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  • L’Allemagne, passeport pour la finale olympique

    L’Allemagne, passeport pour la finale olympique

    Rencontrée deux fois en préparation puis en phase de poules, la formation allemande a confirmé son statut de favori pour les Jeux Olympiques avec un groupe solide, déjà couronné l’an dernier avec un titre de Champion du Monde (on a bien dit du monde, pas juste d’Europe ou d’Allemagne – les américains en formation légère avaient été battus). L’adversaire est connu, le staff de Vincent Collet a un plan, et après le succès du quart de finale remporté contre le Canada archi-favori, on s’attend à un beau match de basket. Les Bleus peuvent-ils enchaîner deux succès au plus haut niveau et décrocher leur place pour le finale? Réponse ce jeudi 8 août 2024 dès 17h30. En attendant, voici quelques notes.


    Quel visage pour la France?

    Alors qu’elle semblait perdue en balbutiant un basket poussif et une défense poreuse jusqu’à présent, l’Équipe de France a réussi son entrée en lice pour la phase finale avec un tout autre visage, un cinq de départ différent, une défense de fer et une adresse des grands soirs. Ayant pris le Canada à la gorge dès le premier quart-temps, les Bleus ont marqué et creusé l’écart, sans toutefois tuer totalement le match. Mais l’essentiel était fait, un bon départ, de bonnes bases, et les canadiens n’ont jamais réussi à reprendre l’avantage. Sommée de répondre enfin présente pour le quart de finale décisif, au pied du mur, les hommes de Vincent Collet ont joué un match fabuleux – mais pas parfait. Des lancers-francs ratés, Wemby peu inspiré (2/10 aux tirs, 7 points en 27 minutes), des fautes (24) et des balles perdues (17) ont bien failli donner assez d’air au rival canadien pour se retourner. Contre l’Allemagne en demi-finale, il y a donc une marge de progression significative.

    Le jeu sans Wemby

    Même s’il a pesé dans tous les autres compartiments du jeu (meilleur passeur avec 5 passes décisives, 12 rebonds, 3 interceptions et un contre pour une seule balle perdue), le faible rendement général de Victor Wembanyama en attaque a lourdement pénalisé les Bleus au moment où il aurait fallu assurer une marge confortable face au Canada (3/6 aux lancers-francs et 0/6 à trois points), qui n’a du coup cessé de revenir pendant tout le match. Zéro pointé en attaque pour Nicolas Batum (à peine un tir tenté à trois points en 33 minutes), Andrew Albicy (0/3 à trois points en 19 minutes), Rudy Gobert (aucun tir en 3 minutes et demie) et Bilal Coulibaly (à peine 1:17 sur le terrain). Matthew Strazel et Nando De Colo n’ont même pas quitté le banc. Ce sont donc essentiellement 4 joueurs qui ont marqué pour le Bleus (70 des 82 points à 18/30 aux tirs). Il s’agit de Guerschon Yabusele (22 points), Isaia Cordinier (20 points), Evan Fournier (15 points) et Mathias Lessort (13 points en 19 minutes). Avec Wemby (7) et Frank Ntilikina (5 points uniquement sur lancers-francs), ce sont à peine 6 joueurs qui ont contribué à la marque. On savait que la rotation serait réduite, on ne savait pas à quel point ! La bonne nouvelle, c’est qu’on est sortis de la Wemby-dépendance en attaque. Et Nicolas Batum a bel et bien été monstrueux en défense, prouvant une fois de plus sa polyvalence et son impact sur le jeu des Bleus sans marquer le moindre point.

    Le retour de l’association Wemby + Gobert?

    Mis sur le banc pour le majorité du match ce mardi, Rudy Gobert n’est cependant pas banni définitivement du schéma tactique des Bleus. Il pourrait faire son retour rapidement et serait alors sommé de trouver le chemin du cercle en attaque si on veut vraiment choquer les Allemands, qui ont repoussé les intérieurs tricolores jusque-là. Une bonne fixation intérieure en association avec Mathias Lessort et Guerschon Yabusele pourrait permettre de rivaliser avec le bloc intérieur allemand, tout en laissant Victor Wembanyama s’exprimer au poste haut et à l’extérieur. On attend encore le match de référence du prodige des Spurs, qui domine à sa façon, mais peut aussi exploser en attaque à tout moment. S’il réussit ses paniers à trois points, le match pourrait être plié plus rapidement que face au Canada.

    Table rase du passé pour une finale olympique

    C’est le défi des Bleus cet après-midi, montrer leur vrai visage après des prestations faibles lors des prédécentes confrontations avec l’Allemagne. Vincent Collet l’avait annoncé, la préparation risquait de tourner au poker menteur contre des équipe de haut niveau susceptibles de revenir plus tard en compétition officielle, le stratège des Bleus souhaitant conserver ses cartes pour les matches qui comptent. En espérant que les joueurs appliqueront bien les consignes et seront tout aussi galvanisés que lors du match précédent, de référence, contre le Canada. Un match loin d’être parfait, cependant (on a perdu les deux derniers quart-temps), sachant que le match de poule perdu contre l’Allemagne s’était joué sur un seul mauvais quart-temps (-14 en définitive). Pour pouvoir prétendre à l’or olympique, les Bleus n’ont pas le choix, ils doivent cette fois livrer une copie parfaite, un match maîtrisé de bout en bout contre un adversaire aguerri.

  • L’heure de vérité face au Canada en quart de finale

    L’heure de vérité face au Canada en quart de finale

    Rien ne va plus pour les Bleus aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Après une préparation compliquée et une phase de poules guère rassurante à Lille, l’objectif premier est cependant atteint, puisque l’Équipe de France de basket masculine est qualifiée pour la phase finale qui se déroule à Paris. Si la défaite contre l’Allemagne (championne du monde en titre) pose question, les deux victoires contre le Brésil et le Japon ont permis d’assurer l’essentiel, une place en quart de finale du tournoi olympique à domicile contre la Canada. L’adversaire est bien connu, puisque les deux équipes se sont rencontrées en juillet à Orléans non seulement pour un match de préparation, mais également pour une séance de scrimmage préalable à la demande des canadiens. Le Canada, c’est une équipe formidable, au parcours exemplaire lors de la dernière Coupe du Monde FIBA en septembre 2023, notamment une défaite cuisante pour la France dès le premier match qui a provoqué, avec une seconde défaite de suite contre la Lettonie, son élimination prématurée de la compétition. Le match de ce mardi 6 août à Bercy s’annonce donc chaud et fort en symboles. Pour accéder au podium, l’Équipe de France doit montrer de quoi elle est réellement capable, c’est donc l’occasion de prendre sa revanche et de jouer, enfin, un basket gagnant, sans trous d’air. Les Bleus de Vincent Collet en sont-ils capables?


    L’Allemagne, trompe-l’œil ou révélateur?

    Quand on voit une équipe déjà qualifiée pour les quarts-de-finale jouer un dernier match de poule devant près de 27000 spectateurs dans son propre pays et marquer à peine 27 points en première mi-temps (dont 9 seulement en deuxième quart-temps), on peut se poser des questions. Cependant, c’est davantage une confirmation du très haut niveau et de la cohésion de l’équipe allemande, championne du monde en titre l’été dernier et parfaitement en place cet été, avec un Dennis Schröder en grande forme (26 points à 10/17 aux tirs, dont 4/7 à trois points, 9 passes décisives), la paire d’intérieurs Wagner particulièrement performante (Franz, 2m08, 26 points et Moritz, 2m11, 8 points en 14 minutes), un Daniel Theïs bien présent (7 points, 8 rebonds, 2 interceptions et 2 passes décisives) et un sacré golgoth dans la raquette, Johannes Voigtmann (2m11 pour 115kg). Au bout du compte, il manque 14 points, mais les Bleus ont su réagir et on a vu de très belles choses, notamment un Isaia Cordinier percutant (2 dunks en drive, 10 points) à la fois en attaque et en défense, exactement dans l’énergie et l’à-propos préconisés par Vincent Collet, qui ne l’avait pas mis sur le terrain par hasard à ce moment-là. Entre Strazel et Cordinier, l’Équipe de France compte désormais des joueurs d’impact qui savent s’exprimer dans le dur. On en aura certainement besoin lors des phases finales. L’enseignement de ce dernier match de poules, c’est qu’on ne peut pas se permettre le moindre relâchement, et certainement pas pendant un quart-temps entier !

    Un match de référence pour Wemby?

    Comme l’a bien dit Fred Weis, consultant XXL pour la chaîne Eurosport, on n’a pas encore vu Victor Wembanyama sur cette compétition. Auteur de 15 points contre l’Allemagne, le géant des Spurs n’a pas réussi à donner sa pleine mesure jusqu’à présent. Le problème n’est pas tant qu’il soit passé à côté du match en première période, mais que l’Équipe de France n’ait pas eu la faculté de proposer autre chose en attendant que le rookie trouve ses marques. Rappelons que c’est sa première campagne en Équipe de France, avec une saison américaine dans les jambes et une grosse préparation, la fatigue s’est clairement fait ressentir contre une défense allemande épaisse et rugueuse. Et ses choix en attaque ont été parfois hasardeux – en témoigne son air-ball à trois points dans le coin juste après avoir pris une claque en plein visage par Mo Wagner dans le troisième quart-temps, au moment où les Bleus jouaient mieux, mais ne parvenaient pas à réduire l’écart (environ 20 points constants et 14 à l’arrivée). On a vu aussi des relances ratées, des actions sans conviction, beaucoup de frustration. Mais en quart de finale contre le Canada, Victor Wembanyama pourrait sortir son match de référence de cette compétition. Victoire ou défaite, Wemby doit laisser une impression indéniable pour ses premiers Jeux Olympiques.

    Une équipe prête à en découdre en quarts de finale

    Même si la manière a manqué, les Bleus ont gagné les deux matches importants de la phase de poules et se présentent à Paris pour la phase finale après une défaite contre l’Allemagne, certes, mais pas si « lourde » en vérité, dans un match sans enjeu, et on reste sur une bonne seconde mi-temps, avec le sursaut d’orgueil attendu. C’est un mauvais quart-temps, le second, qui coûte le match. Et contrairement à certains commentaires, les allemands n’ont jamais « levé le pied », ce sont les français qui ont joué correctement et même réalisé de très belles actions des deux côtés du terrain. Rudy Gobert (4 points à 2/2), absent car très peu servi en attaque malgré ses appels de balle, était essentiel en défense (4 contres). En sortie de banc, Guerschon Yabusele et Isaia Cordinier ont mis le feu pour sonner la révolte. Il n’aurait manqué qu’un peu plus de Bilal Coulibaly, encore trop timide (1 point en 12 minutes avec 0/2 aux tirs) et certainement plus d’impact de Mathias Lessort (5 points et 3 rebonds en 15 minutes à 2/4). Contre une équipe canadienne moins forte à l’intérieur que le bloc allemand, la France doit s’imposer physiquement. L’occasion également pour Evan Fournier (10 points en 17 minutes), mis au ban par Tom Thibodeau à New York, de montrer enfin au public pourquoi il a toujours la confiance de ses pairs.

    Un match décisif… pour tous

    Comme toutes les autres équipes qualifiées, dans une confrontation à élimination directe, les Bleus n’ont plus le droit à l’erreur. Mais ils ont beaucoup de talent et d’expérience, ils peuvent parfaitement « cliquer » ensemble au meilleur moment et viser le podium. En prenant chaque match un par un, en se donnant la possibilité de réaliser l’exploit à chaque étape, l’équipe de Vincent Collet ne pourra pas grand chose si les canadiens réalisent un match parfait, mais pourrait saisir sa chance en cas de défaillance ou de panne d’adresse. C’est la doctrine de Vincent Collet, qui ne nie pas le talent de la formation nord-américaine favorite du tournoi avec Team USA. En jouant dur et sérieusement, la France peut battre la Canada… ou sombrer dans la disgrâce devant son public. Et si Rudy Gobert sortait le grand jeu? Réponse ce mardi 6 août dès 18h.

  • Quelles chances pour la France (H) aux JO de Paris 2024?

    Quelles chances pour la France (H) aux JO de Paris 2024?

    Après une préparation ambitieuse cet été, l’Équipe de France masculine de basket a six jours pour réussir son entrée en lice face au Brésil, une équipe surprise victorieuse haut la main du Tournoi de Qualification Olympique face à la Lettonie qui jouait à domicile. Un premier match piège, tout comme les 6 rencontres nécessaires pour remporter une médaille olympique. C’est simple, si la France veut briller sur son terrain lors de ces Olympiades, il faut jouer juste et gagner dès le début de la compétition. Plus d’hésitations, plus de trous d’air, une rotation serrée et des joueurs condamnés à l’exploit. Une petite chance de réussite, certes, mais également toutes les conditions réunies pour un possible désastre devant le public français. Bienvenue dans l’aventure délicate du tournoi olympique FIBA de Paris 2024, l’un des plus relevés de l’Histoire, dont la formule est clairement expéditive. Six victoires ou la honte.


    Que retenir de la préparation ?

    À la différence des éditions précédentes, à part la Turquie assez faible (qui s’est présentée à Rouen sans ses joueurs NBA), les Bleus ont rencontré le gratin du basket mondial lors de cette préparation devant un public français nombreux et enthousiaste (du 3 au 21 juillet 2024 dans plusieurs villes de France), mais également inquiet devant les performances contrastées de son équipe et les choix du staff technique pas toujours compris ou lisibles. Rappelons que les matches de préparation servent de laboratoire en conditions très proches du réel, ce qui permet d’essayer de nombreuses combinaisons sans pression, puisque le résultat des matches n’a aucun impact sur la compétition à venir. Bien entendu, et on l’a toujours dit, on préfère gagner ces matches et on ne se lance jamais dans un match avec l’objectif de le perdre (d’après Rudy Gobert). Mais on ne cherchera pas non plus à mettre toutes les chances de son côté si cela interfère avec les tests prévus et le développement de certains joueurs, notamment ceux qui sont promis à un temps de jeu réduit par la suite. On ne met donc pas en avant les cadres dont on connait déjà les capacités, on préfère tester les nouveaux et des configurations plus osées et fragiles que ce qu’on se permet en compétition officielle. On prend des risques, on se donne le droit à l’erreur, et surtout on évite de jouer les évidences – celles dont on abusera en compétition. C’est pourquoi on ne voit jamais un même joueur tenter plusieurs fois la même action – on ne joue pas spécialement sur Gobert à l’intérieur, ou sur Wemby au poste haut, pour profiter d’un vis-à-vis favorable et prendre un avantage au score, comme on le ferait en compétition. On fait tourner le ballon et on varie les séquences de jeu, on cherche des nouvelles solutions. Enfin, on cache son jeu; on essaie d’avancer sans trop donner aux adversaires directs et à ceux qui analysent les rencontres à distance trop d’indices sur la stratégie et les capacités de l’équipe en vue de la compétition. Vincent Collet l’a dit, face à l’Allemagne, il s’agit un peu de poker menteur en préparation, car on ne veut pas dévoiler toutes ses cartes et ainsi faciliter le travail du staff technique adverse. Et contre le Canada, rencontré à la fois en match officiel et en match d’entrainement dans la même semaine à Orléans, on a un peu transgressé ce principe, pour la bonne cause – nous aussi, nous avons pu en apprendre un peu plus sur l’adversaire et se tester dans des conditions intéressantes (seuls les canadiens et les français savent ce qui s’est passé dans cette rencontre à huis-clos, dont seulement quelques images ont fuité).

    L’Équipe de France avant le coup d’envoi à Montpellier, match de préparation contre l’Allemagne. © Gilles Vaudois – Clutchtime

    Une première phase éliminatoire à Lille

    Comme lors de la Coupe du Monde 2023, la phase de poules est réduite, la compétition démarre donc très fort et chaque match a son importance. Plus on gagne de rencontres, plus on maîtrise son destin. Si on commence à perdre des matches, le maintien en compétition devient contingent à la défaite des concurrents. Et de toutes façons, si on perd dès le début, c’est qu’on n’est pas vraiment en situation de viser une médaille, la difficulté augmentant avec les phases finales. Dans un groupe où ne figurent ni les Serbes, ni les Américains, ni les Canadiens, on est plutôt veinards. Des trois équipes que l’on va rencontrer, le Japon est traditionnellement le plus jouable, même si aucun match n’est jamais gagné à l’avance; l’Allemagne, que l’on rencontre en troisième, est championne du Monde en titre; et le Brésil, avec qui l’Équipe de France inaugure la compétition olympique, est une équipe dangereuse qui a brillamment gagné sa place pour ce tournoi olympique, éliminant au passage une équipe lettone qui nous avait battus en Coupe du Monde l’an dernier lors d’un match décisif pour les deux pays. C’est donc une équipe tout à fait capable de renverser le pays organisateur d’entrée de jeu, un adversaire à prendre très au sérieux.


    Un triomphe en trois actes… ou une sortie anticipée

    Une fois arrivées à Paris, les équipes qualifiées auront potentiellement trois matches à disputer pour tenter de décrocher l’or: un quart de finale le 6 août, une demi-finale le 8 août puis la finale (ou petite finale) le 10 août. Si elle parvient à se qualifier, et selon le tirage, la France peut retrouver des équipes rencontrées en préparation (Allemagne, Serbie, Canada ou Australie) ou des nouvelles (USA, Soudan du Sud, Grèce), mais toutes de très haut niveau. Par exemple, Team USA, le rival des Jeux de Tokyo (2020 joués en 2021), se présente avec un visage nouveau et beaucoup de questions. Ce sera donc une découverte pour les Bleus, qui ne les auront pas joués ni en préparation, ni en phase de poules à Lille. Pour mémoire, aux JO précédents, la France avait battu Team USA en phase de poule avant de s’incliner en finale. Mais c’était sans Lebron James, Anthony Davis et Stephen Curry.

    Rudy Gobert face à l’Allemagne en match de préparation à Montpellier. © Lenoir The-Agency FFBB

    Un match pour se révéler

    Lorsque l’Équipe de France entrera sur le terrain contre le Brésil dans le Stade Pierre Mauroy, elle devra montrer un tout autre visage que celui aperçu lors de la préparation. En compétition, la rotation sera réduite, les cadres seront activés pour de bon, ils devront prendre leurs responsabilités et être impactants dès le début de la rencontre. On attend donc beaucoup du cinq majeur, et pas seulement de Victor Wembanyama, mais avant tout d’Evan Fournier, le meilleur attaquant français sur le papier qui rêve de triompher en Bleu depuis toujours, et encore plus depuis ses déboires avec les Knicks de New York; Rudy Gobert, qui a confirmé cette saison avec Minnesota, et doit absolument s’imposer dans la raquette FIBA; Nicolas Batum, l’homme en forme qui a su rebondir après son échange à Philadelphie en début de saison. Ce cinq majeur risque de jouer de longues minutes. Il faudra donc éviter les fautes et les pertes de balles, être efficace dès le premier quart-temps en attaque et intraitable en défense sur l’ensemble du match. Si l’Équipe de France joue son jeu, elle peut battre n’importe qui. En revanche, si elle se met à douter, se permet des trous d’air en attaque, ne parvient pas à alterner intérieur et extérieur, se laisse repousser physiquement et abuse du tir à trois points, la compétition sera courte pour les Bleus. Selon les termes du coach Vincent Collet, on aura peut-être une opportunité de gagner – malgré l’écrasante domination des États-Unis en compétition internationale, malgré le niveau de la concurrence (Serbie, Canada, Allemagne…). Reste à savoir si l’Équipe aujourd’hui réunie (pas les non-sélectionnés que tout le monde réclame, pas les naturalisables qui ont finalement fait défaut ou été recalés comme Mike James, pas les expatriés non-sélectionnables comme Thomas Heurtel) saura saisir cette chance. Objectif? L’or, évidemment…

  • Wemby et le défi olympique du basket français

    Wemby et le défi olympique du basket français

    D’un été à l’autre, tout a changé. Alors que les Bleus se faisaient sortir manu militari en à peine deux matches lors de la Coupe du Monde FIBA 2023, Victor Wembanyama restait lui-même sur une défaite en trois matches en finale de championnat de France contre Monaco et avait décidé à la surprise générale de consacrer son été à la préparation de sa toute première saison NBA sur le sol américain. 80 matches plus loin, alors que les Spurs attendent patiemment leur heure de gloire (pas de playoffs cette saison et pas de gros changements prévus l’été prochain), le probable rookie de l’année 2024 et peut-être même déjà meilleur défenseur de la ligue américaine (il pourrait supplanter Rudy Gobert et Anthony Davis), le nouveau dieu du basket international s’apprête à rejoindre l’Équipe de France pour préparer les Jeux Olympiques de Lille-Paris 2024. Et comme il a toujours plus d’un tour dans son sac, on peut s’attendre à tout. Problème, il est désormais attendu de pied ferme par toutes les nations de premier plan du basket international (Serbie, USA, Allemagne, Australie, Slovénie, Lettonie, Espagne…) qui vont se disputer les médailles sur le sol français. Une quinzaine olympique qui s’annonce palpitante (du 27 juillet au 11 août 2024) et qui pourrait voir le basket français se hisser sur la plus haute marche du podium. Le rêve bleu est accessible mais loin d’être garanti. Ça va chauffer!


    Un tournoi olympique historique et un programme chargé

    Tout le monde sera là ou presque. Doncic et Antetokounmpo étant encore incertains (TQO d’Athènes), Jokic est d’ores et déjà qualifié avec la Serbie, Schroeder avec l’Allemagne championne du monde en titre, Team USA au grand complet (Lebron, Curry et consorts), l’Espagne si elle remporte le TQO de Valence… Douze équipes de très haut niveau pour un tournoi olympique en deux temps, d’abord à Lille pour la phase de poules, puis à Paris pour la phase finale en trois actes (quarts-de-finale, demi-finales et finale).


    La France (Groupe B) entame la compétition le samedi 27 juillet à 17h15 au Stade Pierre Mauroy à Lille face au vainqueur du tournoi de qualification olympique (TQO) qui se déroule en Lettonie (Lettonie, Géorgie, Philippines, Brésil, Monténégro ou Cameroun). Un adversaire soit fatigué, soit galvanisé par sa victoire, qui risque d’être particulièrement chaud – un premier match piège, à l’évidence. Les Bleus enchainent trois jours après face au Japon (mardi 30 juillet à 17h15) puis le vendredi 2 août face à l’Allemagne, vainqueur de la dernière Coupe du Monde (21h). Une petite semaine dans le nord pour se qualifier et revenir à la capitale disputer la phase finale. En cas de qualification, les quarts de finale se déroulent le mardi 6 août à l’Arena de Bercy à Paris, puis les demi-finales deux jours après, le jeudi 8 août, et la finale ou le match pour le bronze le samedi 10 août.

    Si la Lettonie remporte le TQO dans son pays, la France aura la possibilité de laver l’affront de l’été dernier, ou de revivre le même cauchemar, surtout avec l’épouvantail allemand qui arrive la même semaine. Des rencontres décisives, qui s’annoncent tendues, un KO à éviter à tout prix, ça passe ou ça casse. Les supporters français s’apprêtent à vivre un moment à la fois passionnant et effrayant.

    Team USA et l’outsider canadien

    Champion olympique habituel, Team USA avait survolé la compétition avec un effectif incomplet lors des derniers JO à Tokyo, accrochés par nos Bleus mais victorieux. Cette année, sauf surprise de dernière minute, c’est une sélection américaine archi-complète qui viendra chercher l’or olympique. Lebron James, Stephen Curry, tous les illustres basketteurs américains ont réservé leur été de longue date et affichent une forme exceptionnelle en NBA cette saison. Ils seront prêts. Même Joel Embiid, le MVP en titre blessé en cours de saison, semble bien parti pour honorer sa sélection américaine.

    Entre les Bleus et Team USA, il y a désormais le Canada, avec des jeunes joueurs qui montent en puissance. Le héros de la sélection canadienne à Jakarta, Dillon Brooks, rêve de plumer Lebron James sur un terrain qui lui est plus favorable. Shai Gilgeous-Alexander est en état de grâce après une saison exceptionnelle avec OKC. Les Road Warriors, qui rencontrent l’Équipe de France en match de préparation à Orléans le vendredi 19 juillet 2024 à Orléans (Co’met Arena, billetterie ouverte ici), ont déjà l’œil sur l’objectif.

    Sur un malentendu…

    Finaliste émérite des derniers JO à Tokyo, l’Équipe de France reste sur une défaite amère et cinglante lors du rendez-vous international de l’été dernier, mais a toutes les raisons d’éviter une déconvenue similaire cet été. Si le nombre d’équipes de très haut niveau en basket est impressionnant, ça reste un tournoi expéditif, chaque gros en éliminant nécessairement un autre. On n’est pas à l’abri de quelques surprises et la route vers l’or pourrait bien se dégager pour les Bleus (qui ne verra déjà pas la Grèce ou la Slovénie). Le tournoi n’est pas totalement fermé, avec des équipes qualifiées qui n’ont pas le niveau pour réellement exister. Sur un malentendu, la France peut parfaitement se retrouver en quarts face à un adversaire des moins inquiétants. La chance, mine de rien, jouera peut-être un rôle déterminant dans cette compétition pour le pays organisateur.


    La question Wemby

    Cible numéro un des défenses adverses pour l’été 2024, Victor Wembanyama s’attend à une quinzaine difficile pour son premier tournoi olympique avec l’Équipe de France. Mais lui aussi se prépare. Et s’il parvient comme en NBA à imposer son jeu insolite, à déjouer les pièges et à réaliser ses exploits habituels, le petit nouveau peut créer la surprise. S’il met ses paniers, évite les fautes et les coups, et si l’ensemble du camp français parvient à s’organiser autour de lui, à capitaliser sur ses nombreux atouts en évitant les erreurs fatales à ce niveau de compétition, la France a toutes les chances de briller.

    Connue pour sa défense collective exemplaire en compétitions internationales, l’Équipe de France de basket a désormais un renfort de choix qui complète parfaitement le redoutable tandem Batum-Gobert (4 contres chacun en demi-finale olympique face à la Slovénie à Tokyo en 2021). Un talent générationnel inespéré, inestimable, et surtout littéralement plug-and-play (la greffe devrait prendre instantanément, les joueurs se connaissant déjà bien et dont les qualités et l’esprit sont clairement compatibles). La pièce manquante rêvée du puzzle olympique français, que Vincent Collet et son staff s’apprête à placer avec joie sur le terrain.


    Lob Country

    À l’opposé de certains joueurs très talentueux mais dont la venue inquiète dans une équipe où on se demande comment on va pouvoir partager le ballon, Wemby a tout pour réussir en Équipe de France. Un tel joueur devrait non seulement s’épanouir au sein d’une très bonne équipe, ils vont se rendre encore meilleurs les uns les autres, créant des espaces et des opportunités supplémentaires. Un authentique cheat-code, un rare plan win-win-win – pour lui, pour les cadres de l’Équipe de France en grande forme (Batum, Gobert et Fournier) et pour toute l’équipe, qui va pleinement profiter de sa présence polarisante et maîtriser le rebond comme personne, verrouiller la raquette des deux côtés du terrain (une frontline alléchante et intimidante Wembanyama-Gobert-Poirier n’étant pas à exclure, même si on attend avec impatience l’annonce de la sélection officielle de Vincent Collet). Avec les athlètes confirmés Guerschon Yabusele et Mathias Lessort aux ailes, la triplette Francisco-Albicy-DeColo à la mène. Et peut-être s’offrir, en plus d’un jeu intérieur-extérieur complet, un véritable pont aérien en sortie de pick and roll ou en backdoor – après Lob City à Los Angeles, la naissance de Lob Country pour Paris 2024. La venue de Victor Wembanyama éclipse totalement tout regret concernant Joel Embiid et installe le groupe France en tête des pronostics pour l’or olympique tant convoité.

  • Il faut sauver le soldat Gobert

    Il faut sauver le soldat Gobert

    Comment l’Équipe de France masculine de basket peut-elle perdre un match après avoir réussi 10 tirs sur 14 à 3 points en première mi-temps? Un match somptueux, une adresse phénoménale des deux côtés (les Lettons ont réussi 9 tirs sur 18 à trois points en première période) et seulement deux points d’écart à l’arrivée (86-88). Comme la France, la Lettonie risquait l’élimination si elle perdait. Il a donc suffi d’un rien pour changer la destinée des deux pays, une victoire historique pour les Lettons et un échec dramatique pour les Français. Que s’est-il passé?


    Le déséquilibre extérieur-intérieur

    Privés de notre troisième pivot (Vincent Poirier venu dépanner puis aussitôt reparti) et avec notre deuxième grand en berne (Moustapha Fall, pivot remplaçant de 2.18m, n’a joué que 5 petites minutes sans peser sur le match), c’est sur les épaules de Rudy Gobert (pivot, 2.16m), Mathias Lessort (ailier, 2.06m) et Guerschon Yabusele (ailier fort, 2.04m) que reposait notre secteur intérieur lors du match couperet contre la Lettonie dimanche 27 août 2023. Très mobile et demandeur de ballons en sortie de pick & roll (l’action qui démarre notre attaque le plus souvent), souvent présent dans la raquette et même sous le panier adverse avec les bras levés, Rudy Gobert aura passé son temps à attendre un ballon qui n’est que très rarement venu. Sylvain Francisco a réussi à trouver le pivot titulaire français sous le cercle letton pour un trop rare dunk. Du haut de ses 2.16m, le pivot du Minnesota propose des solutions rares du fait de sa condition physique hors-normes, qui semblent passer au-dessus des adversaires (qui le laissent circuler librement et parfois l’oublient totalement) mais également, et c’est plus inquiétant, de ses propres coéquipiers. Il fait inlassablement les bons déplacements et des appels de balle clairs, mais soit le porteur de ballon ne le voit pas, soit il l’ignore sciemment. Un sort incompréhensible pour un joueur qui a maintes fois sauvé l’Équipe de France par son activité et son efficacité au plus près du cercle lors des compétitions internationales (à Tokyo pour les JO de 2020 joués en 2021, à Berlin pour l’Eurobasket 2022).

    Depuis le début de la préparation à Montpellier (contre le Montenegro de Sasha Vucevic), le pivot titulaire français s’emploie à venir poser un écran sur le porteur de ballon derrière la ligne à trois points et à repartir aussi vite vers le panier, les bras systématiquement levés, passant d’abord au poste haut au niveau de la ligne des lancers-francs, puis traversant la raquette pour aller se poster aux abords du panier, le regard toujours vers le ballon, prêt à recevoir une passe et à marquer, le plus souvent sans opposition. En effet, la défense tend à se concentrer sur le porteur de balle, danger immédiat, et le pivot français sans ballon bénéficie régulièrement d’un relâchement temporaire de la défense, laissant son vis-à-vis dans le vent en tête de raquette et rencontrant même assez peu d’opposition sous le panier. Si le porteur de ballon trouve une solution de son côté, soit un tir à trois points ouvert, soit un coéquipier démarqué qui peut enchaîner un mouvement, pourquoi pas. Mais ce que propose Gobert à cet instant précis est redoutable: un panier facile, dès lors qu’il reçoit le ballon en mouvement vers le cercle ou installé à proximité du panier adverse, en transmettant le ballon rapidement par-dessus la défense. D’où la notion de « pont aérien ». Mais cela demande une coordination très précise.

    Le meilleur pivot FIBA / NBA au monde en exercice

    Rudy Gobert, c’est une surprise, un choc, un pont aérien qui prend de vitesse l’adversaire en exploitant parfaitement son avantage de taille et de puissance, quand tout s’enchaîne bien. C’est son atout majeur, cet incroyable physique à la fois athlétique, endurant et puissant, construit d’année en année, qui lui permet de rester en mouvement constant pendant tout le match. Pourquoi gâcher de telles ressources ?

    Si la France veut décrocher l’or à Paris aux JO de 2024, Rudy Gobert doit assurer 15-20 points par match. Et donc, recevoir le ballon régulièrement pour y parvenir.

    Avoir un tel atout à l’intérieur n’empêche aucunement de briller à l’extérieur. En première mi-temps, évidemment, avec 10 tirs à trois points réussis sur 14, on ne peut contester les choix des artilleurs français, en état de grâce. Mais dès lors que l’adresse s’enraye (4/12 à 3 points en deuxième mi-temps pour les français) et que la défense réagit en pressant encore davantage les extérieurs, c’était l’occasion de capitaliser sur le secteur intérieur. Malheureusement, les habitudes n’ayant pas été prises au préalable, en période de stress, avec un adversaire particulièrement remonté et jusqu’à la dernière seconde du match, les joueurs n’ont pas bénéficié des automatismes qui auraient permis d’inverser la tendance et peut-être de l’emporter. Au lieu de trouver Gobert démarqué sous le cercle dans les cinq dernières secondes pour arracher la prolongation, l’Équipe de France a une nouvelle fois joué sa qualification sur une ultime tentative à 3 points. Bien entendu, si le tir était réussi, c’était l’exploit, la victoire et les félicitations. Mais comme ce n’est pas passé, on peut regretter que Rudy Gobert, ayant passé toute la seconde mi-temps démarqué sans pratiquement jamais recevoir le ballon, a été une nouvelle fois totalement ignoré alors qu’il était littéralement sous le cercle adverse, sans opposition, quand le ballon a quitté les mains de Fournier en direction de Francisco. Il était pourtant au bon endroit, au bon moment.

    L’énigme Gobert pas si complexe

    Rudy Gobert ne dispose pas d’une palette offensive des plus variées, d’aucuns faisant régulièrement la liste des armes qui manquent à son arsenal (verre à moitié vide). On ne lui demande pas de devenir Pat Ewing ou Hakeem Olajuwon du jour au lendemain. Mais c’est un pivot très mobile et dynamique qui marque ses lancers-francs, dont on peut parfaitement utiliser les qualités (verre à moitié plein). Et on ne peut se satisfaire d’un poste 5 à si haut rendement (plus de 60% de réussite aux tirs) sous-utilisé faute de recevoir le ballon où il faut et quand il faut (1 seul tir tenté en 26 minutes, 7/8 aux lancers-francs). Ne serait-ce que pour obliger l’adversaire à défendre sur lui pour libérer un peu plus nos extérieurs.

    Pivot titulaire de l’Équipe de France, Rudy Gobert n’a pu tenter qu’un seul tir dans le match fatal contre la Lettonie. En 26 minutes. Un dunk sur passe décisive.

    Comme le ballon ne venait jamais à l’intérieur, la défense lettone a mis le paquet sur les shooteurs français et annihilé tout espoir. En tous cas, juste assez pour revenir au score et finalement, l’emporter. En oubliant ou refusant de donner le ballon à l’intérieur, nos extérieurs pensent peut-être s’être créé plus d’opportunités, mais ils se sont en fait compliqué la tâche considérablement. Dans une compétition aussi relevée dès le coup d’envoi, il n’y a aucune place à l’hésitation ou à l’approximation. Le ballon doit circuler très vite, les pivots français doivent être utilisés à bon escient.

    De Gobzilla à Gobmamba

    Est-ce que Rudy Gobert sera prêt? Est-ce que le héros des JO de Tokyo (2020) a vraiment conscience de son pouvoir gigantesque et des responsabilités qui vont avec? Est-il prêt à recevoir le ballon où il veut, mais aussi là où les adversaires des Bleus en FIBA et des Minnesota Timberwolves en NBA l’obligeront à aller? Quand les défenses se resserrent, aura-t-il la réponse? Le pivot français doit être fiable à 110%. Fini Gobzilla, le pivot qu’on oublie sous le cercle avec les bras levés; bienvenue à Gobmamba, le pivot indispensable à toute équipe qui vise les sommets. Le géant agile qui marque systématiquement, rapidement, qui prend tous les rebonds, qui défend comme une brute, qui ne perd pas le ballon en spin-moves improbables et qui ne se présente plus sous le cercle avec un move faible, qui se laisse bousculer par l’adversaire. Et c’est un pivot qui shoote. S’il est capable de marquer à trois points à l’entrainement, pourquoi ne tente-t-il pas sa chance sur le pick and roll, après avoir posé son écran, dès lors qu’il reçoit le ballon au niveau de la ligne des lancers-francs, au lieu de partir systématiquement en dribble? Rudy Gobert n’a plus de temps à perdre, tout doit se mettre en place cette année, avec les Timberwolves puis avec les Bleus aux JO de Paris 2024. Ses objectifs? Un titre de champion NBA et une médaille d’or olympique à Paris.