John Wall, une décennie de sorcelleries

WASHINGTON, DC - Mai 2017: John Wall célébrant la victoire des siens face aux Celtics grâce à son Game Winner à 3-pts (Photo by Rob Carr/Getty Images)

Pour la première fois depuis dix ans, les fans des Wizards vont suivre leur équipe sans leur meneur vedette. Récemment tradé aux Rockets en échange de Russell Westbrook, Clutch Time vous propose de revenir sur la carrière du diabolique meneur de jeu au sein d’une franchise qui cumule les coups du sort.


Avril 2010, Washington sort de deux misérables saisons à 19 et 26 victoires. La star de l’époque, Gilbert Arenas, n’est apparu sur le terrain qu’à 34 reprises entre 2008 et 2010. Sa prolongation de contrat de 111M$ sur 6 ans est beaucoup moins séduisante depuis que l’arrière cumule les opérations pour son genou gauche et son énorme suspension de 50 matchs. D’autant plus que le GM de l’époque : Ernie Grunfeld, loin d’être un visionnaire, lâche un premier choix de draft 2009 à Minnesota pour un Mike Miller rincé et le combo guard Randy Foye (3e saison et déjà 25 ans). Si Minnesota sélectionne Ricky Rubio avec ce pick, il est bon de rappeler que Stephen Curry était disponible lors de cette draft ! D’ailleurs, Miller et Foye ne passeront qu’une seule saison sous le maillot des Wizards. Un trade qui a sa place dans le livre des pires échanges de l’histoire de la NBA. Lors de la saison 2009-10, Grunfeld se sépare de ses deux All-Stars Caron Butler (Dallas) et Antawn Jamison (Cleveland), un signe qui annonce clairement que Washington bascule en mode “reconstruction” pour cette nouvelle décennie.

Rapide sur le terrain, il a déjà concquit toute une ville

Finalement, la chance sourit aux Wizards avec l’acquisition du 1er choix de la draft 2010. La sélection du meilleur prospect du pays semble unanime. Il s’agit d’un meneur de Kentucky, rapide et insaisissable sur le terrain mais qui devra se doter d’un shoot fiable comme un certain Derrick Rose. Les comparaisons fleurissent entre les deux joueurs, étant donné que tous les deux ont connu le même coach à la fac : John Calipari. Si le dossier Gilbert Arenas est loin d’être clair, toute la franchise se prépare à miser sur ce meneur diabolique sur chaque côtés du terrain. Mike D’Antoni, coach des Knicks à l’époque, décrit très bien ce que dégage Wall :

« J’espère qu’il n’apprendra jamais à bien shooter, parce que si c’est le cas, il sera indéfendable. » Mike D’Antoni, octobre 2010

via NYTimes

Il n’aura fallu que trois petits matchs pour que Wall se mette les fans dans la poche. Une petite danse, une victoire à domicile en prolongation et une performance historique pour un rookie face aux Sixers : 29pts, 13pds, 9 interceptions !

Tous les fans à ce moment là peuvent rentrer chez eux avec des étoiles plein les yeux. Une impression d’être témoin de la naissance d’une future superstar, du joueur le plus rapide de la ligue balle en main, et d’un compétiteur né. Bref, un joueur qui va permettre à ce bon vieux Grunfled de garder son poste encore quelques années.

« Il est de nature très compétitif. Gagner est très important pour lui, et c’est le genre de joueur autour duquel nous voulons bâtir cette équipe. […] Il va créer une réelle ambiance électrique dans cette salle. » Ernie Grunfeld

Coach Flaunders, qui a supervisé Stephon Marbury et Chauncey Billups, est impressionné par son rookie, et si Arenas est toujours dans le roster, le meneur All-Star (bientôt tradé) admet rapidement que le kid a déjà envoûté la capitale.

“C’est un grand leader, dôté d’une très grande intelligence basketball pour comprendre ce que nous voulons faire. Il comprend notre attaque aussi bien ou mieux que quiconque.” Flip Saunders

“En ce moment, c’est la ville de John.” Gilbert Arenas

via JockBio.com

Nov 23, 2013; Washington, DC, USA; John Wall et Bradley Beal en route pour une victoire contre les Knicks. (98-89). Credit: Geoff Burke-USA TODAY Sports

Après des saisons d’apprentissages, le jeune sorcier goûte enfin aux Playoffs

Arenas tradé à Orlando lors de la saison rookie de Wall contre un autre All-Star décimé et surpayé : Rashard Lewis. Grunfeld s’engage alors pleinement dans un processus de reconstruction à base de choix de draft parmi lesquels il y aura un gros raté (Jan Vesely, 6e en 2011) et un très joli coup (Bradley Beal, 3e en 2012) puis il se débarrasse petit à petit des JaVale McGee, Nick Young, Andray Blatche, Jordan Crawford ainsi que de Lewis afin de créer un environnement sain autour de leur meneur vedette après des années à devoir gérer un vestiaire instable. Flip Saunders quitte son poste et son assistant Randy Wittman prend les commandes du vaisseau. Washington aperçoit enfin la lumière au bout du tunnel. Après trois saisons sous la barre des 30 victoires, les Wizards atteignent les Playoffs en 2014 avec une saison bouclée à 44 victoires et une 5e place à l’Est.

L’arrivée du meneur vétéran Andre Miller lors de la trade deadline, la signature de Drew Gooden, une deuxième partie de saison rondement menée et voici les Wizards dans le positif pour la première fois depuis 6 ans ! Cinquième à l’Est, John Wall va, pour ses débuts en Playoffs, affronter les Bulls et le joueur à qui on ne cesse de le comparer : Derrick Rose ! Oups! Pardon, ce duel tellement alléchant n’a pu avoir lieu, Rose étant coincé à l’infirmerie depuis les Playoffs 2012.

Une absence qui va forcément faire les affaires des Wizs, d’autant plus que Luol Deng est également absent et que Carlos Boozer est cuit. Les Bulls sont en fin de vie, épuisés par 4 années éreintantes sous le joug de coach Thibs, et les voilà face à des Wizards affamés et infatigables. La série est bouclée en 5 matchs, John Wall (24pts, Game 5) va s’amuser avec DJ Augustin et Kirk Hinrich et permettre à sa franchise de franchir son premier tour de Playoffs depuis 2005. Cette belle aventure s’est achevée au tour suivant face aux Pacers en six matchs. Une élimination logique, bien que Washington ait montré de belles choses mais Wall doit encore apprendre à limiter ses pertes de balles et s’acheter un tir extérieur.


ATLANTA, Mai 2015: John Wall se blesse au poignet lors du Game 1 face aux Hawks. (Photo by Kevin C. Cox/Getty Images)

Séduisants en Playoffs, les Wizards subissent un mauvais sort

La saison suivante vient confirmer les bonnes impressions laissées lors des Playoffs 2015. Les jeunes Beal et Porter progressent, Marcin Gortat, coéquipier essentiel dans le jeu offensif de Wall est prolongé, le vétéran Paul Pierce (37 ans) arrive avec son gros CV afin de remplacer Trevor Ariza tradé à Houston. Encore coincés à la 5e place, ils vont marchés sur des Raptors au bord de l’implosion au 1er tour. Le backcourt Wall/Beal domine celui des Raptors composé par Lowry/DeRozan. Marcin Gortat (17.3pts – 10rds – 3pds – 2blks) se transforme en Olajuwon, Paul Pierce (37 ans souvenez-vous), a même le droit à son moment (20pts, Game 1). Les Wizards déroulent et impressionnent par leur vitesse et leur exécution offensive.

Aux portes des Finales à l’Est, les Wizards se retrouvent face à la “60 wins team” d’Atlanta. La série semble jouée d’avance, mais le jeu développé par les Wizards est réellement déroutant. Pour preuve ! Voilà que les hommes de Wittman volent le Game 1 avec une 2e mi-temps largement à l’avantage de Wall & co. Tout cela semble prometteur, oui mais… Sur une contre-attaque en 2e quart-temps, John Wall (toujours autour des 140Km/h), tombe violemment sur le parquet, il se tient le poignet…

Si le meneur tiendra sa place tout au long du match, le verdict tombera plus tard, multiples fractures au niveau du poignet gauche, la star manquera les trois prochains matchs! Mais, les Wizards ne lâcheront pas et parviennent à maintenir la série à 2-2. Le Game 5 à Atlanta est crucial et c’est le moment choisi par John Wall pour effectuer son retour. L’enjeu est tel, que l’adresse aux tirs chutent pour les deux équipes et la victoire se jouera sur un game winner de l’intérieur Al Horford sur un rebond offensif. Le Game 6 sera tout aussi serré grâce à un joli 4e quart-temps de Beal (13pts), mais Wall n’a pas le même impact en attaque (1-4 aux tirs). 94-91, Washington échoue une fois de plus aux portes des Finales à l’Est, mais que ce fut agréable et rafraîchissant de voir évoluer cette équipe en attaque.

Avril 2016, Washington poursuit sa série de saisons régulières positives, mais malgré un bilan de 41v-41d, qui habituellement est suffisant pour passer à l’Est, les Playoffs 2016 se déroulent sans Wall & Beal. Un vrai coup d’arrêt et le coach Randy Wittman en fait alors les frais. L’ancien coach du Thunder Scott Brooks reprendra le poste. On retiendra tout de même de cette saison 2015-16, le record en carrière de John Wall avec 52pts dans la défaite contre le Magic. Gêné par des douleurs aux genoux tout au long de la saison, le meneur subira une intervention en mai pour y remédier.


May 7, 2017; Washington, DC, USA; John Wall pourchassant Isaiah Thomas lors du Game 4 Credit: Brad Mills-USA TODAY Sports

“I’m not going Home!”

Libéré de ses douleurs aux genoux, John Wall va vivre la meilleure saison de sa carrière lors de l’exercice 2016-17. Meilleure moyenne aux points (23.1), aux interceptions (2), et à la passe (10.7). C’est tout simplement sa troisième saison de suite à plus de dix passes décisives de moyenne par match! Le Wizard régale (malgré toujours autant de turnovers, 4.1). Après deux matchs à 19pds pour autant de victoires (face aux Pelicans puis aux Warriors), Wall atteint enfin la barre des 20 caviars un soir de victoire contre les Bulls en mars 2017. C’est tout l’effectif qui en profite et la franchise réalise son meilleur bilan en saison régulière (49v-33d) depuis 1979 !

De retour en Playoffs, avec pour la première fois de sa carrière, l’avantage du terrain. John Wall retrouve donc les Hawks au premier tour. Deux ans après une élimination frustrante en demi-finale, John Wall ne laisse aucune place au doute et se transforme étonnamment en scoreur avec 29.5pts de moyenne sur six rencontres. John Wall se régale en transition et dans le jeu rapide, et domine son vis à vis en l’emmenant sur la droite du parquet pour le poster. Avant le Game 6, John Wall promet à la star des Falcons le receveur Julio Jones de clôturer la série en scorant 40 points. Presque… Il termina la série avec 42 unités !

Washington passe donc à nouveau le premier tour et retrouve la meilleure équipe à l’Est, les Celtics, menés aussi par un meneur mais dans un tout autre style : Isaiah Thomas. Une série comme on les aime avec une rivalité naissante entre ces deux rosters cette saison. Avec plusieurs altercations comme celle entre Wall et Jae Crowder, et ce « Funeral Game » annoncé par John Wall en janvier. Vêtus de noir en arrivant à la salle, les Wizards prédisent la défaite et donc l’enterrement des Celtics, ce qui fut le cas avec une 14e victoire de suite à domicile (123-108) avec 27pts de Wall. Tous les ingrédients sont donc réunis pour rendre cette série intéressante.

Comme promis, cet affrontement fut le plus intéressant à ce stade de la compétition. Les deux meneurs All-Star se rendent coup pour coup avec au sommet, ce Game 2 gagné en prolongation par les Celtics : Thomas 53pts vs Wall 40pts. La série semble tournée à l’avantage des hommes de Brad Stevens. Au bord de l’élimination lors du Game 6, et alors que les Celtics vont bloquer Bradley Beal pour le shoot final, John Wall enfile le costume du héros, pour un moment qui restera à jamais dans l’histoire de la franchise. Avec 23pts en 2e mi-temps, et ce Game Winner à 3-pts, le meneur saute sur la table de marque et hurle : « I’m not going Home ! »


Image courante ces derniers temps de John Wall en tenue civile. Photo by Ned Dishman – Getty Images.

La prolongation de contrat, et des blessures…

Malgré une troisième élimination en quatre ans en demie-finale à l’Est, les Wizards semblent pourtant sur la bonne voie avec Coach Brooks et l’évolution du statut de Beal. Après un incroyable exercice de la part de Wall, il est temps de passer à la caisse. En juillet 2017, le front office prolonge Wall pour 4 ans et 171M$. Un nouveau contrat qui prendra effet lors de la saison 2019-20 avec un salaire annuel de 38M$. Le propriétaire croit en son tandem Beal/Wall, et si certains s’interrogent sur leur relation, il faut avouer que les deux All-Star sont complémentaires dans le jeu. Il ne manque plus que Wall déniche ce fameux shoot extérieur. Ce que la franchise attend depuis 2010…

Malheureusement, ce ne sont pas les shoots à 3-pts qui vont affluer, mais les blessures et les absences à répétitions qui vont marquer cette fin de décennie. Comme si le corps de John Wall avait complètement lâché après cette prolongation de contrat, et le pire dans tout ça, c’est que les blessures sont de plus en plus sérieuses:

  • Novembre 2017 : IRM pour son genou gauche, suite à des douleurs. 9 matchs manqués
  • Janvier 2018 : Consultation auprès d’un spécialiste, intervention pour « nettoyer » ses genoux, 6-8 semaines d’absence.
  • Décembre 2018 : Douleurs au niveau de la hanche gauche, opération et une absence estimée à 6-8 mois.
  • Février 2019 : Rupture du tendon d’Achille…

John Wall a pu tout de même prendre part au Playoffs 2018 avec son équipe mais n’a pu empêcher l’élimination des siens en six matchs face aux Raptors (qui d’ailleurs, ont connu une meilleure trajectoire que les Wizs depuis 2015). Sur la série, Wall est toujours aussi maladroit de loin (19%) et perd toujours autant de ballons (4.5). Si le quintuple All-Star semble de plus en plus agacé par les résultats, certains pointent du doigt son manque de contrôle en attaque et le fait qu’il n’offre aucune solution off-ball. Son dernier moment de gloire sous le maillot des Wizard a eu lieu un soir de décembre 2018 contre les Lakers de LeBron James et une pointe à 40pts et 14pds. Qui aurait cru que deux ans après, il ne ferait plus partie de la franchise qui l’a drafté en 2010.


November 2010: passage de témoin entre deux joueurs emblématiques de la franchise de ces dernières années. © Christophe Elise / 42 Sports Images

Arenas & Wall: des similitudes

Impossible de ne pas faire le rapprochement entre le destin de ces deux All-Stars. Tous les deux jouaient au même poste, bien que leur style de jeu diffère, ils avaient ce pouvoir de faire lever les fans de leur siège et de réaliser des actions spectaculaires. Arenas de loin et Wall en contre-attaque, ces deux spécimens ont également réussi à replacer la franchise dans le paysage NBA et notamment en Playoffs après des années de galère, mais sans dépasser le stade des demies-finales.

  • Arenas : 4 apparitions en Playoffs en 8 saisons (blessé pour les Playoffs 2007)
  • Wall : 4 apparitions en Playoffs en 9 saisons

Après tant de succès et d’exploits réalisés, il est évident que ces deux joueurs ont reçu à leur époque (2008 pour Arenas et 2017 pour Wall) une jolie prolongation de contrat de la part de Grunfeld, qui malheureusement, ont été signées après leur pic de forme. Dommage Ernie !

  • Arenas (6 ans et 111M$) post-signature : 55 matchs en 3 saisons, 22.7% de victoires
  • Wall (4 ans et 171M$) post-signature : 73 matchs en 3 saisons, 6 matchs de Playoffs

Si leurs banquiers peuvent dormir tranquillement, les kinés et le staff médical en revanche ont eu du pain sur la planche avec des blessures à répétitions concernant les membres inférieurs.

  • Arenas : trois interventions chirurgicales au genou gauche (Avril 2007, Novembre 2007 et Septembre 2008)
  • Wall : interventions pour les genoux (Mai 2016 et Janvier 2018), opération pour la hanche gauche (Décembre 2018) et rupture du tendon d’Achille (Février 2019).

Enfin, autre point commun, et pas le plus réjouissant, les deux anciennes idoles ont toutes les deux été tradées avant même d’avoir pu aller au terme de leur joli contrat. Le mois de décembre n’est décidément pas le meilleur moment de l’année pour les fans des Wiz’s.

  • Arenas : échangé en décembre 2010, à Orlando en échange de R. Lewis
  • Wall : échangé en décembre 2020, à Houston en échange de R. Westbrook

Dix ans après le départ d’Arenas, la capitale voit partir à nouveau l’image de la franchise. Après dix ans de contre-attaques fulgurantes, de passes déroutantes et des séries de Playoffs passionnantes, Washington peut tourner la page John Wall et passer enfin de l’autre côté du mur auquel ils se heurtent depuis plusieurs années, en espérant que Westbrook ne le démolira pas sur un pull up two.

Source: Bleacher Report, NBC Sports, ESPN, Fox Sports, Washington Times, Basketball Reference

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