Ça s’est passé un 7 Mai : L’incroyable upset des Nuggets face aux Supersonics

Parce que la NBA regorge de performances en tout genre passées à la postérité ou progressivement oubliées avec le temps, ClutchTime vous propose de revivre ces matchs et exploits de légende, qui ont façonné l’histoire de la ligue d’hier à aujourd’hui.

C’est l’une des images les plus emblématiques de l’histoire de la ligue, celle d’un Dikembe Mutombo allongé sur le sol en pleurs, étreignant la balle orange de bonheur et de fatigue à la fois, après une qualification miraculeuse au 1er tour des Playoffs 1994. C’est également l’histoire d’une franchise, celle des Denver Nuggets qui vont réaliser l’impensable en remontant un déficit de deux victoires face au meilleur bilan de la ligue, celui des Seattle Supersonics, avant de devenir la première équipe de l’histoire, ayant terminé huitième à l’Ouest, à éliminer une équipe n°1 d’une Conférence au bout d’un cinquième match décisif épique.


L’éclaircie à Denver

Entamée en 1992, la reconstruction des Nuggets se fait progressivement sous la houlette de leur nouvel entraîneur Dan Issel, ancien joueur de la franchise pendant près d’une décennie. Ambitieuse, Mile High City compte bien repartir à la conquête de l’ouest autour d’un effectif rajeuni, et avec l’espoir de redorer un blason depuis trop longtemps marqué par l’absence de phase finale. Leur dernière participation remonte en effet à la saison 1989-90, époque bénie de la franchise du Colorado et de son duo légendaire de l’époque : Fat Lever et Alex English.

Autour de l’expérimenté Reggie Williams, Denver va se constituer un roster prometteur avec en tête le congolais Dikembe Mutombo (drafté en 1991 à l’âge de 25 ans tout de même), l’ailier fort LaPhonso Ellis et le natif du Mississippi, Mahmoud Abdul-Rauf, à la mène. Après une saison 1992-93 encourageante (36-46), Bernie Bickerstaff (GM) et Issel entrevoit enfin le bout du tunnel et compte bien passer un cap lors de la saison 1993-94.

Nouvelle identité visuelle, nouveaux objectifs, Denver entame timidement la saison. Dans une Division Midwest relativement relevée avec les Rockets de Olajuwon, titrés cette année-là, les Spurs de David Robinson et le Jazz de John Stockton et Karl Malone, la plus jeune équipe de la ligue avance sur un fil durant toute la saison régulière, alternant les séries de défaites et de victoires, leur permettant toutefois d’arracher bien heureusement une 8ème place à l’Ouest, mais assez loin des équipes de têtes.

Faute de mieux et sans avoir réellement brillé, la saison régulière de Denver fut convaincante. Le bilan de 42 victoires et 40 défaites est encore en nette progression grâce à des cadres en réussite à l’image de son cinq majeur Abdul-Rauf, Stith, Williams, Ellis et Mutombo, l’équipe s’est surtout taillée une réputation en défense (5ème Defensive Rating et 1ère équipe à réaliser le plus de contre par rencontre), la faute à une raquette riche en grands gabarits au profil défensif à l’image du congolais, meilleur contreur de la ligue avec 4.1 parpaings par match.

Une saison supersonique pour Seattle

Les années 90 à Seattle riment souvent avec l’âge d’or de la franchise et Gary Payton et Shawn Kemp incarnent merveilleusement bien la mythique équipe de basket des SuperSonics. Draftés respectivement en 1990 et 1989, les deux All-star vont rapidement devenir les figures de proue de l’effectif de George Karl, en participant de manière quasi interrompue aux playoffs avec plus de 65% en saison régulière en moyenne durant près d’une décennie. Jamais titrés cette génération terrible aura néanmoins marqué son époque.

Défaits en finale de conférence par les Phoenix Suns en 1993 (4-3), Seattle fait clairement partie des favoris pour le titre pour la saison 1993-94. Autour des deux terreurs du parquet, la franchise s’est progressivement constituée une équipe taillée pour le titre. L’arrivée de l’ailier allemand Detlef Schrempf en provenance des Pacers d’Indiana, doit désormais faire passer un cap à la franchise sur les prochaines saisons. Le cinq majeur de l’époque est alors complété par l’arrière Kendall Gill (25 ans) et le pivot Michael Cage (32 ans), sans oublier les underdogs du banc tels Nate McMillan (meilleur intercepteur de la saison régulière), Sam Perkins, Vincent Askew et Ricky Pierce.

La franchise réalisera cette année-là le meilleure bilan de la ligue (63-19) et de son histoire au passage. Avec une quasi-invincibilité à domicile et plusieurs séries de victoires, comme les dix succès de rang du début de saison, ou encore la série en cours de douze victoires consécutives à domicile. La franchise green and gold impressionne surtout par son jeu rapide fait de contre-attaques et d’une défense étouffante, les hommes de George Karl réalisant près de 13 interceptions par match, avec une ligne défensive arrière qui donnent encore des cauchemars à ses adversaires.

Qualifiés respectivement en tant que n°1 et n°8 à l’Ouest, l’affiche du premier tour des Playoffs 1994 semble déséquilibrée de prime abord, et pour cause : à ce stade de l’histoire de la NBA, aucune huitième tête de série n’avait encore battu une tête de série numéro un dans un premier tour au meilleur des cinq matchs. Peu de gens donnaient les jeunes Nuggets victorieux sur cette série pas même leur entraîneur Dan Issel qui déclarait :

Il s’agissait avant tout d’acquérir de l’expérience lors des séries éliminatoires après plusieurs années d’absence et avec un effectif très jeune et encore inexpérimenté.

Dan Issel, entraîneur des Denver Nuggets

Deux premiers matchs à sens unique

Pour le premier match de la série, dans un Coliseum chauffé à blanc par un public qui sait recevoir ses adversaires, la rencontre sera à sens unique, les Sonics écrasant les Nuggets dès les premières minutes avec une grande facilité et surtout une bien meilleure adresse. Malgré les efforts de Mutombo en défense (12 pts, 9rbs et 4blk), soutenus par les remplaçants Rodney Rogers, Bison Dele et Robert Pack, Denver va lourdement s’incliner 106 à 82, encaissant notamment un cinglant 62-37 en première mi-temps. le trio des Sonics Kemp, Schrempf, Payton va faire un carnage dans la défense des Nuggets, inscrivant 57 points, 16 rebonds, 16 passes et 6 interceptions, les remplaçants s’occupant de terminer le travail en seconde mi-temps.

source : Getty Images

Après la claque du premier match, Denver se remet sur le bon rail lors du Game 2 mais doit une nouvelle fois subir la loi de leurs hôtes qui enchaînent une 39 victoires de la saison à domicile 97 à 87, la 14ème consécutive. Une fois n’est pas coutume, Dikembe réalisa un match défensif monstrueux (14pts, 8rbd, 5ast, 5blk), bien suivi cette fois par Ellis (18pts) et Rogers (17pts), mais avec un Abdul-Rauf aux aboies face à “The Glove” et une panne d’adresse générale inquiétante en attaque. C’est également Shawn Kemp qui se montra très précieux des deux côtés du terrain lors de cette rencontre alors que le banc de Seattle a commis beaucoup d’impairs au tir.

Le Miracle de Mile High City

Menés deux manches à zéro, l’exploit que doit réaliser Denver paraît presque insurmontable tellement Seattle paraît un ton au dessus dans tous les secteurs du jeu. Porté par ses supporters et au rythme des “Let’s Get Ready to Mutombo“, les Nuggets vont néanmoins réaliser une véritable masterclass à domicile en s’adjugeant le Game 3, 110 à 93, après un début de match en fanfare, une adresse impeccable (60.3%) et un duo Williams-Mutombo terrifiant des deux côtés du terrain. L’ailier va réaliser sa meilleure prestation sous le maillot de Denver, avec 31 points à 11 sur 16 aux tirs dont 3 sur 6 derrière l’arc, 8 passes, 6 rebonds, 2 interceptions et 2 contres. De son côté “Deke” va une fois encore faire montre de ses incroyables prédispositions défensives, compilant six blocks ainsi que 19 points, 13 rebonds et 3 passes en éteignant son vis-à-vis Shawn Kemp (10pts), tandis que Payton terminera la rencontre avec seulement 7 points et 5 passes.

Quelques minutes avant le début de la rencontre, Dan Issel, le coach des Nuggets, invita dans son vestiaire le quaterback vedette des Denver Broncos, John Elway, vainqueurs du Superbowl en 1997 et 1998, venu encourager son équipe en leur donnant deux trois conseils primordiaux pour rester concentré et ne pas céder à la pression d’un match déjà décisif dans cette série.

La victoire de Denver n’était pas simplement un trompe l’oeil visant à éviter l’élimination et le sweep au 1er tour, ce succès fit basculer la dynamique d’un camp à un autre. L’excès de confiance des Sonics se reflétait dans l’approche qu’ils avaient du troisième match dans le Colorado.

À l’époque, nous avions entendu dire que l’équipe de Seattle n’avait réservé un hôtel que pour une nuit avant le troisième match et qu’ils n’avaient vraiment pas prévu de rester 24h de plus dans le coin. Ça nous a foutu en rogne.

Reggie Williams sur The Athletic

Le quatrième match fut une lutte acharnée et emmena les deux équipes en prolongation, mais ce sont bien les Nuggets qui l’emportèrent ce soir là, 94 à 85, au terme d’une rencontre où les défenses ont pris le dessus sur les attaques. Mutombo aura une fois encore été monstrueux sous les panneaux, le pivot inscrira presque autant de points (10) que de contres (8), récupérant au passage 16 rebonds dont 5 offensifs ! Plutôt discret depuis le début de la série, LaPhonso Ellis termina meilleur marqueur du match (27pts) et meilleur rebondeur avec 17 prises, dont 6 offensifs, tandis que Abdul-Rauf pataugeait encore dans son duel avec Gary Payton qui prendra le dessus (20pts, 6rbd, 4ast). Malgré les 20 points de Schrempf et le nouveau double-double de Kemp (16pts, 13rbs), c’est surtout la maladresse des role players rentrés en cours de jeu, qui couta la victoire aux Sonics.

Après les deux défaites lors des Game 1 et 2 à Seattle, le sweep guettait sérieusement les hommes de Dan Issel, mais ce dernier a su tiré le meilleur parti de la situation et de son groupe lors des matchs retours à domicile évitant ainsi l’humiliation. Malgré leur 39 victoires de la saison à domicile, la confiance a bel et bien changé de camps et les Sonics savent pertinemment que ce match 5 décisif n’aura pas la même saveur en comparaison des deux premiers. Même la presse locale de Seattle n’aura pas réussi à ébranler cette douce et insouciante motivation chez les Nuggets, à commencer par celle du pivot Dikembe Mutombo :

En playoffs le respect ça se gagne. Je ne veux pas être grossier, mais ce sont des phases finales ! Aucune équipe n’est la bienvenue à l’extérieur. Si vous devez obtenir quelque chose, il vous faut simplement le prendre par la force et faire comme chez vous.

Dikembe Mutombo

L’exploit au bout de l’effort

source : AP Photo/Gary Stewart

Pour ce cinquième match, les Nuggets vont réussir à baisser le rythme en attaque, pourtant le point fort des SuperSonics, en limitant leur jeu en transition, obligeant les hommes de George Karl à jouer et défendre plus bas et en bataillant non sans difficulté au rebond avec les big men de Denver. La mission pour Dikembe, Bison Dele et Williams était de contenir le “Reign Man” Shawn Kemp qui aura toutes les peines du monde à sortir un grand match, inscrivant seulement six points en seconde mi-temps (19 points au total à 6/13). Sur le backcourt c’est surtout Gary Payton qui concentre l’attention des défenseurs, blessé au pied, il se montrera très maladroit en début de match et sa gouaille si caractéristique n’impressionnera guère ses adversaires.

Denver parviendra même à remonter un retard de onze points au retour des vestiaires, et ce malgré une adresse encore en berne (42% FG). À l’image de Abdul-Rauf, à qui Issel avait donné sa chance en début de match, espérant que ce dernier puisse enfin régler la mire avec son tir (30.8% sur la série), le meneur va pourtant terminer la rencontre avec seulement 8 points (3/10), obligeant son entraîneur a très vite donné une chance à son remplaçant Robert Pack en début de 3ème QT. Dans un bon soir, il terminera meilleur marqueur du match (23pts à 8/15 au tirs et 3/5 derrière l’arc), inscrivant 19 points en l’espace de vingt minutes. LaPhonso Ellis verra quant à lui le quatrième quart-temps depuis le banc avant de se réveiller en claquant deux baseline jumpers à moins d’1mn 30 de la fin.

Les Nuggets ont même bien failli remporté le match plus tôt que prévu, d’abord après le jump shot de Ellis (88-86), mais Kendall Gill égalisera à moins d’une seconde de la fin du temps réglementaire, envoyant les deux équipes pour la seconde fois en prolongation après le Game 4. Après un nouveau temps mort, Reggie Williams a bien eu la balle de match dans les mains, en réceptionnant une passe de Mutombo près du panier adverse, mais l’ailier manquera de peu d’inscrire le panier du KO au buzzer sur un hook-shot audacieux.

Denver va néanmoins courir après le score en prolongation en commettant notamment quatre violations des 24 secondes, jusqu’à un layup salvateur (avec la faute en prime) de LaPhonso Ellis, donnant l’avantage à son équipe (96-94). Pack mena d’une main de maître le jeu des Nuggets durant la prolongation, inscrivant notamment deux lancers cruciaux pour donner quatre points d’avance à son équipe à 18 secondes de la fin du match, scellant ainsi la victoire de Denver 98 à 94.

C’est certainement le plus grand match de ma carrière, car personne ne nous donnait vainqueur de cette série. Je voulais juste jouer dur et montrer que j’avais ma place dans cette ligue.

Robert Pack, meneur des Denver Nuggets

Sorti en première mi-temps pour des fautes à répétition, Mutombo termina la rencontre avec 8 points et 15 rebonds mais surtout 8 contres. Le pivot congolais se montrera décisif sur presque chacune des actions adverses, contrant même les deux dernières tentatives de tirs de Schrempf et de Kemp à moins d’une minute de la fin. Tombé au sol après avoir capté un dernier rebond défensif, le joueur laissera éclater sa joie, une joie intense mêlée à des larmes, tandis que ses coéquipiers se jetèrent sur lui pour fêter cette qualification historique.

Je n’arrive pas à y croire. Nous ne nous attendions vraiment pas à gagner cette série. Nous voulions juste faire bonne impression et nous voilà désormais dans l’histoire. J’ai rêvé de ce match et de son dénouement en prolongation. Je n’en étais pas vraiment sûr au coup de sifflet, mais arrivés en prolongation, j’ai tout de suite su que ce rêve allais se réaliser et que nous allions gagner ce match.

Dikembe Mutombo

Je ne peux pas croire que ça soit déjà fini. Je suis resté assis là, à essayer de comprendre ce qui venait de se passer. Je vais me lever demain en me disant désormais que je n’ai plus rien à faire de l’été, alors qu’on est qu’en mai.

Nate McMillan à l’issue de la rencontre

Parmi les autres héros de cette soirée, le remplaçant Bison Dele (16pts) aura apporté également une grosse contribution au succès des Nuggets en faisant un sacré chantier dans la raquette des Sonics avec 19 rebonds dont 6 offensifs, tout comme Reggie Williams (11pts, 11rbs, 5ast).


Il s’agit de l’un des plus gros retournement de situation dans l’histoire de la NBA. Revenus dans la série après avoir été mené deux manches à rien, Denver est devenu la cinquième équipe seulement de l’histoire à remonter un tel déficit au 1er tour des playoffs dans le format de l’époque. Mieux encore, les Nuggets sont devenus la première tête de série n° 8 à éliminer une tête de série n° 1 depuis l’instauration en 1984 du premier tour au meilleur des cinq matchs, une élimination qui prend encore plus de relief quand on sait que Seattle avait le meilleur bilan de la ligue et était clairement annoncé comme favoris pour le titre.

Dikembe Mutombo termina cette série avec 12.6 points, 12.2 rebonds, 2.4 passes mais surtout 6.2 contres en moyenne par match, soit un total de 31 contres distribués face aux SuperSonics, un record en la matière qui tient toujours. Au second tour, les coéquipiers du congolais vont également être tout proche de réaliser un nouvel exploit quasi similaire, en comblant un retard de trois victoires face au Jazz d’Utah, mais s’inclineront finalement au match 7.

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