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  • Et le capitaine James Harden abandonna son vaisseau

    Et le capitaine James Harden abandonna son vaisseau

    Rédigé par Guillaume Gaborit, Illustration by @romain_sk_97

    Cela aurait pu être une belle histoire. Celle d’un sixième homme d’une équipe finaliste ayant pour mission de porter sur ses larges épaules toute une ville vers un nouveau titre, le premier depuis 1995. Si Harden détient désormais à lui seul 90% de records en tout genre de la franchise, il n’a jamais pu atteindre les Finales en huit ans. Mission avortée, et voilà que ce qui était encore impensable il y a un an se concrétise. Le célèbre N°13 a donc quitté le vaisseau des Rockets vers une nouvelle mission à Brooklyn. Prenons ensemble un step back pour revivre les moments marquants de sa période Houston.


    Un trade marquant et des débuts historiques

    Daryl Morey et James Harden lors la présentation face à la presse en octobre 2012. Crédit: AP/ Pat Sullivan

    La nouvelle est officialisée le 27 octobre 2012, quelques mois après avoir perdu en finale face au Heat aux côtés de Kevin Durant et de Russell Westbrook, Harden est un Rocket. Le GM de Houston Daryl Morey peut savourer son deal pour récupérer le meilleur sixième homme de la ligue. Pour se faire, il a fallu lâcher le shooteur (à la mécanique de tir improbable) Kevin Martin, le rookie sélectionné en 12e position de la Draft 2012 Jeremy Lamb, deux futurs choix au premier tour (qui deviendront Steven Adams en 2013 et Mitch McGary en 2014) ainsi qu’un second tour (Alex Abrines en 2013). Morey en est convaincu, il s’agit d’un trade unique qui va faire basculer la franchise texane dans une toute autre dimension après avoir tournée la page T-Mac/Yao.

    « James Harden est un joueur sur lequel nous pouvons construire et continuer à améliorer l’équipe autour de ses compétences. »

    Daryl Morey lors de la conférence de presse d’introduction de sa nouvelle star.

    Sans perdre de temps, le barbu signe une extension (tant voulu) de 80M$ sur cinq ans. Les questions fusèrent : comment un 6e homme pourra-t-il faire face à des défenses plus resserrées ? Comment pourra-t-il réussir sans avoir à ses côtés des stars comme ce fut le cas au Thunder ? Ce qui est certain, c’est que cet échange restera à jamais dans l’histoire de la ligue.

    « Il y aura pour toujours une ligne de démarcation lorsque nous parlerons de l’histoire de la franchise du Thunder: il y a un avant Harden et un après Harden. »

    David Aldridge, journaliste de NBA.com

    Toutes ses questions concernant la capacité de l’arrière de 23 ans de prendre les reines d’une franchise se sont vite estompées après ses deux premières victoires: 37pts et 12pds à Detroit puis 45pts à Atlanta (15/17 aux lancers-francs!). Il devient le scoreur le plus prolifique de l’histoire avec 82 points sur ses deux premiers matchs avec ses nouvelles couleurs, dépassant ainsi Wilt Chamberlain (79pts). Déjà, à l’époque, ces deux performances historiques annoncent la couleur pour la suite de l’aventure de James Harden au sein du vaisseau des Rockets.

    https://www.youtube.com/watch?v=SkfEKKECzGo

    Saison exceptionnelle d’un point de vue individuel : 25.9 pts par match contre 16.8 pts l’année précédente et on tient aussi à souligner le fait que les arbitres, aussi bien que les défenseurs, n’étaient pas prêts pour faire face au phénomène Harden : 10.2 lancers tentés par match contre 4.3 de moyenne en trois saisons avec le Thunder. Ajoutez à cela sa première apparition au All-Star Game en tant que remplaçant à l’ouest et vous tenez là un nouveau franchise player. Seule ombre au tableau, l’élimination au premier des Playoffs face à son ancienne équipe : 2v-4d. Les Rockets étaient aux portes d’un sweep (3v-0d), mais la blessure de Russell Westbrook (merci Pat Beverley) a été un facteur important dans le regain de confiance des texans.

    La saison 1 avec un James Harden encore attiré par le tir à mi-distance, reste positive après trois saisons sans Playoffs, les Rockets sont de retour dans la féroce conférence Ouest. L’avenir de la franchise se reposera bien sur le barbu.


    Un « one two punch » avec Dwight Howard qui tombe à l’eau

    Dwight Howard et James Harden – via USA Today Sports

    Il faut croire qu’un roster composé de Jeremy Lin, de Chandler Parsons et d’Omer Asik ne suffit pas à vous emmener au 2e tour des Playoffs à l’Ouest. Daryl Morey (toujours en quête de superstars), profite de l’ascension d’Harden pour signer le free agent le plus convoité de l’été 2013 : Dwight Howard. Après une saison galère à Los Angeles, c’est une demie-surprise de voir le triple DPOY signer pour 4 ans et 88M$ pour jouer aux côtés d’une étoile montante.

    La première saison du duo est réussie : 54v-28d, soit le meilleur bilan de la franchise depuis 2008 et la fameuse série de 22 victoires de suite de T-Mac & co. James Harden est dans la continuité de ce qu’il a produit lors de l’exercice précédent et « D-12 » semble soulagé de ses douleurs au dos qui l’ont tant handicapé à Los Angeles. Les hommes de Kevin McHale finissent 4e à l’Ouest, pour affronter les Trail Blazers de LaMarcus Aldridge (inarrêtable sur la série) et d’un Damian Lillard dans sa 2e année. Malgré l’avantage du terrain, Houston perd ses deux premiers matchs. Harden se démène pour arracher le Game 3 (37pts, 9rds, 6pds), puis c’est au tour de Dwight Howard de se montrer lors du Game 5 (22pts, 14rds, 3blks). Dans un Game 6 très serré et dans une ambiance électrique, les Rockets vont échouer sur un buzzer beater signé Lillard. Le duo Harden/Howard rentre déjà dans l’histoire des Playoffs en étant témoin de la naissance du phénomène « It’s Dame Time ».


    Malgré un terrible dénouement, tout n’est pas à jeter. Daryl Morey a réellement transformé Houston en un réel prétendant au titre, avec ses deux All-Stars et pour sa 2e saison, Harden est élu dans la 1st All NBA Team. Pour la saison 2014-2015, le GM décide de se débarrasser du pivot Omer Asik, finit avec cette horrible idée de McHale de placer le turc aux côtés de Dwight Howard dans le cinq. En retour, les Rockets récupèrent un ancien de la maison, Trevor Ariza puis quelques semaines plus tard un autre shooteur avec Jason Terry. Pour sa 3e saison dans le Texas, Harden gonfle ses statistiques offensives notamment grâce à l’absence de son pivot star qui manqua la moitié de la saison. L’arrière devient pour la première fois titulaire au All-Star Game (Kobe Bryant étant blessé), il gère toujours autant voire plus le jeu en attaque (27.4pts) tout en alimentant ses shooteurs que sont Ariza, Motiejunas, Terry et Beverley (7pds). Les Rockets consolident leur statut de favoris et tout cela sans leur pivot vedette…

    James Harden en tenant de remplaçant félicitant ses coéquipiers. Credit: Andrew D. Bernstein/Getty Images

    De retour en Playoffs, Harden & co se débarrassent facilement des Mavericks au premier tour en 5 matchs. Le barbu tourne à 28.4pts sur la série avec un joli carton lors du Game 3 remporté à Dallas (42pts, 15/24 aux tirs). En revanche, les demies-finales seront bien plus intéressantes et auront fait couler beaucoup d’encre. Menés 3-1 face aux Clippers version lob city avec Chris Paul et Blake Griffin, les hommes de Kevin McHale ont réussi à renverser la tendance avec notamment un 4e quart-temps de folie lors d’un Game 6 remporté grâce à Josh Smith, Corey Brewer, Trevor Ariza… Et les stars ? James Harden est sur le banc durant tout cette période cruciale et D-12 prend quelques rebonds et affiche un pitoyable 1-6 aux lancers-francs. Un coup de maître de Kevin McHale ? Un message envoyé à sa star ? En tout cas, Harden est bien de retour lors du Game 7 avec 31pts et un détonnant 15/18 aux lancers-francs. Houston devient la 9e équipe de l’histoire à remonter un déficit de 3-1 pour passer au tour suivant.

    La belle aventure fut stoppée net par les Warriors en finale de conférence (1v-4d). Harden qui avait terminé second dans les votes pour le titre de MVP derrière Stephen Curry échoue face à ce dernier. S’il n’a pas démérité avec un Game 4 remporté (45pts, 7/11 de loin), il n’a pu éviter l’élimination avec un très mauvais Game 5 (14pts, 2/11 aux tirs, 12tov). Triste manière de quitter la scène, mais l’évolution est là, les Rockets progressent et Harden semble déjà inarrêtable:

    Saison 2014-15: Joueur ayant le plus de matchs à:

    • 20pts et plus: 62
    • 30pts et plus: 35
    • 40pts et plus: 10
    • 50pts et plus: 2 (égalité avec Kyrie Irving)

    Kevin McHale et James Harden. Credit: Brett Coomer, Houston Chronicle

    La saison 2015-16 devrait être la bonne ! Suite à leur élimination sans saveur face aux Warriors, on attendait des texans remontés, affamés et déterminés. Que nenni ! Les Rockets commencent la saison par 4v-7d. Kevin McHale, qui était en poste depuis 2011, est remercié. Daryl Morey avouera plus tard que l’équipe ne répondait plus à son coach et décida donc de le remplacer par son assistant J.B. Bickerstaff. Harden se montrera plus virulent avec son ancien coach en le traitant de « clown » pour répondre à des propos de McHale concernant le manque de leadership du barbu…

    Les Rockets sont inconstants et les tensions dans les vestiaires empêchent une quelconque amélioration. Le jeu passe encore plus par James Harden (29pts, 7.5pds) au détriment d’un Dwight Howard qui n’a jamais aussi peu tenté de tirs depuis son année rookie (8.5). Sa moyenne de points chute (13.7pts) et son mécontentement augmente. Le vestiaire est scindé en deux et le climat est plus que pesant comme l’évoquait un joueur de l’équipe.

    « A cette époque, le vestiaire de Houston était divisé par une ligne séparant les camps Howard et Harden, et les clans étaient si établis qu’un vétéran de l’équipe a dit un jour à un joueur fraîchement transféré : ‘Quand tu arrives ici, tu dois choisir ton camp.’ »

    Joueur anonyme de Houston via Sport Illustrated

    Les Rockets termineront péniblement la saison avec un bilan équilibré 41v-41d. James Harden établit un nouveau record en terme de ballons perdus (374) sur une saison. Houston sera éliminé à nouveau par les hommes de Steve Kerr en 5 matchs, pourtant orphelins du MVP Stephen Curry. Les ambitions affichées par le duo Harden/D-12 se sont envolées. Les deux hommes ne se parlent plus, ne s’aiment plus. La page doit être tournée pour le bien de la franchise.


    Welcome To Space City

    Mike D’Antoni aux côtés de sa star pour une séance « shooting » pour la saison 2016-2017. Crédit: Troy Taormina-USA TODAY Sports

    Alors que les Warriors viennent de battre le record de victoires en saison régulière (73v-9d), puis récupérer Kevin Durant lors de la folle FA de 2016, les Rockets, eux, semblent avoir fait un pas en arrière après un exercice 2015-16 plus que compliqué.

    Heureusement que Daryl Morey est aux manettes du vaisseau et décide de se baser sur trois règles essentielles pour réussir dans la ligue :

    • Règle N°1 : La balle doit être dans les mains de la star
    • Règle N°2 : Le spacing
    • Règle N°3 : Le tir extérieur

    Qui de mieux pour respecter ces consignes que le coach emblématique des Suns des années 2000. Avec Mike D’Antoni, finit le jeu poste bas et bonjour le drive & kick, le 3-pts dans le corner et le spacing à outrance. Lors de son introduction, le coach annonce déjà qu’il souhaite placer James Harden dans le rôle de meneur de jeu. Règle N°1 : check.

    Lors de l’intersaison 2016, Harden prolonge pour 118M$ sur 4 ans, Dwight Howard quitte le navire pour signer chez lui à Atlanta. Puis Morey engage des joueurs « D’Antoni compatibles » avec les ex-Pelicans : Ryan Anderson, Eric Gordon. Règles N°2 et 3 : check-check.

    Pour cette saison 2016-17, Houston devient la franchise qui tente le plus de tirs derrière la ligne avec 40,3 tirs en moyenne par match pour la saison 2016-17, soit dix de plus que la saison précédente. Si l’adresse est moyenne (35.7%), Harden & co se placent en 2e position en terme de points marqués avec des cartons contre les Clippers (140-116), les Lakers (134-95) ou encore les Nets (137-112). Toute l’équipe est unie derrière un principe : simplement marquer plus de points que l’adversaire (140-130 vs Minnesota).

    Le barbu s’éclate avec son nouveau coach. Il entasse tous les records inimaginables. Il dépasse la légende Hakeem Olajuwon pour le nombre de triples doubles avec les Rockets (29pts, 11rds, 13pds vs Pelicans) et devient le premier joueur depuis Wilt Chamberlain à afficher une ligne de statistiques de 50-15-15 (53pts, 16rds, 17pds vs Knicks), pour ensuite devenir le seul joueur de l’histoire à réaliser une telle performance une deuxième fois (51pts, 13rds, 13pds, vs Sixers). Il s’agit tout simplement de sa meilleure saison en terme de statistiques brutes: 29.1pts, 8.1rds, 11.2pds


    Game 5: Manu Ginobili contre James Harden donnant ainsi la victoire des Spurs en porlongation pour mener la série 3-2. Eric Gay/Associated Press

    Une saison historique qui s’est terminée d’une manière cauchemardesque. D’abord sur un plan individuel, Harden est relégué à la 2e place pour le trophée de MVP derrière la machine à triple double Russell Westbrook, et ce, malgré un bilan collectif bien plus flatteur pour le barbu (55v-27d contre 47v-35d). Harden ne manqua pas l’occasion de se venger en éliminant le Thunder au premier tour (4v-1d).

    Tout s’effondra au 2nd tour contre les éternels San Antonio Spurs. Après un Game 5 perdu en prolongation (merci Gino!), Harden réalise sa pire performance de la saison au plus mauvais moment lors d’un Game 6 perdu de 39 points à domicile. Avec seulement 10pts et 2/11 aux tirs, Harden ne peut que réaliser l’écart de niveau entre la saison régulière et les Playoffs. Sans oublier qu’en face, Kawhi Leonard était absent.


    Les renforts arrivent

    Chris Paul, James Harden et PJ Tucker savourant une victoire sur le banc de touche. Image via Getty/Rocky Widner/NBAE

    La violente élimination contre les Spurs a mis en évidence le manque de playmakers dans le roster. Harden ne peut pas être en charge de la création 100% du temps. Morey va donc modifier sa première règle :

    • Règle N°1 : La balle doit être dans les mains DES stars

    Après avoir prolongé pour le deuxième été de suite Harden pour 160M$ et 4 ans, le GM de Houston récupère dans un méga-deal le meneur All-Star Chris Paul en échange de Patrick Beverley, Lou Williams, Montrezl Harrell, Sam Dekker, Darrun Hilliard, Kyle Wiltjer, DeAndre Liggins, un 1er choix de draft, et de l’argent. Le propriétaire des Rockets de l’époque annonce clairement les ambitions :

    «Nous pensons que combiner deux des plus grands joueurs de la ligue, James Harden et Chris Paul, opérant dans le système de Coach D’Antoni, nous donne une équipe calibrée pour le titre et qui rivalisera au plus haut niveau pour les années à venir.»

    Leslie Alexander via NBA.com

    Autre signature qui semblait anecdotique à l’époque mais qui restera gravée dans les mémoires des fans de la franchise, celle de PJ Tucker en provenance de Toronto. L’intérieur correspond parfaitement au profil tant apprécié par D’Antoni de petit intérieur capable de tirer à3-pts dans le corner.

    Pour cette saison 2017/2018, l’équipe tourne à plein régime en dépassant la moyenne des 42 tirs de loin tentés par match et domine même la conférence Ouest. Sur les trois confrontations en saison régulière contre les Warriors, les Rockets engrangent deux victoires (Harden étant absent lors de l’unique défaite). Pour la première fois premier à l’Ouest avec un bilan de 65v-17d, cette équipe vient tout simplement de réaliser la meilleure saison régulière de l’histoire de la franchise.

    De son côté, Harden continue sa moisson de records (points, triple double…). On retiendra sa performance surréaliste face au Magic (60pts, 11pds, 10rds). Jamais un Rocket n’avait autant scoré sur une rencontre. La présence à ses côtés de Chris Paul ne l’empêche pas de gonfler ses statistiques offensives en devenant cette saison le meilleur scoreur de la ligue avec 30.4pts de moyenne avec 10 tirs à 3-pts tentés par rencontre (36.7% de réussite).


    Privé de Finales NBA: James Harden à la fin du Game 7 perdu contre les Warrirors. Credits: Troy Taormina-USA TODAY Sports

    Après avoir écarté sans trop de difficultés les Timberwolves (4-1) puis le Jazz (4-1), Houston retrouve 3 ans après les Finales de Conférence, et pour que l’histoire soit encore plus dramatique, nous avons le droit à la revanche de 2015 : Rockets vs Warriors. Houston s’était préparé toute la saison. L’équipe attendait ce moment depuis le début du training camp. Cet affrontement s’annonçait dantesque ! Le duo Harden-Paul fonctionne parfaitement bien, et semble prêt pour défier les triples champions en titre de la conférence.

    Et tout semblait bien parti. Houston menait la série 3-2 avec l’avantage du terrain. Les Rockets ont surpris leurs adversaires en serrant la vis en défense, limitant ainsi les hommes de Steve Kerr à 92 et 94 points pour les Game 4 et 5. Chris Paul gère l’attaque, Harden joue son rôle d’aimant à défenseurs et c’est Eric Gordon qui en profite pour perforer la défense adverse. Puis le sort s’est acharné sur les texans avec la blessure aux ischios-jambiers pour Chris Paul, l’empêchant ainsi d’être en tenue pour les Game 6 et 7. Malgré les performances du barbu (32 points lors des deux derniers matchs), et une avance de 19 points à la mi-temps du Game 7. Les hommes de Mike D’Antoni trouvèrent le moyen de rater 27 tirs à 3-pts de suite et de perdre la rencontre. Éliminé à nouveau aux portes des Finales, Harden a néanmoins pu se réconforter avec l’obtention du titre de MVP de la saison.


    Le « Harden One Man Show »

    James Harden lors d’une victoire incroyable chez les Warriors. Photo by Noah Graham/NBAE via Getty Images

    Éliminés aux portes des Finales, le front office des Rockets croient toujours en cette équipe en signant un nouveau contrat à son meneur Chris Paul pour un chèque de 160M$ pour 4 ans. Toujours en quête de stars, Daryl Morey signe Carmelo Anthony en août 2018.

    Le début de saison est plus que laborieux. L’expérience Melo s’arrête prématurément en novembre et la franchise affiche un bilan de 11v-14d après une défaite contre les Mavericks le 8 décembre 2018. C’est alors que le Barbu passe en mode « chef » pour ramener son équipe aux sommets de la conférence Ouest et sans Chris Paul qui manqua 17 matchs entre décembre et janvier.

    Pour preuve ! En plus d’avoir ramener les siens dans le match après avoir compté près de 20 points de retard, Harden rentre un incroyable Game Winner en prolongation chez les double champions en titre !

    https://www.youtube.com/watch?v=L2g4RtMj2Ss

    Harden réalise la saison la plus prolifique d’un point de vue offensif avec deux matchs à 61 points (contre les Knicks et contre les Spurs). L’arrière de Houston bat encore et toujours des records qui n’existaient pas. Il a scoré au moins 30 points contre les 29 autres équipes de la ligue, et termine pour la deuxième année de suite meilleur scoreur de la ligue avec 36.1pts de moyenne. Un seuil jamais atteint depuis Michael Jordan en 1987 (37.1pts). Toujours en compagnie de « MJ », Harden est le 2e joueur de l’histoire à enregistrer au moins 2700 points, 500 rebonds et 500 passes.


    Chris Paul et un James Harden aux yeux rouges marqués par une série intense et physique contre les Warriors. Photo by Bill Baptist/NBAE via Getty Images

    Malgré un premier tour assuré face au Jazz (4-1), la collection de records du barbu s’épaissit lors d’un match de Playoffs, mais cette fois avec le plus grand nombre de tirs manqués de suite avec 0-15 lors du Game 3 dans l’Utah. Les texans se retrouvent une nouvelle fois face à sa bête noire : les Warriors. Loin d’être ridicule, Houston égalise la série 2-2, mais le Game 5 vient confirmer les éventuelles tensions entre les deux leaders texans. Paul et Harden ne semblent plus sur la même longueur d’onde et les Warriors en profitent pour clôturer la série en six rencontres, malgré l’absence de Kevin Durant lors du Game 6. Les Warriors ont envoyé Harden & co en vacances quatre fois en cinq ans…

    Harden compile les records en saison régulière et les apparitions dans la 1st All NBA Team, termine à nouveau 2e dans les votes pour le titre de MVP, mais échoue continuellement à emmener son équipe vers le titre. Les défaillances des Rockets sont criantes, l’ambiance s’est dégradée, et quelque chose se prépare en coulisse pour bousculer tout cela…


    la réunion avec Westbrook

    James Harden heureux de rejouer avec Russell Westbrook lors d’un match de présaison à Tokyo contre les Raptors. Credits: Jae C. Hong/Associated Press

    Comme avec Dwight Howard, le mariage Harden/Paul s’est détérioré et Daryl Morey n’a pas d’autres choix que de se séparer de son meneur vedette de 33 ans. C’est en juillet 2019, lors d’une FA déroutante, que le GM actionne un trade entre contrats de mammouths, pour envoyer Chris Paul au Thunder avec plusieurs choix de draft pour récupérer l’ami et ancien coéquipier Russell Westbrook. Un move qui satisfait le barbu mais qui est loin de faire l’unanimité au sein du staff des Rockets.

    Un début de saison laborieux pour l’équipe, pour les deux stars qui se marchent sur les pieds et sans oublier les affaires avec la Chine. La défense des Rockets est digne des pires défenses made in All-Star Game de l’histoire (159-158 contre Washington fin octobre 2019 avec 59pts pour Harden). Et pour ne rien changer, Harden ne s’arrête pas de cumuler les exploits offensifs avec 60 points contre les Hawks en seulement 31 minutes. Quelques jours plus tard, le 13 décembre, il devient le premier joueur de l’histoire à enchaîner deux matchs consécutifs à 50 points et 10 tirs à 3-pts inscris (55pts à Cleveland, et 54pts à Orlando). Au 1er janvier 2020, James Harden est le joueur ayant le plus scoré sur la dernière décennie avec 19 578 points.

    Le reste de la saison est pour le moins délicate dans son ensemble avec la disparition de Kobe Bryant le 26 janvier 2020 et l’arrêt de la saison à cause de la COVID-19 le 12 mars 2020.


    La Bulle d’Orlando

    James Harden arborant un t-shirt avec le message « Black Lives Matter ». Credits: Pool via Getty Images

    De retour sur les parquets en août, Harden reprend ses bonnes vieilles habitudes, c’est à dire, les records ! Avec 49 points dans la victoire en prolongation contre les Mavericks, le N°13 devient le 2e meilleur scoreur de l’histoire des Rockets. Pour la troisième saison consécutive, il s’adjuge le titre de meilleur scoreur de la ligue avec 34.3pts de moyenne. Mais rien ne change une fois les Playoffs arrivés.

    Après un premier tour étonnamment laborieux face au Thunder de Chris Paul (4-3), et malgré un Game 1 réussi face aux Lakers (112-97), Harden a encore une fois échoué dans sa quête du titre. A ses côtés, Westbrook semble diminué et ne parvient pas à aider son « ami » (10pts en 35′ dans le Game 5). Il n’a fallu que cinq matchs pour que LeBron James et Anthony Davis pour envoyer Houston en vacances. Pas de titre NBA, mais Harden figure toujours parmi les votes pour le MVP et dans les All-NBA Team. Le scénario se répète…


    La fin de l’histoire

    James Harden réagissant à une décision arbitrale lors d’une rencontre en janvier contre les Lakers. Credits: Mark Mulligan/Houston Chronicle via AP

    Bonne nouvelle ! L’histoire ne se répétera pas pour Harden et les Rockets pour la saison 2020-21. Mauvaise nouvelle, Harden veut quitter le navire. Après les départs successifs de Mike D’Antoni, de Daryl Morey, les stars Russell Westbrook et James Harden réclament un trade deux jours avant la draft. On ne va pas revenir sur les épisodes houleux avant la saison avec un James Harden festif et en surpoids, et la manière dont il a protesté les décisions prises par le nouveau Front Office. Il va refuser une offre de prolongation en novembre et se présentera en retard pour le training camp et le début de la pré-saison.

    Le 3 décembre, Russell Westbrook est échangé contre John Wall. James Harden est toujours sur le pont mais ne souhaite plus diriger le navire malgré l’arrivée de nouveaux matelos (John Wall, DeMarcus Cousins, Christian Wood). Le barbu ne cherche même plus à montrer son mécontentement vis à vis de cette situation. Il sera finalement échangé dans un deal à quatre équipes le 13 janvier à Brooklyn pour former un Big Three détonant avec Kyrie Irving et Kevin Durant.


    Des débuts tonitruants pour une fin en eau de boudin. Ces huit années auront été riches en records en tout genre. Intenable en saison régulière puis incapable de remporter la conférence Ouest, le chapitre Harden restera incomplet. La franchise texane a tout mis en œuvre pour contenter sa star. Mais le chef Harden ne veut plus cuisiner pour les Rockets. Une toute nouvelle mission l’attend à l’autre bout du pays.

  • NBA, COVID-19, et après ?

    NBA, COVID-19, et après ?

    Alors que le globe s’est réglé à l’heure COVID-19, le 11 mars, les horloges Tissot ont cessé de tourner en NBA pendant plusieurs mois. Le mardi 2 juin, le conseil d’administration de la grande ligue a validé une reprise progressive de l’entraînement. Un “hallelujah” pour les fanatiques de la balle orange, désabusés pendant ces quatre mois de disette.

    Les playoffs se dérouleront dans un contexte inédit à Disney World Floride dans la bulle. Depuis cette “Salle du temps et de l’esprit”, les joueurs se remettent en condition afin d’être affûtés pour leur premier match officiel, le 30 juillet. D’ici là, les rumeurs des nouvelles contaminations, des entrées et sorties de la bulle sont relayées par les journalistes américains Shams Charania et Adrian Wojnarowski sur Twitter.

    En période de confinement, le réseau social a constitué une plateforme d’expression pour les spectateurs qui ont pu y partager leur frustration et leur nostalgie lors de la mise en suspens de la NBA. La pandémie n’a pas eu raison de notre amour pour le basket, mais elle a changé les règles du jeu. À quoi ressemblera l’après-COVID pour la ligue américaine ? Dans la lignée du “Flu-game” de Michael, votre média ClutchTime vous propose une rétrospective épidémiologique des séquelles de la NBA post-confinement.


    Une bourde franco-française et une société américaine divisée

    Le 11 mars 2020, la Twittosphère n’en a que pour notre Rudy Gobert national, testé positif au coronavirus. Les boutades fusent, plus ou moins fines. Le double DPOY est accusé d’avoir réalisé l’action défensive la plus impactante de sa carrière : un geste clownesque face aux journalistes qui impose un cadenas sur la ligue.

    Le récapitulatif vidéo de la bourde de Rudy Gobert, source : Le Huffington Post/Youtube.

    Rudy assume sa bêtise et présente ses excuses dans un communiqué où il exprime sa volonté de dédramatiser le quotidien des fans dans un contexte d’angoisse collective. Mais avec un premier joueur officiellement atteint, Adam Silver ne prend pas de risque. Il prend la décision historique de suspendre la saison jusqu’à nouvel ordre afin de protéger son organisation.

    À cette date, le virus n’est statistiquement qu’un phénomène mineur aux USA. L’épicentre de l’épidémie se déplaçait doucement de l’Asie vers l’Europe et la société étasunienne restait divisée. Donald Trump, tenait comme à l’habitude une position radicale. Le président crie au complotisme, refuse de porter un masque en public et accuse la Chine comme seul pays responsable de la propagation du virus.

    Le Tweet accusateur de Donald Trump envers la responsabilité du gouvernement chinois. Source, compte twitter de Donald Trump le 20/05/2020.

    “Un abruti en Chine vient de publier un rapport qui accuse tous les pays sauf la Chine pour ce virus qui a tué à ce jour des centaines de milliers de personnes. Que quelqu’un veuille bien expliquer à cet imbécile que c’est “l’incompétence de la Chine” et rien d’autre qui a engendré cette tuerie de masse.”


    Aux côtés de la presse et des manifestations citoyennes du mouvement “Stay Home”, la NBA a constitué un contre-pouvoir à l’entêtement présidentiel. Depuis l’élection de Donald Trump, le basketball marche à contretemps de la Maison-Blanche. Les Champions NBA refusent d’effectuer la visite protocolaire pour recevoir les honneurs du président après leur titre. Staffs et athlètes se positionnent contre le camp pro-Trump et affichent leurs revendications politiques et sociales : du mouvement “Shut Up and Dribble” de LBJ aux récentes manifestations “Black Lives Matter”.

    Jaylen Brown, participant à la marche de protestation “Black Lives Matter” en réaction au décès de George Floyd. Le joueur des Celtics a effectué un trajet de 15 heures en voiture afin d’apporter sa voix au mouvement. Source et crédit photo : NBA.com

    Alors qu’approche la reprise, lorsque Donald Trump réaffirme son attachement au drapeau confédéré hérité de la période esclavagiste. De son côté,la NBA offre la possibilité à ses joueurs d’arborer des messages de paix et de tolérance au dos de leur maillot. La fracture entre le gouvernement et la ligue est nette. Avec près de 4 millions de personnes testées positives à la fin du mois de juillet, les États-Unis restent le pays avec le plus de cas déclarés selon les statistiques de l’OMS. Rétrospectivement, en prenant en compte ce bilan humain dramatique, on ne peut que louer la capacité d’anticipation d’Adam Silver.

    La NBA fut la première ligue sportive américaine à stopper ses activités. La fermeture de tous ses centres d’entraînement fut actée avant même la mise en suspens de la National Football League (NFL) et National Hockey League (NHL). Cela s’explique aussi car la NBA est habituée à traiter des dossiers sensibles en lien avec la maladie. Notamment lorsqu’à l’aube des années 1990, une annonce vient bouleverser la planète basket.


    Le cas Magic, une ligue déjà préparée

    “Magic” n’a pas volé son surnom sur le terrain. C’est un prestidigitateur à la conduite de balle hypnotisante. La créativité et le culot au service du Showtime à Los Angeles. Avec une ligne statistique de 19.5 points- 11.2 passes décisives et 7.2 rebonds en carrière, difficile de refuser au monstre sacré le statut de meilleur Point Guard de tous les temps. Sa rivalité avec Bird et son sourire chaleureux ont participé à fidéliser toute une génération de fans durant la décennie 1980.

    “Plusieurs fois, il lançait la balle et je ne savais pas où elle allait atterrir. Et là, un de nos gars la reçoit dans ses mains et marque, je me retrouve à revenir dans ma moitié de terrain à me demander s’il ne l’a carrément pas fait passer à travers quelqu’un”.

    Source : Michael Cooper, ancien coéquipier de Magic pour Legends Profile NBA.com.

    À l’aube des années 1990, le parcours flamboyant du meneur de 32 ans est pourtant stoppé net. Le 7 novembre 1991, il s’exprime dans une conférence de presse et annonce publiquement sa retraite. Earvin Johnson Jr. vient d’être testé positif au virus d’immunodéficience humaine (VIH).

    À cette époque, le SIDA est un sujet de psychose dans la société américaine. Il est associé à l’homosexualité pour de nombreux Américains. Alors que les premiers cas de contamination apparaissent en 1981, la maladie est souvent appelée avec ignorance “gay cancer”. La recherche scientifique contre le virus est encore balbutiante et le gouvernement américain n’a pas identifié l’ampleur de la menace épidémiologique. Les causes de sa propagation sont encore méconnues. Les pratiques sexuelles non protégées ou le partage d’aiguilles lors de la prise de stupéfiants en intraveineuse sont des pratiques à risque récurrent dans la société américaine, notamment parmi les populations précaires.

    L’annonce de la séropositivité de Johnson plonge le monde du sport dans la consternation. Face au drame, le numéro 32 des Lakers agit avec intelligence. Il choisit d’user de sa notoriété pour inciter le public à ne pas perpétuer les mêmes erreurs que lui.

    La prévention reste le traitement le plus efficace contre cette maladie. En tant qu’icône mondialement reconnue, son intervention pour la sensibilisation de tous est décisive. Magic est un jeune afro-américain hétérosexuel issu d’une famille ouvrière du Michigan, qui a atteint l’excellence à la sueur de son front. Il est la preuve de la vulnérabilité individuelle face au SIDA, un virus qui n’inquiète pas seulement les minorités invisibles ou la classe populaire.

    L’image de l’enfant chéri de la grande ligue, avec trois MVP et 5 titres de champion, est assurément ternie par cette annonce. Sa femme est enceinte d’un enfant qui risque de payer les conséquences de son insouciance. La NBA est d’ailleurs divisée alors à propos du cas Magic. : un contexte inédit très bien retranscrit par les images d’archives publiées par la ligue.

    Dossier de la chaîne YouTube officielle de la NBA lors de la déclaration de la séropositivité de Magic.

    On y voit le témoignage de David Stern, le commissioner de l’époque, en sortie de conférence de presse. Il salue le courage de son joueur qui assume ses erreurs et doit prendre une décision au tournant de sa vie. Des figures importantes comme Pat Riley, alors coach des Knicks, ou Larry Bird, éternelle némésis de Magic, apportent leur soutien au joueur.

    Mais beaucoup d’autres joueurs et membre du staff sont terrorisés par l’annonce. Les comportements et sorties médiatiques ne sont pas toujours mesurés. En coulisses, le meneur des Lakers est qualifié de “mort vivant” en raison de son affliction. La peur de la maladie recompose les rapports de Magic avec son entourage, avec une distanciation sociale qui lui est parfois imposée.

    Alors qu’un retour de Johnson se profile en coulisse pour le All-Star Game 1992, sa séropositivité inquiète. Le 1er octobre, le journaliste Harvey Araton du New York Times rapporte les propos de Karl Malone. La superstar du Jazz ne veut pas évoluer sur le même parquet que Magic.

    They Can’t tell you that you’re not at risk, and you can’t tell me that there’s one guy in the NBA who hasn’t thought about it”.

    Ils ne peuvent pas nous assurer que le risque zéro n’existe pas, et n’allez pas me raconter que toute personne en NBA n’y a jamais pensé.

    Magic fera pourtant progressivement son retour et poursuivra sa relation avec la grande ligue. Notamment, car la NBA offre des stages de prévention et d’information à ses employés afin d’élever leur connaissance du virus, comme le rapporte le journaliste insider Sam Smith pour le média Japan Times.   

    Comment peut-on apprécier cet événement au regard du contexte pandémique actuel ? Certes, la situation est différente, car si Magic est à l’époque un cas isolé parmi les joueurs. Une superstar dont le drame et l’engagement ont souligné que tout individu était responsable face au risque de contamination. La pandémie de la COVID-19 a malheureusement aussi affecté et mis en danger des familles de joueurs, c’est un drame collectif qui touche toute la ligue et la société américaine. Dès lors, le positionnement et le discours des athlètes en tant que role model est essentiel. Ils sont des acteurs écoutés et respectés dont la voix importe pour éveiller les consciences collectives à la prévention.

    Le sport est une facette prédominante de la société américaine, mais même menacée, son sauvetage ne doit pas mettre en péril la sécurité de tous. Les prises de position médiatiques de Damian Lillard ou Kyrie Irving contre un retour du jeu en ce contexte sanitaire sont ainsi essentielles. Elles permettent d’entretenir la réflexion autour des enjeux liés à la reprise, et à ses conditions sécuritaires pour les joueurs et tout le staff NBA. Cet équilibre fragile et incertain soulève une interrogation majeure :  quel sera le visage de la NBA à l’issue de cette crise ? 


    Les conséquences de la pandémie et les solutions envisageables

    Un modèle économique en sursis

    Alors qu’il restait encore 259 rencontres à disputer sans compter les séries éliminatoires, la suspension de la saison a eu effectivement des conséquences immédiates, mais également des répercussions sur le long terme à la fois sur le plan financier, social et sportif, d’autant plus que la ligue sera très certainement amenée à revoir son modèle économique et son organisation.

    Rétrospectivement, la santé financière de cette dernière était déjà vacillante avant d’être frappée par la crise de la COVID-19. L’épisode de l’incident diplomatique entre la Chine et le GM des Rockets, Daryl Morey, qui affichait en octobre dernier son soutien aux manifestants à Hong Kong, a déjà amputé à la NBA un peu plus de 150 millions de dollars de revenus essentiellement liés aux droits TV et des recettes publicitaires ou de sponsoring.

    Après avoir écarté l’idée d’une annulation de la saison, les rencontres disputées à huis clos devraient néanmoins entraîner des pertes estimées à près de 500 millions de dollars et plus du double pour les playoffs. Selon Forbes, chaque match de saison régulière rapporte en moyenne 1,2 million de dollars, 2 millions pour un match de playoffs, soit quelque 470 millions de dollars rien que pour la billetterie, sans compter les recettes annexes telles que l’alimentation et les produits dérivés dans les boutiques et les salles, la somme grimpe alors à plus 700 millions de dollars selon le Washington Post.

    Une perte colossale et des conséquences bien réelles pour l’économie, les employés des salles et autres acteurs physiques autour de la NBA se sont soudainement retrouvés au chômage technique. Afin d’y remédier, plusieurs joueurs et personnalités influentes, parmi lesquels Rudy Gobert, ont annoncé très tôt des dons substantiels en prenant en charge dans certains cas une partie des salaires et les frais des personnes les plus vulnérables.

    Le Wells Fargo Center était la salle qui accueillait le plus de spectateurs en moyenne cette saison (Photo by Mitchell Leff – Getty Images)

    Ces aident n’ont néanmoins pas empêché le licenciement par la ligue d’une centaine d’employés il y a quelques semaines, alors que cette dernière prépare la reprise avec un effectif et un budget revus à la baisse. Un timing immédiatement pointé du doigt, d’autant plus qu’il s’agissait vraisemblablement d’une manœuvre déjà planifiée depuis de longue date d’après le responsable RH de la NBA, Eric Hutcherson.

    Les droits télévisuels de la ligue, estimés quant à eux à quelque 2,7 milliards de dollars annuels, sont de plus en plus menacés. En effet si les téléspectateurs venaient à déserter les différents Networks américains, ces derniers pourraient tout à fait exiger des compensations financières pour les sommes déjà versées au préalable pour couvrir les pertes liées aux annulations d’un certain nombre d’événements sportifs tels que les JO de Tokyo. Pour l’heure, l’industrie télévisuelle américaine parvient à limiter ses pertes en regroupant certaines de ses offres, mais de façon temporaire.

    Car si les revenus liés au marketing et à la billetterie sont importants et témoignent de l’attractivité de la NBA auprès du public, les revenus qui découlent des droits télévisuels et des sponsors le sont d’autant plus, puisqu’ils comptent pour près de la moitié du chiffre d’affaires de la ligue chaque saison, soit environ 4.1 milliards de dollars sur les quelques 8.7 milliards générés par la ligue sur le sol américain et à l’international avec les NBA Global Games (source : statista.com).

    Ce sont finalement les acteurs de la NBA qui vont en subir les conséquences, à commencer par les dirigeants et les joueurs qui verront très certainement le salary cap baisser dès la saison prochaine, d’environ 15 millions de dollars selon une estimation de Bleacher Report, avec comme crainte un effet de contagion pour les saisons à venir, remettant ainsi en cause les futures négociations lors de la Free Agency.

    La ligue et le syndicat des joueurs ont notamment évoqué une clause de « force majeure » dans la convention collective qui stipule que les dirigeants des franchises peuvent réduire graduellement les salaires des joueurs dans le cas d’une annulation définitive de la saison et la NBA s’est également engagée à revoir le plafond de la Luxury Tax.

    Une nouvelle approche

    Face à une situation aussi inédite dans l’histoire de la ligue, la nécessité de développer une « culture du risque » prend alors tout son sens. Que ce soit en matière d’organisation et de logistique pour le transport, l’hébergement et l’accompagnement des joueurs ou encore la mise en place d’un protocole sanitaire, la NBA a décidé de prendre toutes les précautions nécessaires.

    Une ligue qui se veut exemplaire donc et qui cherche à sensibiliser dans un premier temps les acteurs de la ligue, à travers un discours de prévention qui a pour but de rassurer , mais surtout d’informer le public et les joueurs des règles de conduite, réflexes et gestes barrières à adopter à travers des actions caritatives et notamment la campagne « NBA Together ».

    La mise en place d’une organisation inédite des workouts, des matchs à huis clos et d’une logistique toute nouvelle est la condition nécessaire au retour de la compétition. La NBA a donc dépensé plusieurs dizaines de millions de dollars supplémentaires dans les infrastructures d’Orlando et la bulle autour du campus et des hôtels des équipes. Leur accès est réduit principalement aux staffs et aux joueurs des équipes, tout comme leur contact avec l’extérieur qui nécessitera une autorisation de la ligue. Enfin le matériel de protection (masques, gels, ou encore des trackers de sommeil pour suivre l’état de santé des joueurs …) et des tests de dépistage à la COVID-19 sont prévus pour permettre le bon déroulement des rencontres.

    Dans l’immédiat, la reprise tardive de la saison va irrémédiablement entraîner un décalage du calendrier et la question du nombre de matchs à disputer en 2021 doit être prise au sérieux. La possibilité de réduire la durée de la saison régulière en passant de 82 à 70 matchs avait même été un temps évoquée bien avant l’arrêt de la saison.

    Un projet envisagé visait à réformer la ligue pour maintenir l’attractivité de celle-ci, face à des audiences TV en baisse lors des Finals 2019 (-14%) ou encore en début de saison entre le mois de septembre et le mois de décembre (-15%).

    Certains matchs du début de saison ont à peine dépassé le million de téléspectateurs, raison pour laquelle la ligue se tourne désormais vers son offre numérique à la demande, qui a en revanche connu une croissance spectaculaire, notamment depuis le développement de son offre à l’international en 2014 (une hausse d’audience de 16% et des souscriptions de 21% rien qu’en 2018-19).

    La journaliste-reporter de terrain, Kristen Kenney, qui couvre les matchs du Jazz à la Vivint Smart Home Arena de Salt Lake City

    La NBA a même proposé pendant plusieurs mois un accès totalement gratuit à son League Pass et face à l’éventualité d’une pandémie prolongée et la perspective de match à huis clos en 2021, la ligue ne doit négliger aucune piste pour garantir son attractivité auprès des fans en développant ses contenus (League Pass, E-sport, entre autres).

    Néanmoins, Adam Silver a démenti vouloir raccourcir la saison 2020-21, quitte à ce que les franchises enchaînent les back-to-back et disputent un nombre de matchs plus important en semaine de décembre à avril, ce qui amènera logiquement à plus de load management avec un risque de blessures accru, en plus de composer avec la sphère sanitaire.

    Le report des Jeux en juillet 2021 sera également une contrainte supplémentaire dans ce calendrier, car si dans le meilleur des scénarios les Finales venaient à se terminer fin juin, les joueurs retenus avec la Team USA pourraient faire défection les uns après les autres comme ce fut le cas lors du dernier Mondial.

    Car au cœur du jeu, c’est bel et bien la question des joueurs qui reste cruciale. Puisque ces derniers garantissent l’attractivité et le spectacle de la ligue, il est important de savoir dans quel état et quelle forme seront les joueurs en août après quatre mois et demi sans compétition.

    La question a le mérite d’être étudiée, d’autant plus que si certains joueurs ont pu bénéficier de cette pause pour soigner des blessures et se reposer, une très grande majorité d’entre eux n’ont malheureusement pas pu bénéficier des infrastructures et d’une préparation physique suffisante pour reprendre en août après une si longue coupure.

    La mise en route avec les workouts et la préparation physique risque d’être assez brutale et de maltraiter les corps des athlètes trop longtemps inactifs pour certains, au moment de reprendre la saison, ce qui pourrait entraîner des blessures. Par ailleurs, l’aspect psychologique et l’impact de ce confinement sur le mental des joueurs ne sont pas à prendre à la légère.

    Au-delà de l’inactivité sur le plan sportif, l’incertitude sur la fin de la saison et les contraintes de chacun liées au confinement sont autant de facteurs qui devront être pris en compte pour la reprise. La ligue a d’ores et déjà autorisé un certain nombre de joueurs à quitter temporairement le campus d’Orlando pour des motifs urgents et/ou familiaux, certains joueurs ont même annoncé qu’ils ne prendraient pas part à la reprise pour des motifs plus personnels.

    Comme évoqué précédemment, le rythme et l’enchaînement des matchs pour la fin de l’année seront primordiaux. Car si la ligue décide de maintenir le cap en 2021 et de condenser les 82 matchs de la saison régulière, les risques de blessures liées à la fatigue, au surmenage et au manque de préparation seront d’autant plus grands, d’où la nécessité de trouver un compromis avec les dirigeants, entraîneurs et joueurs, pour que ces derniers puissent généraliser l’utilisation du load management afin de préserver leur santé, assurer la paix sociale et soutenir l’attractivité économique et médiatique de la ligue avec pourquoi pas la création d’un format de tournoi play-in durant la saison avant peut-être une nouvelle expansion de la ligue.


    En définitive, cette année 2020 fut particulièrement mauvaise pour le basket et cela pour plusieurs raisons. Force est de constater cependant, qu’après plusieurs mois d’attente et à moins d’une semaine de la reprise de la saison, l’engouement médiatique autour de la NBA est resté quasi-intacte, comme en témoigne l’activité récente sur les réseaux sociaux. Pourtant il subsiste des doutes et des questions qui restent sans réponses, à commencer par l’intérêt de cette reprise et les risques qu’elle comporte. Par ailleurs quelle sera la valeur donnée à cette saison et au futur nom du vainqueur du trophée Larry O’Brien qui sera remis en septembre prochain, à côté duquel sera très certainement accolé une mention spéciale ou un astérisque de circonstance.

    Martin Fréguis

    Florimond Binet