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  • Un Jour Aux Jeux de Munich, l’équipe de basket américaine va subir sa première défaite aux Jeux

    Un Jour Aux Jeux de Munich, l’équipe de basket américaine va subir sa première défaite aux Jeux

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de Munich en 1972, alors que les États-Unis demeurent invaincus depuis l’apparition du basket aux Jeux, la finale opposant américains et soviétiques va faire naître l’une des plus grandes controverses de l’histoire aux Jeux.

    LE DRÂME DES JEUX

    Trente-six ans après les derniers Jeux organisés en Allemagne, sous le régime nazi, le CIO décide d’attribuer l’organisation de ces 20èmes olympiades aux allemands, dans la ville de Munich (Bavière), devant Madrid et Montréal. Cette édition restera néanmoins dans les mémoires, non pas pour ces exploits sportifs mais bel et bien pour la dramatique prise d’otage d’athlètes israéliens au cœur même du village olympique.

    Le 5 septembre 1972 un commando de l’organisation palestinienne « Septembre noir » prend en otages neuf athlètes israéliens dans le village olympique. Les huit terroristes sont parvenus à pénétrer dans les appartements des athlètes, tuants d’abord deux personnes lors de l’attaque, puis menaçant d’exécuter les autres si les autorités ne répondent pas favorablement à leurs exigences. Les négociations, mal-gérées par les autorités ouest-allemandes, vont malheureusement conduire au dénouement le plus tragique lors d’un assaut, entraînant un bain de sang, dans lequel dix-sept personnes, dont onze membres de la délégation israélienne, vont périr.

    La grande fête du sport se retrouvant au cœur d’un terrible incident dont elle se souvient encore aujourd’hui. Les épreuves seront suspendues pendant 36 heures et une cérémonie d’hommage aura lieu le lendemain du tragique évènement en la mémoire des victimes. Le sport reprit néanmoins sa place sous l’impulsion du Président du CIO, Avery Brundage « The Games must go on ! ». L’édition de 1972 devint l’une des plus réussie par sa densité d’athlètes et de pays représentés et en termes de fréquentation du public.

    Mark Spitz fut incontestablement l’athlète qui brillera le plus durant cette olympiade, remportant pas moins de sept médailles d’or en natation, devenant ainsi l’athlète le plus médaillé sur une seule édition aux Jeux. La petite gymnaste Soviétique Olga Korbut tiendra la vedette dans les médias, enchaînant les succès dans les épreuves par équipe échouant seulement en individuel pour finalement remporter quatre médailles dont trois en or, sous le regard du monde entier.

    L’EVEREST AMÉRICAIN

    Comme à son habitude, depuis son premier titre à Berlin (1936), les États-Unis se présentent avec une équipe composée majoritairement de joueurs universitaires, dont la plupart seront amenés à se présenter à la draft pour devenir professionnels dans un avenir proche. La tradition veut néanmoins que tous les quatre ans, les athlètes retenus pour le tournoi olympique, se consacrent durant un été à la Team USA basket afin de ramener l’or olympique. C’est devenu une habitude en effet de voir les États-Unis rouler sur à peu près toutes les autres sélections olympiques pour au bout du compte ramener le titre uniquement à la force de son vivier de jeunes basketteurs amateurs. La sélection américaine reste en effet sur une invincibilité lors de chaque édition depuis la création du tournoi olympique de basket, toutes ponctuées par une médaille d’or.

    Henry « Hank » Iba

    En 1972, le comité olympique américain sort de la retraite son sélectionneur emblématique, Henry Iba, de l’université d’Oklahoma State, déjà victorieux aux Jeux de 1964 (Tokyo) et 1968 (Mexico). La recette est en tout point la même. Iba veut construire son équipe autour d’un axe 1-5, s’appuyant d’abord sur l’arrière Doug Collins (Illinois State) et face au refus de porter la tunique américaine du phénomène de UCLA, Bill Walton, c’est sur sa doublure, Swen Nater, que l’AAU (Amateur Athletic Union) décide de porter ses espoirs. Des espoirs vite balayés par les défections de certains joueurs, dont le pivot Nater, jugeant la préparation de l’équipe insupportable sur le plan physique et psychologique. Henry Iba réunit donc une équipe, fin préparée, mais affaiblie par les absences, programmée pour monter une huitième fois consécutive sur le toit de l’olympe.

    Doug Collins doit donc mener une équipe, jugée comme une des plus light de l’histoire pour les uns, et extrêmement prometteuse pour les autres. Les talents sont néanmoins bel et bien présents, de Tom McMillen (Maryland) à Dwight Jones (Houston) et Mike Bantom (St. Joseph’s) en passant par Thomas Henderson et le futur first pick de la draft 1973, Doug Collins, seront autant de joueurs parmis les meilleurs du pays, amenés à défendre les couleurs de l’oncle Sam aux jeux. La sélection de 1972 laisse tout de même planer quelques interrogations sur son casting et surtout au niveau du coaching d’Henry Iba, jugé un peu dépassé et hors-jeu. Pour autant avec une équipe âgée de 20 ans en moyenne, il s’agit bel et bien de la plus jeune sélection jamais présentée par Team USA aux Jeux. Les adversaires des USA sont habitués à voir les jeunes pousses américaines leur faire la leçon sur les parquets et l’absence d’un Bill Walton n’y change rien, les américains sont favoris aux yeux de tous, même pour les soviétiques.

    L’OUTSIDER SOVIÉTIQUE

    Comment parler des Jeux olympiques, sans évoquer l’Union Soviétique. Depuis 1952, date à laquelle l’URSS fut inscrite comme nation participante, les soviétiques se sont toujours débrouillés pour truster les premières places, et le basket n’y échappe pas. Devenu populaire dans les années 30-40, l’Union Soviétique peut se targuer d’avoir terminé à chaque fois deuxième sur ses quatre premières participations, n’échouant que face aux intouchables américains. Cependant lors des jeux de Mexico, les soviétiques eurent la mauvaise surprise de croiser la route d’une autre sélection montante du basket, battue par son cousin félon, la Yougoslavie. Revancharde la sélection rouge veut rectifier le tir à Munich.

    Hors période olympienne, les russes ont pour habitudes de croiser la route des américains aux championnats du monde. Des championnats de 1959 (victoire soviétique 37-62), en passant par le match pour la troisième place en 1963 (nouvelle victoire rouge 74-75) jusqu’au titre mondial de 1967 (défaite 58-59), les soviétiques veulent croire qu’à l’instar des championnats du monde, les américains peuvent également être défaits lors des tournois olympiques. La tâche demeure néanmoins compliquée, l’URSS restant sur une série de deux défaites cruelles en 1967 et 1970 face aux américains. Les russes doivent alors se jeter sur cette deuxième place, synonyme de médaille d’argent.

    Vladimir Kondrachin

    Dirigée d’une main de maître depuis plus d’un an par le coach du Spartak de Léningrad, Vladimir Kondrachin, la sélection soviétique peut d’ores et déjà se féliciter d’avoir repris le dessus sur son principal rival européen yougoslave, lors des des derniers championnats d’Europe (victoire 81-72), confortant un peu plus son hégémonie sur la scène européenne à l’époque (10ème titre depuis 22 ans). Il faut désormais s’atteler à préparer les jeux et pour cela Kondrachin prépare l’armada soviétique. Le leader Sergueï Belov (CSKA Moscou), 2x meilleur marqueur Euroleague et MVP de l’Euro 1969 et du Mondial 1970), la jeune pépite Aleksandr Belov (pivot du Spartak Leningrad), le talentueux Modestas Paulauskas (Žalgiris Kaunas), MVP de l’Euro 1965 et l’ailier Ivan Edeshko (CSKA Moscou).

    UN TOURNOI ENNUYANT PUIS ENDEUILLÉ

    Au programme pour les États-Unis, Tchécoslovaquie, Australie, Cuba, Brésil, Égypte, Espagne et Japon dans un groupe A, un programme assez relevé pour les américains qui vont devoir se frotter aux vice-champions du monde et vainqueurs des jeux panaméricains brésilien ou encore des audacieux cubains et australiens dirigés par le futur Hall of Famer Lindsay Gaze. Rien d’insurmontable cependant pour les hommes de « Hank » Iba qui vont démarrer tambour battant par un succès propre et net face aux tchécoslovaques (66-35) en ouverture. T. Henderson (16 points), D. Jones (15 points), K. Joyce (12 points) et J. Brewer (10 points) vont tour à tour ravager la défense de Vladimír Heger. L’Australie (81-55) puis Cuba (67-48) ne seront ni plus ni moins que du menus fretins, jusqu’à un match plus accroché face au Brésil de Marquinhos (20 points) et une victoire (61-54). La fin du tournoi préliminaire débouche sur deux orgies offensives face aux novices égyptiens (96-31) et japonais (99-33), entrecoupées d’un succès (72-56) face aux futurs vice-champions d’Europe espagnols. 44 points encaissés seulement en moyenne avec un écart moyen de 33 points. Rien de spectaculaire néanmoins dans le jeu américain, trop sûr de sa force et limitant souvent ses inspirations en attaque.

    À l’Est rien de folichon non plus. Les soviétiques sont tombés sur le Sénégal, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, la Pologne, Porto Rico, les Philippines et les redoutables yougoslaves. Le jeu est assez pauvre, même venant des yougoslaves de Cosić qui finiront d’ailleurs seulement 5ème au classement final. L’URSS termine première de son groupe comme les américains avec le rouleau compresseur face aux sénégalais (94-52), allemand (87-63), polonais (94-64), Porto ricains (100-87) et philippins (111-80). L’Italie de Meneghin et Marzorati s’en sortira mieux en deuxième mi-temps, limitant ainsi la casse (79-66) et s’offrant même une place en ½ au nez et à la barbe des yougoslaves, battus quant à eux (74-67) dans un match décisif. Les deux Belov (Aleksander, 14,5 points et Sergueï 14 points) s’en donnent à cœur joie bien aidés il faut dire par Zarmuhamedov (22pts, 11 rbd face à l’Italie) Paulauskas (11 points) Polivoda (10 points).

    Le commando  » Septembre Noir « 

    Les demi-finales se déroulent néanmoins dans une indifférence encore plus marquante, du fait des incidents du 5 septembre au village olympique. Les évènements qui suspendent les médias sur autre chose que le sport, les matchs URSS-Cuba et USA-Italie paraissent bien futiles pour un public encore sous le choc. L’Union soviétique se sort ainsi difficilement du piège cubain (67-61) tendu par Pedro Chappe (20 points) et Juan Carmelo Ortega Diaz. S.Belov (16 points), Zarmuhamedov (15 points) et A. Belov (14 points) auront néanmoins le dernier mot. Côté américain, le résultat est là mais la performance collective offensive de l’équipe laisse à désirer. Une victoire (68-38) face à des italiens apathiques ne lève pas tous les doutes sur le niveau de jeu de la Team USA à l’aube d’un match crucial pour la médaille d’or face à leur plus sérieux rivaux, les soviétiques.

    L’inexpérience américaine combinée à une certaine difficulté dans le jeu, les hommes de coach Iba n’ont que huit matchs de vécus contre plus de 400 pour les hommes de Kondrachin. Mais néanmoins, l’entraîneur russe réitère ses propos, les américains sont favoris et l’objectif de médaille d’argent étant rempli, c’est maintenant une montagne qui se dresse sur la route des russes.

    LA FINALE DE LA DISCORDE

    Le 9 septembre se déroule alors une finale familière dans le paysage du basket international depuis plusieurs années et ce sont les Soviétiques qui surprennent les Américains très tôt dans le match, menés par un très bon Sergei Belov (20 points). Le match est tendu et les Soviétiques maintiennent les Américains à 4-8 points d’écart en première mi-temps. A la mi-temps, le score était de 26-21 pour l’URSS.

    En deuxième mi-temps, les Soviétiques provoquent le pivot américain Dwight Jones (meilleur marqueur de l’équipe américaine). A la 28ème minute, alors que le joueur défend pour récupérer le ballon, il est brusquement projeté au sol par Mikheil Korkia mais décide de ne pas se laisser faire. Les deux joueurs sont expulsés par l’arbitre Righetto. L’incident est loin d’être isolé, Ivan Dvorny également exclu pour avoir protesté depuis le banc soviétique. Les Soviétiques en tirent profit, Korkia étant moins important pour eux que Dwight Jones ne l’était pour Henry Iba et Team USA. La minute suivante, Alexander Belov blesse violemment (volontairement ?) Jim Brewer sur un lancer-franc, forçant ce dernier à sortir, les arbitres n’ayant pas évalué correctement la faute flagrante, les américains se retrouvent de nouveau privés d’un de leurs meilleurs éléments (meilleur rebondeur) et surtout de sa raquette titulaire.

    À moins de dix minutes de la fin de la rencontre, les Soviétiques accroissent leur avance d’une dizaine de points. Les joueurs américains commencent à élever le rythme en pressant les hommes de Kondrachin, sous la conduite de Kevin Joyce, ils finissent par réduire leur retard à -1 à moins d’une minute de la fin. A sept secondes du coup de sifflet final, Doug Collins intercepte brillement une longue passe d’Alexander Belov à destination de Zurab Sakandelidze qui provoquera la faute alors que l’arrière fonçait vers le panier en contre-attaque. Une nouvelle illustration d’acte d’antijeu des soviétiques cherchant par n’importe quels moyens à déstabiliser les tenants du titre, quitte à durement blesser leurs joueurs. Avec trois secondes à jouer au tableau d’affichage, Collins se voit offrir deux lancers francs pour la gagne, deux lancers au bout desquels le match va prendre une tournure inédite et surréaliste.

    Sûrement les trois secondes les plus controversées de l’histoire du basket. Le temps se fige durant plusieurs longues minutes, durant lesquelles américains, puis soviétiques, vont exulter et déchanter. Collins ne tremble pas et rentre son premier lancer, puis rentre le second alors que la sirène retentit dans le Rudi-Sedlmayer-Halle de Munich au moment où l’arrière enclenche son geste. L’arbitre se tourne alors une première fois vers la table de marque, suivi d’une remise en jeu soviétique. Rien à signaler donc, les américains repassent devant (50-49). Pourtant la sirène retentit une deuxième fois arrêtant le jeu (une seconde restante), alors que le banc soviétique s’agite près de la table de marque. Stupeur dans la salle, les américains ne comprenant pas ce qui se passe, la tension monte d’un cran, joueurs et staffs commencent à s’échauffer l’un envers l’autre.

    Vladimir Kondrashin peste contre l’arbitrage, invoquant un temps-morts qu’il aurait demandé avant les lancers-francs américains et qui aurait été oublié. Les officiels affirment que la demande du banc soviétique a bien été comptabilisée mais pendant les lancers-francs américains et qu’en raison des règles de jeu de l’époque, les temps-morts ne peuvent être pris n’importe quand. C’est donc l’incompréhension générale des deux côtés du terrain. L’arbitre siffle néanmoins la reprise du match depuis la ligne de fond de l’Union soviétique sans accorder de temps-morts au coach russe qui n’en dispose plus selon le règlement. Pendant que les officiels, pas encore au point avec la nouvelle table de marque, sont occupés à régler l’affichage du score et du temps de jeu restant, Kondrashin se permet de remplacer son ailier Zharmukhamedov par le pivot Edeshko. Ce changement passe totalement inaperçu aux yeux de l’arbitrage qui redonne trois secondes aux soviétiques et demande à Edeshko de se positionner sur la ligne de fond.

    Le panier de la victoire

    Gêné par Tom McMillen (à l’origine de l’action décisive précédente avec un contre sur Zharmukhamedov), le biélorusse transmet la gonfle à Paulauskas qui tente une passe désespérée pour A. Belov sous le panier qui ne parvient pas à récupérer la gonfle et marquer. La sirène retentit, le match est terminé et le banc américain explose en envahissant le parquet. Dans une liesse indescriptible le public exulte et fête une find de match que le corps arbitral n’a toujours pas sifflé. La raison est simple, les officiels n’avaient toujours pas réglé la table de marque au moment de la remise en jeu d’Edeshko. Les arbitres font évacuer le terrain et redonne une nouvelle fois trois secondes au camp russe. Une dernière action rejouée qui aura une incidence considérable sur la rencontre. Righetto demande à McMillen de s’écarter du pivot soviétique, pourtant à une distance réglementaire. Ce dernier s’exécute, de peur d’être sifflé et d’offrir deux lancers aux russes alors que les USA sont dans la pénalité. Edeshko trouve enfin son partenaire au CSKA, A. Belov, démarqué, qui shoote et inscrit le panier de la victoire avec la planche. Le gong retentit et l’URSS remporte la médaille d’or olympique.

    Liens pour le match : https://youtu.be/NuBm0PRt23I

    L’HÉRITAGE DE MUNICH

    Podium des Jeux de Munich 1972

    Un énorme sentiment d’injustice demeure près de cinquante ans après ce match très controversé. Les américains ont toujours nié la victoire des soviétiques à Munich, refusant même de participer à la cérémonie de remise de médailles et de récupérer l’argent. Quelques jours après la rencontre, la fédération américaine contestera le résultat pour forcer les officiels des jeux de revoir leur copie et d’attribuer la victoire aux joueurs américains. Le CIO constitue alors un jury de cinq membres de la FIBA dont plusieurs d’entre eux sont des proches alliés du camp soviétique (hongrois, polonais et cubains). Le résultat restera inchangé et à l’annonce du verdict par trois voix contre deux pour la victoire de l’URSS, les américains rejettent la décision du CIO et leurs médailles d’argent demeurent conservées à Lausanne en Suisse, au siège du Comité.

    L’arbitre brésilien, qui avait prétexté en premier lieu le manque de compréhension entre le corps arbitral et les officiels à la table de marque, du fait de la barrière de la langue, va néanmoins affirmer que les américains auraient dû remporter ce match, jugeant la fin de match totalement irrégulière de la part des soviétiques, à commencer par le remplacement de Kondrashin, que personne n’a remarqué au moment des faits. Par ailleurs, plusieurs responsables et officiels du CIO ne comprennent pas pourquoi une telle erreur de l’horloge à la table de marque a-t-elle bien pu être commise, invoquant la responsabilité directe de la FIBA à commencer par celle de son secrétaire général, le britannique Renato William Jones, qui était intervenu au court de la rencontre.

    Pour l’URSS, les joueurs soviétiques seront célébrés tels des héros, leur victoire ne souffrant d’aucune contestation possible. La controverse qui va naître de cette rencontre demeure illégitime pour le camp des vainqueurs qui préfèrent s’amuser de la mauvaise foi des États-Unis qui n’acceptent pas la défaite. Interrogés à ce sujet, les membres de l’équipe soviétique ont indiqué qu’ils considéraient que leur triomphe était légitime. Kondrachin a toujours cité la victoire comme la plus grande réalisation de sa carrière de basket-ball mais reconnait toutefois que la manière avec laquelle elle fut acquise lui laisse quelques regrets avec le temps.

    A. Belov et V. Kondrachin
  • Un Jour aux Jeux d’Atlanta, naquit la « Dream Team » USA, troisième du nom

    Un Jour aux Jeux d’Atlanta, naquit la « Dream Team » USA, troisième du nom

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique d’Atlanta en 1996, alors que la Team USA, championne olympique en titre, vise une nouvelle médaille d’or, l’héritage des jeux de Barcelone et des mondiaux de Toronto fit naître une nouvelle cuvée exceptionnelle asseyant un peu plus l’hégémonie américaine sur la planète basket.

    LES JEUX D’ATLANTA

    Cette édition du centenaire des Jeux Olympiques d’été revêt une dimension singulière dans l’histoire du sport. Au-delà de la dimension commerciale à outrance et des problèmes d’organisation et de transport, cette 26ème édition fut une nouvelle fois au cœur d’une terrible tragédie survenue en plein milieu du village Olympique, dans le Parc du Centenaire d’Atlanta, alors qu’une explosion causa la mort de deux personnes et des centaines de blessés le 27 juillet 1996. Un évènement douloureux qui nous ramène alors vingt-cinq ans en arrière lors de la prise d’otages sanglante des Jeux de Munich en 1972.

    Muhammad Ali dernier porteur de la flamme olympique

    Néanmoins ces Jeux d’été demeurent en tout point exceptionnels sur le plan sportif. Le « Kid » de Las Vegas, Andre Agassi (Tennis), va remporter la médaille d’or au même titre que sa compatriote Lindsey Davenport. Le nageur russe Alexander Popov va rapporter quatre médailles dont deux en or sur 50m et 100m nage libre. Enfin le sprinteur américain Michael Johnson tiendra sa revanche des jeux de Barcelone en remportant le 400m puis le 200m établissant au passage un nouveau record du monde du demi-tour de piste. C’est aussi une année placée sous le signe du bleu blanc rouge tricolore avec les premiers titres à l’épée (individuel et par équipe) de Laura Flessel, la première médaille d’or des lourds du judoka David Douillet et bien évidemment le récital de Marie-José Pérec qui réalisera la même performance que Johnson en athlétisme, s’adjugeant l’or sur le 200m et 400m.

    L’héritage des Jeux de Barcelone et de la Dream Team 1992

    Comme à Los Angeles en 1984, la Team USA, forte d’une quasi-invincibilité aux jeux (dix médailles d’or), veut absolument marquer ces jeux à domicile, et ainsi asseoir un peu plus son hégémonie sur la balle orange. Il faut dire que la décision de la FIBA (pourtant rejetée par la fédération américaine) d’autoriser les États-Unis à partir de 1989 d’envoyer leurs joueurs NBA en compétitions internationales, va ouvrir la voie vers une nouvelle ère dans le basket mondial, celle de la Dream Team. Dès lors la magie opéra durant les jeux de Barcelone, alors que pas moins de douze joueurs professionnels représenteront pour la première fois les États-Unis dans une grande compétition.

    Et quels joueurs ! À l’exception du jeune universitaire Christian Laettner (Duke), David Robinson, Patrick Ewing, Charles Barkley, Karl Malone, Larry Bird, Scottie Pippen, Chris Mullin, Michael Jordan, Clyde Drexler, John Stockton et Magic Johnson composent cette « Dream Team » américaine. Un roster de joueurs All-time, qui va créer un engouement jamais vu dans le basket, un déchaînement médiatique autour d’une équipe exceptionnelle qui va faire étalage de son talent et réaliser une véritable démonstration de basket encore inégalée aujourd’hui. Le concept va faire des émules et l’héritage des jeux de Barcelone va se transmettre en 1994 puis en 1996 aux Jeux d’Atlanta.

    Dream Team 1992

    TEAM USA 1996

    Lenny Wilkens

    Lenny Wilkens, entraîneur des Hawks d’Atlanta, est choisi par Team USA Basket pour succéder à Don Nelson (champions du monde en 1994) afin de diriger cette nouvelle sélection américaine lors des jeux 1996. Pour des olympiades qui se déroulent à Atlanta, ville des Hawks, entraînés par Wilkens en personne, le choix du technicien new-yorkais pour mettre sur pied la prochaine équipe américaine championne olympique, semble légitime. Ancien joueur phare des Hawks de Saint-Louis puis des Sonics dans les années 60 et 70, le Hall of Famer est également devenu un coach immensément respecté en NBA et bénéficiant d’une aura particulière vis-à-vis du basket. C’est donc sans grande difficulté que Wilkens, épaulé par ses assitants Jerry Sloan (Utah Jazz), Bobby Cremins (Georgia Tech) et Clem Haskins (Minnesota), parvient à attirer les meilleurs basketteurs NBA du moment.

    Sur les douze joueurs sélectionnés pour le tournoi olympique, cinq d’entre eux ont déjà participé aux jeux de Barcelone. Charles Barkley, Karl Malone, John Stockton, David Robinson et Scottie Pippen entourent ainsi d’autres têtes d’affiches de la NBA, Grant Hill, Anfernee Hardaway, Shaquille O’Neal, Gary Payton, Hakeem Olajuwon, Reggie Miller et Mitch Richmond. Tous incarnent la troisième dynastie de la Dream Team américaine prête à casser la baraque à domicile au mois de juillet. Dans une forme de continuité depuis la médaille d’or en 1992, l’effectif cinq étoiles dont dispose le staff a de quoi faire peur, très peur.

    L’Amiral, Le Dream et Le Diesel

    Lors d’une série de match de préparation olympique en guise de scrimmage, les USA seront sans pitié. D’abord opposée à la sélection US 1990 de Alonzo Mourning et Christian Laettner (victoire 96-90), la sélection olympique va dérouler face aux brésiliens (109-68), chinois (119-58), australiens (118-77) et grecs (128-62). 43 points d’écart en moyenne sur lors de cette tournée. Un rouleau compresseur est en marche. Partout où elle passe, du Michigan à Utah, en passant par l’Arizona, cette Team USA provoque engouement et attente du public. N’en jeter plus, la troisième Dream Team est en marche.

    (liens des matches d’exhibition: Team USA – Team 90 / Team USA – Brazil / Team USA – China / Team USA – Australia / Team USA – Greece)

    Box Score Team USA 96 – Team USA 90

    Dream Team III

    Dream Team 1994

    En comparant les joueurs extérieurs (poste 1 à 3) des trois générations, il n’y a pas photo. La Dream Team originale est imbattable dans tous les domaines. Capables d’aligner à la mène Stockton ou Magic, à l’arrière Jordan ou Drexler et sur les ailes Larry Bird, Pippen ou encore Chris Mullin, impossible de faire mieux pour la décennie. La cuvée 96 prend en revanche l’avantage sur les 94 grâce notamment à la présence des barcelonais Stockton et Pippen ainsi qu’aux sélections de Miller, Payton et A. Hardaway. D. Wilkins, D. Majerle, K. Johnson et J. Dumars restent un ton en dessous en particulier depuis les forfaits de Isiah Thomas et Tim Hardaway initialement appelés pour le mondial 94.

    #1 Dream Team I (Larry Bird, Clyde Drexler, Magic Johnson, Michael Jordan, Chris Mullin, Scottie Pippen, John Stockton)

    #2 Dream Team III (Anfernee Hardaway, Grant Hill, Reggie Miller, Gary Payton, Scottie Pippen, Mitch Richmond, John Stockton)

    #3 Dream Team II (Mark Price, Steve Smith, Reggie Miller, Dan Majerle, Kevin Johnson, Joe Dumars, Dominique Wilkins)

    Le secteur intérieur réserve en revanche une sacrée opposition. Difficile en effet de faire mieux comme casting que l’équipe de Big Men de 96. Les retours de Malone, Barkley et Robinson associés au Shaq’ et Olajuwon font clairement figure de raquette All-Time. En 92, Chuck Daly n’était parti qu’avec le grand Patrick Ewing et le jeune Christian Laettner en plus du Mailman, de Baby TGV et de l’Amiral. Une moins belle raquette pour le coup alors que la Dream Team II, malgré la présence de Mourning, Kemp ou encore Larry Johnson, ne parvient pas non plus à l’égaler.

    #1 Dream Team III (Karl Malone, Charles Barkley, Hakeem Olajuwon, David Robinson, Shaquille O’Neal)

    #2 Dream Team I (Charles Barkley, Patrick Ewing, Christian Laettner, Karl Malone, David Robinson)

    #3 Dream Team II (Larry Johnson, Derrick Coleman, Shawn Kemp, Alonzo Mourning, Shaquille O’Neal)

    LE TOURNOI OLYMPIQUE 1996

    Place aux choses sérieuses ! Du 20 juillet au 4 août 1996, le quatorzième tournoi olympique de basket se déroule au « Georgia Dome » d’Atlanta. Il oppose alors deux poules de six équipes, (USA, Lituanie, Croatie, Chine, Argentine et Angola) et (Yougoslavie, Australie, Grèce, Brésil, Porto Rico et Corée du Sud) pour déterminer au bout du premier tour quelles équipes accèderont en quart de finale. Un premier tour déjà palpitant pour tous les fans venus assister en nombre (entre 30 et 35 000 spectateurs à chaque match) à la démonstration américaine qui devront néanmoins se méfier des lituaniens et brésiliens toujours difficiles à manœuvrer en match.

    Phases de groupes

    Le 20 juillet, Team USA débute timidement son tournoi face à l’Argentine du jeune Fabricio Oberto. On est encore loin de la générations dorée argentine des années 2000, génération qui renversera les USA en 2004, mais l’Argentine vend chèrement sa peau sur le parquet, derrière son arrière Juan Alberto Espil (27 points à 3 sur 7 à longue distance) et la sélection sud-américaine rentre aux vestiaires, menée de deux points seulement (46-44). Une sacrée surprise pour le public qui assiste à un début de tournoi compliqué des américains, qui peine à rentrer ses tirs (7 sur 20 à 3 points) et poser son jeu et chahutés par une équipe pourtant largement à leur portée. Au retour des vestiaires Gary Payton sur une interception, envoi Scottie Pippen au dunk, suivi d’un jump-shot d’Olajuwon dans les premières minutes du match permet à la Dream Team de creuser un écart de huit points. Team USA ne lâchera plus une miette aux argentins, impuissants, et les hommes de Wilkens autour d’une raquette un ton au-dessus, termineront le match par un gros run (19-4) dans les dernières minutes du match. Score final 96-68, David Robinson termine meilleur marqueur des USA aux côtés de O’Neal (13 points, 4 rebonds) et Grant Hill (10 points, 5 passes et 4 rebonds). Une mise en garde pour la Dream Team qui pour la première fois depuis 1992 n’est pas parvenue à dépasser la barre des 100 points en match aux Jeux.
    Box Score

    Le match suivant se veut rassurant. Face à l’Angola, modeste champion d’Afrique 1995 et devant 30 000 spectateurs (record olympique), les joueurs de Lenny Wilkens vont tranquillement dérouler leur jeu pendant toute la rencontre, menant de treize points à la mi-temps pour finir sur une victoire sans forcer (87-54). Malgré la participation et l’effort de toute l’équipe, les États-Unis échouent une nouvelle fois en dessous des 100 unités, les basketteurs américains se répartissant le plus possible le scoring (Karl Malone termine meilleur marqueur avec 12 points, 6 rebonds) avec un Charles Barkley en dessous du double figure (7 points, 7 passes, 9 rebonds) et sans coup de coude. Une explication logique que Grant Hill expliquera quelques années plus tard
    Box Score

    « En fait, c’était plutôt drôle – personne dans l’équipe ne voulait être le meilleur marqueur lors de ces jeux. Parce que celui qui terminait meilleur marqueur devait passer plusieurs heures au contrôle anti-dopage après la rencontre (…) en observant les matchs, tout le monde jouait de manière altruiste en se passant le ballon, car personne ne voulait prendre un tir. »

    Grant Hill

    En ce 24 juillet, un match crucial attend la Dream Team. Pour leur troisième rencontre, opposés aux Lituaniens, médaillés de bronze en 1992 à Barcelone et désormais vice-champions d’Europe (1995), les américains vont devoir sortir le bleu de chauffe devant les quelques 34 000 personnes venues assister à ce match décisif. Face à la nouvelle coqueluche des Trail Blazers, Arvydas Sabonis et aux champions olympiques 1988, Rimas Kurtinaitis, Šarūnas Marčiulionis (absent de la feuille de match) et Valdemaras Chomičius, Charles Barkley et sa bande vont sortir une très grosse performance collective face à des lituaniens qui vont rester au contact durant 23 minutes avant de lâcher prise face au rouleau compresseur américain. À la mi-temps cependant, les hommes de Wilkens n’avaient que huit longueurs d’avances sur les hommes de Garastas (42-50), exploitant encore une fois les quelques erreurs des américains, gênés par la défense de zone des lituaniens. Après un gros run (25-9) au retour des vestiaires, les USA prendront le large pour dépasser enfin la barre symbolique des 100 points (104-82) autour d’une bonne répartition de la marque (16 points pour Barkley, 14 pour Malone et Miller et 13 pour Pippen). L’intérieur Gintaras Einikis terminera néanmoins meilleur marqueur de la rencontre (21 points et 7 rebonds) devant un Sabonis limité par une blessure (12 minutes jouées) et face à une sélection américaine bien trop forte en deuxième mi-temps.
    Box Score

    Post-up de Olajuwon sur Arturas Karnisovas

    Le quatrième round sera finalement un récital pour les USA dans la lancée du match précédent. La Chine difficilement capable de rivaliser, va recevoir une leçon de basket pendant près de quarante minutes. Trop rapides et trop puissants, les joueurs américains vont exploser la raquette chinoise (40 points en 1ère mi-temps) pour mener 62-28 après vingt minutes de jeu. Bien plus adroits (64% FG à 12/24 à 3pts) que lors des précédentes rencontres, Scottie Pippen (24 points, 4 passes), Grant Hill (19 points, 5 passes, 4 rebonds et 5 steals) et Reggie Miller (17 points) vont finir meilleurs marqueurs de la rencontre. Avec un Penny Hardaway altruiste (15 points, 10 passes) et un Shaq’ en double double (13 points, 10 rebonds), les USA empochent une 4ème victoire de rang et conservent leur première place du groupe, se dirigeant lentement vers un nouveau sacre.
    Box Score

    Le 28 juillet se joue alors le dernier match de poule des USA (déjà qualifiés) face à la Croatie de Petar Skansi, médaillée d’argent en 1992 à Barcelone. De vieilles retrouvailles pour les anciens Malone, Pippen et Barkley qui croisent à nouveau la route du futur Bulls Toni Kukoč, de Dino Rađa et Žan Tabak mais privés de son génie Drazen Petrovic (décédé trois ans plus tôt). Le match sera malheureusement à sens unique pour les croates, pas toujours adroits et laminés au rebond (41 prises contre 22). Le collectif américain fera le reste avec un Mitch Richmond en forme (16 points, 5 rebonds) et le double-double de Charles Barkley (14 points, 12 rebonds) et une victoire très nette (102-71). Les croates Tabak (19 points, 7 rebonds), Slaven Rimac (14 points) et Toni Kukoč (10 points, 10 passes) ne sont pas parvenus à stopper le rythme des joueurs américains qui confortablement installés à la première place, valident leur ticket pour les ¼ de finale. De l’aveu même de Kukoč « Je ne m’attendais pas à ce que Pippen et MJ soient aussi sérieux (les deux joueurs étaient contre la venue du joueur croate) … Malgré un pouce gauche cassé je savais que si je ne jouais pas, tout le monde aurait pensé que j’avais peur d’affronter ces types ».
    Box Score

    Sir Charles en contre-attaque face au croate Vladan Alanovic

    « Je ne le connaissais pas il y a quatre ans, je voulais défendre sur lui pour l’éteindre et par la même occasion faire taire les critiques qui disaient qu’il était le meilleur joueur européen à l’époque »

    Scottie Pippen

    Phases finales

    Brésil – USA

    O. Schmidt face à C. Barkley

    Au lendemain de l’incident du Parc olympique du centenaire, l’équipe américaine , qui a du évacuer son hôtel la veille, se retrouvent face aux brésiliens d’Oscar Schmidt (27,4 points par match). L’ailier fort de 38 ans, meilleur marqueur de l’histoire aux Jeux et de cette édition, sera défendu toute la rencontre par Scottie Pippen et Grant Hill, qui à tour de rôle ne lâcheront pas le grand Oscar d’un centimètre en deuxième mi-temps. Terminant avec une feuille de match de 26 points et 5 rebonds, tandis que ses partenaires se feront manger tout cru par la Dream Team, le Brésil s’incline (75-98). Passé le premier tour, les États-Unis jouent plus libéré grâce à une solide défense. Hardaway (14 points, 4 passes), Pippen (13 points, 6 passes, 4 rebonds) et O’Neal (11 points, 11 rebonds) vont se mettre en évidence dans un duel largement maîtrisé par les hommes de Wilkens, solide en défense (38% d’adresse générale pour les brésiliens contre 59% pour les USA) et à la répartition du scoring (aucun joueur à plus de neuf tirs).
    Box Score

    USA – Australie

    Scottie Pippen face à l’ailier Andrew Vlahov

    Plus que deux marches à franchir pour la sélection américaine qui doit se frotter aux surprenants australiens, tombeurs en 1/2 finale des croates (71-73). Difficile d’imaginer les « Aussies » réitérer l’exploit, notamment depuis la correction reçue quelques semaines plus tôt en match de préparation (118-77). Pourtant les joueurs de Barry Barnes surprennent depuis le début des Jeux (victoire face au Brésil et la Grèce) derrière son back court Andrew Gaze (24 points) et Shane Heal (18 points, 5 passes) et veut prouver que le basket australien peut prétendre à une médaille en rivalisant avec la Dream Team. Les intentions étaient bonnes mais les USA, sur un nuage depuis la fin des phases de groupe, roulent sur l’Australie (101-73), laissant même scorer le duo d’arrière australien (44 points cumulés) en première mi-temps. Au retour des vestiaires (51-41), Charles Barkley (24 points, 11 rebonds) sonne le chaos pour les Boomers. Lenny Wilkens charge Reggie Miller de tenir Andrew Gaze (trois points inscrits durant la mi-temps) et la raquette américaine fit le reste. L’absence du pivot des Bulls, Luc Longley, handicapa sérieusement l’Australie qui ne parvint pas à contenir Robinson (14 points, 9 rebonds) et le Shaq’ (14 points, 8 rebonds) ouvrant ainsi une nouvelle victoire à la Dream Team et s’ouvrant les portes de la finale olympique.
    Box Score

    Yougoslavie (Serbie & Monténégro) – USA

    Une belle affiche pour tous les spectateurs présents ce 3 août 1996, car c’est bel et bien la très populaire équipe de Yougoslavie qui défie l’ogre américain. Mais sur le papier, le roster yougoslave cloche un peu depuis quelques années. Il faut dire que les conflits qui ont ravagé l’ex-état d’Europe de l’Est sur fond d’indépendance plombèrent les espoirs de voir un jour la sélection yougoslave renverser la Dream Team américaine. Lors des Jeux de Barcelone, la Croatie n’avait malheureusement rien pu faire face aux mastodontes américains. C’est tout de même avec un roster Djordjevic – Danilovic – Bodiroga – Paspalj – Divac, elle aussi invaincue depuis le début du tournoi qui se présente face à la Dream Team américaine. Après une demi-finale incroyablement serrée face à la Lituanie (66-58), la sélection yougoslave espère réaliser l’exploit qui doit être le sien depuis plusieurs années. Renverser les États-Unis en finale des Jeux, chez eux, devant près de 35 000 personnes pratiquement tous acquis à la cause des joueurs américains.

    La première mi-temps semble tout à fait indiquer cette volonté de mettre en difficulté les champions olympiques. Les hommes de Željko Obradović, utilisent une défense de zone, compliquée à gérer alors pour les joueurs de Wilkens de l’époque, car interdite en NBA. Face à ce casse-tête, américains et yougoslaves se rendent coup pour coup dans un match sous tension. Les coéquipiers de Pippen rentrent difficilement dans leur match, en difficulté avec leur adresse et face à des yougoslaves audacieux qui provoquent les fautes (16 fautes) et derrière un Paspalj en feu (16 points à la mi-temps), Team USA s’en remet alors à la réussite de Miller et les entrées de Barkley, Robinson, Hardaway et Stockton pour finalement prendre les commandes du match après 17 minutes de jeu (36-35). Bodiroga et Divac dans leur rôles de meneurs d’hommes ont parfaitement tenus leur rôles sur cette première mi-temps, l’un en s’arrachant au rebond et l’autre en rentrant les lancers cruciaux pour n’être menés que (43-38) à la pause.

    Shaquille O’Neal défendu par Vlade Divac

    Au retour des vestiaires, le match reprend après une cérémonie en l’honneur de Muhammad Ali. La défense américaine peine encore et toujours face aux champions d’Europe 1995, mais le réveil en attaque des joueurs de Wilkens et les fautes à répétitions des yougoslaves va permettre de creuser un peu plus l’écart. Divac, exclu pour cinq fautes après seulement cinq minutes de jeu va libérer de l’espace pour le récital de David Robinson (28 points, 7 rebonds) et permettre aux américains de prendre le large (77-58) à cinq minutes de la fin. À tour de rôle Reggie Miller (20 points, 4 passes), Penny Hardaway (17 points, 4 passes, 2 steals) et Robinson vont écoeurer la Yougoslavie offrant sur un plateau une onzième couronne olympique aux États-Unis devant un public conquis. Malgré les performances de Papalj (19 points), Djordjevic (13 points, 6 passes, 5 rebonds) et Bodiroga (13 points, 5 rebonds), les USA étaient trop forts, depuis leur banc (60 points inscrits) et avec leur adresse (53 % FG). La Dream Team 3ème du nom rentre ainsi dans l’histoire.
    Box Score

    Pippen levant les bras en signe de victoire

    LA DREAM TEAM II À LA POSTÉRITÉ

    Certes la mise en route des États-Unis fut assez lente. Mais tel un diesel, une fois lancé, aucune équipe n’est parvenue à stopper l’allure des américains jusqu’au titre. Dotée d’une force de frappe deux, voire dix fois supérieure aux autres équipes avec des individualités à leur prime, Charles Barkley et sa bande ont joué un basket d’un tout autre niveau physique et technique sans défaillir un seul instant. Ce même Barkley qui avouera plus tard, dans son style très caractériel, avoir vécu un cauchemar au sein de cette sélection américaine.

    « La seconde Dream Team fut une des pires expériences de ma vie. En 1996 c’était un cauchemar. Les gars ont commencé à se plaindre de leur temps de jeu, à dire ‘Je devrais être titulaire.’ J’étais genre ‘Attendez une minute, Vous êtes loin d’être aussi bons en comparaison de l’équipe dans laquelle j’ai été’ (JO 1992). J’ai détesté ça. »

    Charles Barkley

    En dépit de ces tensions dans le groupe, les États-Unis présentent une fois de plus un bilan immaculé de huit victoires en autant de rencontres, décrochant logiquement la médaille d’or, chez elle, à Atlanta devant près de 35 000 personnes. Pour la onzième fois, Team USA a prouvé au monde entier sa maîtrise du basket et l’écart encore immense (31,7 points d’écart moyen par match) qui séparait les américains du reste du monde. Un écart qui vraisemblablement finira par se réduire avec le temps, mais qu’importe les États-Unis conservent leur couronne olympique et trônent plus que jamais au sommet du basket mondial au XXème siècle.

    L’héritage laissé par la génération dorée de Barcelone s’est propagé tel un brasier durant la décennie, offrant ainsi aux basket américain les plus belles pages de son histoire sur la scène internationale. Il est très courant, même de nos jours, de comparer les différentes équipes de 1992 à 2000 mais il est évident que la Dream Team de 1996 occupe une place à part dans la galaxie du basket. Les hommes de Lenny Wilkens furent en effet les plus proches du niveau de Jordan & co en 1992, tant sur le casting que par leur niveau de jeu et les résultats qu’ils ont obtenus cette année-là, qui ont séduit les foules au Georgia Dome. Il n’en reste pas moins que la Dream Team, la vraie, demeure à la fois sur le plan médiatique, culturelle, historique et sportif la meilleure équipe de l’histoire.

    Vingt-trois ans après et contrairement à son aînée, la génération de 1996 n’a toujours pas été intronisée au Hall of Fame, principalement parce que plusieurs joueurs faisant déjà partie des médaillés de Barcelone, y seraient encore honorés. Mais il est certain qu’elle mériterait d’y entrer pour son succès et son infuence sur le basket actuel. À ce titre plusieurs joueurs (et entraîneurs) sont évidemment entrés au Panthéon des plus grands de leur sport, pas uniquement pour cette médaille effectivement, mais pour l’ensemble de leur carrière respective durant laquelle les Jeux Olympiques d’Atlanta ont compté. Que ce soit Jerry Sloan et Lenny Wilkens ou le Shaq’, onze des douze membres de l’équipe (hors-staff) trônent désormais au temple de la renommée.

    Enjoy !
  • Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de 1980, dans un contexte plus politique que sportif, le boycott des jeux de Moscou par les États-Unis verra le tournoi olympique de basket offrir un dénouement inédit pour l’ex-Yougoslavie.

    LES JEUX DU BOYCOTT

    Moscou 1980

    Cette édition des jeux se déroule dans un contexte géopolitique sur fond de fin de détente entre les deux blocs, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique en décembre 1979. À l’initiative des États-Unis de Carter, un mouvement de protestation international de grande ampleur entraîne un regain de tension, menaçant la tenue de l’évènement. Le Comité international olympique décide tout de même de maintenir la 22ème édition des Jeux, décision rapidement suivi d’un boycott d’une cinquantaine de pays, parmi lesquels, le Canada, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest et les États-Unis. 80 nations sont tout de même présentes pour ces jeux mais Porto Rico, l’Australie et plusieurs pays européens, la France et la Grande-Bretagne en tête, défileront sous la bannière olympique.

    Cérémonie d’ouverture des Jeux de Moscou

    Au-delà de ce boycott inédit, les jeux de Moscou vont tout de même offrir leur lots de moments marquants pour le sport. La « petite fée de Montréal » Nadia Comaneci, remporta quatre nouvelles médailles, dont deux en or. Les nageuses est-allemandes firent une razzia sur les podiums avec 26 breloques (12 en or). Enfin le perchiste polonais et champion olympique, Wladyslaw Kozakiewicz, adressa un bras d’honneur plein d’audace en direction du public et des officiels pour protester contre le déroulement des épreuves favorisant les athlètes soviétiques. 

    Les « Gold Medal Series » De Team USA

    L’absence des États-Unis d’un tournoi olympique de basket c’est un peu comme une tarte aux pommes sans les pommes. Inimaginable à l’époque pour les octuples champions olympiques et tenants du titre, de ne pas défiler, bannière étoilée en évidence, au sein d’une délégation américaine dans le stade olympique de Moscou. 

    Team USA 1980

    Dave Gavitt, coach de l’université de Providence, est nommé à la tête de Team USA durant l’été 1980, avec à ses côtés Larry Brown (UCLA) et Dee Rowe (UConn). Autour de plusieurs joueurs universitaires brillants (Isiah Thomas, Mark Aguirre, Sam Bowie, Rolando Blackman et Buck Williams entre autre), l’objectif est de conserver le titre olympique, reconquis quatre ans plus tôt à Montréal, et cette cuvée américaine de 1980 aurait pu être la plus jeune de l’histoire, titrée aux Jeux (vingt ans de moyenne d’âge seulement !). L’équipe va tout de même s’illustrer lors d’une série de matchs d’exhibition, sorte de tournoi olympique de substitution, durant lesquels les USA affronteront successivement des équipes composées de professionnels puis la Team USA, championne olympique en 1976. 

    Une série conclue par cinq victoires pour une seule défaite opposant notamment les joueurs de Gavitt à plusieurs All-Star NBA, de George Gervin, Marques Johnson et Tiny Archibald à Dennis Johnson, Bob Lanier, et Jack Sikma en passant par Paul Westphal, Alex English, Artis Gilmore ou Magic Johnson. Cette Team USA avait malheureusement tout pour briller à Moscou autour d’un trio (Thomas, Brooks, Bowie) déjà dominant, de grosses qualités athlétiques et d’un collectif très au dessus de la moyenne. 

    L’ « Ours » Soviétique

    A. Belostenny (g.), A. Gomelsky, V. Tkatchenko (d.)

    Depuis sa victoire, teintée de scandale à Munich (1972), l’Union Soviétique est parvenue à maintenir sa domination sur le basket mondial, remportant un deuxième titre de champion du monde en 1974 à Porto Rico, et éclipsant à nouveau les États-Unis du basket international. Une domination cependant très vite écourtée par le voisin yougoslave qui renversera les soviétiques en 1975 et 1977 aux championnats d’Europe puis en 1976 et 1978, d’abord aux Jeux de Montréal puis lors de la coupe du monde aux Philippines. Défaits lors de 13 de ses 14 confrontations face aux yougoslaves, les soviétiques mettront fin à cette humiliation lors de l’Euro de Basket italien en 1979. C’est précisément sur les bases de ce nouveau titre que le pays hôte veut construire son succès aux jeux afin de ramener une nouvelle médaille d’or olympique. En l’absence des américains, un seul adversaire obsède alors les nouveaux champions d’Europe, La Yougoslavie. 

    Alexandre Gomelsky, « père » du basket russe et entraîneur légendaire de l’ASK Riga, tient de nouveau les rênes de la sélection soviétique depuis 1977 et est persuadé que ses hommes ne failliront pas, répétant sans cesse qu’aucune équipe n’est assez forte pour les empêcher de remporter l’or à Moscou. Il faut dire qu’après six années de disette face aux irrésistibles yougoslaves, l’Union Soviétique, lestée des américains, est logiquement favorite de ses jeux en 1980. Les regards sont désormais tournés vers un possible duel entre les deux sélections que certains qualifient déjà de « match du siècle ». 

    Sergei Belov

    La sélection soviétique dirigée par Gomelsky est emmenée par son arrière légendaire et immense héros de Munich en finale des Jeux 1972, Sergei Belov. Le joueur du CSKA Moscou, est encore à 36 ans un joueur de basket formidable, capable d’aligner les tirs avec une précision chirurgicale et menant brillamment la sélection depuis près d’une décennie. À ses côtés d’autres joueurs majeurs se démarquent à l’image des pivots Vladimir Tkatchenko (2,23m) et Alexander Belostenny (2,14m), du meneur Stanislav Eremin et des ailiers Myshkin et Salnikov. Il s’agit alors pour Gomelsky d’assurer une continuité depuis le titre de 1979 en s’appuyant sur l’expérience de son effectif et son efficacité sous la raquette.

    La « Génération Dorée » Yougoslave 

    En dépit d’une nouvelle médaille en 1979, la Yougoslavie sort d’une prestation décevante aux championnats d’Europe (trois défaites dans le tournoi). Il faut dire que les yougoslaves, présents sur les podiums internationaux depuis près de quinze ans, restaient sur trois titres européens consécutifs (1973, 1975, 1977) ponctués d’un nouveau titre mondial en 1978 (après celui de 1970) et que rien ne résistait alors au basket yougoslave. L’entraîneur Petar Skansi en fera les frais, un an seulement après avoir succédé à Aleksandar Nikolić (le « Père » du basket yougoslave). Après cet échec c’est Ranko Žeravica, coach du Partizan puis de l’Étoile rouge de Belgrade, qui est désigné comme le nouvel architecte d’une équipe yougoslave qui illumine le basket mondial depuis plusieurs années mais qui souhaite rapidement tourner la page de l’échec amer de Turin, à moins d’un an des jeux.

    L’équipe olympique yougoslave lors d’un stage de préparation

    Accordant une grande attention à la psychologie et la préparation mental, Žeravica souhaite dynamiser l’état d’esprit et la motivation des joueurs. Pour mettre toute les chances de son côté, Ranko sélectionne non seulement les meilleurs joueurs possibles, mais s’entoure également d’un staff cinq étoiles. Bogdan Tanjević, vainqueur de la Coupe des clubs champions en 1979 (Bosna Sarajevo), Dušan Ivkovic, vainqueur de la Coupe Korać en 1979 (Jugoplastika de Split) et Bata Đorđević (Crvena Zvezda) viennent renforcer les rangs de la sélection. Nikolić absent, c’est Mirko Novosel (Cibona Zagreb), sélectionneur médaillé d’argent au Championnat du monde en 1974 et au Jeux de Montréal en 1976 qui endosse le costume de manager général de la sélection.

    Dragan et Dražen sous le maillot du Partizan Belgrade

    Au rang des joueurs, le cinq majeur yougoslave se compose des deux arrières Dragan Kicanović (Partizan Belgrade), Mirza Delibašić (Bosna Sarajevo), de l’ailier Dražen Dalipagić (Partizan Belgrade) et des deux intérieurs Krešimir Ćosić (Bologne) et Željko Jerkov (Jugoplastika Split). Un effectif talentueux, expérimenté et rompu au très haut niveau, complété par un banc tout aussi fourni (Zoran Slavnić, Rajko Žizic, Andro Knego, Duje Krstulović). Depuis dix ans, presque tout ces joueurs ont participé aux succès yougoslaves en club ou en sélection à l’image d’un Dražen Dalipagić, MVP de l’Euro 1977 et du Mondial 1978, confiant à l’approche des jeux. Pour préparer l’évènement, le groupe se retire alors dans les zones sauvages reculées du pays, subissant des séances d’entrainement de spartiate, comme l’école de basket yougoslave sait si bien les faire, sur des bases de footing en forêt dès 4h00 du matin et de séances de tir interminables, afin de ramener l’or olympique qui manque à leur palmarès.

    « Quelle médaille espérez-vous décrocher à Moscou » ? – demandèrent des journalistes à Žeravica
    « L’argent », répondit-il. Puis il ajouta : « … Au minimum » 

    Ranko Žeravica, sélectionneur de la Yougoslavie

    LE TOURNOI OLYMPIQUE 1980

    Le tournoi olympique de basket se déroule du 20 au 30 juillet au Stade olympique de Moscou et au Palais des Sports du CSKA. Parmi les équipes qualifiées, l’Espagne de Brabender se retrouve dans le groupe B de la Yougoslavie (avec la Pologne et le Sénégal) tandis que l’URSS devra se défaire de l’Inde, la Tchécoslovaquie et du Brésil d’Oscar Schmidt.

    Le Premier Tour

    Le pivot yougoslave Krešimir Ćosić

    Lors du premier tour, la Yougoslavie ne sera guère inquiétée par le Sénégal (104-67) et la Pologne (129-91) à l’exception de son dernier match face à des espagnols accrocheurs. Derrière son shooter naturalisé Wayne Brabender (Real Madrid) à 30 points et les barcelonais Chico Sibilio et San Epifanio, les hommes de Žeravica menés à la mi-temps, vont s’employer en deuxième période pour accrocher une troisième victoire et maintenir leur invincibilité. Les soviétiques, emmenés par un Belov impeccable, auront encore moins de difficultés à se défaire de l’Inde (121-65), du Brésil (101-88) et de la Tchécoslovaquie (99-82). L’autre groupe, celui de l’Italie de Dino Meneghin et Pierlo Marzorati, qualifiée réservera une surprise avec la qualification de Cuba au détriment de l’Australie. 

    Le Second Tour

    le pivot soviétique V. Tkatchenko

    Yougoslaves et soviétiques vont continuer leur récital au tour suivant. Les italiens emmenés par leur pivot Meneghin se retrouvent dépassés et impuissants face au duo intenable Kicanović (31pts) Daligapić (26pts), infligeant une lourde défaite à la squadra d’entrée (102-81) suivi d’une large succès (112-84) face aux cubains. Les soviétiques les imiteront lors de leur match remporté face à l’Espagne (119-102) mais les soviétiques vont à la surprise générale perdre leur deuxième rencontre face à l’Italie (87-85) et se retrouver dans une posture délicate. Les deux favoris du tournoi doivent désormais se rencontrer dans un match déjà décisif. La Yougoslavie invaincue peut en cas de victoire s’assurer l’une des deux premières places pour jouer le titre olympique, tandis que les soviétiques dans l’impasse, doivent gagner cette rencontre afin de ne pas compromettre leurs chances de ramener une médaille.

    Le « Match des Jeux »

    Depuis le début du tournoi Ranko Žeravica est particulièrement attentif au niveau de préparation physique des soviétiques et du contenu de leurs matchs mais aussi des déclarations d’Alexander Gomelsky, qu’il juge trop confiant. Le sélectionneur et les joueurs le savent, remporter ce match, c’est l’assurance d’éliminer son rival de la course au titre et de terminer en tête en évitant d’affronter les soviétiques une deuxième fois en moins d’une semaine. Le triangle offensif Kicanović – Delibašić – Daligapić sera la clef de voûte du jeu yougoslave lors de cette rencontre. En misant sur la rapidité en contre attaque et la vitesse de jeu de ses extérieurs, Ranko a vu juste. Plus appliqués que les soviétiques en défense et sur les pertes de balle, l’équipe de Yougoslavie va proposer un jeu offensif de transition sur des paniers faciles en contre attaque et provoquant des fautes sous le cercle. Le pivot massif Tkatchenko suivi de son partenaire Belostenny se retrouveront rapidement sur le banc pour des fautes à répétition laissant Belov et le reste des joueurs en difficulté à la mi-temps. Plus efficaces et plus altruistes, les yougoslaves développent un basket plus collectif commettant néanmoins des pertes de balles par excès de zèle. 

    L’URSS a souffert face aux yougoslaves

    Rentrant aux vestiaires en tête (48-42) Žeravica distille alors ses directives à ses joueurs en confiance afin de maintenir le niveau sur la fin de match. Le début de la seconde mi-temps part sur un rythme encore plus élevé, les soviétiques parvenant même à combler leur retard grâce à un Belov encore impressionnant et en trouvant enfin des solutions dans la raquette. La défense yougoslave s’effrite et en moins de dix minutes, les hommes de Gomelsky passent devant au tableau d’affichage (54-62). Pour mettre fin à l’hémorragie Žeravica use de temps morts et les yougoslaves sortent de leur torpeur pour recoller au score à quelques minutes de la fin du match (76-76). Kicanović d’abord puis Daligapić vont menés une série d’actions conclues par plusieurs paniers pour reprendre l’avantage, mais c’était sans compter sur des soviétiques accrocheurs qui recollent immédiatement au score et arrachent l’égalisation au bout du temps réglementaire (81-81) après un tir au buzzer manqué de Daligapić. Ce même Daligapić qui, lors des prolongations va inscrire dix des vingt points de la Yougoslavie, et offrir à son équipe une victoire de prestige face au grand rival soviétique (101-91). En faisant courir les coéquipiers de Belov (20pts) tout au long de la rencontre, La Yougoslavie, Dalipagić (28pts) et Kicanović (22pts) en tête, sont parvenus à renverser les favoris du tournoi, en proposant un basket intense, dans un match décisif dans la course pour le titre. 

    Le sacre olympique

    Italie – Yougoslavie en finale des Jeux (86-77)

    La première place est acquise et les hommes de Žeravica ne la lâcheront pas, remportant la rencontre suivante face au Brésil (96-95), dans un match encore très accroché pour s’offrir une nouvelle finale olympique, la troisième en douze ans. Dans un match beaucoup moins accroché, les italiens, comme lors de leur précédente rencontre, ne parviendront pas à renverser cette équipe yougoslave, frustrés au point de voir Dino Meneghin asséner un violent coup de genou sur Kicanović qui sortira sur civière en fin de rencontre. Derrière son trio magique qui inscrira 60 points sur la finale (86-77), la Yougoslavie s’octroie l’or et termine invaincue dans le tournoi avec huit victoires et une moyenne de 103 points marqués par match.

    LE MIRACLE YOUGOSLAVE

    La première génération dorée du basket yougoslave

    Drazen Dalipagić (24,5pts) sera élu meilleur joueur du tournoi et c’est aux côtés de ses compatriotes Zoran Slavnic et Dragan Kicanović qu’il sera également choisi dans le meilleur cinq de la compétition. Le futur Hall of Famer NBA et FIBA a su mener l’équipe de basket la plus sexy du continent à voir jouer, au sommet, ramenant le seul titre majeur manquant à cette sélection depuis sa première participation en 1960. Cette équipe championne olympique, déjouant les pronostics qui voyaient une victoire de l’Union soviétique pourtant largement favorite chez elle, demeure encore aujourd’hui, un des meilleurs exemples de basket moderne, rapide, technique et réaliste, autour d’une génération qui aura tout gagner ensemble, depuis les championnats d’Europe en passant par les Mondiaux jusqu’au Jeux de Moscou. Ce fut également l’avant dernière grande compétition en sélection pour Ranko Žeravica qui quittera ses fonctions sur une médaille de bronze au Mondiaux de Cali en 1982. La Yougoslavie est parvenue pendant plusieurs années à entretenir ce terreau fertile de joueurs d’exception en montant à nouveau sur plusieurs podiums internationaux et en s’installant durablement sur le toit de l’Europe à la fin des années 80 autour d’une autre génération dorée, avant que la guerre ne vienne interrompre brutalement l’histoire.

  • Un Jour aux Jeux

    Un Jour aux Jeux

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, ClutchTime vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Un jour aux jeux de Rome est née la véritable première Dream Team américaine de l’histoire

    Petite escapade aux Jeux de Rome

    Affiche pour les Jeux de Rome

    Les 18ème Jeux Olympiques qui se déroulent à Rome, marquent un tournant dans l’histoire du sport en devenant les premiers jeux retransmis en direct à l’international. Mais les jeux olympiques de Rome passeront à la postérité avant tout sur le plan sportif grâce à des exploits devenus légendaires. En boxe, Mohamed Ali, qui n’est encore que Cassius Clay, remportera la médaille d’or des poids lourds à seulement 18 ans, l’éthiopien Abebe Bikila courra pieds nus le marathon olympique ramenant au passage, sa première médaille olympique à l’Éthiopie (en or) et établissant un nouveau record du monde de la discipline. Enfin l’américaine Wilma Rudoplh fera une razzia sur les épreuves de sprint féminins d’athlétisme (100m, 200m et relais 4×100). Mais ce qui nous intéresse plus particulièrement lors de ces jeux d’été, c’est le sacre des États-Unis dans le tournoi de basket, glanant leur 5ème médaille d’or en autant d’éditions depuis que la discipline a fait son entrée au programme olympique. Un beau clin d’œil à la première médaille d’or récoltée quelques mois plus tôt par l’équipe de hockey sur glace américaine face à l’Union Soviétique, lors des Jeux d’hiver de Squaw Valley (USA).

    Invictus Team USA

    Cette sélection américaine n’a rien de comparable avec les équipes contemporaines auxquelles nous sommes habitués depuis plusieurs années. Lors des jeux de Rome, l’histoire nous plonge trente ans avant l’ère de la Team USA made in NBA. Aucun joueur professionnel, aucun grand nom du basket américain ne prend part à ce tournoi depuis sa création. En raison du niveau et du savoir-faire américain pour la balle orange, la sélection olympique s’effectue depuis 1936 par l’Amateur Athletic Union (AAU) qui régit le sport aux États-Unis, sur la base d’un vivier de joueurs universitaires (et/ou amateurs) extraordinaire, amenés, pour les plus talentueux d’entre eux, à devenir de futurs basketteurs professionnels. Suffisant néanmoins pour rafler, haut la main, l’ensemble des titres olympiques mis en jeu depuis la création du Tournoi. Plusieurs pionniers de la NBA et plus généralement du basket américain sont passés, le temps d’un été, par cette case olympique. L’équipe médaillée d’or de 1956 (Melbourne) compte par exemple dans ses rangs le duo légendaire des Celtics, Bill Russell et K.C Jones, tous deux au Hall of Fame.

    Présentation de la cuvée « universitaire » de 1960

    Juillet – Août 1960, quelques mois avant le début des jeux, alors que le sélectionneur et les dirigeants de l’AAU s’écharpent sur la sélection à venir, une présélection de jeunes joueurs universitaires va écraser en matchs de préparations les équipes de NIBL (National Industrial Basketball League) des Akron Goodyear Wingfoots, Phillips 66ers et des Peoria Caterpillars. En dépit de ces performances, l’AAU oblige le coach de l’université de San Francisco, Pete Newell, à sélectionner plusieurs joueurs amateurs, se privant au passage du champion universitaire d’Ohio State, John Havlicek ou encore de l’ailier Tom Sanders (New York) et du meneur Lenny Wilkens (Providence). Seulement trois joueurs (J.West, A.Smith et O.Robertson) ont déjà joué ensemble auparavant pour la sélection américaine, à l’occasion des Jeux Panaméricains de 1959 (victoire des États-Unis)

    Un Coach

    Pete Newell, entraîneur de Michigan State

    Pete Newell, coach de l’Université de Californie, (Hall of Famer NBA & NCAA) est désigné pour diriger la sélection américaine de basket pour préparer les Jeux de Rome. Vainqueur en 1959 et finaliste en 1960 du tournoi de basket universitaire américain (NCAA), l’entraîneur de 45 ans se lance un tout autre défi en prenant les rênes de la Team USA. Il décide de s’entourer de Warren Womble, coach de l’équipe amateur des Peoria Caterpillars (NIBL) et prédécesseur de Newell aux Jeux d’Helsinki (1952). Le préparateur physique de l’équipe de football américain et le manager des Kansas Jayhawks, Dean Nesmith et Arthur Lonborg viennent également se greffer au staff technique américain.

    Un Meneur de jeu

    Oscar Robertson, université de Cincinnati

    Premier Hall of Famer de cette cuvée, Oscar Palmer Robertson, dit « Big O » ou « Mr. Triple Double », est un meneur de jeu à la vision et à la technique en avance sur son époque. Le droitier, originaire de Charlotte, va effectuer son cursus collégial à l’université de Cincinnati (un présage) pour terminer, l’année de ses 21 ans, meilleur joueur universitaire de l’année selon la presse américaine et l’association des joueurs. Impossible de se tromper sur ce génie de la balle orange qui tourne à près de 34pts, 15rbd et 7ast par match depuis trois ans en NCAA (sans jamais remporter le titre). C’est donc avec une réputation déjà toute faite que le jeune meneur d’1m96 va mener le jeu de l’équipe des USA des Jeux de 1960. La carrière NBA de Oscar Robertson est en tout point similaire. Douze fois All-Star, onze fois All-NBA, Champion en 1971 (Bucks), MVP 1964, trois fois MVP du All-Star Game et Rookie de l’année 1961. « Ozzie » est considéré à juste titre comme le meneur le plus talentueux des années soixante, détenteur du record de triples doubles en carrière (181), et seul joueur à avoir terminé une saison en triple double de moyenne (1961-1962) au XXème siècle. Une régularité exceptionnelle, durant quatorze saisons à 26pts, 9.5ast et 7.5rbd de moyenne.

    Un Capitaine

    Jerry West, université de West Virginia

    Jerry West a le physique du gendre idéal, souriant et avenant. Le staff américain ne s’y trompe pas en le désignant co-capitaine de Team USA. Au sortir de sa dernière année senior de l’université de West Virginia, le jeune arrière tourne à plus de 29pts, 16.5rbd et 4ast par match et terminera à la troisième place de la conférence régionale (East). Le MOP finaliste malheureux de 1959, et futur Hall of Famer NBA, veut se montrer à la hauteur des attentes placées en lui. Son profil de « Swingman » élégant et technique, doublé d’une finition chirurgicale au tir et d’une défense agressive, vont lui permettre de s’installer définitivement dans le débat des plus grands joueurs All-Time de son sport. Avec quatorze sélections au ASG (MVP en 1972), une bague de champion (1971-1972), un titre de MVP des Finales 1969. Douze fois All-NBA, cinq fois dans le cinq défensif, notre ami « Zeke From Cabin Creek » bénéficie encore aujourd’hui d’un capital sympathie immense de la part de joueurs, entraîneurs et dirigeants qui l’ont côtoyé de près ou de loin. Avec près de 930 matchs au compteur, pour 27pts, 6rbd et 6.5ast de moyenne en carrière (actuel détenteur du nombre de points total inscrits en Finale NBA), Jerry West brillera autant sur les parquet qu’en coulisse en tant que general manager de sa franchise mythique des Lakers puis aux Warriors (huit titres de champions NBA entre 1980 et 2017). On ne devient pas « The Logo » pour rien.

    Un Big man

    Jerry Lucas, université de Ohio State

    Jerry Lucas est l’intérieur américain titulaire lors de ces jeux, et ni plus ni moins que le futur Hall of Famer et coéquipier du Big O aux Cincinnati Royals. Champion universitaire avec Ohio State, le jeune sophomore se retrouve seul représentant de la promo 1959-1960 de l’université, parmis lesquels John Havlicek et Larry Siegfried ont également brillé. Auteur de 26pts et 16rbds de moyenne dans la conférence Big Ten, Jerry Lucas sera désigné par les observateurs MOP du tournoi universitaire (24pts et 16rbd) notamment grâce à d’énormes performances face à Western Kentucky et Georgia Tech. Mais Jerry Lucas pour d’autres c’est aussi le Hall of Famer et fidèle lieutenant du Big O, sept fois All-star, champion NBA en 1973 (sous le maillot des Knicks), Rookie de l’année 1964, élu cinq fois dans le All-NBA Team. Avec près de douze saisons au compteur, ponctuées de plusieurs finales de conférence et de moyenne en carrière honorable (17pts, 15.6rbd, 3ast) Jerry Lucas vit aujourd’hui à Compton (Californie) et intervient encore, grâce à son aura, dans des programmes d’éducation pour les jeunes.

    Un Remplaçant

    Walt Bellamy, université d’Indiana

    Walter « Walt » Bellamy, (décédé), jeune Pivot de 2m11, futur Hall of Famer, n’est qu’en deuxième année junior à l’université d’Indiana. Tournant à 22.5pts et 13.5 rbd par match, et parvenant à amener les Hoosiers à la 2ème place de conférence Big Ten, derrière le futur champion, Ohio State, ses performances retiennent l’attention des scouts NBA et plus particulièrement celui du staff de la Team USA. Walt, qui n’a encore que 20 ans, sera sélectionné en backup de Jerry Lucas durant l’été 1960. Très peu de personne s’imaginent alors quel joueur il va devenir par la suite. Lors de sa saison de Rookie 1961-62 sous le maillot des Chicago Packers, Walt Bellamy termine à 31.6pts et 19rbd par match, s’octroyant, haut la main, le titre de Rookie de l’année. Des performances ahurissantes qu’il va conserver pendant quatre saisons durant lesquelles il sera All-star. Malgré une longévité certaine, ses performances finissent par s’estomper laissant tout de même l’image d’un intérieur dominant jusque dans les années 70.

    Un Roster

    Le reste de l’équipe se compose entre autre de trois jeunes joueurs universitaires. Le pivot Darrall Imhoff, All-star en (1966-67), coéquipier de West aux Lakers pendant plusieurs saisons, jouera treize ans en NBA. Ce même Darrall Imhoff, fidèle de Pete Newell, qui offrira le titre en 1959 à l’université de Californie face à… Jerry West. L’ailier scoreur Terry Dischinger de l’université de Purdue connaîtra trois sélections All-star (chez les Chicago Zephyrs, Baltimore Bullets et Detroit Pistons) récompensé du titre de ROY (1962-63). Enfin le moins connu des trois, Jay Arnette (Texas), arrière des Cincinnati Royals jouera moins de trois saisons en NBA.

    Adrian Smith soulevant Darall Imhoff, décrochant le filet

    Ainsi que cinq joueurs de l’AAU. Bob Boozer (Peoria Caterpillars) de Kansas State, qui a repoussé sa carrière NBA pour faire les jeux, connaîtra une sélection All-Star (1967-68) avec les Chicago Bulls. Adrian Smith, champion universitaire 1958 avec l’université de Kentucky, meneur – arrière très adroit de la Navy qui s’ouvrira les portes de la grande ligue d’abord chez les Cincinnati Royals puis les Warriors de Philadelphie. Burdette Haldorson (Phillips Oilers, Université de Colorado) déjà médaillé d’or aux jeux de Melbourne. Lester Lane (Wichita Vickers), sélectionné en 52ème position par les Philadelphia Warriors en 1955. Allen Kelley (Peoria) champion universitaire en 1952 avec l’université de Kansas, sélectionné en 56ème position par les Milwaukee Hawks en 1954.

    Le Tournoi olympique

    Du 26 août au 10 septembre, le tournoi oppose alors seize sélections nationales (dont la France fait partie), réparties en quatre groupes lors d’un premier tour, puis d’un tour de classification, se disputants successivement au petit palais des sports puis jusqu’en finale, au « Palazzo dello Sport » de Rome (salle du Virtus de Rome). Un changement de règle important fait également son apparition. Lors des Jeux de Melbourne (1956), le niveau de jeu, très fermé et en manque de variété, avantageait surtout les grands gabarits, Bill Russell en tête. Les officiels vont instaurer une limite de trois secondes de présence d’un joueur dans la raquette adverse afin de rendre le jeu plus agréable et plus fluide et surtout afin d’éloigner le plus possible les intérieurs dominants de sous les paniers.

    Un Tour préliminaire en guise d’échauffement

    Italie – USA (54-88)

    Les États-Unis sont reversés dans le groupe A de l’Italie, la Hongrie et le Japon. Devant plus de 3 000 spectateurs, les tenants du titre défient lors du premier match, la « Nazionale », pays hôte, de l’ailier Gianfranco Lombardi (Virtus Bologne). Les USA marquent d’entrée le tournoi en infligeant un revers cuisant aux italiens (88-54), grâce à une première mi-temps parfaitement négociée (seulement 17 points inscrits par les italiens) et une fin de match maîtrisée grâce à la rotation de son banc. L’arrière Adrian Smith (Kentucky) et Oscar « Big O » Robertson terminent co-meilleurs marqueurs (16pts). Le Japon (125-66) puis la Hongrie (107-63) ne tiendront guère plus que des rôles de figurants lors de ce premier tour, durant lequel les joueurs américains se mettent en jambe. Un écart moyen de 47pts par rencontre, des adversaires limités à 61pts par match, Jerry Lucas et Oscar Robertson scorant 19pts de moyenne et pas moins de six joueurs (sur douze !) à 10pts ou plus. Le ton est donné.

    Le rouleau compresseur américain

    Lors du second tour (en demi-finale) les américains vont encore hausser leur niveau et littéralement écraser la concurrence. Parmi les huit équipes encore en lice pour jouer le titre, les ÉtatsUnis tombent sur la Yougoslavie de Radivoje Korać et Ivo Daneu, l’Uruguay de Carlos Blixen (médaillé de bronze à Melbourne) et de l’habituelle mais néanmoins redoutable équipe d’Union Soviétique. Des soviétiques qui depuis 1952, en dépit de leur domination sur le vieux continent, se heurtent constamment à cette Team USA en finale.

    Autour de joueurs dominants dans la raquette, notamment le colosse letton, Jānis Krūmiņš (2m20, 140kg), Viktor Zubkov, Yuri Korneev et Aleksandr Petrov espèrent enfin tenir leur revanche et renverser la montagne américaine. Malgré deux premières rencontres maîtrisées par les soviétiques, les américains font étalage de toute leur maîtrise sur le dernier match décisif du groupe. Dans un contexte diplomatique tendu, en pleine période de guerre froide, le match est relativement serré et les américains sont pour la première fois mis en difficulté par le jeu physique et l’adresse soviétique. À la mi-temps, les USA n’ont que sept points d’avance (35-28) et Newell décide d’un changement tactique face à des soviétiques en confiance et un peu trop favorisés selon lui par l’arbitrage. Les américains reviennent du vestiaire, le couteau entre les dents, avec une pression défensive tout-terrain, infligeant un (25-1) dans le 3ème ¼ avec 20pts consécutifs inscrits durant les cinq premières minutes. Derrière son « swingman », Jerry West (19pts), et le génie d’Oscar Robertson (16pts), les États-Unis vont étouffer les soviétiques et par la même occasion contenir les hommes de Stepan Spandarian à moins de 60pts, leur infligeant une seconde défaite (81-57) (défaite face au Brésil au 1er tour 58-54).

    Oscar Robertson et la défense des soviétiques

    Les deux matchs précédents furent aussi expéditifs que démonstratifs de la supériorité américaine sur ce tournoi. Team USA récite une partition millimétrée sur 40mn, menée par Terry Dischinger (Purdue) et du « Big O », face à une équipe yougoslave apathique (104-42), en dépit du bon match de Korać (16pts). Puis elle récidive le lendemain lors d’une nouvelle démonstration de basket face aux uruguayens impuissants (108-50). (+47) et (+46) respectivement sur chaque première mi-temps lors de ces deux rencontres. Leur domination est totale et s’imprime, telle une marque laissée au fer rouge par chacune de leurs prestations, grâce à des joueurs qui, l’un après l’autre, plantent paniers sur paniers avec une maîtrise spectaculaire.

    Un final grandiose

    Les États-Unis n’ont plus que deux rencontres à disputer dans le tableau final qui va donc opposer USA et URSS (qualifiés du Groupe B) au Brésil et à la surprenante équipe d’Italie (qualifiés du Groupe A).

    Le schéma est le suivant : Avec une victoire chacun, brésiliens et américains doivent remporter leur premier match, respectivement face à l’Union Soviétique et l’Italie, pour être assurer de joueur la médaille d’or l’un contre l’autre. Les deux premières rencontres se déroulent tard dans la soirée du 8 septembre (à cause des fortes chaleurs). L’Union Soviétique ouvre le bal et renverse le Brésil de Wlamir Marques (25pts) sur le score étouffant de (64-62). Les USA doivent alors assurer une victoire face à l’Italie pour s’adjuger une sixième breloque consécutive. Contre toute attente, devant plus 11 000 spectateurs, la première mi-temps révèle un scénario inattendu dans un Palais des Sports bouillant. Au tableau d’affichage, les USA sont devant des italiens accrocheurs et en réussite (56-48), mais vont finalement craquer lors du second acte, poussant les américains à s’employer un peu plus, pour la seconde fois dans ce tournoi. Le courageux ailier Gianfranco Lombardi (23pts) va maintenir l’Italie à quai et tenir tête aux Jerry Lucas (26pts), Oscar Robertson (22pts) et Jerry West (18pts) qui vont néanmoins ramener une 7ème victoire américaine dans le tournoi (112 – 81), la seconde face à l’Italie. Certains « tifosi » y verront la finale pour la médaille d’or que l’Italie n’aura jamais connu car malheureusement pour eux l’Union Soviétique sera tout aussi impitoyable lors de son dernier match, l’emportant (78-70) et se parant d’argent pour la troisième fois consécutive, laissant les italiens au pied du podium.

    États-Unis – Brésil

    Climax de ce tournoi pour la Team USA. La médaille est assurée, reste à déterminer de quel métal elle sera faite. En dépit du résultat des soviétiques qui conforte leur première place, les joueurs veulent s’employer à rendre une feuille de match plus aboutie que face à l’Italie en particulier depuis les derniers championnats du monde de basket remportés par le Brésil devant… les États-Unis. En ce jour de 10 septembre 1960, le décor est planté pour une « finale » qui s’annonce aussi déséquilibrée qu’haletante. La première mi-temps sera à sens unique pour les américains (50-24), insolents de réussite, qui anesthésient les champions du monde « auriverde » emmenés par l’ailier vedette Wlamir (19pts) et son pivot Amaury (17pts). Le match étant quasiment acquis, les joueurs américains vont gérer la seconde période en stabilisant l’écart autour des trente points (90-63) grâce à une nouvelle prestation majeure de l’intérieur Jerry Lucas (21pts) et de son leader et meilleur joueur du tournoi, Oscar Robertson (14pts). Les USA remportent une 5ème médaille d’or consécutive qui récompense, au bout de huit matchs sans défaite, une équipe prodigieuse, au comportement et au jeu exemplaire. Les américains restent sur une série olympique impressionnante de 36 victoires consécutives (en 36 matchs), confortant ainsi un peu plus leur hégémonie sur le basket aux Jeux.

    Le podium des Jeux de 1960

    L’héritage de Team USA 1960

    La Dream Team originelle

    Cette génération exceptionnelle, en remportant ses rencontres avec un écart moyen de 42,4pts sur l’ensemble du tournoi et en dépassant à cinq reprises la barre des 100 points inscrits, surclasse la concurrence dans tous les secteurs de jeu face à des joueurs pourtant rompus au basket international et des équipes plus âgées (en moyenne 24 ans, contre seulement 22 ans pour les américains). Des jeunes qui, très tôt, n’hésitent pas à endosser un rôle de leader au sein de l’équipe, à l’image d’Oscar Robertson, qui va assumer ses responsabilités sur le parquet et en dehors, comme il saura si bien le faire en NBA plus tard.

    “En dépit de notre jeunesse et sans aucune expérience professionnelle, nous avons représenté les États-Unis comme aucune autre équipe dans l’histoire ne l’avait fait jusqu’à présent. Nous n’avions aucune faiblesse”Oscar Robertson

    Guider par un tempo rapide, une endurance ainsi qu’une défense inépuisable et capable d’envoyer du jeu des deux côtés du terrain pendant de longues séquences. Cette équipe récite ses gammes, bloque les tirs sous le panier et pratique un jeu de mouvement avec et sans ballon pour offrir des tirs idéalement ouverts sur chaque possession. Tous les joueurs tiennent leur rôle depuis le banc jusqu’aux titulaires.

    “La meilleure équipe de basket amateur qui ait jamais existé”Jerry West

    Du podium olympique à la postérité

    Cinq joueurs de l’équipe championne olympique finiront le tournoi en double figures, une équipe parfaitement menée par le duo Lucas – Robertson (17pts par matchs) et habilement construite par le regretté Pete Newell. À l’issue des Jeux de 1960, et d’une cuvée exceptionnelle, dix joueurs entameront progressivement une carrière en NBA, parmi lesquels Bob Boozer, Adrian Smith et Jay Arnette qui deviendront coéquipiers d’Oscar Robertson aux Cincinnati Royals durant plusieurs saisons. D’ailleurs Oscar Robertson (1961), Walt Bellamy (1962), Terry Dischinger (1963) puis Jerry Lucas (1964) seront successivement élu Rookie de l’année. Ces mêmes Jerry Lucas et Oscar Robertson, déjà vedettes montantes du basket universitaire bien avant leur parcours olympique, étaient amenés, tôt ou tard, à faire le grand saut en NBA. Parmi les dix joueurs qui auront une carrière en NBA, huit d’entre eux connaîtront une longue carrière, quatre d’entre eux seront intronisés quelques années plus tard au Hall of Fame à titre individuel.

    Ce n’est qu’en 2010, cinquante ans après les faits, que l’équipe des États-Unis, médaillée d’or aux Jeux de Rome de 1960 intégrera le prestigieux mémorial de basket américain lors d’une cérémonie hommage, ponctuée par les discours des deux co-capitaines, Jerry West et Oscar Robertson, entourés de plusieurs de leurs anciens coéquipiers, sous les yeux d’une autre équipe honorée ce soir-là ; la Dream Team 1992 de Barcelone.

    Discours du « Big O », lors de la cérémonie d’intronisation de la Team USA Basketball 1960

    Quelle place dans l’histoire ?

    L’équipe de basket des États-Unis de 1960 reste indubitablement moins médiatique et iconique sur le papier que la Dream Team 1992 mais les deux sélections ont en commun d’être les seules équipes nationales intronisées au Hall of Fame. 60 ans après, la Team USA, version 1960, demeure encore une référence en matière de réussite sur le plan collectif et dans le jeu. En dépit d’un manque de médiatisation à l’époque, elle se félicite cependant du titre officieux de « Dream Team originelle » et demeure à n’en pas douter la meilleure équipe américaine amateur de l’histoire grâce à une concentration exceptionnelle de talents qui réaliseront, par la suite, des carrières NBA mémorables.