NBA French Connection Review #2 : Les Apprentis

Avec le déconfinement qui s’amorce et l’espoir de retrouver la NBA dans quelques mois, ClutchTime a décidé de dresser les bilans individuels et collectifs de nos petits français expatriés aux États-Unis avec leur lot de satisfactions, de promesses, d’interrogations et de déceptions pour cette saison 2019-2020.


Timothé Luwawu-Cabarrot (SG) – Brooklyn Nets

39 matchs – 17.2 min : 6.3 points (40.6% FG, 35.8% 3pts), 2.3 rebonds, 0.6 passes, 0.4 interceptions, 0.2 contres (-3.2)

source : Basket USA

Non conservé par les Bulls la saison dernière, Timothé Luwawu-Cabarrot allait donc connaître un été encore rythmé par l’incertitude de pouvoir choper, ou pas, un contrat pour cette saison. Un temps envisagé du côté des Cleveland Cavaliers, le français n’a néanmoins pas convaincu John Beilein et son staff de le conserver sur la saison. Du coup TLC a du se résoudre à repasser par la case G-League, après que les Nets de Brooklyn lui ait offert une opportunité de faire ses preuves. Passé de Philadelphie à Chicago, avec une escale du côté du Thunder, Timothé va donc connaître une quatrième franchise en quatre ans en atterrissant dans l’une des équipes les plus branchées de la Conférence Est. Un soulagement néanmoins masqué par l’incertitude encore persistante de décrocher un contrat garantie sur la durée.

Pour faire ses preuves, Timothé va les faire. Titulaire en G-League du côté des Long Island Nets, le frenchie va s’illustrer en inscrivant notamment 35 points, 15 rebonds et 7 passes face au Canton Charge (équipe de développement des Cavaliers), lui offrant au passage ses premières minutes sous la tunique “Bed Stuy“. Après de nouvelles grosses performances, le français va intégrer définitivement le roster des Nets à la mi-décembre. Malgré les résultats décevants des Nets, Timothé se montre à l’aise dans le système de Atkinson, devenant très vite un remplaçant précieux dans un rôle de défenseur catch and shooter, très polyvalent. Privés de plusieurs joueurs du backcourt, les Nets ont libéré des minutes pour le natif de Cannes, qui a récupéré notamment la place vacante laissée par Iman Shumpert.

Mais pour considérer cette saison comme une réussite il fallait mettre un terme à l’incertitude sur la situation contractuelle du joueur. En effet à l’issue de son contrat Two-way (limité à 45 jours), Timothé a enchaîné les contrats précaires de dix jours avant de décrocher finalement un bail d’un an pour un peu moins de 2 millions de dollars. Un gros ouf de soulagement pour Timo qui par son état d’esprit et une certaine régularité dans le jeu a fait ses preuves aux yeux de la direction new-yorkaise. À l’heure des futures grandes manoeuvres aux Nets, d’abord depuis l’éviction de Atkinson, et afin de préparer les retours de Kevin Durant et Kyrie Irving en 2020-21, Timothé Luwawu-Cabarrot peut s’estimer heureux de faire désormais partie intégrante du projet, au moins jusqu’à l’année prochaine.

La Stat du joueur : 9

Comme le nombre de matchs que le français a passé en G-League avec l’équipe de développement des Long Island Nets. Le français redécouvrait pour la première fois depuis 2016 l’univers de la petite ligue, il évoluait alors avec les Delaware Blue Coats. Cette saison le joueur de 25 ans affichait 19.5 points (44.6%), 6.1 rebonds et 3 passes en moyenne par rencontre.

La Décla’ du joueur :

Dans ma tête, j’étais parti pour faire toute l’année avec l’équipe et je suis à peu près resté dans ce même état d’esprit au fur et à mesure des semaines et des mois. Le fait que le coach me fasse confiance, que je sois dans la rotation, j’avais confiance en ce qu’ils allaient faire et qu’ils allaient me signer. Je pense que j’ai fait ce qu’il fallait. J’ai apporté l’énergie chaque jour. C’était une expérience qui m’a fait grandir, qui m’a aidé à comprendre beaucoup de choses et j’ai réussi à choper ce contrat, mais il faut que je continue de bosser.

Basket Infos

L’action highlight – 21 points à 4/7 derrière l’arc

Plus qu’une action, c’est surtout la performance d’ensemble du français à Charlotte pour venir à bout des Hornets (115 à 86). Meilleur marqueur de la rencontre, il inscrira lors de cette soirée mémorable, 14 de ses 21 pions dans le dernier quart, pour un temps de jeu de 23 minutes seulement. Le rendement parfait !

La Performance de la saison : 11 points en 12 minutes

C’était le 3 mars dernier, Brooklyn se rendait du côté du TD Garden pour y défier les redoutables Celtics de Boston, l’occasion pour le français de se montrer à son avantage en défense sur des mecs comme Kemba Walker, Marcus Smart et Jaylen Brown. Menés de 17 points à l’aube du dernier quart, les Nets, derrière un Caris LeVert déchaîné, vont arracher la prolongation au terme d’une dernière période monstrueuse (51-34), LeVert inscrivant 26 de ses 51 points sur la partie, parfaitement secondé par le français qui va inscrire 11 points et capter 3 rebonds, en passant tout le 4ème quart-temps sur le parquet. TLC finira la rencontre avec 16 points, 8 rebonds, une passe et un contre et contribua grandement à cette prestigieuse victoire des Nets en prolongation (129 à 120).


Frank Ntilikina (PG) – New York Knicks

57 matchs – 20.8 min : 6.3 points (39.3% FG, 32.1% 3pts), 2.1 rebonds, 3 passes, 0.9 interceptions, 0.3 contres (-3.2)

source : BasketSession

Après un été heureux au sein de l’équipe de France et un parcours réussi en grande partie grâce à de bonnes performances (cf. son match contre les USA), Frank avait crevé l’écran au point de recevoir des critiques dithyrambiques de la part des journalistes américains qui ont apprécié son agressivité et ses prises d’initiatives sur le terrain. Tout ce que Frank ne faisait pas ou pas assez aux Knicks. Pour mettre le joueur en confiance, et convaincu que l’été lui aura servi à passer un cap, les dirigeants de la franchise ont choisi d’activer leur Team Option sur le contrat du joueur, prolongeant ainsi son bail jusqu’en 2021. Un signe positif et encourageant envoyé au petit prince new-yorkais qui comptait bien prouver à ses dirigeants qu’ils avaient fait le bon choix en le sélectionnant à la 8ème place en 2017.

Pour les preuves, la rédaction de ClutchTime les cherche encore en vain. Certes la saison du français n’a pas été de tout repos, entre son temps de jeu à géométrie variable (merci David), une place de starter par intermittence et quelques pépins physiques, Frank nous a tout de même gratifié de fulgurances dans le jeu et de quelques bonnes prestations d’ensemble, néanmoins insuffisante aux yeux du staff et du public new-yorkais. Difficile de ne pas être de leur avis tant le joueur nous laisse sur notre faim, que ce soit dans les prises de décisions, sa volonté de scorer ou encore dans des choix pas toujours judicieux à la mène, ce qui aura fini par agacer ses coaches. On pensait sincèrement voir un Frank revanchard et prêt à se bagarrer pour la mène comme titulaire numéro un au côté du franco-canadien RJ Barrett, mais il faut croire que le français manque encore d’expérience et d’assurance qui le freine fortement dans sa progression et forcément la pression sur les résultats de la franchise ainsi que l’ingérence au coaching n’aide pas non plus.

Admettre que la saison du français ait pu être réussie est un euphémisme. Constant depuis ses débuts en 2017, on avait pensé que le changement d’entraîneur aurait pu lui sourire, au lieu de ça Frank est revenu sur le banc et réalisera de bien trop rares bonnes performances. Difficile encore plus d’imaginer l’avenir du français se dessiner sous la tunique orange et bleue. En dépit de l’ingérence dont fait preuve la franchise depuis plusieurs années, le meneur de 21 ans n’a jamais su saisir les opportunités qui s’offraient à lui de s’imposer comme une pièce majeure pour bâtir une équipe. Frank a sûrement besoin d’évoluer aux côtés de joueurs confirmés en attaque et bien meilleurs sur un terrain, pour s’épanouir. Dans sa dernière année de contrat l’année prochaine, nul doute qu’en maintenant un tel niveau de jeu, les Knicks ne se priveront pas d’échanger la dernière année du joueur avant que celle-ci n’arrive à son terme.

La Stat du joueur : 26

Comme le nombre de matchs que le français a débuté dans le cinq majeur des Knicks cette saison pour un total de 1187 minutes disputées depuis le 23 octobre. Même si toute la saison du meneur français n’a pas été une franche réussite dans l’ensemble, Fizdale a su accorder sa confiance au français en l’alignant en tant que starter durant 23 rencontres consécutives entre novembre et noël, avant que Mike Miller ne renvoie l’ancien strasbourgeois sur le banc.

La Décla’ du joueur :

Il ne faut pas tomber dans le piège des stats. Car il y a des joueurs de l’ombre qui apportent beaucoup sur les terrains mais qui ne remplissent pas la feuille de stats. Pour ma part, je veux juste être le plus efficace possible, que je score 20 points ou pas ou que je fasse 10 passes décisives ou non. Aujourd’hui, c’est ma troisième année, et je me sens de plus en plus comme si j’étais chez moi. À New York, tout est dans la démesure. C’est bruyant, il y a du monde partout. Je ne suis pas encore un vrai New-Yorkais, mais j’ai mes repères maintenant, je connais un peu du monde. Ce serait un rêve de porter le maillot de cette franchise pendant très longtemps.

L’Équipe

L’action highlight – Houston Rockets vs New York Knicks

Direction le Madison Square Garden, les Knicks reçoivent les Rockets de Harden et Westbrook, un véritable test pour Frank, de nouveau laissé sur le banc en début de rencontre, mais qui va s’illustrer pour son apport défensif. Après une première mi-temps fabuleuse, les joueurs de coach Miller voient revenir dangereusement les Rockets dans le dernier quart-temps. Après un lay-up de Westbrook à 1mn 02 de la fin pour revenir à -1, les Knicks vont crucifier Houston sur un sublime layup en déséquilibre de Barrett avec 7″ à jouer. L’occasion idéale pour Frank de montrer l’étendue de ses qualités de défenseur sur l’homme en provoquant une perte de balle de Westbrook, injustement sifflée faute par l’arbitre, puis en s’accrochant aux baskets du meneur pour contester son dernier tir. Victoire des Knicks 125 à 123, Ntilikina termine la rencontre avec 11 points, 4 passes et 2 interceptions.

La Performance de la saison – 20 points, 10 passes, 2 rebonds, 2 interceptions contre les Wizards

Le seul double-double de la saison du français, le second dans sa jeune carrière, réalisé lors de la défaite des Knicks face aux Washington Wizards (122-115) juste avant la suspension de la saison. Dans un rôle de sixième homme, Frank va terminer meilleur marqueur new-yorkais avec 20 points à 6/9 aux tirs, dont 3/5 derrière l’arc, et un nouveau record personnel, le meneur échouant de peu à égaler ensuite son record à la passe (10).


Elie Okobo (PG) – Phoenix Suns

54 matchs – 13.1 min : 3.6 points (39.8% FG, 35.2% 3pts), 1.6 rebonds, 2.1 passes, 0.4 interceptions, 0.1 contres (-2.1)

source : Fansided

Avant d’entamer sa saison sophomore dans l’Arizona, Elie Okobo sortait d’un exercice 2018-19 plutôt convaincant. Passé par la G-League, le meneur de jeu français a su se faire rapidement une place de choix à la mène en ballottage avec De’Anthony Melton pour le poste de meneur de jeu et ce en dépit des choix douteux d’Igor Kokoskov à l’époque. Mais depuis l’arrivée de Monty Williams et surtout du meneur espagnol MVP de la dernière Coupe du Monde, Ricky Rubio, Elie allait tout logiquement voir son temps de jeu exceptionnel de rookie réduit. Parmi les autres recrues, les arrivées des meneurs Jevon Carter et Tyler Johnson à la mène ne faisaient qu’accroître les doutes sur la saison du français encore en manque de repères.

Pour Elie, cette concurrence nettement plus relevée était évidemment le signe qu’il allait devoir se battre pour aller chercher du temps de jeu, le français décida donc de passer un cap en bossant plus dur à l’entraînement, en défense notamment. Pourtant en dépit du partage des minutes entre les trois meneurs, Okobo n’a pas vraiment réussi à tirer son épingle du jeu aux yeux de son entraîneur. Ses stats en baisse l’attestent, malgré des matchs corrects, les progrès du joueur furent à peine visibles sur les parquets, Okobo ayant un impact encore limité dans les résultats des Suns. La blessure de Rubio pendant plusieurs semaine lui aura tout de même permis de passer un temps devant Jevon Carter, réputé meilleur défenseur, mais moins bon meneur de jeu pure, tournant à 10 points et 6 passes par match en moyenne avec une pointe à 17 pions face à Houston et montrant quelques facettes de son jeu intéressantes en attaque.

Même si sa progression sur le plan physique et en défense est visible, son attitude et son manque de clairvoyance sur un terrain reste encore un problème puisque les minutes qu’il a pu joué n’ont pas vraiment su apporter des garanties et des solutions dans la rotation. Mis en difficulté par l’exigence et les attentes de Monty Williams, Elie Okobo est repassé depuis derrière ses principaux concurrents au poste, dont le rookie Ty Jerome, ce qui devrait assombrir son avenir à Phoenix. Même si pour l’heure aucun départ n’est envisagé avant 2021 ou 2022, on espère de tout coeur le voir passer un cap et trouver grâce aux yeux de son entraîneur pour s’imposer aux Suns.

La Stat du joueur : 1

Une victoire. Une seule victoire glanée par les Suns cette saison lorsque le français dépassait la barre des dix unités au scoring. Un indicateur assez cruel, mais tellement significatif de l’impact de Okobo en sortie de banc dans le jeu et les résultats de son équipe. Sur les neuf rencontres où le français a inscrit dix points minimum, Phoenix s’est inclinée presque à chaque fois à l’exception lors de la réception de Golden State le 12 février dernier (112-106), Okobo terminant avec 12 points, 2 rebonds et 3 passes. Et il n’est pas question ici de garbage time !

La Décla’ du joueur :

Défensivement, je me sens beaucoup mieux. Je tiens mes duels la plupart du temps, je suis intelligent en défense et je fais beaucoup moins d’erreurs qu’avant. En attaque, je pense que je joue plus juste, j’utilise plus mes capacités pour aller jusqu’au cercle et provoquer les fautes. Je dois continuer à travailler sur la constance de mon tir extérieur. Je reste concentré et je suis prêt quand on m’appelle pour jouer. Je travaille dur à côté de toutes façons. Dans tous les cas, je sais que je suis en train de progresser et que je suis sur la bonne voie.

Basket USA

L’action highlight – Golden State vs Phoenix

Malgré la défaite des siens face aux Warriors 115 à 99, Elie va noircir la feuille de match comme rarement et réaliser l’un de ses meilleurs matchs en terminant la partie avec 14 points (4/8), 7 rebonds et 5 passes en seulement vingt minutes. Parmi les actions de jeu notable du français, ce magnifique drive en alternant main gauche, main droite pour déposer un layup dans les dernières secondes du 1er quart-temps. Un bijou !

La Performance de la saison – 52.9%

Il s’agit du pourcentage d’adresse à trois point réalisé par l’ancien palois entre le 19 et le 27 novembre dernier. Une fenêtre ouverte choisie par Monty Williams pour donner sa chance au français après plusieurs rencontres à végéter sur le banc en ayant quelques minutes de jeu. Okobo devenu meneur remplaçant suite à l’absence de Rubio, bénéficiera de 22 minutes de jeu pour près de 10 points et 5 passes en moyenne sur les cinq rencontres qu’il va disputer dans ce laps de temps avec 42.1% d’adresse pour 7-8 tentatives de tirs par rencontres, dont près de la moitié à trois points. Un coup de chaud assez bref puisque le français va vite retomber de son nuage, manquant trois des sept matchs suivant.

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