Étiquette : Yougoslavie

  • Drazen Petrovic, artiste croate, XXe siècle

    Drazen Petrovic, artiste croate, XXe siècle

    Naissance d’une légende

    Drazen Petrovic voit le jour en 1964 dans une petite ville de Croatie. C’est dans les rues de cette ville qu’il débute le basketball, en suivant les pas de son frère Aleksandar, 5 ans plus âgé et future joueur pro. A 11 ans il rejoint le club local de Sibenik et il est immédiatement surclassé avec des joueurs ayant 3 ans de plus que lui. Equipe qui participe déjà au championnat régional contre des adultes…imaginez l’écart sur le terrain !

    En 1979 Sibenik est promu en première division, et Drazen a déjà tapé dans l’oeil du nouvel entraineur. Il n’a que 15 ans mais on l’intègre en équipe première, pas vraiment pour le faire jouer, mais plutôt pour le faire progresser. Il impressionne le coach Slavnic à l’entrainement, bien que celui-ci soit champion olympique, au poste de meneur avec la Yougoslavie. Drazen ne fait que quelques apparitions sur le terrain, mais le diamant Petrovic est bel et bien repéré…

    La saison suivante, Drazen a 16 ans, du temps de jeu en tant que meneur ou arrière, et des statistiques encore discrètes. Peu importe, il travaille dur, ses progrès se voient, et la confiance du staff est là. A tel point que lors de la saison 1981/1982, un nouvel entraineur arrive mais Petrovic a toujours la confiance, et même encore plus. Le coach choisit de lui confier la mène, le jugeant plus efficace balle en main qu’au poste d’arrière à attendre qu’on le serve. Il n’a que 17 ans et tourne à 16 points de moyenne en championnat! En coupe Korac, Sibenik s’illustre également et le continent découvre Petro. Drivée par Drazen, le petit club de sa ville natale sort la grande équipe de l’Etoile Rouge de Belgrade en demi, et rencontre le CSP Limoges en finale. Bien que collé par Richard Dacoury, Petrovic finit le match avec 19 points et 10 passes, mais ça ne suffira pas à l’emporter.

    Nouvelle saison, nouveau coach, nouvelle ambiance. Impossible de nier le talent, mais Durovic pense que Petrovic a des lacunes physiques. En même temps à 18 ans, il a encore de quoi se développer, et c’est ce qu’il fera, avec un travail assidu comme à son habitude. Il garde la confiance à la mène et finit deuxième scoreur du championnat avec 25,6 points et porte l’équipe jusqu’en finale des playoffs. La finale est perdue sur forfait suite à une annulation de la victoire de Sibenik par la fédération. Le match final doit être rejoué mais Sibenik refuse, synonyme de défaite pour le club. En coupe Korac, nouvelle finale Sibenik-Limoges en 1983 et seconde victoire du CSP.

    Après avoir passé l’été 1983 à l’Euro avec la sélection yougoslave pour sa première compétition internationale, c’est le moment du service militaire obligatoire. Petrovic est autorisé à continuer à s’entrainer, notamment une partie de la saison avec le Partizan Belgrade. C’est à cette période que toutes les portes s’ouvrent à lui: le Partizan, l’Etoile Rouge, le Cibona Zagreb où joue son frère…tous le veulent ! Même aux Etats-Unis on lui propose du haut de ses 19 ans d’intégrer la fac de Notre-Dame où le coach a déjà repéré le potentiel du jeune croate.

    A l’aube de la saison 1984-1985, Petrovic choisit le Cibona Zagreb pour 4 ans et 1200 dollars par mois et quelques avantages. Pas mal tout de même à 20 ans dans les années 80. Dès sa première saison il s’impose comme meneur titulaire du grand Cibona, en concurrence avec le grand frère tant copié par le passé. Une saison régulière à 32 points par match, et place aux playoffs. Le Cibona élimine le Partizan en demi avec 51 points de Petro, puis l’Etoile Rouge de Belgrade en finale, pour un doublé coupe-championnat. Sur la scène européenne, le Cibona participe à l’actuelle euroligue et atteint la finale contre le Real de Madrid. Drazen marque ce soir là 36 points, et Zagreb sort vainqueur de cette rencontre, cette fois le titre européen n’échappe pas à Petrovic! Présent avec la sélection yougoslave à l’Euro 85, Drazen finit meilleur marqueur de la compétition.

    Place à la saison 1985-86, où Drazen Petrovic éclabousse la Yougoslavie, l’Europe, le monde même, de son talent. Le 5 octobre 1985 se déroule un simple match de début de saison qui marquera pourtant l’histoire. Drazen approche de ses 21 ans quand le Cibona Zagreb affronte l’Olimpija Ljubjana qui aligne des jeunes suite à un problème administratif. Ce soir là Petrovic est à 22 sur 22 aux lancers francs, 10 sur 20 à 3 points, 30 sur 40 à 2 points….faites le calcul… 112 points marqués ! Le talent, l’audace, et aucune pitié envers ses jeunes adversaires, toute la panoplie est déroulée ce soir là! La salle n’est pas pleine, les spectateurs présents ce soir là doivent encore le raconter à leurs enfants!

    D’un point de vue collectif, nouvelle victoire européenne en finale contre le Zalgiris Kaunas d’Arvydas Sabonis après avoir aligné les matchs à plus de 40 points tout au long de la compétition. En Yougoslavie la finale se joue contre Zadar, et le Cibona perd en trois matchs, d’un point après prolongation lors de la dernière manche. Sur le plan international, la Yougoslavie est de retour avec une médaille de bronze aux championnats du monde, portée par un Petrovic MVP du tournoi et par le jeune Vlade Divac.

    Vers un exil du Roi

    Drazen Petrovic est drafté en 1986 par les Portland TrailBlazers, choix n° 60. Dans un contexte très réglementé, il obtient de la fédération Yougoslave l’autorisation de signer à l’étranger après les JO de Séoul 88, et donc de rester encore deux saisons au Cibona.

    Lors de la saison 86/87 Petrovic prend un agent espagnol, et cherche des contacts en Espagne, notamment vers le Real ou le Barça. Il plante 47 points face à Barcelone, et en profite pour s’y montrer. Mais ayant des doutes sur son comportement, Barcelone ne propose rien à Petro, contrairement au Real qui offre un contrat solide au jeune croate. Le deal se fait, et le meneur signe un contrat qui doit prendre effet deux ans plus tard!

    Retour au championnant ou émergent maintenant les talents de Divac et Kukoc entre autres. Saison parfaite pour le Cibona qui reste invaincu en saison régulière, grâce notamment aux 37 points de moyenne de son leader offensif! Malgré cela, l’équipe s’arrête en demi finales. Mais elle se rattrape sur le terrain européen, remportant la coupe des coupes.

    La saison suivante est du même acabit. Un Petro à 37 points de moyenne, et une défaite en demi-finales, mais une coupe de Yougoslavie gagnée. En Europe le Cibona joue cette fois la coupe Korac et rencontre le Real de Madrid en finale. Pas de pitié pour son futur employeur, victoire en deux manches avec 47 points de Petrovic au match retour.

    En quatre saisons à Zagreb, Drazen aura marqué près de 38 points par match en Yougoslavie, et presque 34 en Europe! Mais le temps est venu de passer aux choses sérieuses et de montrer que sa réussite ne se limite pas à sa Croatie natale, mais qu’au contraire rien ne peut l’arrêter.

    En 1988 Drazen Petrovic débarque à Madrid en star: contrat grassement payé, voiture, appartement, sponsors et club déroulent le tapis rouge au prodige croate. Tout cela après les JO de Séoul, où il mène la Yougoslavie en finale pour une défaite contre l’URSS.

    En championnat, Petrovic tourne à 28 points par match et mène le Real en finale contre Barcelone. Lors du cinquième match décisif, l’arbitre expulse les joueurs du Real les uns après les autres, à tel point qu’ils finiront la partie à 4 ! Barcelone s’impose dans ce match tendu à l’arbitrage controversé. En Europe le Real dispute la coupe des coupes et arrive aussi en finale, avec un match d’anthologie de Petrovic face à Caserte et son emblématique brésilien, Oscar Schmidt. Victoire en prolongation du Real avec 62 points de Drazen contre 44 du scoreur brésilien.

    A l’euro 1989 qui se joue en Yougoslavie, Petro mène les Divac, Kukoc et autres vers la victoire finale. Avec de grosses performances dont 28 points et 12 passes en finale, Petrovic est logiquement élu MVP du tournoi, à domicile.

    Du côté du Real on reproche beaucoup à Pétrovic son individualisme, l’ambiance dans l’équipe n’est pas géniale mais lui a déjà la tête ailleurs. Certains observateurs, dès le début de saison, sentaient chez Petrovic un manque de volonté de s’intégrer au groupe, comme s’il n’était que de passage. Et effectivement, bien qu’ayant signé un contrat de quatre ans Drazen Petrovic s’envole dès la fin de saison, direction la NBA et les Blazers de Portland.

    Drazen Petrovic à Portland

    En 1986 Portland a drafté les deux plus grands joueurs européens du moment, à savoir Drazen Petrovic et Arvydas Sabonis. Darazen est le premier des deux à rejoindre le club de l’Oregon en 1989. Encore sous contrat au Real, l’arrivée de Petrovic à Portland n’était pas gagnée. Le litige finira au tribunal et Petrovic est finalement autorisé à franchir l’Atlantique, moyennant un paiement de plus d’un million de dollars au Real ainsi qu’une priorité à Madrid en cas de retour du joueur en Europe.

    A Portland, Clyde Drexler et Terry Porter sont bien en place et le coach confie à Drazen un rôle d’arrière shooteur, pas encore titulaire et plus du tout en terrain conquis, il n’a pas son mot à dire. Il grapille du temps de jeu au fur et à mesure de la saison et profite d’une absence de Drexler pour faire une petite pointe à 22 points par exemple. Il finit la saison à 7,6 points de moyenne, très loin de ses habitudes au scoring mais tout de même correct tenant compte de ses 12 minutes jouées par match. Premier joueur européen à participer à des finales NBA, il ne se fait pas remarquer face à la défense des Bad Boys de Detroit et les Pistons remportent le titre.

    Retour en équipe nationale pour le mondial 1990 en Argentine. En demi-finale il marque 31 points en 31 minutes dans la victoire face aux américains, petite revanche sur la saison. La Yougoslavie remporte la finale contre l’URSS qui joue sans ses lituaniens dont le pays s’est déclaré indépendant. D’ailleurs les tensions entre croates et serbes se sentent aussi côté yougoslave, notamment quand Divac jette un drapeau croate brandi par un supporter. Petrovic prendra d’ailleurs la décision de ne pas partciper à l’euro 91, et la brouille avec Vlade Divac sera définitive.

    Après cet échec en finale, les Blazers se renforcent, avec notamment l’arrivée de Danny Ainge, qui fait reculer Petrovic un peu plus vers le bout du banc. Toujours mis en doute sur ses qualités défensives, Drazen n’est pas non plus un bon complément à Ainge, lui aussi moins à l’aise en défense. Et Petro bouillone, lui qu’on a surnommé Mozart ramasse les miettes en NBA. Il le fait savoir au club, qui ne veut rien entendre. Lors d’une large victoire contre les Nuggets, Petrovic ne joue que les dernières minutes du match, comme un jeune qu’on ferait jouer une fois le match déjà en poche. C’en est trop pour lui, il craque devant un journaliste. Il déclare qu’il veut être échangé, qu’on ne lui laisse pas assez sa chance à Portland (7 minutes cette saison!). Sa décision est prise, soit il est échangé, soit il retourne en Yougoslavie! Bien évidemment ça ne plait pas à la franchise, qui le sanctionne. De son côté Petro ne met pas sa menace à éxecution et ronge son frein sur le banc jusqu’en janvier.

    Janvier 1991, un fauve remis en liberté

    En janvier 1991, dans un échange à 3 comme savent le faire les franchises NBA, Petrovic prend la direction des New Jersey Nets. Sous la direction du coach Fitch, Drazen qui est en manque de rythme travaille dur. La situation tendue en Yougoslavie le préoccupe aussi, mais au moins aux Nets il se sent soutenu, hors du terrain comme sur le parquet où on le fait jouer une vingtaine de minutes par match, avec un record à 27 points réussi peu de temps après son arrivée, et 12 points de moyenne sur ses matchs aux Nets.

    En fin de saison, toujours encouragé par les Nets, il passe une grande partie de l’été à travailler son physique pour gagner en vitesse et en explosivité, ce qui lui manque à ce moment là en NBA.

    Le début de saison 91/92 est plutôt mauvais pour les Nets, mais suite au départ du meneur titulaire, voilà Drazen Petrovic dans le 5 majeur! Et ça durera toute la saison, 82 matchs dans le cinq! On ne parle plus des 7 minutes par match des Blazers, ici Mozart reprend le rythme. Meilleur défensivement, de retour aux affaires offensivement (20,6 points), il se permet de montrer ses talents de trash-talker sur les parquets NBA. Effet Petrovic ou pas, en tous cas les moribonds Nets se retrouvent en phase finale!

    Contre les Cavs au premier tour, Steve Kerr prend Petrovic en charge, mais celui-ci finira le premier match avec 40 points. Auteur d’une bonne série d’un point de vue personnel, Drazen ne peut empêcher Cleveland de passer en 4 matchs. Cette saison est une renaissance, une revanche même, la NBA le prend enfin au sérieux!

    Le retour de la confiance

    Après ce renouveau en NBA, c’est un renouveau également international avec la paricipation aux JO de Barcelone sous les couleurs de la Croatie. Premier capitaine de la sélection nouvellement créée. Vainqueurs de tous leurs matchs au premier tour, sauf contre la Dream Team où Petrovic marque tout de même 19 points. La finale se joue de nouveau entre les croates et les stars US. Sept points de retard à la mi-temps, mais 32 d’écart au final, ça reste la plus petite victoire américaine de ces JO, avec 24 points du leader croate.

    Chuck Daly qui sort des JO avec la dream team prend en charge les Nets. Les Nets gagnent, Petrovic confirme son talent mais , bluff ou pas, il annonce avoir des offres de clubs européens pour les rejoindre à l’issue de sa dernière année de contrat.

    Joueur de la semaine dans le courant du mois de novembre, il enchaine les performance jusqu’à un record de 44 points lors d’un match de janvier dont 25 dans le dernier quart! Petrovic pourrait être le premier européen au All-Star game…mais non, il n’y est pas et en est très déçu. Aucun joueur des Nets n’y sera d’ailleurs, malgré leurs bons résultats.

    Une blessure au genou lui fait manquer 12 matchs, et les Nets sentent passer son absence. Revenu rapidement mais jamais à son meilleur niveau physiquement, Petrovic finit tout de même à 22,3 points de moyenne sur la saison et dans la All NBA 3rd team. Fatigué, il joue tant bien que mal le premier tour des playoffs, mais le Nets sont une nouvelle fois sortis par Cleveland. Une nouvelle fois Drazen annonce qu’il va retourner en Europe, le manque de reconnaissance, les négociations pour renouveler son contrat pèsent dans sa décision, sachant que de l’autre côté de l’Atlantique on lui déroule le tapis rouge.

    En fin de saison Petrovic bien qu’amoindri physiquement rejoint la sélection croate. Impossible pour lui de se reposer, tant cette sélection représente beaucoup pour lui. En juin 1993 il participe au tournoi de qualification pour l’Euro, avec une défaite en finale contre la Slovénie malgré ses 30 points marqués.

    A la fin de ce tournoi, la sélection croate s’envole pour Zagreb avec escale à Francfort. Petrovic, qui s’est disputé avec Dino Radja lors du dernier match, décide de rester à Francfort. Pendant que sa compagne conduit vers Munich, Drazen se repose, sans ceinture de sécurité. En fin de journée, par temps d’orage, un camion perd le contrôle et la voiture où se trouve Petrovic le prend de plein fouet. A 28 ans, Drazen Petrovic perd la vie sur une autoroute allemande…

    Il est enterré le 11 juin à Zagreb. Les hommages pleuvent, les autorités croates, les instances de la NBA David Stern en tête, le monde du basket dans son ensemble, Michael Jordan lui même, tous sont sous le choc. Demandez à Goran Dragic si plus de 20 ans après l’émotion a disparu…

    Dès le mois de novembre, les Nets retirent son maillot. En 1995 une stèle est érigée à son honneur au musée olympique de Lausanne. Intronisé au Hall of Fame NBA puis FIBA, un musée lui est consacré à Zagreb.

    La statue en l’honneur de la légende Petrovic
    Qui est cet enfant qui admire le shoot de Drazen??
  • Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    Un Jour Aux Jeux, La Yougoslavie a remporté l’or aux Jeux de Moscou

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux olympique de 1980, dans un contexte plus politique que sportif, le boycott des jeux de Moscou par les États-Unis verra le tournoi olympique de basket offrir un dénouement inédit pour l’ex-Yougoslavie.

    LES JEUX DU BOYCOTT

    Moscou 1980

    Cette édition des jeux se déroule dans un contexte géopolitique sur fond de fin de détente entre les deux blocs, suite à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union Soviétique en décembre 1979. À l’initiative des États-Unis de Carter, un mouvement de protestation international de grande ampleur entraîne un regain de tension, menaçant la tenue de l’évènement. Le Comité international olympique décide tout de même de maintenir la 22ème édition des Jeux, décision rapidement suivi d’un boycott d’une cinquantaine de pays, parmi lesquels, le Canada, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest et les États-Unis. 80 nations sont tout de même présentes pour ces jeux mais Porto Rico, l’Australie et plusieurs pays européens, la France et la Grande-Bretagne en tête, défileront sous la bannière olympique.

    Cérémonie d’ouverture des Jeux de Moscou

    Au-delà de ce boycott inédit, les jeux de Moscou vont tout de même offrir leur lots de moments marquants pour le sport. La « petite fée de Montréal » Nadia Comaneci, remporta quatre nouvelles médailles, dont deux en or. Les nageuses est-allemandes firent une razzia sur les podiums avec 26 breloques (12 en or). Enfin le perchiste polonais et champion olympique, Wladyslaw Kozakiewicz, adressa un bras d’honneur plein d’audace en direction du public et des officiels pour protester contre le déroulement des épreuves favorisant les athlètes soviétiques. 

    Les « Gold Medal Series » De Team USA

    L’absence des États-Unis d’un tournoi olympique de basket c’est un peu comme une tarte aux pommes sans les pommes. Inimaginable à l’époque pour les octuples champions olympiques et tenants du titre, de ne pas défiler, bannière étoilée en évidence, au sein d’une délégation américaine dans le stade olympique de Moscou. 

    Team USA 1980

    Dave Gavitt, coach de l’université de Providence, est nommé à la tête de Team USA durant l’été 1980, avec à ses côtés Larry Brown (UCLA) et Dee Rowe (UConn). Autour de plusieurs joueurs universitaires brillants (Isiah Thomas, Mark Aguirre, Sam Bowie, Rolando Blackman et Buck Williams entre autre), l’objectif est de conserver le titre olympique, reconquis quatre ans plus tôt à Montréal, et cette cuvée américaine de 1980 aurait pu être la plus jeune de l’histoire, titrée aux Jeux (vingt ans de moyenne d’âge seulement !). L’équipe va tout de même s’illustrer lors d’une série de matchs d’exhibition, sorte de tournoi olympique de substitution, durant lesquels les USA affronteront successivement des équipes composées de professionnels puis la Team USA, championne olympique en 1976. 

    Une série conclue par cinq victoires pour une seule défaite opposant notamment les joueurs de Gavitt à plusieurs All-Star NBA, de George Gervin, Marques Johnson et Tiny Archibald à Dennis Johnson, Bob Lanier, et Jack Sikma en passant par Paul Westphal, Alex English, Artis Gilmore ou Magic Johnson. Cette Team USA avait malheureusement tout pour briller à Moscou autour d’un trio (Thomas, Brooks, Bowie) déjà dominant, de grosses qualités athlétiques et d’un collectif très au dessus de la moyenne. 

    L’ « Ours » Soviétique

    A. Belostenny (g.), A. Gomelsky, V. Tkatchenko (d.)

    Depuis sa victoire, teintée de scandale à Munich (1972), l’Union Soviétique est parvenue à maintenir sa domination sur le basket mondial, remportant un deuxième titre de champion du monde en 1974 à Porto Rico, et éclipsant à nouveau les États-Unis du basket international. Une domination cependant très vite écourtée par le voisin yougoslave qui renversera les soviétiques en 1975 et 1977 aux championnats d’Europe puis en 1976 et 1978, d’abord aux Jeux de Montréal puis lors de la coupe du monde aux Philippines. Défaits lors de 13 de ses 14 confrontations face aux yougoslaves, les soviétiques mettront fin à cette humiliation lors de l’Euro de Basket italien en 1979. C’est précisément sur les bases de ce nouveau titre que le pays hôte veut construire son succès aux jeux afin de ramener une nouvelle médaille d’or olympique. En l’absence des américains, un seul adversaire obsède alors les nouveaux champions d’Europe, La Yougoslavie. 

    Alexandre Gomelsky, « père » du basket russe et entraîneur légendaire de l’ASK Riga, tient de nouveau les rênes de la sélection soviétique depuis 1977 et est persuadé que ses hommes ne failliront pas, répétant sans cesse qu’aucune équipe n’est assez forte pour les empêcher de remporter l’or à Moscou. Il faut dire qu’après six années de disette face aux irrésistibles yougoslaves, l’Union Soviétique, lestée des américains, est logiquement favorite de ses jeux en 1980. Les regards sont désormais tournés vers un possible duel entre les deux sélections que certains qualifient déjà de « match du siècle ». 

    Sergei Belov

    La sélection soviétique dirigée par Gomelsky est emmenée par son arrière légendaire et immense héros de Munich en finale des Jeux 1972, Sergei Belov. Le joueur du CSKA Moscou, est encore à 36 ans un joueur de basket formidable, capable d’aligner les tirs avec une précision chirurgicale et menant brillamment la sélection depuis près d’une décennie. À ses côtés d’autres joueurs majeurs se démarquent à l’image des pivots Vladimir Tkatchenko (2,23m) et Alexander Belostenny (2,14m), du meneur Stanislav Eremin et des ailiers Myshkin et Salnikov. Il s’agit alors pour Gomelsky d’assurer une continuité depuis le titre de 1979 en s’appuyant sur l’expérience de son effectif et son efficacité sous la raquette.

    La « Génération Dorée » Yougoslave 

    En dépit d’une nouvelle médaille en 1979, la Yougoslavie sort d’une prestation décevante aux championnats d’Europe (trois défaites dans le tournoi). Il faut dire que les yougoslaves, présents sur les podiums internationaux depuis près de quinze ans, restaient sur trois titres européens consécutifs (1973, 1975, 1977) ponctués d’un nouveau titre mondial en 1978 (après celui de 1970) et que rien ne résistait alors au basket yougoslave. L’entraîneur Petar Skansi en fera les frais, un an seulement après avoir succédé à Aleksandar Nikolić (le « Père » du basket yougoslave). Après cet échec c’est Ranko Žeravica, coach du Partizan puis de l’Étoile rouge de Belgrade, qui est désigné comme le nouvel architecte d’une équipe yougoslave qui illumine le basket mondial depuis plusieurs années mais qui souhaite rapidement tourner la page de l’échec amer de Turin, à moins d’un an des jeux.

    L’équipe olympique yougoslave lors d’un stage de préparation

    Accordant une grande attention à la psychologie et la préparation mental, Žeravica souhaite dynamiser l’état d’esprit et la motivation des joueurs. Pour mettre toute les chances de son côté, Ranko sélectionne non seulement les meilleurs joueurs possibles, mais s’entoure également d’un staff cinq étoiles. Bogdan Tanjević, vainqueur de la Coupe des clubs champions en 1979 (Bosna Sarajevo), Dušan Ivkovic, vainqueur de la Coupe Korać en 1979 (Jugoplastika de Split) et Bata Đorđević (Crvena Zvezda) viennent renforcer les rangs de la sélection. Nikolić absent, c’est Mirko Novosel (Cibona Zagreb), sélectionneur médaillé d’argent au Championnat du monde en 1974 et au Jeux de Montréal en 1976 qui endosse le costume de manager général de la sélection.

    Dragan et Dražen sous le maillot du Partizan Belgrade

    Au rang des joueurs, le cinq majeur yougoslave se compose des deux arrières Dragan Kicanović (Partizan Belgrade), Mirza Delibašić (Bosna Sarajevo), de l’ailier Dražen Dalipagić (Partizan Belgrade) et des deux intérieurs Krešimir Ćosić (Bologne) et Željko Jerkov (Jugoplastika Split). Un effectif talentueux, expérimenté et rompu au très haut niveau, complété par un banc tout aussi fourni (Zoran Slavnić, Rajko Žizic, Andro Knego, Duje Krstulović). Depuis dix ans, presque tout ces joueurs ont participé aux succès yougoslaves en club ou en sélection à l’image d’un Dražen Dalipagić, MVP de l’Euro 1977 et du Mondial 1978, confiant à l’approche des jeux. Pour préparer l’évènement, le groupe se retire alors dans les zones sauvages reculées du pays, subissant des séances d’entrainement de spartiate, comme l’école de basket yougoslave sait si bien les faire, sur des bases de footing en forêt dès 4h00 du matin et de séances de tir interminables, afin de ramener l’or olympique qui manque à leur palmarès.

    « Quelle médaille espérez-vous décrocher à Moscou » ? – demandèrent des journalistes à Žeravica
    « L’argent », répondit-il. Puis il ajouta : « … Au minimum » 

    Ranko Žeravica, sélectionneur de la Yougoslavie

    LE TOURNOI OLYMPIQUE 1980

    Le tournoi olympique de basket se déroule du 20 au 30 juillet au Stade olympique de Moscou et au Palais des Sports du CSKA. Parmi les équipes qualifiées, l’Espagne de Brabender se retrouve dans le groupe B de la Yougoslavie (avec la Pologne et le Sénégal) tandis que l’URSS devra se défaire de l’Inde, la Tchécoslovaquie et du Brésil d’Oscar Schmidt.

    Le Premier Tour

    Le pivot yougoslave Krešimir Ćosić

    Lors du premier tour, la Yougoslavie ne sera guère inquiétée par le Sénégal (104-67) et la Pologne (129-91) à l’exception de son dernier match face à des espagnols accrocheurs. Derrière son shooter naturalisé Wayne Brabender (Real Madrid) à 30 points et les barcelonais Chico Sibilio et San Epifanio, les hommes de Žeravica menés à la mi-temps, vont s’employer en deuxième période pour accrocher une troisième victoire et maintenir leur invincibilité. Les soviétiques, emmenés par un Belov impeccable, auront encore moins de difficultés à se défaire de l’Inde (121-65), du Brésil (101-88) et de la Tchécoslovaquie (99-82). L’autre groupe, celui de l’Italie de Dino Meneghin et Pierlo Marzorati, qualifiée réservera une surprise avec la qualification de Cuba au détriment de l’Australie. 

    Le Second Tour

    le pivot soviétique V. Tkatchenko

    Yougoslaves et soviétiques vont continuer leur récital au tour suivant. Les italiens emmenés par leur pivot Meneghin se retrouvent dépassés et impuissants face au duo intenable Kicanović (31pts) Daligapić (26pts), infligeant une lourde défaite à la squadra d’entrée (102-81) suivi d’une large succès (112-84) face aux cubains. Les soviétiques les imiteront lors de leur match remporté face à l’Espagne (119-102) mais les soviétiques vont à la surprise générale perdre leur deuxième rencontre face à l’Italie (87-85) et se retrouver dans une posture délicate. Les deux favoris du tournoi doivent désormais se rencontrer dans un match déjà décisif. La Yougoslavie invaincue peut en cas de victoire s’assurer l’une des deux premières places pour jouer le titre olympique, tandis que les soviétiques dans l’impasse, doivent gagner cette rencontre afin de ne pas compromettre leurs chances de ramener une médaille.

    Le « Match des Jeux »

    Depuis le début du tournoi Ranko Žeravica est particulièrement attentif au niveau de préparation physique des soviétiques et du contenu de leurs matchs mais aussi des déclarations d’Alexander Gomelsky, qu’il juge trop confiant. Le sélectionneur et les joueurs le savent, remporter ce match, c’est l’assurance d’éliminer son rival de la course au titre et de terminer en tête en évitant d’affronter les soviétiques une deuxième fois en moins d’une semaine. Le triangle offensif Kicanović – Delibašić – Daligapić sera la clef de voûte du jeu yougoslave lors de cette rencontre. En misant sur la rapidité en contre attaque et la vitesse de jeu de ses extérieurs, Ranko a vu juste. Plus appliqués que les soviétiques en défense et sur les pertes de balle, l’équipe de Yougoslavie va proposer un jeu offensif de transition sur des paniers faciles en contre attaque et provoquant des fautes sous le cercle. Le pivot massif Tkatchenko suivi de son partenaire Belostenny se retrouveront rapidement sur le banc pour des fautes à répétition laissant Belov et le reste des joueurs en difficulté à la mi-temps. Plus efficaces et plus altruistes, les yougoslaves développent un basket plus collectif commettant néanmoins des pertes de balles par excès de zèle. 

    L’URSS a souffert face aux yougoslaves

    Rentrant aux vestiaires en tête (48-42) Žeravica distille alors ses directives à ses joueurs en confiance afin de maintenir le niveau sur la fin de match. Le début de la seconde mi-temps part sur un rythme encore plus élevé, les soviétiques parvenant même à combler leur retard grâce à un Belov encore impressionnant et en trouvant enfin des solutions dans la raquette. La défense yougoslave s’effrite et en moins de dix minutes, les hommes de Gomelsky passent devant au tableau d’affichage (54-62). Pour mettre fin à l’hémorragie Žeravica use de temps morts et les yougoslaves sortent de leur torpeur pour recoller au score à quelques minutes de la fin du match (76-76). Kicanović d’abord puis Daligapić vont menés une série d’actions conclues par plusieurs paniers pour reprendre l’avantage, mais c’était sans compter sur des soviétiques accrocheurs qui recollent immédiatement au score et arrachent l’égalisation au bout du temps réglementaire (81-81) après un tir au buzzer manqué de Daligapić. Ce même Daligapić qui, lors des prolongations va inscrire dix des vingt points de la Yougoslavie, et offrir à son équipe une victoire de prestige face au grand rival soviétique (101-91). En faisant courir les coéquipiers de Belov (20pts) tout au long de la rencontre, La Yougoslavie, Dalipagić (28pts) et Kicanović (22pts) en tête, sont parvenus à renverser les favoris du tournoi, en proposant un basket intense, dans un match décisif dans la course pour le titre. 

    Le sacre olympique

    Italie – Yougoslavie en finale des Jeux (86-77)

    La première place est acquise et les hommes de Žeravica ne la lâcheront pas, remportant la rencontre suivante face au Brésil (96-95), dans un match encore très accroché pour s’offrir une nouvelle finale olympique, la troisième en douze ans. Dans un match beaucoup moins accroché, les italiens, comme lors de leur précédente rencontre, ne parviendront pas à renverser cette équipe yougoslave, frustrés au point de voir Dino Meneghin asséner un violent coup de genou sur Kicanović qui sortira sur civière en fin de rencontre. Derrière son trio magique qui inscrira 60 points sur la finale (86-77), la Yougoslavie s’octroie l’or et termine invaincue dans le tournoi avec huit victoires et une moyenne de 103 points marqués par match.

    LE MIRACLE YOUGOSLAVE

    La première génération dorée du basket yougoslave

    Drazen Dalipagić (24,5pts) sera élu meilleur joueur du tournoi et c’est aux côtés de ses compatriotes Zoran Slavnic et Dragan Kicanović qu’il sera également choisi dans le meilleur cinq de la compétition. Le futur Hall of Famer NBA et FIBA a su mener l’équipe de basket la plus sexy du continent à voir jouer, au sommet, ramenant le seul titre majeur manquant à cette sélection depuis sa première participation en 1960. Cette équipe championne olympique, déjouant les pronostics qui voyaient une victoire de l’Union soviétique pourtant largement favorite chez elle, demeure encore aujourd’hui, un des meilleurs exemples de basket moderne, rapide, technique et réaliste, autour d’une génération qui aura tout gagner ensemble, depuis les championnats d’Europe en passant par les Mondiaux jusqu’au Jeux de Moscou. Ce fut également l’avant dernière grande compétition en sélection pour Ranko Žeravica qui quittera ses fonctions sur une médaille de bronze au Mondiaux de Cali en 1982. La Yougoslavie est parvenue pendant plusieurs années à entretenir ce terreau fertile de joueurs d’exception en montant à nouveau sur plusieurs podiums internationaux et en s’installant durablement sur le toit de l’Europe à la fin des années 80 autour d’une autre génération dorée, avant que la guerre ne vienne interrompre brutalement l’histoire.