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  • Ça s’est passé un 24 avril : Quand l’Amiral se défoulait sur les Clippers

    Ça s’est passé un 24 avril : Quand l’Amiral se défoulait sur les Clippers

    Parce que la NBA regorge de performances en tout genre passées à la postérité ou progressivement oubliées avec le temps, ClutchTime vous propose de revivre ces matchs et exploits de légende, qui ont façonné l’histoire de la ligue, d’hier à aujourd’hui.

    Direction la saison 1993-1994 et le dernier match opposant les San Antonio Spurs de l’admirable David Robinson aux Clippers de Los Angeles. Les Texans viennent de réaliser l’un des meilleurs exercices de leur histoire (54 wins) et occupent une belle quatrième place à l’Ouest synonyme d’avantage du terrain au 1er tour des playoffs. Cerise sur le « taco », le pivot est en tête du classement des meilleurs marqueurs de la saison régulière, à égalité avec le jeune Shaquille O’Neal, mais avec un léger retard à quelques centièmes de points. L’occasion est trop belle pour le quintuple All-Star de montrer qui est le vrai patron.


    The Admiral Robinson

    Pour les moins initiés d’entre nous, David Maurice Robinson est née le 6 août 1965 à Key West en Floride. Après ses années high school en Virginie, le grand David s’engage comme son père dans l’armée, et plus précisément à l’Académie navale de l’US Navy, à Annapolis (Maryland). Sélectionné lors de la draft 1987 en 1ère position par les San Antonio Spurs, il ne rejoindra la grande ligue qu’en 1989, le temps de terminer son cursus militaire.

    Immédiatement titularisé par une franchise qui galère pas mal depuis les retraites de George Gervin et Artis Gilmore, le meilleur Rookie de la saison 1989-90 devient très vite une pointure à son poste et dans la ligue. Meilleur défenseur de l’année 1991-92, sélectionné à cinq reprises pour le All-Star Game, et nommé chaque année dans une équipe-type NBA et une équipe-type défensive, Robinson reste néanmoins un joueur humble et discret, qui pense d’abord et même tout le temps à l’équipe, avant de penser à lui.

    Il n’a d’ailleurs jamais fait montre d’un individualisme ou d’un égocentrisme prononcé sur un parquet ou en dehors, traits pourtant communs à de nombreux joueurs de sa génération. Alors qu’il aborde son dernier match de saison régulière face aux Clippers ce 24 avril 1994, le futur papa est, à sa grande surprise, au coude à coude pour le titre de Meilleur marqueur de la saison régulière avec un autre pivot très en vogue à l’époque, Shaquille O’Neal.

    Un Duel de Big Men

    Avant cette ultime rencontre, Robinson était devancé par le Shaq, mais le Texan talonnait de très près le Floridien avec l’un des plus faibles écart jamais constaté (33 points), les deux pivots affichant la même moyenne de points après la première décimale (29.3). Le même jour, quelques heures seulement après la rencontre entre les Spurs et les Clippers, O’Neal plantera comme à son habitude un double-double, le 65ème cette saison, face aux Nets de New Jersey avec 32 points et 22 rebonds. Une performance vaine pour le joueur du Magic.

    En déplacement pour leur dernier match, les Spurs rendent visite au Memorial Sports Arena des Clippers. Vainqueurs de leur quatre premières confrontations, John Lucas (coach des Spurs de 1992 à 1994) et ses hommes arrivent confiants et avec le sentiment du devoir accompli depuis qu’ils ont décroché leur qualification en post-season. L’objectif principal étant atteint, les Texans peuvent offrir un très beau cadeau à leur pivot en le laissant se régaler au scoring.

    Dès le début du match, Robinson commence sur les chapeaux de roues avec 18 points consécutifs sur les vingt points inscrits par son équipe dans le premier quart-temps. Malgré une baisse de régime dans le deuxième quart où il ne va inscrire que 6 points, Robinson rentre tout de même aux vestiaires avec 24 points dans l’escarcelle et un court avantage au tableau d’affichage pour son équipe (37-35).

    Dès l’entre-deux, j’étais bouillant, J’ai marqué les 18 premiers points de mon équipe, soit presque l’intégralité des points du premier quart-temps (20). Lorsque mes coéquipiers ont réalisé à quel point j’avais la main chaude, ils ont continué à me chercher du regard, essayant de me donner coûte que coûte le ballon.

    David Robinson

    Tout en maintenant l’écart, les coéquipiers de Robinson commencèrent à chercher leur pivot sur chaque possession en deuxième période, pour faire en sorte qu’il puisse avoir un maximum de ballon afin de marquer. Avec 19 points supplémentaires dans le troisième quart-temps, portant son total à 43, L’Amiral ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin alors que les Clippers n’avaient pas dit leur dernier mot. Après avoir regagné le banc, Robinson reçu même une ovation de la part du public.

    Les Clippers ont bien tenté de me stopper, en me griffant, me donnant des coups et en me mettant la pression avec des prises à deux ou trois pour essayer de m’empêcher de marquer, mais en vain. J’avais des égratignures et des bleus, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas pu inscrire plus de paniers dans le second quart-temps 

    David Robinson

    Dans la dernière manche, le Texan va tout de même inscrire 28 points supplémentaires, dont sept rien que dans la dernière minute du match. Il terminera d’ailleurs la rencontre avec 14 rebonds et 5 passes décisives, compilant ainsi son 46ème double-double de la saison, pour une victoire 112 à 97. Durant toute la rencontre, l’Amiral a laminé la défense des Clippers, en shootant à 63%.

    Pour la petite anecdote, John Lucas, l’entraîneur des Spurs, avait décidé à une minute de la fin de provoquer les fautes adverses et les Clippers par la même occasion pour offrir quelques lancers supplémentaires à son pivot. Ce dernier termina la rencontre avec 41 tentatives aux tirs (26 paniers inscrits) et 18 lancers francs rentrés sur les 25 qui lui ont été accordés.

    Les Clippers ont bien défendu dans le dernier quart-temps, mais malgré la pression défensive et en sachant que le ballon m’était destiné presque à chaque fois, j’ai réussi à inscrire 28 points supplémentaire. Ça les rendait dingues de ne pas savoir comme me stopper, ils me pourrissaient en me répétant sans cesse : « Hors de question qu’on te laisse gagner le trophée si facilement ».

    David Robinson
    source : Spursnation

    Robinson améliora considérablement sa précédente marque au scoring (52), mais établira surtout un nouveau record de points inscrits au cours d’un même match pour la franchise des Spurs, détrônant ainsi George Gervin, qui en avait collé 63 au Jazz de la Nouvelle Orléans en avril 1978, il y a seize ans presque jour pour jour.

    Cette performance a permis notamment à Robinson de terminer la saison avec 29.8 points de moyenne, soit 0.5 points de plus que Shaquille O’Neal (29.3). Ce fut d’ailleurs le seul titre de Meilleur marqueur de la carrière du Hall of Famer, et sa meilleure moyenne de points inscrits au cours d’une saison. Il rejoindra d’ailleurs Gervin parmi les Spurs ayant remporté ce trophée, les seuls encore à ce jour.

    J’ai regardé la feuille de match et j’ai répondu ’71 points ! Bon sang !’ C’était incroyable. Toute l’équipe était derrière moi durant la saison, ils m’ont poussé sans cesse à jouer plus perso. En tant que leader, je voulais juste gagner des matchs, mais ce soir, ils voulaient tous me voir prendre des tirs. Lorsque le match a démarré, ils se sont entendus pour jouer presque tout le temps sur moi dès que j’étais sur le terrain.

    David Robinson

    Avec cette performance, l’Amiral fît son entrée dans le cercle très fermé des joueurs ayant inscrit au moins 70 points au cours d’un match, devenant le quatrième joueur seulement après Elgin Baylor (71), David Thompson (73) et Wilt Chamberlain (6 fois dont une fois à 100 points) à réaliser pareille prouesse. Plusieurs personnalités de l’époque ont commenté cette performance, certains la jugeant comme une « parodie » de basket selon les dires de Brian Hill, entraîneur du Magic d’Orlando, ou bien encore l’un des vaincus de la soirée, Dominique Wilkins, qui déclara en conférence de presse :

    Il n’y a aucune fierté là-dedans. Si vous arrivez à vous regarder dans un miroir après une telle performance et que ça vous remplit de fierté, c’est que quelque chose ne tourne pas rond chez vous. Je n’ai rien contre David, c’est un joueur formidable, mais comment peut-on laisser un gars inscrire 71 points ? C’est ridicule. Tout a été fait pour qu’il puisse y parvenir. Que les Spurs jouent pour lui durant toute la rencontre pourquoi pas, mais la façon dont nous avons joué ce soir, c’est comme si nous l’avions aidé aussi. Dans toute ma carrière, je n’ai jamais vu une chose pareille. Qu’on lui donne le trophée de MVP aussi ! 

    Dominique Wilkins

    John Lucas a tenu à défendre son joueur « C’est une performance légitime. Il a joué 44 minutes alors qu’il aurait pu tout à fait jouer l’intégralité de la rencontre. Tout le monde voulait qu’il obtienne ce trophée. Je devais pousser David à devenir égoïste le temps d’un match».

    L’entraîneur des Clippers, Bob Weiss avait d’ailleurs déclaré à la fin de la rencontre que Robinson avait été spectaculaire : « C’est ce que l’on redoutait le plus. Nous avons pourtant défendu à deux sur lui presque à chaque fois, mais il est quand même parvenu à marquer tous ces paniers. Même si le match a pu paraître ridicule pour certains, il a bien joué et il mérite son titre ».

    Le saison idyllique texane prendra pourtant subitement fin dès le premier tour des phases finales après une élimination (3-1) face au Jazz de l’Utah de Malone et Stockton, tandis que Robinson marquera moins de points sur l’ensemble de la série (62) qu’il n’en avait inscrit lors de son dernier match de saison régulière.

    Robinson a néanmoins prouvé ce soir-là qu’il était l’un des joueurs les plus doués et les plus complets de sa génération. Dynamique des deux côtés du terrain au point d’être un jour capable de réaliser pareille performance, il est souvent considéré, à juste titre, comme une icône dans l’histoire de la ligue et de la franchise texane. Robinson a toujours fait preuve de professionnalisme tout au long de sa carrière, ainsi que d’une domination sans équivoque avant l’arrivée de Tim Duncan en 1997 et de leur association qui les amèneront à remporter deux titres NBA ensemble.

    L’Alamodome a souvent eu l’occasion d’admirer, soir après soir, les performances d’un joueur qui donnait toujours le meilleur de lui-même sur un parquet, se transcendant dans les moments forts et participant à la révolution au poste de pivot et du basket dans les années 90. Un joueur souvent méconnu ou mésestimé pour sa contribution au jeu, mais qui en inscrivant son nom au panthéon des joueurs ayant inscrits le plus de points sur une rencontre, demeurera éternel.

    Retraité depuis 2003, Robinson a terminé sa carrière avec 21.1 points, 10.6 rebonds, 3 contres et 2.5 passes de moyenne, remportant deux titres NBA et deux médailles d’or aux Jeux de Barcelone et Atlanta ainsi qu’un titre de champion du monde avec la Team USA, sans compter un trophée de MVP de la saison régulière 1994-95, celui du Défenseur de l’année en 1992 et qui fut sélectionné à dix reprises pour le All-Star Game.

    source : Getty Image

  • Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    Un Jour Aux Jeux de Séoul, où quand l’URSS élimina une Team USA revancharde

    À moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, Clutch Time vous propose, à travers une série d’articles, de revenir sur des grands moments de basket à jamais gravés dans l’histoire des jeux.

    Cette semaine Clutch Time nous ramène aux Jeux de Séoul en 1988. Pour cette 24ème édition des Jeux, américains et soviétiques vont une nouvelle fois s’écharper en demi-finale du tournoi olympique, offrant un verdict inattendu à l’issue duquel, les instances du basket autoriseront les américains à envoyer leur joueurs professionnels.

    Séoul 88, entre Boycott et Dopage

    Ben Johnson devançant Carl Lewis sur la ligne d’arrivée

    S’il y a bien une image à retenir en 1988 à Séoul, c’est bien celle de l’athlète canadien Ben Johnson, sprinter sulfureux des années 80 qui remportera l’or sur 100m devant son grand rival et légende de son sport Carl Lewis. Le nouveau recordman du monde de la distance se verra retirer sa médaille d’or deux jours plus tard après un contrôle positif à un stéroïde anabolisant, laissant une trace indélébile sur sa discipline.
    Organisés pour la première fois en Corée du Sud, l’évènement fut de nouveau le théâtre de dissensions politiques entre le pays organisateur et sa soeur au nord, qui décidera de boycotter ces jeux au motif qu’elle aurait dû être également retenue pour organiser l’évènement conjointement avec le sud. Soutenue par d’autres pays dont Cuba, il s’agira de la quatrième édition consécutive des Jeux, boycottées par plusieurs nations pour des motifs étrangers au sport.

    Et le basket dans tout ça ?

    Pour ce douzième tournoi olympique de basket, le public retrouve enfin les meilleures sélections nationales au grand complet. En effet depuis 1976 et les Jeux de Montréal, soviétiques et américains ont pris soins de s’éviter en refusant de participer à l’une des deux dernières éditions de 1980 et 1984, organisées respectivement à Moscou puis Los Angeles. Seize ans donc que Team USA n’a plus croisé la route des basketteurs soviétiques depuis le triste incident de la finale des Jeux de Munich. Les deux équipes ont cependant remporté, trois des quatre dernières médailles d’or aux Jeux et s’avancent comme les grandes favorites du tournoi aux côtés également de la nation montante du basket, la Yougoslavie. Un tournoi qui s’annonce dès lors comme l’un des plus passionnant de son histoire.

    Team USA pour le doublé

    Depuis 1976 et la victoire aux Jeux de Montréal, les américains sont parvenus à effacer le traumatisme de Munich. Le boycott des Jeux de Moscou et la victoire d’il y a quatre ans sur leur territoire ont offert aux américains les arguments pour réaffirmer leur rôle de nation du basket dans le monde.
    Afin de ne pas reproduire les même erreurs, la sélection olympique cherche désormais à inciter, par tous les moyens, ses meilleurs joueurs universitaires de participer au tournoi olympique afin de présenter une équipe la plus compétitive possible alors que l’écart entre les USA et le reste du monde s’est considérablement réduit au fil des décennies.

    En 1988, John Thompson, coach universitaire des Hoyas de Georgetown, doit bâtir cette sélection olympique américaine. Ancien joueur des Celtics dans les années 60, il remporta notamment deux bagues de champions au côté de Bill Russell puis deviendra entraîneur en High School à Saint Anthony (Idaho). Thompson connaîtra le succès en tanr qu’entraîneur en NCAA, avec la fac de Georgetown entre 1972 et 1999 avec laquelle il terminera champion en 1983 et aura notamment sous ses ordres Patrick Ewing, Dikembe Mutombo, Alonzo Mourning ou encore Allen Iverson pour ne citer qu’eux. Toutefois il ne s’agit pas de sa première expérience avec Team USA, John Thompson fut également assistant coach lors du sacre en 1976. Il connaît bien la maison et emmène à ses côtés George Raveling (USC), ancien militant des droits civiques aux côtés de Martin Luther King et Mary Fenlon, fidèle assistante de Thompson à l’université de Georgetown et première femme à faire partie du staff de la sélection olympique américaine de basket.

    Sélection olympique américaine de Basket, Séoul 1988

    Parmi les joueurs que Thompson emmène avec lui en Corée, on retrouve les futurs Hall of Famers David Robinson (U.S. Naval Academy) et Mitch Richmond (Kansas State), le champion universitaire Danny Manning (Kansas) ainsi que Hersey Hawkins (Bradley), Charles D. Smith (Pittsburgh) et son homonyme Charles E. Smith (Georgetown) ainsi que Dan Majerle (Central Michigan). L’effectif est prometteur avec des joueurs déjà promis à un bel avenir en NBA à l’image de David Robinson, sélectionné en première position de la draft 1987 mais qui doit terminer son service militaire avec l’US Navy.

    Team USA Basket 1988

    La Grande équipe Soviétique

    Après leurs deux troisièmes places consécutives en 1976 et 1980, le basket soviétique a su néanmoins conserver son statut international sur le devant de la scène en remportant le Mondial 1982 (face aux États-Unis) ainsi que trois nouveaux titres de champions d’Europe (1979, 1981, 1985). Seize ans après le premier sacre olympique de Munich, l’URSS partage néanmoins le haut de l’affiche du basket européen avec son terrible voisin yougoslave. Depuis quelques temps les deux frères ennemis se rendent coup pour coup en compétitions pour se départager le rôle de meilleure nation du basket derrière les États-Unis.

    Dirigée d’une main de maître par Alexander Gomelsky, les vice-champions d’Europe s’avancent à Séoul avec un effectif taillé sur mesure pour y décrocher l’or. De retour aux manettes, le père du basket russe peut compter sur son expérience inégalée en terre soviétique (sept titres de champions d’Europe, deux titres mondiaux et trois médailles olympiques) même si le titre olympique résiste encore au sélectionneur qui entame sa quatrième campagne olympique.
    Pour y remédier Gomelsky emmène avec lui en Corée une armada de joueurs d’exceptions. Plusieurs d’entre eux retiennent l’attention au premier coup d’oeil, des lituaniens Arvydas Sabonis (Žalgiris Kaunas), Šarūnas Marčiulionis (Rytas Vilnius) et Valdemaras Chomičius (Žalgiris Kaunas) et Rimas Kurtinaitis (Žalgiris Kaunas), aux russes du CSKA Alexander Volkov et Sergei Tarakanov, l’effectif compte également dans ses rangs l’ukrainien Alexander Belostenny (Budivelnyk Kiev), l’estonien Tiit Sokk (Kalev Tallinn) et le letton Igors Miglinieks (CSKA).
    Alliant expérience et jeunesse à la fois, technique et puissance physique, cette cuvée de joueurs apparaît sur le papier comme l’une des plus talentueuse jamais réunie pour un tournoi olympique.

    Des États-Unis invaincus face à des Soviétiques malmenés depuis le début du tournoi

    Deux équipes s’affrontent en demi-finale, avec deux parcours légèrement différents. D’un côté les américains, sortis invaincus de leur poule, ont écrasé une faible équipe du Costa Rica (94-57) en 1/4 de finale pour rejoindre le dernier carré. Bien emmenés par le trio Majerle – Robinson – Manning, les États-Unis n’ont guère été inquiété que par le Canada (76-70) et le Brésil au premier tour (102-87) avant de dérouler face à la Chine (108-57) et l’Égypte (102-35). Invaincus, les joueurs américains affichent une moyenne de 97 points inscrits pour seulement 60 encaissés. Difficile alors d’imaginer une équipe capable de renverser cette équipe qui semble se diriger tout droit vers un dixième sacre.

    Côté soviétique la copie rendue est moins reluisante. Dépassés d’entrée de jeu par les yougoslaves (92-79), les hommes de Gomelsky ne sont pas parvenus à reprendre la tête de leur groupe entre les victoires faciles face à l’Australie (91-69) et la Corée (110-73) et des succès plus serrés face à Porto Rico (93-81) et la Centrafrique (87-78). C’est en 1/4 de finale que l’Union Soviétique éprouvera toute les peines du monde pour venir à bout du Brésil (110-105) et d’un Oscar Schmidt de gala avec 46 points inscrits à 5/8 de loin ! Néanmoins les coéquipiers de Marčiulionis (prononcé Martchioulionis) sont toujours en vie dans ce tournoi et disposent encore d’une certaine marge de progression aux vues de leurs prestations.

    Une première mi-temps sur les chapeaux de roues

    Sur le papier l’affiche a tout d’une finale avant l’heure. La rivalité soviético-américaine est toujours vive même après seize ans sans s’être croisé aux Jeux. Du côté américain, Thompson reconduit son cinq habituel avec Charles E. Smith à la mène, Mitch Richmond au poste d’arrière, Dan Majerle à l’aile et une raquette Danny Manning, David Robinson. Absence non-négligeable, l’arrière Hersey Hawkins ne figure pas sur la feuille de match, blessé au premier tour.
    Les Russes sortent également l’artillerie lourde avec un back-court Tiit Sokk – Šarūnas Marčiulionis, à l’aile on retrouve le joueur drafté par les Hawks d’Atlanta, Valeri Tikhonenko pour finir sur une terrible raquette Alexander Volkov – Arvydas Sabonis.

    Le lituanien, est d’ailleurs au coeur d’une grosse controverse depuis quelques mois. Bien qu’aucun joueur de l’Union Soviétique ne soit autorisé à rejoindre la NBA, le pivot lituanien, drafté à l’été 1986 par Portland, se blesse gravement au tendon d’Achille droit un an avant les Jeux. Persuadés que le joueur ne reviendra pas avant un long moment en se soignant dans son club, l’Union soviétique autorise finalement Sabonis à rejoindre Portland pour y rencontrer les médecins de la franchise et soigner sa blessure qui le remettront plus rapidement sur pied. Malgré plusieurs contre-indications de ces derniers, Arvydas se juge suffisamment rétabli pour faire partie du voyage à Séoul. La polémique prend de l’ampleur, certains médias américains jugeant inadmissible qu’un joueur aussi important pour l’équipe soviétique puisse avoir été pris en charge et guéri par des soigneurs américains alors qu’il représente la principale menace dans le jeu russe.

    Devant près de 7 000 spectateurs, quasiment tous acquis à la cause des américains, cette demi-finale démarre sur un très gros rythme de jeu. Les soviétiques emmenés par Marčiulionis font circuler le ballon à merveille et développent un jeu résolument porté vers l’attaque. Face à la rapidité des russes les américains opposent une agressivité et une défense rapprochée sur le porteur de balle pour couper les lignes de passes vers la raquette.
    Très vite dépassés par le jeu rapide des hommes de Gomelsky, notamment en contre-attaque, les américains commencent à perdre la bataille au rebond et tardent à revenir défendre sur des joueurs russes qui s’écartent très souvent de la raquette pour allumer de loin.
    Après moins de quatre minutes de jeu, les russes sont devant (10-4) après un premier tir à 3 points réussi par Marčiulionis, intenable depuis le début du match. Les USA insistent néanmoins sur le jeu intérieur en forçant parfois les pénétrations et les tirs sans trouver la faille. Ils doivent s’en remettre alors à leur défense agressive et les pertes de balles russes pour rester en vie.

    Après deux tirs primés de Kurtinaitis l’URSS maintien l’écart alors que les américains se mettent de plus en plus à la faute pour stopper les tirs adverses. Danny Manning en fera d’ailleurs rapidement les frais, renvoyé sur le banc pour trois fautes concédées rapidement. À l’image de son jeu, lent et stéréotypé, les joueurs américains développent un basket trop individualiste et se font punir par le trio lituanien Kurtinaitis – Marčiulionis – Sabonis. Menés 16-9 après un nouveau trois points de l’arrière, les hommes de Thompson réagissent enfin grâce à David Robinson qui règle la mire. Sur une série d’attaque-défense express, les russes prennent le large par un nouveau tir derrière l’arc de Volkov (20-13), puis 23-15 après le troisième tir primé de Kurtinaitis. Malgré le bon travail à la mène du meneur de Georgetown, Charles E. Smith, les joueurs américains ne sont pas concentrés et alors qu’ils revenaient à 23-19, Marčiulionis puis Sabonis vont inscrire des paniers faciles. L’entente entre les deux joueurs est absolument fantastique sur le parquet.

    David Robinson maintient la Team USA à flot grâce à de nouveaux lancers (27-24) alors qu’il reste huit minutes à jouer. Dan Majerle l’imite quelques secondes plus tard en attaquant le cercle et provoquant la faute de Volkov, offrant la première égalité du match aux américains depuis la première minute (27-27).
    Mais les soviétiques ne relâchent pas la pression et après deux lancers de Kurtinaitis, suivis d’un panier de Sabonis sur une passe laser de Marčiulionis, les russes reprennent l’avantage au tableau d’affichage. Le jeu commence enfin à ralentir à six minutes de la fin, moment choisi par Robinson pour inscrire un tir en tête de raquette, auquel Sabonis répondra par un trois points. Kurtinaitis aggrave la marque seul à longue distance et les USA sont toujours menés 37-29 alors qu’il reste cinq minutes à jouer dans la première mi-temps.

    Incapables de sécuriser convenablement le rebond, les américains se font marcher dessus, en particulier J.R. Reid qui livre un duel de haute voltige avec Volkov. Les rebonds, souvent captés par les russes, finissent par revenir dans les mains du génial Marčiulionis qui régale par des passes caviars pour Sabonis notamment. Le pivot lituanien inscrira deux nouveaux paniers à moins de trois minutes de la fin (45-35) alors que David Robinson sera le seul joueur américain à surnager en face. Après un nouveau floater du remplaçant Chomičius au buzzer, les russes sont devant 47 à 37 à la mi-temps, provoquant la stupeur dans la salle. Plus adroits et avec des joueurs en mouvement permanent, les Soviétiques font étalage de leur intelligence de jeu avec leur circulation de balle et leur capacité à trouver des espaces ouverts pour tirer. Sabonis réalise également un énorme travail dans la raquette et en contre-attaque.

    Des américains en plein doute face à des soviétiques tout en contrôle

    Intense bataille au rebond entre Sabonis et Manning

    On se dit alors que les américains vont revenir le couteau entre les dents et refaire leur retard. Les discours de Thompson en première mi-temps et dans le vestiaire n’ont guère d’effets concrets sur le moral des joueurs. Les USA passent près de trois minutes sans inscrire le moindre point alors que Sabonis et Kurtinaitis en rajoute une couche (51-37). Il faudra attendre un tir salvateur à trois points de Richmond, invisible jusque là, pour voir les américains se réveiller. Reid prend enfin le dessus au rebond sur Volkov et après un dunk de l’ailier fort revoilà les américains à moins de dix longueurs (52-44). Plus présents au rebonds, les joueurs de Thompson élèvent le rythme de la seconde mi-temps en adoptant un pressing efficace sur les russes. Reid devient intenable et après un hook shot plein de maîtrise, il intercepte le cuir et part dunker en contre-attaque pour revenir à deux longueurs des russes (52-50). Les américains restent alors sur un run de dix points consécutifs après six minutes de jeu.

    Mais c’était sans compter sur ce diable de Kurtinaitis qui va de nouveau inscrire un tir à trois points, le cinquième déjà, pour redonner l’avantage aux siens. Après une contre-attaque soviétique, conclue par Tiit Sokk les russes prennent le large (57-50). Les russes ne parviennent plus à rentrer leurs tirs malgré un jeu qui ne se crispe pas. Les USA en profitent par l’intermédiaire de Charles E. Smith puis des rentrants Vernell Coles et Willie Anderson (59-57). Le retour de Manning, absent quasiment toute la première mi-temps, fait un grand bien sur le plan mental et défensif de l’équipe notamment au rebond, domaine dans lequel Majerle se met en évidence. Malgré tout les États-Unis enchaînent les fautes personnelles, offrants de nouveaux lancers à Sabonis et Marčiulionis. Les russes parviennent tout de même à contrôler le match et le tableau d’affichage avec un rythme de jeu plus lent pour faire défiler les secondes plus vite. Après un nouveau panier de Volkov, suivi d’une faute, les russes sont toujours devant (65-57) après douze minutes de jeu.

    Majerle commet alors une faute de débutant sur Kurtinaitis derrière l’arc, le lituanien, rusé, rentre deux lancers sur trois. Sur la remise en jeu américaine, Manning perd le ballon et Volkov envoie Marčiulionis en contre-attaque, provoquant la faute à six minutes de la fin. Les joueurs américains sont de nouveau dans le dur en cette fin de match et éprouvent d’énormes difficultés à rentrer leurs tirs. Toujours handicapés par les fautes à répétition, Marčiulionis, encore lui, offre un net avantage à cinq minutes de la fin (69-60). L’entraîneur américain s’agace depuis son banc et peste de plus en plus contre ses joueurs et l’arbitrage. Les USA finissent tout de même par revenir par l’intermédiaire de Majerle, Coles et Robinson, insuffisant néanmoins à moins de quatre minutes de la fin du match. L’URSS est toujours devant au moment d’entrer dans le money time (73-66) et Marčiulionis provoque une nouvelle perte de balle américaine, interceptant Vernell Coles et inscrivant deux nouveaux points.

    Le regard noir, Dan Majerle envoie un sublime tir à trois points pour recoller à 75-69 mais Kurtinaitis lui répondra dans la foulée. John Thompson en profite alors pour prendre un temps-mort, lequel débouche sur une claquette-dunk de Robinson après un nouveau tir de Majerle. Avec deux minutes à jouer, les américains optent pour une défense tout-terrain sur les russes mais ne parviennent pas à concrétiser leurs débauches d’énergie malgré trois nouveaux points de Majerle. Kurtinaitis, encore lui, place un magnifique lay-up sur jeu rapide en transition (79-74) alors que le match part dans tous les sens. Dan Majerle prend le jeu à son compte mais rate de nouveau un tir à trois points à moins d’une minute de la fin.

    Les dernière secondes du match n’y changeront rien, le pressing américain ne parvient pas à inverser la tendance et alors que Majerle et Anderson commettent de nouvelles fautes pour bloquer les remises en jeu soviétiques, Titt Sokk rentre un lancer-franc avant de voir Kurtinaitis clôturer le score à deux points (83-76) devant un Alexander Volkov qui exulte.

    Une demi-finale maîtrisée de bout en bout et un rêve olympique qui se dessine

    De g. à d. S. Marčiulionis, R. Kurtinaitis, A. Sabonis et T. Sokk

    Les soviétiques viennent une fois encore de renverser les américains. Toutefois, contrairement à la finale controversée de Munich, cette victoire russe ne souffre d’aucune contestation, tant elle fût amplement méritée. Les hommes de Gomelsky ont su imposer leur jeu et un énorme rythme en première mi-temps auxquels les américains n’ont su répondre. Malgré un sursaut dans la deuxième mi-temps, les hommes de John Thompson n’avaient vraisemblablement pas la même envie et la même détermination sur le terrain pour venir à bout d’une très belle équipe soviétique, emmenée d’une main de maître par leur trio infernal. Kurtinaitis terminera meilleur marqueur du match avec 28 points (à 5/8 à 3pts) devant les 19 points de Šarūnas Marčiulionis et l’énorme chantier dans la raquette effectué par le grand Sabonis (13 points, 13 rebonds). En face hormis David Robinson (19 points, 12 rebonds) et le réveil en seconde mi-temps de Dan Majerle (15 points, 7 rebonds) la feuille de match des USA n’est guère reluisante.

    Nouvelle désillusion pour le basket américain qui se consolera néanmoins avec la médaille de bronze face à l’Australie (78-49) et qui regardera de loin la finale opposant Soviétiques et Yougoslaves et le second sacre de leur bourreau (76-63). À l’issue de ces Jeux, le comité olympique américain en accord avec la fédération internationale de basket et après avoir convaincu la fédération américaine, décidera désormais d’envoyer non-plus des joueurs universitaires représenter les USA mais des joueurs professionnels issus des franchises NBA. Nous sommes alors à quelques années de voir naître la légendaire Dream Team de Barcelone.