gagnant leur rencontre face à l’ogre russe (76-67). Jean-Paul Beugnot, Robert Monclar, Henri Grange et Roger Haudegand ont l’objectif de faire aussi bien que leurs aînés aux Jeux de Londres (médaille d’argent) mais vont malheureusement s’inclinés face à ces mêmes soviétiques en 1/2 finale du tournoi (49-56) avant de perdre le match de la médaille de bronze face à l’Uruguay de Carlos Blixen et Oscar Moglia (62-71).

    Team USA

    Team USA Basket 1956

    Le sélectionneur de l’époque, Gerald Tucker, est l’entraîneur des Phillips 66ers, équipe de basket amateur en AAU (Amateur Athletic Union). Accompagné de son assistant Bruce Drake, des forces armées des USA, la sélection se faisait à l’époque entre les joueurs universitaires, les militaires et les joueurs de l’AAU. Le format voulait qu’il y est autant de joueurs amateurs que de joueurs en facs, c’est pourquoi cinq joueurs des Phillips 66ers furent sélectionnés entre autres. Charles « Chuck » Darling (C), Burdette Haldorson (F), William Hougland (F), Robert Jeangerard (F), James Walsh (G). Parmi les autres joueurs sélectionnés on retrouve également trois joueurs issus de l’armée, Williams Evans (G), Ron Tomsic (G) et Gilbert Ford (G), ainsi qu’un joueur des Wichita Vickers (AAU), Dick Boushka (F).

    Au final seul le duo de San Francisco Bill Russell et K.C. Jones, accompagnés de Carl Cain, jeune ailier de l’université d’Iowa firent partis de l’aventure olympique en tant qu’universitaires. Fait unique pour l’époque, les trois joueurs afro-américains furent les premiers sélectionnés par Team USA depuis Don Barksdale lors des Jeux de Londres (1948) alors qu’aucun joueur noir n’avait été retenu quatre ans plus tôt à Helsinki. Jones et Russell deviendront assez vite les joueurs indispensables sur le terrain.

    Les États-Unis en démonstration

    Reversés dans le premier groupe du tournoi, les américains vont devoir se défaire des modestes équipes des Philippines, du Japon et de la Thaïlande au premier tour. Des rendez-vous plus exotiques qu’à enjeux réels. Le récital débute tout d’abord face aux japonais (98-40) qui vont prendre la marée en seconde mi-temps (65-20) grâce aux vingt points de Bill Russell et une présence diabolique dans la raquette. Face à la Thaïlande, le score sera encore plus sévère (101-29) avec une défense monstrueuse contre laquelle les pauvres thaïlandais n’ont rien pu faire. Bill Russell ne va inscrire que huit petits points mais son activité incessante en défense laisse ses coéquipiers assurer au scoring. Lors du dernier match, les philippins prendront une leçon de basket identique (121-53), tandis que sept joueurs américains finiront en double figures au scoring (21 points pour Jeangerard notamment).

    La démonstration américaine ne s’arrête pas au premier tour, les USA infligeant trois nouveaux revers au bulgares (85-44), aux brésiliens (113-51) mais surtout aux soviétiques (85-55), annoncés comme leur principaux rivaux et ce malgré une première mi-temps accrochée. Sur l’ensemble des six premiers matchs, Team USA affiche une moyenne de 100,5 points inscrits contre 45,3 encaissés, soit 55 points d’écart par match. Au vue des prestations, l’explication semble toute trouvée, la répartition du scoring se faisant librement et de manière déconcertante entre Russell (14,8 points), Jeangerard (13,5 points), Tomsic (11,1 points), K.C. Jones (9,8 points), Chuck Darling (9,3 points) ou encore Haldorson (9 points).

    Bill Russell, impérial dans la raquette soviétique

    Même constat en demi-finale face à l’Uruguay, où Team USA va faire un récital face aux champions sud-américains (101-38). Tous les joueurs américains vont au moins inscrire un panier pour la sixième fois depuis le début du tournoi, six d’entre eux vont même atteindre la barre des dix points inscrits. Difficile du coup pour l’Union Soviétique de trouver une quelconque faille dans la mécanique américaine. Pour la finale, bis repetita, les soviétiques croisent de nouveau la route de Bill Russell et sa bande qui les avaient sévèrement puni lors du match au second tour.

    Bill Russell justement fut bien inspiré de représenter les États-Unis à Melbourne car les Soviétiques s’empressèrent d’emboîter le pas aux américains, en choisissant eux-aussi de grands gaillards, à vocation offensive et défensive mais évidemment moins génial et talentueux que Bill Himself. Du coup c’est le letton Jānis Krūmiņš (2m20) qui devra s’occuper de défendre sur le pivot américain. Mais l’équipe soviétique ne fut guère à la hauteur, trop lente et apathique dans le jeu en comparaison des américains, à l’image de son golgoth, totalement dépassé par la vitesse et l’aisance technique du jeu adverse. En dépit de ses mensurations extraordinaires, le letton et son équipe furent malmenés au rebond et sur le jeu rapide mis en place par Tucker, marquant seulement 55 points, comme lors du premier volet, (dont quatre lancers seulement pour Krūmiņš).

    Bill Russell, plein et d’aisance sur le plan technique et physique, rend le jeu impossible pour des russes contraints de s’écarter de la raquette pour tenter leur chance de loin, sans réussite. Les américains vont remporter cette finale (89-55) encore plus facilement que la première rencontre contre l’URSS, menant notamment à la mi-temps de près de trente points, avec un Bill Russell de gala (13 points) et un K.C. Jones à la baguette (15 points), Jeanregard ajoutant également seize points.

    Un titre olympique et la naissance d’une légende

    Jānis Krūmiņš serrant la main du jeune Bill Russell

    Il s’agit donc de la quatrième médaille d’or consécutive des États-Unis aux Jeux Olympiques depuis l’introduction de ce sport au programme lors des Jeux de Berlin.

    Les américains furent les seuls à dépasser la barre des cent points à plusieurs reprises et fut considéré comme la plus dominante de l’histoire, remportant ses huit rencontres par 53 points d’écart, étrillant au passage l’URSS à deux reprises, dans un récital offensif et défensif avec un génial Bill Russell, métronome aux rebonds et en défense. Le sélectionneur américain regrettera même que les efforts de ses joueurs furent banalisés à cause de la faible concurrence dans ce tournoi, jugeant que cette équipe aurait pu battre à peu près n’importe qui même en dehors des Jeux.

    Mélangeant taille, vitesse, timing offensif et défensif ainsi que de créativité, l’équipe américaine offrit ainsi un modèle de joueur moderne de basket, polyvalent et athlétique. Le public s’empressa de venir voir jouer ce nouveau phénomène de la balle orange, claquant des dunks et des contres à tour de bras et enthousiasmant déjà les foules selon Alison Danzig du New York Times. Russell changea ainsi la face du basket international lors de ces Jeux de Melbourne, tout comme il avait changé celle du basket universitaire au début des années 50.

    C’était tellement sympa de pouvoir participer à cet évènement. Être réunis, au même endroit et au même moment pour partager quelque chose d’aussi génial. Cette médaille d’or a une grande valeur à mes yeux. Parmi tous les trophées et récompenses que j’ai remportés dans ma vie, c’est probablement celle-ci la plus importante.

    Bill Russell

    Bill Russell qui aura inscrit 113 points dans le tournoi savourera cette victoire très brièvement, le joueur étant désormais tourné vers un retour aux États-Unis, non pas à Boston comme on pourrait le penser mais plus exactement en Californie, où son mariage avec Rose Swisher, son amour de lycée était prévu pour le 9 décembre. Âgé seulement de 22 ans, Bill Russell aura néanmoins montré en Australie toute l’étendue de son talent et de son QI basket, amenant ce sport à un tout autre niveau en particulier en défense.

    Avec son coéquipier de l’Université de San Francisco puis à Boston, KC Jones, les deux futurs Hall of Famers feront partis du cercle très restreint des joueurs à avoir remporté un titre NCAA, un titre NBA et une médaille d’or olympique.

  • Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux de Séoul en 1988. Pour cette 24ème édition des Jeux, américains et soviétiques vont une nouvelle fois s’écharper en demi-finale du tournoi olympique, offrant un verdict inattendu à l’issue duquel, les instances du basket autoriseront les américains à envoyer leur joueurs professionnels.

    Séoul 88, entre Boycott et Dopage

    Ben Johnson devançant Carl Lewis sur la ligne d’arrivée

    S’il y a bien une image à retenir en 1988 à Séoul, c’est bien celle de l’athlète canadien Ben Johnson, sprinter sulfureux des années 80 qui remportera l’or sur 100m devant son grand rival et légende de son sport Carl Lewis. Le nouveau recordman du monde de la distance se verra retirer sa médaille d’or deux jours plus tard après un contrôle positif à un stéroïde anabolisant, laissant une trace indélébile sur sa discipline.
    Organisés pour la première fois en Corée du Sud, l’évènement fut de nouveau le théâtre de dissensions politiques entre le pays organisateur et sa soeur au nord, qui décidera de boycotter ces jeux au motif qu’elle aurait dû être également retenue pour organiser l’évènement conjointement avec le sud. Soutenue par d’autres pays dont Cuba, il s’agira de la quatrième édition consécutive des Jeux, boycottées par plusieurs nations pour des motifs étrangers au sport.

    Et le basket dans tout ça ?

    Pour ce douzième tournoi olympique de basket, le public retrouve enfin les meilleures sélections nationales au grand complet. En effet depuis 1976 et les Jeux de Montréal, soviétiques et américains ont pris soins de s’éviter en refusant de participer à l’une des deux dernières éditions de 1980 et 1984, organisées respectivement à Moscou puis Los Angeles. Seize ans donc que Team USA n’a plus croisé la route des basketteurs soviétiques depuis le triste incident de la finale des Jeux de Munich. Les deux équipes ont cependant remporté, trois des quatre dernières médailles d’or aux Jeux et s’avancent comme les grandes favorites du tournoi aux côtés également de la nation montante du basket, la Yougoslavie. Un tournoi qui s’annonce dès lors comme l’un des plus passionnant de son histoire.

    Team USA pour le doublé

    Depuis 1976 et la victoire aux Jeux de Montréal, les américains sont parvenus à effacer le traumatisme de Munich. Le boycott des Jeux de Moscou et la victoire d’il y a quatre ans sur leur territoire ont offert aux américains les arguments pour réaffirmer leur rôle de nation du basket dans le monde.
    Afin de ne pas reproduire les même erreurs, la sélection olympique cherche désormais à inciter, par tous les moyens, ses meilleurs joueurs universitaires de participer au tournoi olympique afin de présenter une équipe la plus compétitive possible alors que l’écart entre les USA et le reste du monde s’est considérablement réduit au fil des décennies.

    En 1988, John Thompson, coach universitaire des Hoyas de Georgetown, doit bâtir cette sélection olympique américaine. Ancien joueur des Celtics dans les années 60, il remporta notamment deux bagues de champions au côté de Bill Russell puis deviendra entraîneur en High School à Saint Anthony (Idaho). Thompson connaîtra le succès en tanr qu’entraîneur en NCAA, avec la fac de Georgetown entre 1972 et 1999 avec laquelle il terminera champion en 1983 et aura notamment sous ses ordres Patrick Ewing, Dikembe Mutombo, Alonzo Mourning ou encore Allen Iverson pour ne citer qu’eux. Toutefois il ne s’agit pas de sa première expérience avec Team USA, John Thompson fut également assistant coach lors du sacre en 1976. Il connaît bien la maison et emmène à ses côtés George Raveling (USC), ancien militant des droits civiques aux côtés de Martin Luther King et Mary Fenlon, fidèle assistante de Thompson à l’université de Georgetown et première femme à faire partie du staff de la sélection olympique américaine de basket.

    Sélection olympique américaine de Basket, Séoul 1988

    Parmi les joueurs que Thompson emmène avec lui en Corée, on retrouve les futurs Hall of Famers David Robinson (U.S. Naval Academy) et Mitch Richmond (Kansas State), le champion universitaire Danny Manning (Kansas) ainsi que Hersey Hawkins (Bradley), Charles D. Smith (Pittsburgh) et son homonyme Charles E. Smith (Georgetown) ainsi que Dan Majerle (Central Michigan). L’effectif est prometteur avec des joueurs déjà promis à un bel avenir en NBA à l’image de David Robinson, sélectionné en première position de la draft 1987 mais qui doit terminer son service militaire avec l’US Navy.

    Team USA Basket 1988

    La Grande équipe Soviétique

    Après leurs deux troisièmes places consécutives en 1976 et 1980, le basket soviétique a su néanmoins conserver son statut international sur le devant de la scène en remportant le Mondial 1982 (face aux États-Unis) ainsi que trois nouveaux titres de champions d’Europe (1979, 1981, 1985). Seize ans après le premier sacre olympique de Munich, l’URSS partage néanmoins le haut de l’affiche du basket européen avec son terrible voisin yougoslave. Depuis quelques temps les deux frères ennemis se rendent coup pour coup en compétitions pour se départager le rôle de meilleure nation du basket derrière les États-Unis.

    Dirigée d’une main de maître par Alexander Gomelsky, les vice-champions d’Europe s’avancent à Séoul avec un effectif taillé sur mesure pour y décrocher l’or. De retour aux manettes, le père du basket russe peut compter sur son expérience inégalée en terre soviétique (sept titres de champions d’Europe, deux titres mondiaux et trois médailles olympiques) même si le titre olympique résiste encore au sélectionneur qui entame sa quatrième campagne olympique.
    Pour y remédier Gomelsky emmène avec lui en Corée une armada de joueurs d’exceptions. Plusieurs d’entre eux retiennent l’attention au premier coup d’oeil, des lituaniens Arvydas Sabonis (Žalgiris Kaunas), Šarūnas Marčiulionis (Rytas Vilnius) et Valdemaras Chomičius (Žalgiris Kaunas) et Rimas Kurtinaitis (Žalgiris Kaunas), aux russes du CSKA Alexander Volkov et Sergei Tarakanov, l’effectif compte également dans ses rangs l’ukrainien Alexander Belostenny (Budivelnyk Kiev), l’estonien Tiit Sokk (Kalev Tallinn) et le letton Igors Miglinieks (CSKA).
    Alliant expérience et jeunesse à la fois, technique et puissance physique, cette cuvée de joueurs apparaît sur le papier comme l’une des plus talentueuse jamais réunie pour un tournoi olympique.

    Des États-Unis invaincus face à des Soviétiques malmenés depuis le début du tournoi

    Deux équipes s’affrontent en demi-finale, avec deux parcours légèrement différents. D’un côté les américains, sortis invaincus de leur poule, ont écrasé une faible équipe du Costa Rica (94-57) en 1/4 de finale pour rejoindre le dernier carré. Bien emmenés par le trio Majerle – Robinson – Manning, les États-Unis n’ont guère été inquiété que par le Canada (76-70) et le Brésil au premier tour (102-87) avant de dérouler face à la Chine (108-57) et l’Égypte (102-35). Invaincus, les joueurs américains affichent une moyenne de 97 points inscrits pour seulement 60 encaissés. Difficile alors d’imaginer une équipe capable de renverser cette équipe qui semble se diriger tout droit vers un dixième sacre.

    Côté soviétique la copie rendue est moins reluisante. Dépassés d’entrée de jeu par les yougoslaves (92-79), les hommes de Gomelsky ne sont pas parvenus à reprendre la tête de leur groupe entre les victoires faciles face à l’Australie (91-69) et la Corée (110-73) et des succès plus serrés face à Porto Rico (93-81) et la Centrafrique (87-78). C’est en 1/4 de finale que l’Union Soviétique éprouvera toute les peines du monde pour venir à bout du Brésil (110-105) et d’un Oscar Schmidt de gala avec 46 points inscrits à 5/8 de loin ! Néanmoins les coéquipiers de Marčiulionis (prononcé Martchioulionis) sont toujours en vie dans ce tournoi et disposent encore d’une certaine marge de progression aux vues de leurs prestations.

    Une première mi-temps sur les chapeaux de roues

    Sur le papier l’affiche a tout d’une finale avant l’heure. La rivalité soviético-américaine est toujours vive même après seize ans sans s’être croisé aux Jeux. Du côté américain, Thompson reconduit son cinq habituel avec Charles E. Smith à la mène, Mitch Richmond au poste d’arrière, Dan Majerle à l’aile et une raquette Danny Manning, David Robinson. Absence non-négligeable, l’arrière Hersey Hawkins ne figure pas sur la feuille de match, blessé au premier tour.
    Les Russes sortent également l’artillerie lourde avec un back-court Tiit Sokk – Šarūnas Marčiulionis, à l’aile on retrouve le joueur drafté par les Hawks d’Atlanta, Valeri Tikhonenko pour finir sur une terrible raquette Alexander Volkov – Arvydas Sabonis.

    Le lituanien, est d’ailleurs au coeur d’une grosse controverse depuis quelques mois. Bien qu’aucun joueur de l’Union Soviétique ne soit autorisé à rejoindre la NBA, le pivot lituanien, drafté à l’été 1986 par Portland, se blesse gravement au tendon d’Achille droit un an avant les Jeux. Persuadés que le joueur ne reviendra pas avant un long moment en se soignant dans son club, l’Union soviétique autorise finalement Sabonis à rejoindre Portland pour y rencontrer les médecins de la franchise et soigner sa blessure qui le remettront plus rapidement sur pied. Malgré plusieurs contre-indications de ces derniers, Arvydas se juge suffisamment rétabli pour faire partie du voyage à Séoul. La polémique prend de l’ampleur, certains médias américains jugeant inadmissible qu’un joueur aussi important pour l’équipe soviétique puisse avoir été pris en charge et guéri par des soigneurs américains alors qu’il représente la principale menace dans le jeu russe.

    Devant près de 7 000 spectateurs, quasiment tous acquis à la cause des américains, cette demi-finale démarre sur un très gros rythme de jeu. Les soviétiques emmenés par Marčiulionis font circuler le ballon à merveille et développent un jeu résolument porté vers l’attaque. Face à la rapidité des russes les américains opposent une agressivité et une défense rapprochée sur le porteur de balle pour couper les lignes de passes vers la raquette.
    Très vite dépassés par le jeu rapide des hommes de Gomelsky, notamment en contre-attaque, les américains commencent à perdre la bataille au rebond et tardent à revenir défendre sur des joueurs russes qui s’écartent très souvent de la raquette pour allumer de loin.
    Après moins de quatre minutes de jeu, les russes sont devant (10-4) après un premier tir à 3 points réussi par Marčiulionis, intenable depuis le début du match. Les USA insistent néanmoins sur le jeu intérieur en forçant parfois les pénétrations et les tirs sans trouver la faille. Ils doivent s’en remettre alors à leur défense agressive et les pertes de balles russes pour rester en vie.

    Après deux tirs primés de Kurtinaitis l’URSS maintien l’écart alors que les américains se mettent de plus en plus à la faute pour stopper les tirs adverses. Danny Manning en fera d’ailleurs rapidement les frais, renvoyé sur le banc pour trois fautes concédées rapidement. À l’image de son jeu, lent et stéréotypé, les joueurs américains développent un basket trop individualiste et se font punir par le trio lituanien Kurtinaitis – Marčiulionis – Sabonis. Menés 16-9 après un nouveau trois points de l’arrière, les hommes de Thompson réagissent enfin grâce à David Robinson qui règle la mire. Sur une série d’attaque-défense express, les russes prennent le large par un nouveau tir derrière l’arc de Volkov (20-13), puis 23-15 après le troisième tir primé de Kurtinaitis. Malgré le bon travail à la mène du meneur de Georgetown, Charles E. Smith, les joueurs américains ne sont pas concentrés et alors qu’ils revenaient à 23-19, Marčiulionis puis Sabonis vont inscrire des paniers faciles. L’entente entre les deux joueurs est absolument fantastique sur le parquet.

    David Robinson maintient la Team USA à flot grâce à de nouveaux lancers (27-24) alors qu’il reste huit minutes à jouer. Dan Majerle l’imite quelques secondes plus tard en attaquant le cercle et provoquant la faute de Volkov, offrant la première égalité du match aux américains depuis la première minute (27-27).
    Mais les soviétiques ne relâchent pas la pression et après deux lancers de Kurtinaitis, suivis d’un panier de Sabonis sur une passe laser de Marčiulionis, les russes reprennent l’avantage au tableau d’affichage. Le jeu commence enfin à ralentir à six minutes de la fin, moment choisi par Robinson pour inscrire un tir en tête de raquette, auquel Sabonis répondra par un trois points. Kurtinaitis aggrave la marque seul à longue distance et les USA sont toujours menés 37-29 alors qu’il reste cinq minutes à jouer dans la première mi-temps.

    Incapables de sécuriser convenablement le rebond, les américains se font marcher dessus, en particulier J.R. Reid qui livre un duel de haute voltige avec Volkov. Les rebonds, souvent captés par les russes, finissent par revenir dans les mains du génial Marčiulionis qui régale par des passes caviars pour Sabonis notamment. Le pivot lituanien inscrira deux nouveaux paniers à moins de trois minutes de la fin (45-35) alors que David Robinson sera le seul joueur américain à surnager en face. Après un nouveau floater du remplaçant Chomičius au buzzer, les russes sont devant 47 à 37 à la mi-temps, provoquant la stupeur dans la salle. Plus adroits et avec des joueurs en mouvement permanent, les Soviétiques font étalage de leur intelligence de jeu avec leur circulation de balle et leur capacité à trouver des espaces ouverts pour tirer. Sabonis réalise également un énorme travail dans la raquette et en contre-attaque.

    Des américains en plein doute face à des soviétiques tout en contrôle

    Intense bataille au rebond entre Sabonis et Manning

    On se dit alors que les américains vont revenir le couteau entre les dents et refaire leur retard. Les discours de Thompson en première mi-temps et dans le vestiaire n’ont guère d’effets concrets sur le moral des joueurs. Les USA passent près de trois minutes sans inscrire le moindre point alors que Sabonis et Kurtinaitis en rajoute une couche (51-37). Il faudra attendre un tir salvateur à trois points de Richmond, invisible jusque là, pour voir les américains se réveiller. Reid prend enfin le dessus au rebond sur Volkov et après un dunk de l’ailier fort revoilà les américains à moins de dix longueurs (52-44). Plus présents au rebonds, les joueurs de Thompson élèvent le rythme de la seconde mi-temps en adoptant un pressing efficace sur les russes. Reid devient intenable et après un hook shot plein de maîtrise, il intercepte le cuir et part dunker en contre-attaque pour revenir à deux longueurs des russes (52-50). Les américains restent alors sur un run de dix points consécutifs après six minutes de jeu.

    Mais c’était sans compter sur ce diable de Kurtinaitis qui va de nouveau inscrire un tir à trois points, le cinquième déjà, pour redonner l’avantage aux siens. Après une contre-attaque soviétique, conclue par Tiit Sokk les russes prennent le large (57-50). Les russes ne parviennent plus à rentrer leurs tirs malgré un jeu qui ne se crispe pas. Les USA en profitent par l’intermédiaire de Charles E. Smith puis des rentrants Vernell Coles et Willie Anderson (59-57). Le retour de Manning, absent quasiment toute la première mi-temps, fait un grand bien sur le plan mental et défensif de l’équipe notamment au rebond, domaine dans lequel Majerle se met en évidence. Malgré tout les États-Unis enchaînent les fautes personnelles, offrants de nouveaux lancers à Sabonis et Marčiulionis. Les russes parviennent tout de même à contrôler le match et le tableau d’affichage avec un rythme de jeu plus lent pour faire défiler les secondes plus vite. Après un nouveau panier de Volkov, suivi d’une faute, les russes sont toujours devant (65-57) après douze minutes de jeu.

    Majerle commet alors une faute de débutant sur Kurtinaitis derrière l’arc, le lituanien, rusé, rentre deux lancers sur trois. Sur la remise en jeu américaine, Manning perd le ballon et Volkov envoie Marčiulionis en contre-attaque, provoquant la faute à six minutes de la fin. Les joueurs américains sont de nouveau dans le dur en cette fin de match et éprouvent d’énormes difficultés à rentrer leurs tirs. Toujours handicapés par les fautes à répétition, Marčiulionis, encore lui, offre un net avantage à cinq minutes de la fin (69-60). L’entraîneur américain s’agace depuis son banc et peste de plus en plus contre ses joueurs et l’arbitrage. Les USA finissent tout de même par revenir par l’intermédiaire de Majerle, Coles et Robinson, insuffisant néanmoins à moins de quatre minutes de la fin du match. L’URSS est toujours devant au moment d’entrer dans le money time (73-66) et Marčiulionis provoque une nouvelle perte de balle américaine, interceptant Vernell Coles et inscrivant deux nouveaux points.

    Le regard noir, Dan Majerle envoie un sublime tir à trois points pour recoller à 75-69 mais Kurtinaitis lui répondra dans la foulée. John Thompson en profite alors pour prendre un temps-mort, lequel débouche sur une claquette-dunk de Robinson après un nouveau tir de Majerle. Avec deux minutes à jouer, les américains optent pour une défense tout-terrain sur les russes mais ne parviennent pas à concrétiser leurs débauches d’énergie malgré trois nouveaux points de Majerle. Kurtinaitis, encore lui, place un magnifique lay-up sur jeu rapide en transition (79-74) alors que le match part dans tous les sens. Dan Majerle prend le jeu à son compte mais rate de nouveau un tir à trois points à moins d’une minute de la fin.

    Les dernière secondes du match n’y changeront rien, le pressing américain ne parvient pas à inverser la tendance et alors que Majerle et Anderson commettent de nouvelles fautes pour bloquer les remises en jeu soviétiques, Titt Sokk rentre un lancer-franc avant de voir Kurtinaitis clôturer le score à deux points (83-76) devant un Alexander Volkov qui exulte.

    Une demi-finale maîtrisée de bout en bout et un rêve olympique qui se dessine

    De g. à d. S. Marčiulionis, R. Kurtinaitis, A. Sabonis et T. Sokk

    Les soviétiques viennent une fois encore de renverser les américains. Toutefois, contrairement à la finale controversée de Munich, cette victoire russe ne souffre d’aucune contestation, tant elle fût amplement méritée. Les hommes de Gomelsky ont su imposer leur jeu et un énorme rythme en première mi-temps auxquels les américains n’ont su répondre. Malgré un sursaut dans la deuxième mi-temps, les hommes de John Thompson n’avaient vraisemblablement pas la même envie et la même détermination sur le terrain pour venir à bout d’une très belle équipe soviétique, emmenée d’une main de maître par leur trio infernal. Kurtinaitis terminera meilleur marqueur du match avec 28 points (à 5/8 à 3pts) devant les 19 points de Šarūnas Marčiulionis et l’énorme chantier dans la raquette effectué par le grand Sabonis (13 points, 13 rebonds). En face hormis David Robinson (19 points, 12 rebonds) et le réveil en seconde mi-temps de Dan Majerle (15 points, 7 rebonds) la feuille de match des USA n’est guère reluisante.

    Nouvelle désillusion pour le basket américain qui se consolera néanmoins avec la médaille de bronze face à l’Australie (78-49) et qui regardera de loin la finale opposant Soviétiques et Yougoslaves et le second sacre de leur bourreau (76-63). À l’issue de ces Jeux, le comité olympique américain en accord avec la fédération internationale de basket et après avoir convaincu la fédération américaine, décidera désormais d’envoyer non-plus des joueurs universitaires représenter les USA mais des joueurs professionnels issus des franchises NBA. Nous sommes alors à quelques années de voir naître la légendaire Dream Team de Barcelone.

  • Un Jour Aux Jeux de Munich, l’équipe de basket américaine va subir sa première défaite aux Jeux

    Un Jour Aux Jeux de Munich, l’équipe de basket américaine va subir sa première défaite aux Jeux

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de Munich en 1972, alors que les États-Unis demeurent invaincus depuis l’apparition du basket aux Jeux, la finale opposant américains et soviétiques va faire naître l’une des plus grandes controverses de l’histoire aux Jeux.

    LE DRÂME DES JEUX

    Trente-six ans après les derniers Jeux organisés en Allemagne, sous le régime nazi, le CIO décide d’attribuer l’organisation de ces 20èmes olympiades aux allemands, dans la ville de Munich (Bavière), devant Madrid et Montréal. Cette édition restera néanmoins dans les mémoires, non pas pour ces exploits sportifs mais bel et bien pour la dramatique prise d’otage d’athlètes israéliens au cœur même du village olympique.

    Le 5 septembre 1972 un commando de l’organisation palestinienne « Septembre noir » prend en otages neuf athlètes israéliens dans le village olympique. Les huit terroristes sont parvenus à pénétrer dans les appartements des athlètes, tuants d’abord deux personnes lors de l’attaque, puis menaçant d’exécuter les autres si les autorités ne répondent pas favorablement à leurs exigences. Les négociations, mal-gérées par les autorités ouest-allemandes, vont malheureusement conduire au dénouement le plus tragique lors d’un assaut, entraînant un bain de sang, dans lequel dix-sept personnes, dont onze membres de la délégation israélienne, vont périr.

    La grande fête du sport se retrouvant au cœur d’un terrible incident dont elle se souvient encore aujourd’hui. Les épreuves seront suspendues pendant 36 heures et une cérémonie d’hommage aura lieu le lendemain du tragique évènement en la mémoire des victimes. Le sport reprit néanmoins sa place sous l’impulsion du Président du CIO, Avery Brundage « The Games must go on ! ». L’édition de 1972 devint l’une des plus réussie par sa densité d’athlètes et de pays représentés et en termes de fréquentation du public.

    Mark Spitz fut incontestablement l’athlète qui brillera le plus durant cette olympiade, remportant pas moins de sept médailles d’or en natation, devenant ainsi l’athlète le plus médaillé sur une seule édition aux Jeux. La petite gymnaste Soviétique Olga Korbut tiendra la vedette dans les médias, enchaînant les succès dans les épreuves par équipe échouant seulement en individuel pour finalement remporter quatre médailles dont trois en or, sous le regard du monde entier.

    L’EVEREST AMÉRICAIN

    Comme à son habitude, depuis son premier titre à Berlin (1936), les États-Unis se présentent avec une équipe composée majoritairement de joueurs universitaires, dont la plupart seront amenés à se présenter à la draft pour devenir professionnels dans un avenir proche. La tradition veut néanmoins que tous les quatre ans, les athlètes retenus pour le tournoi olympique, se consacrent durant un été à la Team USA basket afin de ramener l’or olympique. C’est devenu une habitude en effet de voir les États-Unis rouler sur à peu près toutes les autres sélections olympiques pour au bout du compte ramener le titre uniquement à la force de son vivier de jeunes basketteurs amateurs. La sélection américaine reste en effet sur une invincibilité lors de chaque édition depuis la création du tournoi olympique de basket, toutes ponctuées par une médaille d’or.

    Henry « Hank » Iba

    En 1972, le comité olympique américain sort de la retraite son sélectionneur emblématique, Henry Iba, de l’université d’Oklahoma State, déjà victorieux aux Jeux de 1964 (Tokyo) et 1968 (Mexico). La recette est en tout point la même. Iba veut construire son équipe autour d’un axe 1-5, s’appuyant d’abord sur l’arrière Doug Collins (Illinois State) et face au refus de porter la tunique américaine du phénomène de UCLA, Bill Walton, c’est sur sa doublure, Swen Nater, que l’AAU (Amateur Athletic Union) décide de porter ses espoirs. Des espoirs vite balayés par les défections de certains joueurs, dont le pivot Nater, jugeant la préparation de l’équipe insupportable sur le plan physique et psychologique. Henry Iba réunit donc une équipe, fin préparée, mais affaiblie par les absences, programmée pour monter une huitième fois consécutive sur le toit de l’olympe.

    Doug Collins doit donc mener une équipe, jugée comme une des plus light de l’histoire pour les uns, et extrêmement prometteuse pour les autres. Les talents sont néanmoins bel et bien présents, de Tom McMillen (Maryland) à Dwight Jones (Houston) et Mike Bantom (St. Joseph’s) en passant par Thomas Henderson et le futur first pick de la draft 1973, Doug Collins, seront autant de joueurs parmis les meilleurs du pays, amenés à défendre les couleurs de l’oncle Sam aux jeux. La sélection de 1972 laisse tout de même planer quelques interrogations sur son casting et surtout au niveau du coaching d’Henry Iba, jugé un peu dépassé et hors-jeu. Pour autant avec une équipe âgée de 20 ans en moyenne, il s’agit bel et bien de la plus jeune sélection jamais présentée par Team USA aux Jeux. Les adversaires des USA sont habitués à voir les jeunes pousses américaines leur faire la leçon sur les parquets et l’absence d’un Bill Walton n’y change rien, les américains sont favoris aux yeux de tous, même pour les soviétiques.

    L’OUTSIDER SOVIÉTIQUE

    Comment parler des Jeux olympiques, sans évoquer l’Union Soviétique. Depuis 1952, date à laquelle l’URSS fut inscrite comme nation participante, les soviétiques se sont toujours débrouillés pour truster les premières places, et le basket n’y échappe pas. Devenu populaire dans les années 30-40, l’Union Soviétique peut se targuer d’avoir terminé à chaque fois deuxième sur ses quatre premières participations, n’échouant que face aux intouchables américains. Cependant lors des jeux de Mexico, les soviétiques eurent la mauvaise surprise de croiser la route d’une autre sélection montante du basket, battue par son cousin félon, la Yougoslavie. Revancharde la sélection rouge veut rectifier le tir à Munich.

    Hors période olympienne, les russes ont pour habitudes de croiser la route des américains aux championnats du monde. Des championnats de 1959 (victoire soviétique 37-62), en passant par le match pour la troisième place en 1963 (nouvelle victoire rouge 74-75) jusqu’au titre mondial de 1967 (défaite 58-59), les soviétiques veulent croire qu’à l’instar des championnats du monde, les américains peuvent également être défaits lors des tournois olympiques. La tâche demeure néanmoins compliquée, l’URSS restant sur une série de deux défaites cruelles en 1967 et 1970 face aux américains. Les russes doivent alors se jeter sur cette deuxième place, synonyme de médaille d’argent.

    Vladimir Kondrachin

    Dirigée d’une main de maître depuis plus d’un an par le coach du Spartak de Léningrad, Vladimir Kondrachin, la sélection soviétique peut d’ores et déjà se féliciter d’avoir repris le dessus sur son principal rival européen yougoslave, lors des des derniers championnats d’Europe (victoire 81-72), confortant un peu plus son hégémonie sur la scène européenne à l’époque (10ème titre depuis 22 ans). Il faut désormais s’atteler à préparer les jeux et pour cela Kondrachin prépare l’armada soviétique. Le leader Sergueï Belov (CSKA Moscou), 2x meilleur marqueur Euroleague et MVP de l’Euro 1969 et du Mondial 1970), la jeune pépite Aleksandr Belov (pivot du Spartak Leningrad), le talentueux Modestas Paulauskas (Žalgiris Kaunas), MVP de l’Euro 1965 et l’ailier Ivan Edeshko (CSKA Moscou).

    UN TOURNOI ENNUYANT PUIS ENDEUILLÉ

    Au programme pour les États-Unis, Tchécoslovaquie, Australie, Cuba, Brésil, Égypte, Espagne et Japon dans un groupe A, un programme assez relevé pour les américains qui vont devoir se frotter aux vice-champions du monde et vainqueurs des jeux panaméricains brésilien ou encore des audacieux cubains et australiens dirigés par le futur Hall of Famer Lindsay Gaze. Rien d’insurmontable cependant pour les hommes de « Hank » Iba qui vont démarrer tambour battant par un succès propre et net face aux tchécoslovaques (66-35) en ouverture. T. Henderson (16 points), D. Jones (15 points), K. Joyce (12 points) et J. Brewer (10 points) vont tour à tour ravager la défense de Vladimír Heger. L’Australie (81-55) puis Cuba (67-48) ne seront ni plus ni moins que du menus fretins, jusqu’à un match plus accroché face au Brésil de Marquinhos (20 points) et une victoire (61-54). La fin du tournoi préliminaire débouche sur deux orgies offensives face aux novices égyptiens (96-31) et japonais (99-33), entrecoupées d’un succès (72-56) face aux futurs vice-champions d’Europe espagnols. 44 points encaissés seulement en moyenne avec un écart moyen de 33 points. Rien de spectaculaire néanmoins dans le jeu américain, trop sûr de sa force et limitant souvent ses inspirations en attaque.

    À l’Est rien de folichon non plus. Les soviétiques sont tombés sur le Sénégal, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, la Pologne, Porto Rico, les Philippines et les redoutables yougoslaves. Le jeu est assez pauvre, même venant des yougoslaves de Cosić qui finiront d’ailleurs seulement 5ème au classement final. L’URSS termine première de son groupe comme les américains avec le rouleau compresseur face aux sénégalais (94-52), allemand (87-63), polonais (94-64), Porto ricains (100-87) et philippins (111-80). L’Italie de Meneghin et Marzorati s’en sortira mieux en deuxième mi-temps, limitant ainsi la casse (79-66) et s’offrant même une place en ½ au nez et à la barbe des yougoslaves, battus quant à eux (74-67) dans un match décisif. Les deux Belov (Aleksander, 14,5 points et Sergueï 14 points) s’en donnent à cœur joie bien aidés il faut dire par Zarmuhamedov (22pts, 11 rbd face à l’Italie) Paulauskas (11 points) Polivoda (10 points).

    Le commando  » Septembre Noir « 

    Les demi-finales se déroulent néanmoins dans une indifférence encore plus marquante, du fait des incidents du 5 septembre au village olympique. Les évènements qui suspendent les médias sur autre chose que le sport, les matchs URSS-Cuba et USA-Italie paraissent bien futiles pour un public encore sous le choc. L’Union soviétique se sort ainsi difficilement du piège cubain (67-61) tendu par Pedro Chappe (20 points) et Juan Carmelo Ortega Diaz. S.Belov (16 points), Zarmuhamedov (15 points) et A. Belov (14 points) auront néanmoins le dernier mot. Côté américain, le résultat est là mais la performance collective offensive de l’équipe laisse à désirer. Une victoire (68-38) face à des italiens apathiques ne lève pas tous les doutes sur le niveau de jeu de la Team USA à l’aube d’un match crucial pour la médaille d’or face à leur plus sérieux rivaux, les soviétiques.

    L’inexpérience américaine combinée à une certaine difficulté dans le jeu, les hommes de coach Iba n’ont que huit matchs de vécus contre plus de 400 pour les hommes de Kondrachin. Mais néanmoins, l’entraîneur russe réitère ses propos, les américains sont favoris et l’objectif de médaille d’argent étant rempli, c’est maintenant une montagne qui se dresse sur la route des russes.

    LA FINALE DE LA DISCORDE

    Le 9 septembre se déroule alors une finale familière dans le paysage du basket international depuis plusieurs années et ce sont les Soviétiques qui surprennent les Américains très tôt dans le match, menés par un très bon Sergei Belov (20 points). Le match est tendu et les Soviétiques maintiennent les Américains à 4-8 points d’écart en première mi-temps. A la mi-temps, le score était de 26-21 pour l’URSS.

    En deuxième mi-temps, les Soviétiques provoquent le pivot américain Dwight Jones (meilleur marqueur de l’équipe américaine). A la 28ème minute, alors que le joueur défend pour récupérer le ballon, il est brusquement projeté au sol par Mikheil Korkia mais décide de ne pas se laisser faire. Les deux joueurs sont expulsés par l’arbitre Righetto. L’incident est loin d’être isolé, Ivan Dvorny également exclu pour avoir protesté depuis le banc soviétique. Les Soviétiques en tirent profit, Korkia étant moins important pour eux que Dwight Jones ne l’était pour Henry Iba et Team USA. La minute suivante, Alexander Belov blesse violemment (volontairement ?) Jim Brewer sur un lancer-franc, forçant ce dernier à sortir, les arbitres n’ayant pas évalué correctement la faute flagrante, les américains se retrouvent de nouveau privés d’un de leurs meilleurs éléments (meilleur rebondeur) et surtout de sa raquette titulaire.

    À moins de dix minutes de la fin de la rencontre, les Soviétiques accroissent leur avance d’une dizaine de points. Les joueurs américains commencent à élever le rythme en pressant les hommes de Kondrachin, sous la conduite de Kevin Joyce, ils finissent par réduire leur retard à -1 à moins d’une minute de la fin. A sept secondes du coup de sifflet final, Doug Collins intercepte brillement une longue passe d’Alexander Belov à destination de Zurab Sakandelidze qui provoquera la faute alors que l’arrière fonçait vers le panier en contre-attaque. Une nouvelle illustration d’acte d’antijeu des soviétiques cherchant par n’importe quels moyens à déstabiliser les tenants du titre, quitte à durement blesser leurs joueurs. Avec trois secondes à jouer au tableau d’affichage, Collins se voit offrir deux lancers francs pour la gagne, deux lancers au bout desquels le match va prendre une tournure inédite et surréaliste.

    Sûrement les trois secondes les plus controversées de l’histoire du basket. Le temps se fige durant plusieurs longues minutes, durant lesquelles américains, puis soviétiques, vont exulter et déchanter. Collins ne tremble pas et rentre son premier lancer, puis rentre le second alors que la sirène retentit dans le Rudi-Sedlmayer-Halle de Munich au moment où l’arrière enclenche son geste. L’arbitre se tourne alors une première fois vers la table de marque, suivi d’une remise en jeu soviétique. Rien à signaler donc, les américains repassent devant (50-49). Pourtant la sirène retentit une deuxième fois arrêtant le jeu (une seconde restante), alors que le banc soviétique s’agite près de la table de marque. Stupeur dans la salle, les américains ne comprenant pas ce qui se passe, la tension monte d’un cran, joueurs et staffs commencent à s’échauffer l’un envers l’autre.

    Vladimir Kondrashin peste contre l’arbitrage, invoquant un temps-morts qu’il aurait demandé avant les lancers-francs américains et qui aurait été oublié. Les officiels affirment que la demande du banc soviétique a bien été comptabilisée mais pendant les lancers-francs américains et qu’en raison des règles de jeu de l’époque, les temps-morts ne peuvent être pris n’importe quand. C’est donc l’incompréhension générale des deux côtés du terrain. L’arbitre siffle néanmoins la reprise du match depuis la ligne de fond de l’Union soviétique sans accorder de temps-morts au coach russe qui n’en dispose plus selon le règlement. Pendant que les officiels, pas encore au point avec la nouvelle table de marque, sont occupés à régler l’affichage du score et du temps de jeu restant, Kondrashin se permet de remplacer son ailier Zharmukhamedov par le pivot Edeshko. Ce changement passe totalement inaperçu aux yeux de l’arbitrage qui redonne trois secondes aux soviétiques et demande à Edeshko de se positionner sur la ligne de fond.

    Le panier de la victoire

    Gêné par Tom McMillen (à l’origine de l’action décisive précédente avec un contre sur Zharmukhamedov), le biélorusse transmet la gonfle à Paulauskas qui tente une passe désespérée pour A. Belov sous le panier qui ne parvient pas à récupérer la gonfle et marquer. La sirène retentit, le match est terminé et le banc américain explose en envahissant le parquet. Dans une liesse indescriptible le public exulte et fête une find de match que le corps arbitral n’a toujours pas sifflé. La raison est simple, les officiels n’avaient toujours pas réglé la table de marque au moment de la remise en jeu d’Edeshko. Les arbitres font évacuer le terrain et redonne une nouvelle fois trois secondes au camp russe. Une dernière action rejouée qui aura une incidence considérable sur la rencontre. Righetto demande à McMillen de s’écarter du pivot soviétique, pourtant à une distance réglementaire. Ce dernier s’exécute, de peur d’être sifflé et d’offrir deux lancers aux russes alors que les USA sont dans la pénalité. Edeshko trouve enfin son partenaire au CSKA, A. Belov, démarqué, qui shoote et inscrit le panier de la victoire avec la planche. Le gong retentit et l’URSS remporte la médaille d’or olympique.

    Liens pour le match : https://youtu.be/NuBm0PRt23I

    L’HÉRITAGE DE MUNICH

    Podium des Jeux de Munich 1972

    Un énorme sentiment d’injustice demeure près de cinquante ans après ce match très controversé. Les américains ont toujours nié la victoire des soviétiques à Munich, refusant même de participer à la cérémonie de remise de médailles et de récupérer l’argent. Quelques jours après la rencontre, la fédération américaine contestera le résultat pour forcer les officiels des jeux de revoir leur copie et d’attribuer la victoire aux joueurs américains. Le CIO constitue alors un jury de cinq membres de la FIBA dont plusieurs d’entre eux sont des proches alliés du camp soviétique (hongrois, polonais et cubains). Le résultat restera inchangé et à l’annonce du verdict par trois voix contre deux pour la victoire de l’URSS, les américains rejettent la décision du CIO et leurs médailles d’argent demeurent conservées à Lausanne en Suisse, au siège du Comité.

    L’arbitre brésilien, qui avait prétexté en premier lieu le manque de compréhension entre le corps arbitral et les officiels à la table de marque, du fait de la barrière de la langue, va néanmoins affirmer que les américains auraient dû remporter ce match, jugeant la fin de match totalement irrégulière de la part des soviétiques, à commencer par le remplacement de Kondrashin, que personne n’a remarqué au moment des faits. Par ailleurs, plusieurs responsables et officiels du CIO ne comprennent pas pourquoi une telle erreur de l’horloge à la table de marque a-t-elle bien pu être commise, invoquant la responsabilité directe de la FIBA à commencer par celle de son secrétaire général, le britannique Renato William Jones, qui était intervenu au court de la rencontre.

    Pour l’URSS, les joueurs soviétiques seront célébrés tels des héros, leur victoire ne souffrant d’aucune contestation possible. La controverse qui va naître de cette rencontre demeure illégitime pour le camp des vainqueurs qui préfèrent s’amuser de la mauvaise foi des États-Unis qui n’acceptent pas la défaite. Interrogés à ce sujet, les membres de l’équipe soviétique ont indiqué qu’ils considéraient que leur triomphe était légitime. Kondrachin a toujours cité la victoire comme la plus grande réalisation de sa carrière de basket-ball mais reconnait toutefois que la manière avec laquelle elle fut acquise lui laisse quelques regrets avec le temps.

    A. Belov et V. Kondrachin
  • Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de 1980, dans un contexte plus politique que sportif, le boycott des jeux de Moscou par les États-Unis verra le tournoi olympique de basket offrir un dénouement inédit pour l’ex-Yougoslavie.

    LES JEUX DU BOYCOTT

    Moscou 1980

    Cette édition des jeux se déroule dans un contexte géopolitique sur fond de fin de détente entre les deux blocs, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique en décembre 1979. À l’initiative des États-Unis de Carter, un mouvement de protestation international de grande ampleur entraîne un regain de tension, menaçant la tenue de l’évènement. Le Comité international olympique décide tout de même de maintenir la 22ème édition des Jeux, décision rapidement suivi d’un boycott d’une cinquantaine de pays, parmi lesquels, le Canada, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest et les États-Unis. 80 nations sont tout de même présentes pour ces jeux mais Porto Rico, l’Australie et plusieurs pays européens, la France et la Grande-Bretagne en tête, défileront sous la bannière olympique.

    Cérémonie d’ouverture des Jeux de Moscou

    Au-delà de ce boycott inédit, les jeux de Moscou vont tout de même offrir leur lots de moments marquants pour le sport. La « petite fée de Montréal » Nadia Comaneci, remporta quatre nouvelles médailles, dont deux en or. Les nageuses est-allemandes firent une razzia sur les podiums avec 26 breloques (12 en or). Enfin le perchiste polonais et champion olympique, Wladyslaw Kozakiewicz, adressa un bras d’honneur plein d’audace en direction du public et des officiels pour protester contre le déroulement des épreuves favorisant les athlètes soviétiques. 

    Les « Gold Medal Series » De Team USA

    L’absence des États-Unis d’un tournoi olympique de basket c’est un peu comme une tarte aux pommes sans les pommes. Inimaginable à l’époque pour les octuples champions olympiques et tenants du titre, de ne pas défiler, bannière étoilée en évidence, au sein d’une délégation américaine dans le stade olympique de Moscou. 

    Team USA 1980

    Dave Gavitt, coach de l’université de Providence, est nommé à la tête de Team USA durant l’été 1980, avec à ses côtés Larry Brown (UCLA) et Dee Rowe (UConn). Autour de plusieurs joueurs universitaires brillants (Isiah Thomas, Mark Aguirre, Sam Bowie, Rolando Blackman et Buck Williams entre autre), l’objectif est de conserver le titre olympique, reconquis quatre ans plus tôt à Montréal, et cette cuvée américaine de 1980 aurait pu être la plus jeune de l’histoire, titrée aux Jeux (vingt ans de moyenne d’âge seulement !). L’équipe va tout de même s’illustrer lors d’une série de matchs d’exhibition, sorte de tournoi olympique de substitution, durant lesquels les USA affronteront successivement des équipes composées de professionnels puis la Team USA, championne olympique en 1976. 

    Une série conclue par cinq victoires pour une seule défaite opposant notamment les joueurs de Gavitt à plusieurs All-Star NBA, de George Gervin, Marques Johnson et Tiny Archibald à Dennis Johnson, Bob Lanier, et Jack Sikma en passant par Paul Westphal, Alex English, Artis Gilmore ou Magic Johnson. Cette Team USA avait malheureusement tout pour briller à Moscou autour d’un trio (Thomas, Brooks, Bowie) déjà dominant, de grosses qualités athlétiques et d’un collectif très au dessus de la moyenne. 

    L’ « Ours » Soviétique

    A. Belostenny (g.), A. Gomelsky, V. Tkatchenko (d.)

    Depuis sa victoire, teintée de scandale à Munich (1972), l’Union Soviétique est parvenue à maintenir sa domination sur le basket mondial, remportant un deuxième titre de champion du monde en 1974 à Porto Rico, et éclipsant à nouveau les États-Unis du basket international. Une domination cependant très vite écourtée par le voisin yougoslave qui renversera les soviétiques en 1975 et 1977 aux championnats d’Europe puis en 1976 et 1978, d’abord aux Jeux de Montréal puis lors de la coupe du monde aux Philippines. Défaits lors de 13 de ses 14 confrontations face aux yougoslaves, les soviétiques mettront fin à cette humiliation lors de l’Euro de Basket italien en 1979. C’est précisément sur les bases de ce nouveau titre que le pays hôte veut construire son succès aux jeux afin de ramener une nouvelle médaille d’or olympique. En l’absence des américains, un seul adversaire obsède alors les nouveaux champions d’Europe, La Yougoslavie. 

    Alexandre Gomelsky, « père » du basket russe et entraîneur légendaire de l’ASK Riga, tient de nouveau les rênes de la sélection soviétique depuis 1977 et est persuadé que ses hommes ne failliront pas, répétant sans cesse qu’aucune équipe n’est assez forte pour les empêcher de remporter l’or à Moscou. Il faut dire qu’après six années de disette face aux irrésistibles yougoslaves, l’Union Soviétique, lestée des américains, est logiquement favorite de ses jeux en 1980. Les regards sont désormais tournés vers un possible duel entre les deux sélections que certains qualifient déjà de « match du siècle ». 

    Sergei Belov

    La sélection soviétique dirigée par Gomelsky est emmenée par son arrière légendaire et immense héros de Munich en finale des Jeux 1972, Sergei Belov. Le joueur du CSKA Moscou, est encore à 36 ans un joueur de basket formidable, capable d’aligner les tirs avec une précision chirurgicale et menant brillamment la sélection depuis près d’une décennie. À ses côtés d’autres joueurs majeurs se démarquent à l’image des pivots Vladimir Tkatchenko (2,23m) et Alexander Belostenny (2,14m), du meneur Stanislav Eremin et des ailiers Myshkin et Salnikov. Il s’agit alors pour Gomelsky d’assurer une continuité depuis le titre de 1979 en s’appuyant sur l’expérience de son effectif et son efficacité sous la raquette.

    La « Génération Dorée » Yougoslave 

    En dépit d’une nouvelle médaille en 1979, la Yougoslavie sort d’une prestation décevante aux championnats d’Europe (trois défaites dans le tournoi). Il faut dire que les yougoslaves, présents sur les podiums internationaux depuis près de quinze ans, restaient sur trois titres européens consécutifs (1973, 1975, 1977) ponctués d’un nouveau titre mondial en 1978 (après celui de 1970) et que rien ne résistait alors au basket yougoslave. L’entraîneur Petar Skansi en fera les frais, un an seulement après avoir succédé à Aleksandar Nikolić (le « Père » du basket yougoslave). Après cet échec c’est Ranko Žeravica, coach du Partizan puis de l’Étoile rouge de Belgrade, qui est désigné comme le nouvel architecte d’une équipe yougoslave qui illumine le basket mondial depuis plusieurs années mais qui souhaite rapidement tourner la page de l’échec amer de Turin, à moins d’un an des jeux.

    L’équipe olympique yougoslave lors d’un stage de préparation

    Accordant une grande attention à la psychologie et la préparation mental, Žeravica souhaite dynamiser l’état d’esprit et la motivation des joueurs. Pour mettre toute les chances de son côté, Ranko sélectionne non seulement les meilleurs joueurs possibles, mais s’entoure également d’un staff cinq étoiles. Bogdan Tanjević, vainqueur de la Coupe des clubs champions en 1979 (Bosna Sarajevo), Dušan Ivkovic, vainqueur de la Coupe Korać en 1979 (Jugoplastika de Split) et Bata Đorđević (Crvena Zvezda) viennent renforcer les rangs de la sélection. Nikolić absent, c’est Mirko Novosel (Cibona Zagreb), sélectionneur médaillé d’argent au Championnat du monde en 1974 et au Jeux de Montréal en 1976 qui endosse le costume de manager général de la sélection.

    Dragan et Dražen sous le maillot du Partizan Belgrade

    Au rang des joueurs, le cinq majeur yougoslave se compose des deux arrières Dragan Kicanović (Partizan Belgrade), Mirza Delibašić (Bosna Sarajevo), de l’ailier Dražen Dalipagić (Partizan Belgrade) et des deux intérieurs Krešimir Ćosić (Bologne) et Željko Jerkov (Jugoplastika Split). Un effectif talentueux, expérimenté et rompu au très haut niveau, complété par un banc tout aussi fourni (Zoran Slavnić, Rajko Žizic, Andro Knego, Duje Krstulović). Depuis dix ans, presque tout ces joueurs ont participé aux succès yougoslaves en club ou en sélection à l’image d’un Dražen Dalipagić, MVP de l’Euro 1977 et du Mondial 1978, confiant à l’approche des jeux. Pour préparer l’évènement, le groupe se retire alors dans les zones sauvages reculées du pays, subissant des séances d’entrainement de spartiate, comme l’école de basket yougoslave sait si bien les faire, sur des bases de footing en forêt dès 4h00 du matin et de séances de tir interminables, afin de ramener l’or olympique qui manque à leur palmarès.

    « Quelle médaille espérez-vous décrocher à Moscou » ? – demandèrent des journalistes à Žeravica
    « L’argent », répondit-il. Puis il ajouta : « … Au minimum » 

    Ranko Žeravica, sélectionneur de la Yougoslavie

    LE TOURNOI OLYMPIQUE 1980

    Le tournoi olympique de basket se déroule du 20 au 30 juillet au Stade olympique de Moscou et au Palais des Sports du CSKA. Parmi les équipes qualifiées, l’Espagne de Brabender se retrouve dans le groupe B de la Yougoslavie (avec la Pologne et le Sénégal) tandis que l’URSS devra se défaire de l’Inde, la Tchécoslovaquie et du Brésil d’Oscar Schmidt.

    Le Premier Tour

    Le pivot yougoslave Krešimir Ćosić

    Lors du premier tour, la Yougoslavie ne sera guère inquiétée par le Sénégal (104-67) et la Pologne (129-91) à l’exception de son dernier match face à des espagnols accrocheurs. Derrière son shooter naturalisé Wayne Brabender (Real Madrid) à 30 points et les barcelonais Chico Sibilio et San Epifanio, les hommes de Žeravica menés à la mi-temps, vont s’employer en deuxième période pour accrocher une troisième victoire et maintenir leur invincibilité. Les soviétiques, emmenés par un Belov impeccable, auront encore moins de difficultés à se défaire de l’Inde (121-65), du Brésil (101-88) et de la Tchécoslovaquie (99-82). L’autre groupe, celui de l’Italie de Dino Meneghin et Pierlo Marzorati, qualifiée réservera une surprise avec la qualification de Cuba au détriment de l’Australie. 

    Le Second Tour

    le pivot soviétique V. Tkatchenko

    Yougoslaves et soviétiques vont continuer leur récital au tour suivant. Les italiens emmenés par leur pivot Meneghin se retrouvent dépassés et impuissants face au duo intenable Kicanović (31pts) Daligapić (26pts), infligeant une lourde défaite à la squadra d’entrée (102-81) suivi d’une large succès (112-84) face aux cubains. Les soviétiques les imiteront lors de leur match remporté face à l’Espagne (119-102) mais les soviétiques vont à la surprise générale perdre leur deuxième rencontre face à l’Italie (87-85) et se retrouver dans une posture délicate. Les deux favoris du tournoi doivent désormais se rencontrer dans un match déjà décisif. La Yougoslavie invaincue peut en cas de victoire s’assurer l’une des deux premières places pour jouer le titre olympique, tandis que les soviétiques dans l’impasse, doivent gagner cette rencontre afin de ne pas compromettre leurs chances de ramener une médaille.

    Le « Match des Jeux »

    Depuis le début du tournoi Ranko Žeravica est particulièrement attentif au niveau de préparation physique des soviétiques et du contenu de leurs matchs mais aussi des déclarations d’Alexander Gomelsky, qu’il juge trop confiant. Le sélectionneur et les joueurs le savent, remporter ce match, c’est l’assurance d’éliminer son rival de la course au titre et de terminer en tête en évitant d’affronter les soviétiques une deuxième fois en moins d’une semaine. Le triangle offensif Kicanović – Delibašić – Daligapić sera la clef de voûte du jeu yougoslave lors de cette rencontre. En misant sur la rapidité en contre attaque et la vitesse de jeu de ses extérieurs, Ranko a vu juste. Plus appliqués que les soviétiques en défense et sur les pertes de balle, l’équipe de Yougoslavie va proposer un jeu offensif de transition sur des paniers faciles en contre attaque et provoquant des fautes sous le cercle. Le pivot massif Tkatchenko suivi de son partenaire Belostenny se retrouveront rapidement sur le banc pour des fautes à répétition laissant Belov et le reste des joueurs en difficulté à la mi-temps. Plus efficaces et plus altruistes, les yougoslaves développent un basket plus collectif commettant néanmoins des pertes de balles par excès de zèle. 

    L’URSS a souffert face aux yougoslaves

    Rentrant aux vestiaires en tête (48-42) Žeravica distille alors ses directives à ses joueurs en confiance afin de maintenir le niveau sur la fin de match. Le début de la seconde mi-temps part sur un rythme encore plus élevé, les soviétiques parvenant même à combler leur retard grâce à un Belov encore impressionnant et en trouvant enfin des solutions dans la raquette. La défense yougoslave s’effrite et en moins de dix minutes, les hommes de Gomelsky passent devant au tableau d’affichage (54-62). Pour mettre fin à l’hémorragie Žeravica use de temps morts et les yougoslaves sortent de leur torpeur pour recoller au score à quelques minutes de la fin du match (76-76). Kicanović d’abord puis Daligapić vont menés une série d’actions conclues par plusieurs paniers pour reprendre l’avantage, mais c’était sans compter sur des soviétiques accrocheurs qui recollent immédiatement au score et arrachent l’égalisation au bout du temps réglementaire (81-81) après un tir au buzzer manqué de Daligapić. Ce même Daligapić qui, lors des prolongations va inscrire dix des vingt points de la Yougoslavie, et offrir à son équipe une victoire de prestige face au grand rival soviétique (101-91). En faisant courir les coéquipiers de Belov (20pts) tout au long de la rencontre, La Yougoslavie, Dalipagić (28pts) et Kicanović (22pts) en tête, sont parvenus à renverser les favoris du tournoi, en proposant un basket intense, dans un match décisif dans la course pour le titre. 

    Le sacre olympique

    Italie – Yougoslavie en finale des Jeux (86-77)

    La première place est acquise et les hommes de Žeravica ne la lâcheront pas, remportant la rencontre suivante face au Brésil (96-95), dans un match encore très accroché pour s’offrir une nouvelle finale olympique, la troisième en douze ans. Dans un match beaucoup moins accroché, les italiens, comme lors de leur précédente rencontre, ne parviendront pas à renverser cette équipe yougoslave, frustrés au point de voir Dino Meneghin asséner un violent coup de genou sur Kicanović qui sortira sur civière en fin de rencontre. Derrière son trio magique qui inscrira 60 points sur la finale (86-77), la Yougoslavie s’octroie l’or et termine invaincue dans le tournoi avec huit victoires et une moyenne de 103 points marqués par match.

    LE MIRACLE YOUGOSLAVE

    La première génération dorée du basket yougoslave

    Drazen Dalipagić (24,5pts) sera élu meilleur joueur du tournoi et c’est aux côtés de ses compatriotes Zoran Slavnic et Dragan Kicanović qu’il sera également choisi dans le meilleur cinq de la compétition. Le futur Hall of Famer NBA et FIBA a su mener l’équipe de basket la plus sexy du continent à voir jouer, au sommet, ramenant le seul titre majeur manquant à cette sélection depuis sa première participation en 1960. Cette équipe championne olympique, déjouant les pronostics qui voyaient une victoire de l’Union soviétique pourtant largement favorite chez elle, demeure encore aujourd’hui, un des meilleurs exemples de basket moderne, rapide, technique et réaliste, autour d’une génération qui aura tout gagner ensemble, depuis les championnats d’Europe en passant par les Mondiaux jusqu’au Jeux de Moscou. Ce fut également l’avant dernière grande compétition en sélection pour Ranko Žeravica qui quittera ses fonctions sur une médaille de bronze au Mondiaux de Cali en 1982. La Yougoslavie est parvenue pendant plusieurs années à entretenir ce terreau fertile de joueurs d’exception en montant à nouveau sur plusieurs podiums internationaux et en s’installant durablement sur le toit de l’Europe à la fin des années 80 autour d’une autre génération dorée, avant que la guerre ne vienne interrompre brutalement l’histoire.