NBA Rewind #2 Draft 1978 : Larry Bird et Indiana, destins croisés

Chaque semaine Clutch Time vous propose de faire un bond dans le passé afin de revivre et de réécrire un fait marquant de la NBA qui aurait pu changer le cours de son histoire.


Cette semaine, on continue notre série avec un flashback vers la Draft 1978. Alors que Larry Bird, encore joueur universitaire, est sélectionné en 6ème position par les Celtics d’Auerbach, Indiana, qui disposait d’un troisième pick, décide d’ignorer l’enfant chéri du pays qui écrira sa légende à 1 600km de là, dans le Massachusetts.

Indiana Pacers, de la ABA à la NBA

Indiana Pacers, saison 1973-1974

L’histoire des Indiana Pacers débute en 1967, non pas en NBA, mais dans la ligue concurrente à l’époque, la ABA. À l’initiative d’un groupe de six investisseurs américains, parmi lesquels, Dick Tinkham (co-fondateur de la ligue), la franchise, s’installe d’abord sept saisons au Indiana Farmers Coliseum avant de déménager pour 25 ans, à la Marquet Square Arena. Elle brillera sportivement durant une petite décennie remportant trois titres ABA (1970, 1972 et 1973) et s’appuyant notamment sur plusieurs joueurs marquants en ABA (Mel Daniels, Roger Brown, Freddy Lewis) puis en NBA (George McGinnis et Don Buse). Ce que les dirigeants et les joueurs ne se doutaient pas à l’époque c’est que l’avenir de la franchise s’écrirait dorénavant dans la ligue rivale. Lors de la fusion ABA-NBA en 1976, les Pacers firent partis des quatre équipes retenues pour intégrer la ligue (parmi lesquelles les Denver Nuggets, les San Antonio Spurs et les New York Nets) . 

Des débuts difficiles en NBA

Billy Knight

À l’été 1976, l’équipe entraînée depuis 1968 par Bobby « Slick » Leonard (joueur légendaire des Indiana Hoosiers), doit désormais rebâtir un effectif au budget limité, en vendant ses meilleurs atouts afin de  s’installer durablement dans son nouvel écrin. Étouffés financièrement, les propriétaires de la franchise vont se battre durant toute la saison inaugurale afin d’attirer les spectateurs et convaincre les dirigeants de la ligue qu’ils avaient fait le bon choix en les intégrant eux plutôt que les Kentucky Colonels. Malgré une petite 9ème place et un bilan négatif de 36 victoires pour 46 défaites, la saison 1976-77 des Pacers, emmenés par ses deux néo-All-stars, Don Buse et Billy Knight fut néanmoins encourageante. 

À l’issue de la Draft 1977, la première de l’histoire de la franchise en NBA, Indiana sélectionne l’ailier Alonzo Bradley (Texas Southern University), en 29ème position (son 7ème pick ayant été échangé avec les Nets contre l’arrière John Williamson). Le joueur ne jouera cependant aucun match sous la tunique bleu et or, échangé contre l’ailier fort des Rockets Ron Behagen, quelques mois plus tard. Lors de cette saison 1978, les Pacers vont effectuer d’énormes turn-over en cherchant à atteindre les Playoffs. Se séparant d’abord de leur meneur de jeu, Don Buse ainsi que de leur meilleur marqueur Billy Knight (contre Adrian Dantley et Mike Bantom), puis du même Adrian Dantley quelques mois plus tard, suivi par John Williamson (recruté un an auparavant), Indiana adopte une stratégie nécessaire de la part de ses dirigeants mais néanmoins très contestable encore aujourd’hui. Cette saison se terminera logiquement encore plus mal que la saison passée (31-51) à une piteuse 10ème place de conférence (ex-aequo avec Kansas City). L’objectif de remise à neuf de l’équipe en échangeant des joueurs à tour de bras, apparaît alors comme un véritable échec sur le plan sportif. Les dirigeants doivent donc proposer d’autres perspectives aux supporters et investisseurs, pour maintenir la franchise sur les rails.

Don Buse

La Draft 1978

Les Pacers ont eu la main chanceuse lors de la Draft 1978 et remportent le coin flip (à l’ancienne), qui détermine au jeu du pile ou face, quelle équipe disposera du “First overall pick”. En dépit de ce tout premier choix pour la franchise, les dirigeants prennent la décision de monter un trade avec Portland la veille de la cérémonie. Les Blazers envoient alors leur jeune meneur Johnny Davis, champion NBA en 1977, et leur troisième pick, contre le premier choix des Pacers, s’octroyant le privilège de sélectionner à la première place le pivot Mychal Thompson (Minnesota), le père de Klay Thompson. Reste alors aux Pacers de faire le bon choix en attendant la décision des Kings pour le second pick. Kansas City sélectionne alors le meneur de North Carolina, Phil Ford et plusieurs joueurs universitaires intéressants restent encore disponibles. 

Écusson des Pacers saison 1978-79

Parmi les prospects de la cuvée 1978 , Michael Ray Richardson, Purvis Short, Freeman Williams et Butch Lee font partis d’un lot de joueurs universitaires très prometteur mais un profil retient d’avantage l’attention, celui du jeune Larry Bird, ailier de 21 ans des Sycamores d’Indiana et star locale du basket universitaire. Il se dit alors qu’en coulisse Slick Leonard était totalement séduit par une future sélection du joueur d’Indiana State, mais qu’en raison de son statut de junior, le joueur vedette des Sycamores souhaitait rester une saison supplémentaire pour finir son cursus. Cette situation paraît invraisemblable pour les Pacers et le coach, qui disposent alors d’une marge de manoeuvre restreinte et doivent compter sur un maximum de joueurs dès la saison 1978-79 afin de reconstruire une franchise alors dans l’impasse. Larry Bird ne reviendra pas sur sa décision et les Pacers de leur côté ne prendront pas le risque de sélectionner Bird, puis d’attendre un an, en sachant pertinemment que le jeune ailier pourrait parfaitement refuser de signer un contrat la saison suivante pour se représenter à la draft 1979 en tant que potentiel first pick. Les Pacers décident donc d’échanger leur premier pick et Leonard se résigne alors à sélectionner le pivot Rick Robey en troisième position, champion universitaire 1978 avec les Wildcats de Kentucky. Un choix judicieux sur l’instant, mais frustrant par la suite, tant le génie et la réussite de Bird en NBA furent exceptionnels. Le légendaire dirigeant des Boston Celtics, Red Auerbach, ne s’y trompe pas et tentera le pari en le sélectionnant en 6ème position laissant les Pacers passer une nouvelle fois à côté d’un choix d’exception (les Nets en 1977 avec le pick d’Indiana avaient sélectionné le futur Hall of Famer Bernard King).

Je savais qu’il était bon tireur, bon passeur et bon au rebond, mais je ne savais pas à quel point. 

Larry était le joueur le plus motivé que j’aie jamais vu

Red Auerbach, président des Boston Celtics
Le flair légendaire du Red

Larry Bird, star locale et futur tueur des parquets en NBA

The Hick from French Lick

Larry Joe Bird, née le 7 décembre 1956 à West Baden Springs, est issu d’une famille irlandaise de six enfants ayant vécu dans la petite ville de French Lick, au sud de l’état d’Indiana. D’origines très modestes, Larry, ses frères et soeurs connaissent une enfance tourmentée au sein d’une famille instable, ce qui incite très tôt le jeune Larry à se réfugier dans le sport et plus particulièrement le basket. À l’âge de 13-14 ans, alors que ses parents viennent de se séparer, Larry se découvre un réel talent pour la balle orange et s’investit pleinement dans sa nouvelle passion.

Early in High School

De 1971 à 1975, Bird est scolarisé à la Springs Valley High School, du comté d’Orange, et intègre différents programmes sportifs en pratiquant le baseball, le football et le basketball. Lors de son année junior, le jeune joueur de 1m96, revenant d’une blessure à la cheville qui l’a tenu éloigné des terrains de sports, décide d’intégrer définitivement l’équipe de basket du lycée. Larry Bird devient immédiatement la vedette de son équipe et chaque soir, devant près de 1 600 supporters (la ville compte un peu plus de 2 000 habitants), le numéro 33 enchaîne les prestations de très haut niveau comme un soir où il inscrira 55 points contre Corydon et un autre à 54 points et 38 rebonds face à Salem. Durant deux ans, il rafle toutes les récompenses et records high school terminant meilleur marqueur et rebondeur de l’histoire de son lycée (30pts et 20 rbds de moyenne), amenant même son équipe jusqu’en finale régionale lors de sa dernière année Senior. Environ 4 000 spectateurs assistèrent à son dernier match à domicile avec Springs Valley en 1975, dans une salle qui ne pouvait en accueillir pas plus de 2 000.

Early in College

Repéré dès 1974 par« The General », Bobby Knight, coach des Hoosiers d’Indiana, Larry Bird intègre en 1975 l’université d’Indiana Bloomington. L’histoire va cependant tourner court, frappé par un drame familiale (le décès de son père puis de son grand-père la même année) et mal à l’aise dans son nouvel environnement, Larry décide de renoncer à la fac et retourne trouver un boulot d’employé municipal dans la ville de son enfance. Il se mariera en novembre 1975 et aura même une fille mais divorcera quelques mois plus tard. Un autre entraîneur, Bob King (Indiana State), a remarqué le jeune ailier lors d’un passage à Springs Valley, et souhaite lui offrir une bourse d’étude afin d’intégrer l’équipe de basket de la fac. Avec ses assistants de l’époque, Bob King va tellement insister pour persuader le jeune blondinet têtu comme une mule, se rendant même chez la mère puis la grand-mère de Larry, qu’il finira par le convaincre de reprendre ses études et le basket. Larry Bird débarque alors à Terre Haute, ville de l’université d’Indiana State, au nord-ouest de French Lick. Il trouve un job d’été dans un camping pour mobile home, est hébergé dans le sous-sol de son coach, Bill Hodges, et passe le reste de l’été 1976 à s’entraîner et jouer au basket.

Larry m’a dit: «  Vous devriez plutôt recruter mon cousin. Il aurait été un excellent joueur s’il était allé à la fac », je lui ai répondu : «  Larry, ils diront exactement la même chose de toi un jour si tu ne saisis pas cette opportunité » .

(Bill Hodges, assistant coach des Sycamores, lors de son premier entretien avec Larry Bird)

Sous le maillot des Sycamores il provoque la stupeur et l’admiration dans l’équipe, tant l’ailier joue un ton au dessus. Sa conduite de balle, son agilité et sa rapidité lui permettent de développer une technique ballon en main exceptionnelle. En travaillant son shoot et ses lancers depuis de nombreuses années, Larry Bird inscrira, lors de sa première saison, presque 33 points par match sous ses nouvelles couleurs, concédant seulement trois défaites dans la Conférence Missouri Valley. Un record pour ISU et un gros coup de projecteur sur cette petite fac encore inconnue à l’époque. Les médias et la presse locale s’empresse alors de suivre le nouveau phénomène du pays et le nombre de places vendues pour assister aux matchs des Sycamores va considérablement augmenter. La saison sophomore de Bird sera moins fructueuse dans les résultats (11-5) et sur le plan statistique (30pts, 11rbd, 4ast) mais confirme un peu plus le joueur dans un rôle de leader. Au terme de cette saison 1978, Larry Bird est approché par les Boston Celtics de Red Auerbach qui l’invite à s’inscrire à la prochaine Draft NBA qui se tient en juin à New York. Alors qu’il n’est encore que junior, il accepte mais exige cependant de terminer son cursus universitaire pour faire plaisir à sa mère qui souhaitait voir un de ses enfants sortir diplômé d’une université. Les Celtics acceptent et Larry Bird ne rejoindra les parquets de la grande ligue qu’en 1979 pour se consacrer avant tout sur son année Senior et son ultime défi, remporter un titre avec Indiana State.

Essaie un peu de me prendre la balle

À l’aube de sa dernière saison, son coach Bob King subit une rupture d’anévrisme, l’obligeant à passer la main à son adjoint, Bill Hodges, proche de Larry Bird. Ce dernier va faire passer un cap énorme à l’équipe, qualifiant ISU pour la première fois de son histoire au tournoi national universitaire de 1979. Avec un bilan parfait de trente trois victoires consécutives, les Sycamores éliminent successivement Virginia Tech, Oklahoma, Arkansas et De Paul jusqu’en finale du tournoi face à Michigan State et son génial meneur de jeu, Earvin « Magic » Johnson. Bird termine chaque rencontre, meilleur marqueur et rebondeur du match, inscrivant notamment 40 points face Evansville, 48 points à Butler, 31 points face l’Arkansas de Sidney Moncrief ou encore 35 points en 1/2 finale face à De Paul et Mark Aguirre. Dans une finale qui détient encore aujourd’hui le record d’audience télévisuelle pour un match universitaire,  Bird s’incline malheureusement (75-64) face à son futur meilleur et plus grand rival, qui terminera meilleur joueur du tournoi 1979. Larry Bird raflera tout de même tout au long de ses années de fac, en particulier lors de son année senior, les plus prestigieuses récompenses individuelles universitaires. Les Sycamores sont passés d’un bilan de 37 victoires pour 40 défaites entre 1974 et 1976, à un bilan impressionnant de 81 victoires et 13 défaites entre 1977 et 1979, Bird devenant en passant, le 5ème scoreur de tout les temps en NCAA (30pts, 13rbd, 4.5ast de moyenne).

Larry Bird’s Awards

Afterwards in NBA

Le conte de fée entre l’éternel #33 d’Indiana et les Pacers ne se réalisera pas, au grand dam des supporters de la franchise mais aussi des Sycamores et de tous ceux qui, de près ou de loin, l’ont vu grandir et botter les fesses de toutes les équipes qui croisèrent sa route depuis ses débuts en high school jusqu’au banc de la fac. Il s’avère qu’après la draft 1978, la NBA, qui avait suivi de près le cas de Bird, décida de changer les règles d’admissibilité des joueurs universitaires en année junior. À partir de la saison 1980-1981, un joueur devait ainsi renoncer à son admissibilité au collège avant la draft s’il voulait être sélectionné.

Quel fabuleux signe du destin pour un joueur local, aussi talentueux et récompensé soit-il, s’il avait été choisi par la franchise qui lui était promise et pour laquelle il aurait pu tant apporter. Les Pacers auraient tout à fait pu remporter plusieurs titres de champions et former une redoutable équipe dans les années 80 en associant Larry Bird à Adrian Dantley et Alex English dans leur primes, ou encore Calvin Natt qui aurait pu être sélectionner l’année suivante lors de la draft 1979.

Indiana Pacers après 1978

The Knick Killer

Indiana mettra plus d’une décennie avant de s’installer durablement dans le rôle d’un vrai contender à l’Est, ne participant aux playoffs qu’à deux reprises (la première fois en 1981) jusqu’en 1989 en passant notamment à côté de la draft 1984, considérée comme la meilleure cuvée de l’histoire (les Pacers échangent leur 2nd pick à Portland en 1981 contre le vétéran Tom Owens). L’arrivée de “Mighty Mouth” Reggie Miller, presque dix ans après la draft 1978, va enfin propulser la franchise au sommet de la ligue dans les années 90, offrant notamment aux supporters cinq finales de conférence en six ans puis une finale NBA en 2000, ainsi que plusieurs rivalités mythiques d’abord avec les Bulls de Jordan-Pippen et les Knicks de Ewing puis avec les Pistons des Wallaces et plus récemment le Miami Heat de James et Wade. Néanmoins sans jamais parvenir à toucher du doigt le trophée Larry O’Brien, les Pacers ont finalement gagné au fil des saisons une régularité exemplaire en se forgeant une sacré réputation d’emmerdeurs qui ne lâchent rien sur un parquet. À l’image de Dale Davis, Rik Smits ou plus récemment de Paul George, Myles Turner ou Danny Granger, Indiana a su faire fructifier ses choix de draft (pas toujours haut placés) et réaliser de bons mouvements afin de rester compétitif.

Larry Bird après 1978

“Larry Legend” s’adaptera quant à lui très vite sous ses nouvelles couleurs à Boston. Il mènera de façon éclatante la franchise, pendant treize saisons exceptionnelles (et quelques blessures), en prenant soin de remplir son armoire à trophées de plusieurs titres et distinctions personnelles (12x All-Star, 3 titres NBA, 3 titres de MVP, 2x MVP des finales, 10x All-NBA, 3x All-Defensive, Rookie de la saison 1979-1980). Un compétiteur rare, ultra dominant (24pts, 10rbd, 6ast en carrière), acteur majeur d’une des plus grande rivalité du sport moderne avec les Lakers de Magic Johnson dans les années 80 (trois finales joués l’un contre l’autre) et précurseur de la NBA moderne médiatique en pleine essor. Il fera également parti du voyage de Barcelone en 1992 avec la Dream Team des USA, accrochant son nom au palmarès olympique de la discipline et sera intronisé en 1998 au Hall of Fame, six ans seulement après avoir quitter les parquets.

Bird connaîtra enfin le plaisir de porter les couleurs d’Indiana, d’abord en tant que coach (1997-2000) au succès énorme (68% de victoires en régulière et 61% en playoffs). Pourtant passé si près d’un titre en 2000 face aux Lakers de Phil Jackson, le meilleur entraîneur de la saison 1997-98 décide de lâcher son costume d’entraîneur pour mieux revenir en tant que président des opérations basket de la franchise en 2003, ce qui lui vaudra d’être à nouveau distingué du titre de dirigeant de l’année 2011-12 avant de laisser son fauteuil à Donnie Walsh pour des raisons de santé. Larry Bird reste à ce jour la seule personnalité du basket à avoir remporté les meilleur distinctions NBA en tant que joueur, dirigeant et entraîneur et intervient toujours dans les opérations basket de la franchise dans un rôle plus restreint au sein de la direction.

Larry Bird lors d’une cérémonie d’inauguration de sa statue qui s’est tenu le 9 novembre 2013 devant l’université d’Indiana State

Laisser un commentaire