Catégorie : WNBA

  • Cheryl Miller : La colosse au genou d’argile

    Cheryl Miller : La colosse au genou d’argile

    Pour fêter l’arrivée des playoffs pour la WNBA, ClutchTime vous propose de découvrir l’histoire de la meilleure joueuse de l’histoire de ce sport. Même si cette dernière déclaration peut être débattue, personne ne peut minimiser l’impact de Cheryl Miller sur la reconnaissance mondiale du Basket-ball féminin et surtout, la révélation que la gente féminine pouvait également dominer dans ce fabuleux sport qu’est le Basketball.

    Cheryl Miller avec le numéro 31 de l’Université de Caroline du Sud
    Source : USC Athletics

    Cheryl Miller est née le 3 Janvier 1964 dans le comté de Riverside en Californie. Son père, Saul Miller, offrait une éducation assez militaire à ses enfants et avait pour habitude d’exiger une éthique de travail parfaite que ce soit dans le sport comme dans les études. C’est surement grâce à cette éthique, combiné a l’amour que portait Cheryl pour ce sport, qu’elle va être considérée comme l’une des plus grandes joueuses de l’histoire de ce sport selon les mots de son propre frère.

    L’avènement d’une star locale avec Riverside (1978-1982)

    Cheryl Miller et son frère, la légende NBA, Reggie Miller
    Source : Youtube

    Cheryl Miller a 14 ans quand elle rejoint le Lycée Polytechnique de Riverside en tant qu’ailière et après avoir passé toute son enfance sur les terrains a terrorisé son frère, Reggie Miller, elle passe désormais aux Lycéennes. Ce qui est sur, c’est que du haut de son mètre 88 a seulement 14 ans, elle ne va pas perdre de temps avec une moyenne de 37.5 points dès sa première saison tout en affrontant certaines filles qui ont jusqu’à 18 ans.

    4 ans, c’est le temps que Cheryl va prendre pour asseoir sa domination dans le basket féminin et avec pas moins de 132 matchs joués en 4 ans, elle ne va en perdre que 4 ce qui est une prouesse incroyable mais surtout une bonne représentation de sa domination.

    En 4 ans de Lycée, de 1978 à 1982, elle va offrir pas moins de 3446 points à son équipe ce qui est le record de l’État Californien à l’époque et va finir sa carrière Lycéenne avec des moyennes de 32.8 points et 15 rebonds par match. Cela va l’aider à amasser tous les trophées et va même être nommé 4 fois dans l’équipe All-American du Magasine Parade ce qu’aucun homme n’avait réussi à faire jusqu’ici.

    À ce moment là de sa vie, Cheryl est l’une des femmes, si ce n’est la femme, qui popularise au monde entier la possibilité qu’une femme domine autant les femmes que les hommes et elle est bien aidée par le fait que son frère, l’un des meilleurs prospects Américains, admette se faire martyriser par sa sœur sur un terrain de Basket-ball.

    Cheryl Miller et son frère durant l’adolescence
    Source : Youtube

    D’ailleurs, durant cette même période, Cheryl est décrite de façon assez sexiste comme « une fille qui pouvait jouer comme un garçon » ce qui montre que même si elle changeait la vision du basket féminin, les observateurs continuaient à posséder une vision réductrice du basket féminin malheureusement.

    Dans tous les cas, Cheryl ne se concentrait que sur une chose et c’était de massacrer ses adversaires et c’est exactement ce qu’elle a fait durant toute sa scolarité lycéenne, jusqu’à mettre plusieurs fois plus de 100 points dans un match.

    D’ailleurs, en 1982, lors de sa dernière année de Lycée, elle affronte le Lycée Notre Vista où elle va détruire ses adversaires avec pas moins de 105 points à elle seule mais ce n’est même pas la chose la plus incroyable qui se produit durant ce fameux match. En effet, Cheryl va dunker en match officiel, cette action va être historique car ce sera non seulement la première fois de l’histoire qu’une femme réalise un dunk en match officiel mais au delà de cette prouesse, Cheryl le réalisera au Lycée sans même être majeure.

    Cheryl Miller, l’une des premières femmes a réaliser un Dunk en match officiel
    Source : Youtube

    La grandeur de Cheryl vient énormément de sa famille, son père était son modèle et il poussait toujours ses enfants à se surpasser dans tous ce qu’il faisait dans la vie mais une autre raison pour son niveau de jeu est son frère, ses batailles avec ce dernier lui ont offert cette possibilité de devenir une véritable bête sur les parquets Lycéens.

    D’ailleurs, quand Reggie et Cheryl avaient un match le même soir, la mère de la famille allait voir Reggie et le père allait voir Cheryl et elle-même décrit les 2 comme de très bons supporters mais son Père en tant que très critique comme supporter tandis que sa Mère ne l’était pas du tout.

    Le séisme Miller dans le Basket Féminin avec USC (1982-1986)

    Cheryl Miller sous les couleurs rouge et jaune de USC
    Source : USC Athletics

    Cheryl s’apprête à sortir du Lycée en 1982 et est déjà l’une des personnes les plus convoitées dans le monde du Basketball, que ce soit homme ou femme.

    Avec plus de 250 offres de recrutements, elle va choisir de rester a la maison et de s’engager avec l’université de Californie du Sud (USC) ou elle va démontrer qu’elle est l’une des meilleures joueuses de l’histoire du Basket-ball féminin durant 4 ans.

    Avec USC, elle va jouer pour l’une des plus grandes équipes universitaires féminines de l’histoire, les Trojans, dont l’histoire a même amené un documentaire nommé « Women of Troy » sortie le 10 Mars dernier et dans lequel on découvre la domination de cette équipe menée par une Cheryl Miller au sommet de son art.

    Les « Women of Troy » réunis pour la sortie du documentaire
    Source : Jeff Kravitz/FilmMagic for HBO

    On voit donc que la pression a la sortie du Lycée ne l’a pas atteint, avec 1m88 pour 82 kilos, elle était très athlétique, pouvait dunker, dominait ses adversaires physiquement mais surtout techniquement car Cheryl possédait une panoplie de moves indéfendables et un shoot impressionnant qui rendait cette dernière indéfendable pour n’importe qui.

    On peut également ajouter à cela que Cheryl, au-delà de son excellence dans le scoring, avait une capacité au rebond légendaire et une défense incroyable, d’ailleurs, même son Frère Reggie l’a considérait comme tel car un soir de match en NBA, lorsqu’on lui demande qui est le plus grand défenseur qu’il ait affronté, il répond :

    « Other than Cheryl ? »

    En dehors de Cheryl ?

    C’est donc à partir de la NCAAW qu’elle va réellement devenir une star nationale voir internationale et elle va plonger son frère dans cette position de « frère de ».

    En même temps, cela n’est pas étonnant car avec des statistiques universitaires de 23.6 points, 12 rebonds, 3.2 passes décisives, 3.6 interceptions et 2.5 contres par match à plus de 56% au tir, Cheryl continue ses habitudes lycéennes et la montée du niveau de compétition n’a aucun impact sur sa façon de dominer le jeu.

    Avec 3018 points et 1534 rebonds en carrière universitaire, elle se retrouve très haute dans les classements et elle mène ses Trojans à 112 victoires pour 20 défaites en 4 ans tout en remportant le titre en 1983 et 1984 avec, pour chaque titre, la récompense de MVP du tournoi universitaire. A côté de cela se trouve de multiples récompenses comme le Naismith College Player of the Year a 3 reprises par exemple ce qui est l’une des plus belles récompenses pour une joueuse universitaire.

    Cheryl Miller et une autre légende avec elle, Cynthia Cooper
    Source : AP Photo/Lennox McLendon

    Sans pour autant minimiser les exploits de Cheryl, elle n’aurait peut-être pas autant dominée si elle n’était pas entourée par les « Women of Troy » car elle possédait autour d’elle une équipe très talentueuse et remplie de légende de la balle orange. On peut citer Paula McGee et Ronda Windham qui seront toutes les 2 des All Americans mais ce sont bien 2 autres personnes qui sont la source de la grandeur de cette équipe au côté de Cheryl.

    • Cynthia Cooper qui était la lieutenant de Cheryl Miller pendant une grande partie de la carrière universitaire de cette dernière mais, contrairement à Cheryl, elle est aller dominer la WNBA en remportant 4 titres avec les Comets de Houston et se retrouvant 3 fois meilleurs scoreuses de la ligue.
    • La coach a 496 victoires pour 271 défaites en 27 ans, Linda Sharp, qui est la coach des Trojans durant cette période et va aider Cheryl à remporter 2 titres tout en remportant elle-même plusieurs récompenses de coach de l’année de sa conférence et en 1984, coach de l’année universitaire.
    Cheryl Miller avec la médaille d’or sous les couleurs des Etats-Unis
    Source : imasportsphile

    En dehors des Trojans , Cheryl a jouée pour une autre grande équipe féminine des années 80.

    En effet, la Team USA Féminine pour les Jeux Olympiques durant l’été 1984 est également considéré comme l’une des meilleures équipes de basket féminin de l’histoire.

    Cheryl participe en 1984 au J.O de Los Angeles et va décrocher la médaille d’or dans son propre Pays et surtout dans sa propre ville avec absolument aucune défaite dans la compétition.

    Après cette victoire, elle a été considérée pendant un petit moment comme la personne la plus connu dans le monde du basket, homme et femme confondu, car elle va devenir une réelle célébrité internationale avec plusieurs couvertures de magazines dans beaucoup de Pays, des apparitions à la télévision dans tous les plays, différents talk-shows, des rencontres avec des politiciens, ect..

    L’impact même avec une fin de carrière prématurée (1987-Aujourd’hui)

    Cheryl Miller poursuivant sa carrière de coach en 2016 avec Cal State
    Source : LA Golden Eagles

    Malheureusement, c’est en 1987 que Cheryl va connaitre un tournant dans sa carrière. Durant un pick up game alors qu’elle n’a que 22 ans, elle va connaitre la blessure que chaque personne jouant au Basket-ball redoute, une rupture des ligaments croisés antérieurs et même si elle va revenir de cette blessure pour les essais Olympiques de 1988 dans l’idée de faire le Back to Back avec son équipe, elle va connaitre une nouvelle blessure ce qui l’oblige à prendre sa retraite à seulement 24 ans.

    Cette blessure n’est pas la seule raison de sa retraite. En effet, ce n’est qu’en 1997 que la WNBA va être fondée donc en réalité, la plupart des femmes qui sortaient de l’Université n’avaient pas réellement de directions intéressantes en dehors de certaines ligues féminines.

    Même si Cheryl sera draftée par de nombreuses ligues, féminines comme masculines, elle ne pratiquera plus jamais le Basket-ball après ses blessures.

    Après avoir été diplomée de USC en 1986, elle décide de devenir assistante et commentatrice mais en 1993, elle va revenir au-devant de la scène mais cette fois-ci en tant que coach en reprenant les rênes de son ancienne université, USC.

    Cheryl Miller en tant que Coach du Mercury en 1998
    Source : David Phillip/Associated Press

    En tant que coach à USC, elle va remporter le titre Pacific-10 Conference ce qui est intéressant mais lors de la création de la WNBA en 1997, Cheryl s’offre un nouveau challenge et devient coach et general manager du Mercury de Phoenix. Cependant, elle n’atteindra jamais le sommet mais sera assez proche dès sa seconde saison avec une défaite en finale face à Houston. Cheryl prendra rapidement sa retraite après 3 saisons en tant que Coach suite à des problèmes de santé et va se reconvertir dans l’analyse et les commentaires de match pour la NBA à pleins temps.

    Cette reconversion avait déjà commencé depuis plusieurs années car en 1996, elle était la première femme à commenter un match NBA et elle sera même une analyste pour les J.O d’Atlanta en 1996.

    14 ans après sa retraite en tant que coach, c’est son second modèle en grandissant (derrière son Père), Mike Garrett qui va faire revenir Cheryl dans le monde du coaching.

    Dans l’ordre, Kent Smith Jr, Cheryl Miller et Mike Garrett durant la présentation de Cheryl Miller en tant que nouvelle coach de Langston
    Source : KT King, The Oklahoman

    Ancien joueur de Football Américain et devenu directeur Athlétique de l’Université de Caroline du Sud avant de l’être pour l’Université de Langston, il va être la personne qui va proposer un poste de coach à Cheryl en 2014 auprès de l’Université de Langston et Cheryl va accepter et elle va y passer 2 ans avant de se diriger vers les Golden Eagles de l’Université de Cal State en 2016.

    Comme on a pu le voir précédemment, le 10 Mars dernier, Alison Ellwood a offert un documentaire sur les joueuses de l’université de Caroline du Sud qui ont dominé le Basket-ball Féminin Universitaire et elle a été très élogieuse envers Cheryl Miller. En effet, selon Ellwood, Cheryl aurait pu devenir l’équivalente féminine de Michael Jordan au niveau de l’impact culturel mais 2 choses ont empêché cela, sa blessure a 22 ans et le manque d’une structure comme la WNBA à sa sortie de l’Université.

    Cette vision honorable de Cheryl Miller montre tout l’impact que cette dernière a eu sur le Basket-ball féminin, sa popularité a permis de reconnaître non seulement le talent féminin mais a eu un énorme impact sur la création de la WNBA, certains pensent même qu’elle est la raison de sa création.

    On parle tout de même d’une femme intronisée au Hall of Fame en 1995 mais également dans le Hall of Fame FIBA en 2010 et lors de son intronisation en 1995, elle reste humble en déclarant :

    « I was just someone who loved the game so very much and had a passion for sport and life »

    J’étais juste quelqu’un qui aimait énormément le jeu et qui avait une passion pour le sport et la vie

    Cheryl est donc une grande joueuse de Basket-ball, la plus grande pour beaucoup, elle a transformée la vision du Basket-ball féminin et a surtout mis en avant l’idée qu’une femme pouvait dominer des Hommes sur un terrain de Basket et cela a énormément contribué au respect que l’on connaît aujourd’hui envers les joueuses de la WNBA même si ce respect ne fait pas encore l’unanimité.

    C’est une Femme qui avait la possibilité de faire la plus grande carrière de l’histoire si son corps ne l’avait pas lâchée à 22 ans mais c’est aussi un exemple de reconversion et de persévérance, que ce soit dans le Basket ou en dehors avec beaucoup de campagnes sur le Diabètes, le Cancer, la Dystrophie Musculaire et autres.

    On lui a offert une grande plateforme a seulement 18 ans et elle l’a toujours utilisée pour véhiculer le bon message et surtout de l’espoir a chaque petite fille et chaque petit garçon qu’il ne faut jamais abandonner ses rêves et que tout le monde peut réussir avec la détermination nécessaire.

    Pour finir, je vous laisse avec le discours d’intronisation au Hall of Fame 1995 de Cheryl Miller ainsi que celui de son frère, Reggie Miller, en 2012, qui aura une partie de son discours sur Cheryl qui montre exactement l’impact qu’elle a eu sur la reconnaissance des joueuses féminines dans le Basket-ball

    Le discours d’intronisation au Hall of Fame 1995 de Cheryl Miller
    Source : Youtube
    Discours de Reggie Miller le 7 Septembre 2012 pour son intronisation au Hall of Fame
    Source : Youtube
  • Denise Long : La pionnière venue de nulle part

    Denise Long : La pionnière venue de nulle part

    Avec l’arrivée du nouveau contrat de la WNBA qui offre une vision positive quant à la direction que prend le Basket féminin, ClutchTime vous propose de revenir sur l’histoire d’une femme unique dans l’histoire de la balle orange, une pionnière qui n’a jamais éprouvé l’envie ou le besoin de le devenir.

    Denise Long est née en 1951 dans une petite ville de l’Iowa nommée Whitten et peuplée d’environ 170 habitants. Joueuse du Lycée Union-Whitten de 1965 à 1969, Denise démontre tout son talent aux yeux du monde, lui offrant l’insigne honneur de devenir la première femme draftée en NBA. Pourtant, cette petite fille de l’Iowa n’a jamais eu l’intention d’avoir un tel impact sur son sport, son seul souhait par-dessus tout était de devenir championne avec son Lycée.

    Denise Long qui prend un hook sur la tête de Nate Thurmond
    Source : Art Frisch, The Chronicle 1969

    La naissance d’une Pionnière

    Denise Long n’est pas née dans le Basketball, durant son enfance, son premier amour fut le Baseball ainsi que le Cheval. Ce n’est que vers ses 14-15 ans que son coach de basket lui fait vendre son cheval pour se concentrer intégralement au Basket-ball, décision fortement influencée par la présence de sa sœur.

    La sœur de Denise était son modèle dans la vie et motivée par l’envie de devenir la meilleure joueuse de Basketball de l’Iowa, elle souhaitait venger sa sœur qui a connu un certains nombre de défaites et de déceptions dans sa carrière, incitant Denise à se concentrer avec toute son énergie dans ce sport.

    Poussée également par l’envie de faire plaisir à son coach, elle fait preuve d’une éthique de travail remarquable avec plus de 4 heures d’entraînements par jour et surtout aucune excuse pour ne pas devenir la meilleure.

    À tel point qu’un journaliste sportif passera un jour par le parc où elle s’entraîne habituellement et y croisera Denise, s’entraînant sous – 11 degrés. Cela le pousse même à écrire un article sur cette scène incroyable.

    Selon Denise elle-même, c’est en 6th Grade, à l’âge de 11 ans, qu’en battant une équipe de fille de 2 ou 3 ans plus âgées, qu’elle réalisera que non seulement elle aime ce sport mais également que ce sport a l’air d’être innée chez elle et c’est donc a 12 ans qu’elle fait un pacte avec elle-même afin de devenir la meilleure joueuse de Basket de la région.

    Denise Long à droite saluant le joueur des Warriors, Stephen Curry
    Source : Michael Macor, The Chronicle

    Ailière de pas moins d’1 mètres 80, sa spécialité demeure alors le shoot à distance avant même que la ligne de 3 points n’existe, cela lui permettra de dominer très facilement sa ligue lycéenne avec plusieurs matchs à plus de 100 points. Cette domination fut notamment marquée par son match de 111 points inscrits contre le Lycée de Dows où Denise fera sortir sur faute la quasi-totalité de l’équipe adverse.

    Denise Long joue pendant 4 ans pour le lycée d’Union-Whitten de 1965 à 1969 dans une ligue féminine très différente d’aujourd’hui car 12 joueuses étaient alors alignées sur le terrain en même temps avec du 6 contre 6.

    Cette façon de jouer très différente a offert une grande notoriété à la ligue féminine lycéenne de l’époque qui favorisait de grosse performance offensive et des matchs avec des équipes à plus de 200 points. D’ailleurs, lorsque l’on voit la direction que prend la NBA aujourd’hui avec la philosophie « tout pour l’attaque », il est intéressant de faire le parallèle avec la grande notoriété de la ligue féminine lycéenne de l’époque qui jouissait d’une même célébrité en grande partie grâce à ce jeu offensif.

    Durant son année « freshman » (1ere année de lycée), Denise commence à prendre feu avec 920 points sur la saison mais ce n’est que le début car sur les 3 années suivantes, elle met 1388, 1946 et enfin un record de 1986 points pour sa dernière année ce qui lui donne une moyenne de 68,5 points par match.

    De cette façon, Denise domine sa ligue avec pas moins de 6250 points en 4 ans ce qui fut un record durant une très longue période avant qu’une certaine Lynn Lorenzen ne dépasse ce chiffre durant un match où Denise était venue assister à la rencontre dans les tribunes. Encore aujourd’hui, elle exprime énormément de respect envers Lynn d’avoir battu son record au vu de tout son travail accompli pour réussir cette prouesse.

    Pendant ses années Lycée, Denise va donc offrir l’étendue de son talent et son coach, Paul Echerman, la considérait même comme la 8e merveille du monde allant même jusqu’à dire à l’un de ses amis, avant de lui offrir son premier match en tant que titulaire, qu’il allait faire jouer la meilleure joueuse de l’histoire de l’Iowa.

    En même temps comment ne pas croire les paroles de son coach. Sa panoplie de taille, force, rapidité et vivacité combinée directement avec cette capacité à enchaîner les paniers de 9 mètres ou plus a fait d’elle une véritable légende. Même si elle regrette de ne pas avoir mieux développé son jeu a l’époque, il est incroyable qu’une petite fille de Whitten devienne une aussi grosse star locale.

    La quintessence de sa carrière Le Titre de 1968

    La section sport du « Des Moines Register » du 17 Mars 1968
    Source : Des Moines Register

    Il est important de rappeler également l’importance de Jeanette Olson dans son histoire.

    Jeanette Olson est une légende du Lycée d’Everly, grand rival de Union-Whitten et bien que Denise et Jeanette furent rivales, Denise a toujours considéré Jeanette comme son héroïne au niveau du Basketball.

    Elle l’a décrit comme une fille en avance sur son temps avec une technique et une vision de jeu incroyable pour l’époque et surtout, un tir en sortie de dribble impressionnant.

    Les grands matchs que les deux lycées se sont livrés ont créé une rivalité, mais surtout un rapprochement amical et un lien éternel entre Jeanette Olson et Denise Long et c’est pour cette raison que le match de la finale du championnat d’État organisé le 16 mars 1968 sera l’un des plus grands matchs de l’histoire de l’Iowa et du basket Féminin a 6 contre 6.

    Denise Long, E. Wayne Cooley et
    Jeanette Olson avant le match
    Source : Larry Cotlar

    Dans un Veterans Mémorial Auditiorium bondés de 15 000 personnes et pas moins de 3.5 millions de téléspectateurs dans 9 États différents, les deux Lycées vont s’offrir une bataille incroyable.

    Le Lycée d’Everly, de Jeanette Olson, va mettre en place une stratégie que beaucoup de lycée reproduisait également, mettre deux joueuses sur Denise pour l’empêcher de marquer (ce qu’on nomme aujourd’hui la « double team »).

    Cette technique fut « efficace » en limitant Denise à 64 points. Cependant, ce que le Lycée d’Everly n’avait pas prévu, c’était la montée en puissance de la cousine de Denise, Cindy Long, qui va se retrouver libre grâce à l’attraction offensive que procure Denise et qui va offrir une performance remarquable en inscrivant 40 points pour son équipe.

    Malgré les 76 points de Jeanette Olson, le Lycée d’Everly va s’incliner sur le score de 113 à 107 après prolongation et le grand cœur de Denise l’obligera à serrer dans ses bras sa rivale, Jeanette Olson, en lui déclarant que son équipe méritait également la victoire.

    Lorsque Denise raconte cette soirée, on voit non seulement un tout autre sport que le basket-ball traditionnel d’aujourd’hui mais surtout une époque très différente tels que des ajouts de points à l’une ou l’autre équipe durant la mi-temps après avoir oublié de les comptabiliser en première période.

    D’autre part, encore aujourd’hui, Denise a du mal à croire qu’elle ait rapporté à sa petite ville de moins de 200 habitants un titre tout en battant son héroïne et grande amie de toujours, Jeanette Olson.

    La Draft NBA de 1969 : Le tournant

    Présentation de Lew Alcindor, premier choix de la Draft 1969
    Source : Sports Illustrated

    Nous sommes le 7 avril 1969, Kareem Abdul-Jabbar, après un pile ou face historique, rejoint les Bucks de Milwaukee en premier choix de la draft NBA de 1969.

    Mais ce qui nous intéresse alors, c’est bien sûr la jeune Denise. Durant le 13e tour, Franklin Mieuli, propriétaire des Warriors en NBA à l’époque, va révolutionner la NBA en sélectionnant Denise Long qui sortait tout juste du Lycée à 19 ans.

    Au même moment, dans la petite ville de Whitten, Denise était à la Poste quand une personne viendra lui signaler qu’elle a été sélectionnée par les Warriors passant ainsi du jour au lendemain, d’une star locale à une star nationale.

    Ce n’est pas moins de trois pages qui lui seront consacrés dans le numéro de Sports Illustrated ce qui reste invraisemblable pour une basketteuse dans les années 60 et elle va même faire une apparition dans le Tonight Show. L’Amérique entière parle d’elle, mais la réalité était malheureusement bien moins belle.

    En effet, Franklin Mieuli n’a jamais eu l’intention de drafter Denise pour la faire jouer avec les Warriors mais plutôt comme un coup de com’ et c’est James Walter Kennedy, Commissaire de la NBA à l’époque, qui va empêcher ce choix non seulement parce que drafter des lycéens était interdit mais drafter des femmes l’était également.

    Cependant, même si Franklin Mieuli ne cache pas le fait de l’avoir drafté pour la publicité, il avoue tout de même plus tard :

    « I don’t know if women can play this game, but if anyone can, she can »

    Je ne sais pas si les femmes peuvent jouer au Basket mais si quelqu’un peut, elle peut

    Dans tous les cas, la Draft de Denise se révèlera être simplement une tentative de recrutement pour son projet de créer sa propre petite ligue « professionnelle » réservée aux femmes autour de quatre équipes, dont la star principale serait Denise Long et même si il ne payait pas ses joueuses, ce dernier utilisait différents prétextes, notamment la possibilité d’ouvrir le basket-ball féminin à une intégration au programme des Jeux Olympiques afin de ne pas payer ses joueuses.

    Denise jouera pendant un an dans cette fameuse ligue durant laquelle elle aura l’occasion de croiser Wilt Chamberlain en ville avec ses Lakers. Ce dernier, pendant qu’il lui signera un autographe, lui demandera s’il s’agissait bien de la fille qui avait battu ses records, ce à quoi elle répondra avec beaucoup de timidité et d’humilité :

    « Yes but i didn’t mean to »

    Oui mais je ne voulais pas

    Même si son expérience avec les Warriors n’a pas fonctionné sur le long terme, sa participation dans cette petite ligue féminine, même pendant une seule année, aura grandement participé au développement du basket-ball féminin, que ce soit avec l’inscription du basket féminin aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976, la première ligue professionnelle féminine en 1978 ou encore la création de la WNBA en 1996 grâce au regretté Commissaire de la NBA, David Stern.

    Le « choix » d’un train de vie paisible

    Denise long prenant quelques shoots dans la salle d’entraînement des Warriors
    Source : Michael Macor, The Chronicle

    À la suite de son année avec les Warriors, Denise ne supporte plus la vie californienne et le calme de l’Iowa lui manque, elle décide donc de retourner sur ses terres d’origine afin de poursuivre un cursus universitaire.

    Le manque de salaire des femmes dans le milieu du basket-ball dans les années 60-70 a placé Denise en face d’une réalité violente, l’abandon du basket-ball était nécessaire et d’ailleurs, elle reconnaît elle-même qu’à l’époque, elle ne se voyait pas jouer après le Lycée mais que le fait d’être drafté par les Warriors lui avait néanmoins offert une opportunité extraordinaire, même si elle ne se sentait pas à sa place en Californie, surtout au début des années 70.

    Sa notoriété après la draft et son année avec les Warriors lui montre les côtés néfastes de la célébrité. A l’Université, elle a dû faire face à des appels obscènes en pleine nuit, des rumeurs blessantes dispersées par des étudiants dont elle avait rejeté les avances ou encore une invitation dans une fraternité pour une soi-disant fête mais en se retrouvant là-bas, elle se rendit compte qu’elle était finalement la seule fille.

    Cependant, ce n’est pas que dans ses études que sa notoriété a eu un impact immense. Une fille d’un club de strip-tease utilisera même son nom pour ramener plus de clients ou encore un homme qu’elle épousera plus tard, tentera à tout prix de la ramener au basket-ball alors qu’elle en était sortie depuis longtemps déjà.

    Cependant, malgré tous ces à côtés, elle ne regrette pas d’avoir rejoint les Warriors et de fait, de s’être exposée à une notoriété nationale même si, lorsque Paul Eckerman, le coach qui lui a tout appris du basket, lui demandait si elle regrettait de s’être lancée dans le basket-ball, elle répond en rigolant :

    « You could’ve taught me Tennis or Golf »

    Tu aurais pu m’apprendre le Tennis ou le Golf
    (deux sports qui permettaient aux femmes de gagner leurs vies)

    Finalement, Denise se tournera vers Dieu et obtiendra un diplôme en éducation physique puis un diplôme en théologie biblique avant d’obtenir son diplôme de Pharmacienne a l’université de Drake et de devenir Pharmacienne jusqu’à sa retraite.

    Pour ce qui est de sa vision du basket-ball après son arrêt, elle reconnaît que le basket-ball a 6 contre 6 qu’elle pratiquait était bien plus intéressant et amusant.

    Surtout, comme le rappelle Jean Berger, ancienne joueuse des Huskies, le 6 contre 6 était un jeu différent qui empêchait les comparaisons avec les garçons. Le basket-ball féminin a perdu de sa notoriété lorsque le 6 contre 6 a été enlevé alors qu’à l’époque de Denise, dans l’Iowa, le basket-ball lycéen féminin était plus connu que le basket-ball masculin.

    Aujourd’hui, Denise à l’impression que la suppression du 6 contre 6 a retiré l’unicité du basket-ball féminin et a ouvert la porte aux comparaisons masculines ce qui, selon elle, était impossible car les femmes ne pouvaient pas jouer aussi bien que les hommes.

    Elle reconnaît, par ailleurs, que durant des matchs d’exhibition ou des entraînements avec les Warriors, elle n’osait pas attaquer la raquette contre les hommes et cela se comprend sachant qu’à son époque, Nate Thurmond était le pivot des Warriors ( 2 mètres 11 pour 102 kilos).

    Quoi qu’il en soit, la carrière de Denise peut sembler minime pour beaucoup mais en réalité, sans le souhaiter, elle a ouvert la porte a une génération de femmes qui se sont accrochées à la même idée que Denise Long et même si elle a abandonné officiellement le basket-ball à la fin du Lycée, son histoire sera toujours étroitement liée à ce sport.

    D’ailleurs, Denise n’a pas réellement arrêté de jouer car durant l’été 1973 par exemple, elle a joué pour une équipe chrétienne mais également en 1979 où elle sera encore acclamée par un public conquis qui se souviens encore, même 10 ans après, de la légendaire joueuse de l’Iowa.

    Pour finir, son intronisation au Hall of Fame en 1975 montre l’importance et l’impact que cette femme a eu sur le basket-ball féminin spécifiquement depuis que le parc où la jeune Denise Long s’entraînait de longues heures tous les jours dans sa jeunesse, qu’il fasse 35 degrés ou – 11 degrés, porte aujourd’hui son nom.

    Pas mal pour une fille dont le rêve était simplement de gagner un championnat d’État.