Auteur/autrice : Martin Freguis

  • La NBA à l’épreuve du temps

    La NBA à l’épreuve du temps

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    Poster rétro de Kobe Bryant, source : Players Only store.

    Ce week-end, la planète basket a fait ses adieux à un esthète du jeu, un des plus grands athlètes que la ligue ait connu. Les hommages se sont multipliés envers Kobe Bryant. Kobe.  Entre amis, sur les réseaux sociaux, avec un ou une collègue de travail, chacun a partagé un souvenir en lien avec le Black Mamba. N’oublions pas ce que le joueur de LA a apporté à la NBA. Au-delà des titres et récompenses individuelles, il était un symbole de l’esprit de compétition, de la Mamba Mentality. La NBA s’est construite grâce à des figures fortes à l’instar de Kobe. C’est derrière ces joueurs charismatiques et médiatisés que la ligue a gagné en renommé depuis sa création. ClutchTime vous propose une excursion dans le grand livre d’Histoire de la ligue, afin de comprendre comment la NBA est parvenue à sa notoriété internationale.

    « La Préhistoire »

    Huskies vs. Knickerbockers 1946

    Affiche du premier match organisé par la NBA le 31 octobre 1946. Les Knicks s’imposaient sur le fil 68 à 66.
     La Ligue portait à l’époque le nom de Basketball Association of America. Ce n’est que 3 ans plus tard qu’elle fusionne avec la National Basketball Ligue et adopte son acronyme officiel. Source : The Canadian Encyclopedia.

    La grande ligue fut créée le 6 juin 1946, juste après la seconde guerre mondiale. A cette époque, elle est en compétition avec de nombreux championnats qui organisent des matchs sur le continent américain. La ligue se développe grâce à la vision de Maurice Podoloff, son premier président (1946-1963). La NBA est une des premières organisations à installer ses franchises dans des villes majeures des Etats-Unis.

    Ce n’est qu’en 1954 que l’horloge des 24 secondes est instituée pour les matchs officiels. C’est Dan Biasone, fondateur des Syracuse Nationals, qui a milité pour son introduction. Biasone a compris que l’introduction d’un temps limité par possession favoriserait des phases de jeu rapide. Cette restriction introduit aussi shoots audacieux lorsque les secondes sont comptées sur l’horloge et en définitive, plus de spectacle.

    En 1955, la compétition ne compte que huit franchises, et on parle communément de « Préhistoire » de la NBA.  Ce terme aurait tendance à nuancer la domination sans pareille des Celtics de Bill Russel, entraînés par Red Auerbach. Boston gagne 11 titres en 13 saisons entre 1957 et 1959.

    La même suspicion semble de mise pour la performance lunaire de Wilt Chamberlain qui score 100 points contre les Knicks le 2 mars 1962.

    Certes,  les audiences de la NBA restaient encore bégayantes avec niveau de jeu peu compétitif. C’est pourtant dans le sillage de ces titres remportés que la ville et les habitants de Boston ont construit leur passion pour la franchise. Et si nous parlons encore de la performance de Wilt soixante ans plus tard, c’est qu’elle constitue un idéal à poursuivre pour tout jeune joueur. Un événement sans précédent dans l’Histoire d’une ligue si friande de statistiques.

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    Julius Erving, reconnaissable par sa coupe « Afro » légendaire. En cette soirée du 13 mai 1976, il donne le titre ABA aux les New Jersey Nets (41pts, 19rbs, 5ast). Source ; The postgame.com

    En 1976, la NBA conquérante fusionne avec sa grande rivale, la American Basketball Association (ABA). C’est le début de l’hégémonie pour l’organisation qui récupère les stars de la ligue déchue.

    La consécration des joueurs.

    Dès lors, ce sont les joueurs de plus en plus médiatisés qui vont piloter les révolutions de la grande ligue. La rivalité Larry Bird – Earvin « Magic » Johnson est souvent présentée comme un game changer pour l’attractivité de la NBA. Les deux joueurs symbolisent la fragmentation de la société américaine. Un joueur noir et un joueur blanc. Une franchise des strass et paillettes, associée à l’industrie Hollywoodienne. Une ville de Boston qui revendique ses racines irlandaises et où persiste un puritanisme religieux. L’Est contre L’Ouest. Tout semble opposer les deux joueurs. Tous deux ont pourtant partagé une amitié née de cette rivalité. Tous deux disposent d’un talent qui fait rayonner la grande ligue et lui donnent un second souffle.

     Cette opposition de style est une bénédiction pour la NBA qui doit sans cesse s’adapter aux évolutions du jeu pour préserver sa popularité. La décennie 1990 est caractérisée par des pivots dominants et une défense rugueuse, avec bien sûr le passage remarqué d’un numéro 23 aux Bulls de Chicago. His Airness met définitivement la NBA sur la carte. Grâce à l’arrière, la ligue fait son introduction dans la pop culture et les produits marketings et commerciaux étiquetés NBA affluent sur les marchés mondiaux.

     Avec l’avènement du XXIème siècle, la NBA s’écarte progressivement du panier. La raquette ne polarise plus le jeu offensif et les défenses s’espacent face à la menace à trois points, désormais privilégiée en attaque. Difficile de ne pas attribuer cette nouvelle facette du basketball américain à Stephen Curry. Le numéro 30, phénomène de la dynastie des Warriors trône actuellement au troisième rang des tireurs à trois points les plus prolifiques de l’Histoire. Le baby face killer n’est présent dans la ligue que depuis une décennie et compte à son actif 2492 tirs primés.

    Quel style de jeu nous réserve la décennie 2020 ? Peut-être la domination d’athlètes aux dimensions hors-normes, capables de dicter leur rythme des deux côtés du terrain. Dans la lignée de Lebron James, Giannis Antetokounmpo ou Ben Simmons s’inscrivent dans cette nouvelle génération de joueurs all around.

    Vers une ligue professionnelle.

    Certaines révolutions se font plus discrètes, comme l’apparition de nouveaux équipements et de politiques d’encadrement des joueurs. Difficile d’imaginer aujourd’hui un pivot de 120 kilos arborer fièrement une paire de Converse en toile sur le parquet. Les sponsors s’assurent désormais de fournir des chaussures adaptées aux besoins physiques des joueurs car une blessure est synonyme de mauvaise publicité pour l’équipementier.

    Avec le temps, la ligue s’est étoffée en tant qu’organisation sportive pluridimensionnelle. Le suivi des joueurs et les progrès médicaux ont permis d’allonger la durée moyenne d’une carrière NBA. Les sportifs disposent de conseillers pluriels pour les accompagner.

    C’est ce dont témoigne Joel Glass directeur de la communication pour le Orlando Magic en 2018, dans un épisode de la série Youtube Fournier For Real, réalisé par le numéro 10 français.

    Nous avons en tout plus de 300 personnes et de nombreux départements au sein de la franchise : communication, marketing, vente de tickets, relations avec la communauté de fans, gestion de la salle, etc,.  Il y a beaucoup d’employés qui travaillent et forment une organisation derrière l’équipe.

    Joel Glass, Fournier For Real épisode 5 « Inside the Franchise »

    Enfin, le rôle du commissionner n’est pas à négliger pour comprendre les changements de la NBA, les nouvelles directions adoptées. Entre 1984 et 2014, David Stern a fait grandir la popularité de la ligue sur le continent américain. Durant les années 1990, il a lutté contre le dopage et la consommation de drogues chez les athlètes. Exit la luxure extra-sportive et les bagarres sur le terrain, le développement de la ligue était indissociable de sa bonne image. La ligue mineure de développement G-League fondée en 2001 ainsi que la compétition féminine WNBA (1996) souligne cette volonté d’expansion de l’ancien commissionner.

    Adam Silver a repris le flambeau de Stern et participe à la démocratisation du jeu à travers le monde. Avec Internet et le numérique, tout va plus vite. Un poster en primetime est relayé presque instantanément sur les réseaux sociaux. Le Buzz représente une précieuse publicité pour la grande ligue afin de conquérir de nouveaux spectateurs. La NBA s’inscrit dans cette course de l’instantané. Elle a étendu sa toile à travers le monde.

     Les scouts sont désormais présents sur tous les continents afin de repérer et propulser les talents de demain sur le devant de la scène. Plus de talents potentiels, et donc plus de compétition. Il est beaucoup plus difficile d’arriver jusqu’en NBA qu’il ne l’était il y a 60 ans. Le basketball est le sport où il est le plus difficile de faire carrière aux Etats-Unis, comme en atteste le graphique ci-dessous.

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    Chances d’arriver en NBA en sortie d’Université, en 2016. Source : Usa Today.

    “Started from the bottom now we here”. L’Hymne du chanteur canadien Drake pourrait être adoptée par la NBA. La ligue a connu une ascension phénoménale en six décennies, évoluant avec la société américaine. Exclusivement blanche en 1946, elle est désormais composée à 80 % de joueurs afro-américains. N’oublions pas qu’au sommet de ce succès résident des joueurs pionniers, légendaires et fixés dans une mémoire collective de fans. Kobe Bryant sera membre émérite de la prochaine cuvée de Hall of Famers. En attendant son introduction, exerçons notre devoir de mémoire et contemplons son héritage pour l’Histoire de la NBA.

  • La NBA et la Chine : récit d’une histoire d’amour houleuse

    La NBA et la Chine : récit d’une histoire d’amour houleuse

    Le Tweet du General Manager de Houston.  Le 4 octobre 2019, il est supprimé quelques minutes après sa publication. Source : Twitter.com

    “Je me bats pour la liberté et soutiens Hong-Kong”.  Daryl Morey, le 4 octobre 2019. 

    Un simple tweet provoque une crise médiatique qui fait vaciller la NBA . A l’ère des réseaux sociaux, la Grande ligue est trahie par ce qui fit sa réussite durant la décennie 2010, la communication comme arme d’expansion. 

    L’équipe de James Harden avait rendez-vous à Shanghai en ce début octobre, pour un match de présaison. L’étincelle vient de Daryl Morey. Le General Manager des Rockets s’est exprimé en place publique sur un sujet géopolitique sensible.

     En 1997, les britanniques se séparent de Hong-Kong, leur ancienne colonie. Ils la cèdent à la Chine, conformément à un accord signé 99 ans plus tôt. La rétrocession doit se faire en douceur, et  l’île Hongkongaise jouit d’un statut particulier. En cette soirée d’octobre, Daryl Morey souhaitait afficher son soutien aux manifestants Hong-Kongais. Ces citoyens dénoncent les tentatives d’ingérence du régime autoritaire chinois sur l’autonomie de l’ancienne colonie. 

    Après cette sortie médiatique, les sanctions tombent. Houston n’est plus autorisée à envoyer ses joueurs sur le territoire chinois jusqu’à nouvel ordre. Les sponsors locaux se désolidarisent de la franchise. Le consulat chinois demande la destitution du General Manager fautif. 

    Mais la bourde dépasse le cadre sportif. Elle souligne les intérêts pluriels qui lient la NBA au géant chinois. La compétition ne se cantonne pas seulement aux parquets et une rivalité persiste entre la république populaire de Xi Jinping et les Etats-Unis de Donald Trump.

    Rangez vos manuels de géopolitique. Pour comprendre les enjeux globaux qui se cachent derrière cet  incident, il faut revenir au basket. 

    Tout commence par la construction d’un amour inconditionnel pour ce sport  sur le territoire chinois. 

    Fans chinois de la grande ligue en 2019, source : Teller Report.

    Le Basketball, un sport historique en Chine. 

    Le 21 décembre 1891, jour férié pour les amateurs de balle orange. Le canadien James Naismith énonce les règles du “basketball”. Seulement quatre ans plus tard, des missionnaires américains de la Young’s Men Christian Association (YMCA) organisent le premier match de basket en terre chinoise. Oui, à l’échelle de la discipline, la pratique du basket en Chine est presque ancestrale. 

     Au début du XXème siècle, le jeu suscite déjà l’engouement des jeunes chinois. Pas besoin d’infrastructures complexes pour jouer au basket, seulement d’un ballon et d’un récipient circulaire en guise de panier. 

    En 1949, les communistes prennent le pouvoir. Mao Zedong prône un anti-occidentalisme radical mais n’interdit pas ce sport né sur le continent américain..  Le tyran était-il passionné par la balle orange ? Peut-être, mais si le basket survit à la révolution culturelle (1966-1976) c’est qu’il n’est pas si antagoniste des valeurs du parti communiste. 

    En Chine, ce sport est pratiqué par de jeunes hommes au sein des universités et par les militaires car il nécessite une parfaite cohésion entre les joueurs. C’est aussi une activité populaire qui se joue dans la rue. Enfin il nécessite la maîtrise de fondamentaux techniques qui s’acquièrent dès le plus jeune âge. Cohésion, rigueur et jeunesse se confondent dans  l’idéologie confucianiste de l’Empire du milieu. 

    La culture du basketball est donc historique en Chine. Le pays est logiquement au centre des premières expériences d’expansion de la NBA à l’international.

    Yao Ming, porte drapeau de son pays en compétition international, source : ChinaBriefing.com

    Tout le potentiel de ce nouveau marché se révèle en 2002. Yao Ming, géant originaire de Shanghai (2m29) est choisi en première position de la draft. La légende dit que le gouvernement chinois aurait initié la rencontre de ses deux parents, tous deux basketteurs de grande taille, afin de faire naître athlète aux dimensions vertigineuses.

    La carrière du joueur est entachée de blessures, mais sa domination technique et sa mobilité pour un big men de son envergure sont inédites. Le peuple chinois pousse derrière “l’enfant du pays” qui reste à ce jour le seul joueur international à terminer en première position des votes pour un all-star game. Intronisé au Hall of Fame en 2016, Yao Ming a participé à l’explosion du marché NBA en Chine. Il est aussi responsable de la popularité de la franchise qui l’a drafté : les Houstons Rockets. 

    Time out et retour au premier quart-temps. Daryl Morey, GM des Rockets, a donc initié une crise médiatique entre sa franchise et une communauté de fans chinois qui lui est identitairement affiliée. 

    Le marché chinois, darling de la NBA à l’international. 

    Avec un poids démographique considérable, les fans chinois représentent la plus grande manne financière pour la NBA à l’international. Les matchs sont retranscrits sur les chaînes publiques en Chine : le China Central Television Network. En Juillet 2019, la NBA avait cédé ses droits de streaming à la compagnie chinoise Tencent  pour un contrat de 1,5 milliards de dollars sur 5 ans.  

    Dans un article publié en automne 2019, le journaliste Jonah Blank de the Atlantic rappelle les sommes astronomiques générées par le marché chinois. Le basket est au coude à coude avec le tennis de table pour devenir sport national. Il est pratiqué par plus de 300 millions de licenciés. 

    La NBA cherche ainsi à s’aligner sur la demande du marché chinois en produits et goodies NBA. La ligue a ouvert en mars dernier le plus grand NBA store à l’international, s’étendant sur plus de 1100 m2. 

    Le Maillot City-Edition des Rockets pour la saison 2018-2019 : plébiscité par la fanbase chinoise de la franchise. Source : Nike.com

    La ligue n’est pas tout à fait transparente sur ses recettes, mais de nombreux journalistes américains estiment que le chiffre d’affaire annuel réalisé sur le marché chinois s’élève à plus de 4 milliards de dollars. Statistique vertigineuse, près d’un demi milliard de chinois auraient regardé un match de la grande ligue lors de la saison 2018-2019. 

    La sortie maladroite de Daryl Morey pourrait ainsi nuire aux rapports commerciaux entre la ligue et le gouvernement chinois, menaçant un marché considérable et indispensable pour la grande ligue. Mais l’intérêt de la NBA est-il de faire profil bas afin de préserver la poule aux oeufs d’or ? Car au delà des considérations économiques, c’est l’image de la NBA et par extension des Etats-Unis qui est menacée. 

    La NBA, théâtre d’une guerre commerciale et idéologique entre deux puissances. 

    La réaction du gouvernement chinois face à la publication du GM des Rockets cristallise le gouffre idéologique qui sépare les deux pays. Aux Etats-Unis, lorsqu’un joueur, coach ou membre du staff prononce des propos controversés en public, c’est la NBA qui se charge de régler l’affaire. 

    Le contrevenant se voit systématiquement délivrer une amende salée. C’est un héritage de David Stern, ancien commissioner décédé récemment. Stern désirait redresser l’image de la ligue dans les années 1990.

     En Chine, le gouvernement n’hésite pas à influer sur les affaires privées des entreprises, il contrôle toute la société et sanctionne systématiquement en cas de dérive. 

    L’opposition idéologique entre les deux pays est nette. Le premier amendement de la constitution américaine défend la liberté d’expression. Cette valeur est chère à la NBA qui se veut progressiste. En attestent les nombreux acteurs du jeu qui s’expriment régulièrement sur des sujets de sociétés internes aux Etats-Unis. 

    Lebron James portant un tee-shirt avec l’inscription “je ne peux plus respirer” lors d’un échauffement en décembre 2014. Le King rappelle ainsi les derniers mots d’Eric Garner, victime de violence policière en juillet de la même année. Source : Robert Deutsch-USA TODAY Sports.

    A l’inverse, le régime autoritaire de Xi Jinping applique une censure féroce au sein de la société chinoise. La sphère du basket n’est pas épargnée.  

    La relation d’Adam Silver avec le géant chinois est donc délicate. Perdre ce marché colossal serait un suicide commercial pour la NBA, d’autant plus que les audiences globales enregistrées cette année sont au plus bas. Pourtant, il se doit de défendre l’image de la ligue qu’il conçoit comme progressiste et exemplaire. Le 8 octobre 2019, il déclarait ainsi via un communiqué de presse publié sur Nba.com : 

    “Les valeurs d’égalité, de respect et de liberté d’expression caractérisent historiquement la grande ligue. Elles vont perdurer. En tant que ligue globalisée résidente aux Etats-Unis, ces valeurs du Basketball représentent une de nos plus grandes contributions.” 

    Adam Silver, le 8 octobre 2019.

    A l’issue de l’incident, Adam Silver défend ainsi son employé. Sa communication reste mesurée. Il rappelle les liens indéfectibles que le basketball a tissé entre les deux pays. 

    Notamment l’organisation d’un camp d’entraînement en 2018, dans la région de Xinjiang. Dans cette province, plus d’un million de musulmans Ouïghour sont prisonniers en camps de détention, longtemps cachés par le gouvernement chinois. Le discours progressiste de la NBA doit ainsi être nuancé. “Même” le controversé Donald Trump a imposé en 2019 un embargo économique aux entreprises chinoises impliquées dans l’oppression de cette minorité. 

    La NBA a donc besoin de la Chine, ce qui explique son positionnement mesuré malgré des valeurs idéologiques opposées. Mais la Chine a-t-elle besoin de la NBA ? 

    La CBA, une organisation sportive balbutiante. 

    Certes, le basket est un phénomène populaire en Chine. En compétition FIBA, à l’échelle continentale, la nation écrase tout sur son passage. Pourtant, la Chine peine à exporter son modèle de basketball à l’étranger. Quelques exceptions persistent. Le phénomène Linsanity montre qu’un joueur asiatique peut s’exprimer et performer en NBA. Lors du mois de février 2012, Jeremy Lin, joueur non drafté est propulsé au rang de franchise player éphémère pour le marché le plus médiatisé de toute la NBA : les New York Knicks. En l’absence d’un Carmelo Anthony blessé, ses performances affolent la planète basket : dans la soirée du 10 février, il inscrit 38 points au Madison Square Garden contre les Lakers d’un Kobe Bryant dépassé.

    Jeremy Lin sous les couleurs des Knicks en 2013, source : thehuffingtonpost

    La frénésie médiatique autour de ce joueur s’explique par le fait qu’il est un symbole du “rêve américain”. Athlète honnête, Jeremy Lin n’était pas prédisposé à devenir une star, c’est un compétiteur qui a fait preuve d’opportunisme. 

    Un phénomène à prendre avec des baguettes, car Jeremy Lin n’est pas chinois. Il est né en Californie et dispose de la nationalité américaine. Ses parents sont des immigrés Taïwanais, ce qui l’exonère de toute allégeance à la Chine. Pourtant, Jeremy Lin a affirmé souffrir toute sa carrière sportive des stéréotypes et discriminations liées à ses origines asiatiques. 

    Yao Ming reste le seul chinois à avoir émergé en tant que superstar au sein de la ligue  américaine. Les saisons de Yi Jianlian (2007-2012) ou Wang Zhizhi (2000-2005) furent anecdotiques. Dans l’histoire, seul six joueurs chinois ont foulé les parquets NBA. 

    Pourtant, les perspectives commerciales de recettes télévisées et produits NBA semblent considérables pour la Chine. Le 17 janvier 2003, plus de 200 millions de chinois étaient devant leur téléviseur pour le premier match de Yao Ming contre les Lakers de Shaquille O’Neal.  

    La NBA est un vecteur de démocratisation du basketball formidable pour le développement de ce sport en Chine. Le gouvernement chinois l’a compris et a nommé Yao Ming comme dirigeant de la Chinese Basketball Association (CBA). Qui de mieux que le géant pour faire la promotion de ce sport en Chine, lui qui connaît les rouages de l’industrie NBA outre-atlantique. Depuis 2017, Yao Ming essaye de faire évoluer la CBA, valorisant la formation des jeunes et l’émergence de nouvelles formes de jeu, comme le 3 contre 3. 

    Si la Chine a organisé la dernière coupe du monde en août 2019, le niveau de basket global sur le territoire reste faible. Passer par la Chine en tant que joueur NBA est devenu une plaisanterie consacrée, signe d’une carrière en déperdition. Les équipes chinoises sont en manque de talent et proposent de juteux contrats à des joueurs devenus trop vieux ou indésirables aux Etats-Unis. Actuellement, Stephon Marbury (Beijing Ducks) ou Michael Beasley (Shanghai Sharks) enchaînent les cartons offensifs en CBA. 

    Attirer des anciennes gloires permet cependant de mettre la lumière sur le championnat CBA et de poursuivre la quête de popularisation de ce sport en Chine. Yao Ming semble sur la bonne voie pour trouver un successeur qui viendra reprendre son flambeau en terre américaine. 

    La sortie médiatique de Daryl Morey en automne 2019 est symptomatique des relations ambiguës entre la NBA et la Chine. Les enjeux commerciaux sont considérables et la grande ligue ne peut se séparer du marché chinois. Au second plan de ce constat, les Etats-Unis et la Chine sont opposés idéologiquement et grands rivaux économiques. La NBA est le théâtre de cette compétition planétaire. La ligue se veut mondialisée et ces confrontations culturelles font partie des risques induits par l’élaboration de sa politique internationale. Du côté chinois, le basketball fait partie de l’ADN du pays. L’enjeu majeur de la CBA est l’expansion de ses centres de formation afin de rehausser le niveau de son championnat national. Gare à la rivalité qui commence à émerger à l’échelle régionale. 

  • La NBA, une composition musicale à l’américaine

    La NBA, une composition musicale à l’américaine

    Chaque semaine, Clutch Time vous propose une immersion dans l’univers de la grande ligue. Entre phénomènes identitaires et tendances extra-sportives, votre média basket analyse le paysage culturel de la NBA. 

    Metallica sur le parquet des Warriors en juin 2019. Source : spin.com

    2h00 du matin, le réveil sonne. C’est rude mais c’est l’heure. Ton match NBA va commencer. Quinze minutes avant le coup d’envoi. D’ici là, présentation des titulaires, fin d’échauffement pour les joueurs et l’hymne américaine qui résonne dans l’arène. Oui, car tout match NBA commence en musique. Le 6 juin dernier, pour le troisième match NBA Finals 2019 à Oakland, le mythique groupe Metallica avait interprété la “Star Spangled Banner” chez les Warriors. 

    Ce  rituel souligne le patriotisme des américains. Il nous rappelle aussi que l’univers de la grande Ligue se conjugue en musicalité.

    The show must go on !

    La NBA propose tous les soirs un spectacle complet. La performance sportive est sublimée par un brouhaha omniprésent en arrière-plan de la confrontation. Le speaker s’improvise en véritable chef d’orchestre et harangue la foule tout au long de la soirée. Il est épaulé par un DJ qui alterne entre répertoire rap et bruitages divers pour animer le match. Tout fan NBA est connecté plus ou moins inconsciemment à cet univers sonore évocateur : du tintement de la pièce Nintendo lors d’un lancer franc réussi, au piano-synthétiseur du Madison Square Garden qui exhorte les Knicks à revenir en défense après un énième turnaround

    Point d’orgue du cocktail auditif, les chaussures crissent sur le parquet et la balle vient s’écraser sourdement sur le cercle : l’immersion du spectateur derrière son écran est totale. 

    Kyrie Irving montre tout le lyrisme de son jeu lors d’un spot de publicité pour la paire Kyrie 4, intitulé Groove 301 (source : Vimeo.com)

    Sur le terrain, certains joueurs nous subjuguent et on s’éprend de leur style de jeu, tout en musicalité.  La partition offensive du regretté Drazen “Mozart” Petrovic l’a consacré au rang de légende. Parmi les contemporains, Kyrie Irving maîtrise avec perfection les changements de rythme. Il se joue de ses adversaires grâce à ses cross dévastateurs, tout en fluidité, qui lui donnent une allure de danseur

    Artistes, Musique et Identité des franchises NBA

    Plus frontalement, l’engouement pour la NBA est si immense sur le continent américain que de nombreux artistes du Billboard sont impliqués et militent pour leur équipe de coeur. 

    Drake, exalté lors game 4 des NBA Finals 2019. (crédit photo : Gregorys Shamus/Getty Images)

    De part sa notoriété mondiale, le chanteur canadien Drake représente un atout de communication majeur pour l’équipe de l’Ontario. Souvent présenté par les médias locaux comme le  “septième homme” des Raptors, il apparaît survolté au premier rang du public et provoque les adversaires. Agitateur burlesque ou véritable énergiseur  ? Peu importe, le 14 mars 2019, la salle d’entraînement de l’équipe est renommée OVO Athletic Center, au nom du label de la pop star. 

    Nombreuses franchises ont associé univers musical et image de marque pour revendiquer leur identité. Pour la saison 2019-2020, les Nets ont rendu hommage à Notorious B.I.G. Le design du maillot City Edition de Brooklyn s’inspire de l’univers artistique du légendaire rappeur New-Yorkais, natif du quartier. 

    https://www.instagram.com/p/BskMiSHBh5v/
    Rudy Gobert portant le maillot statement du Jazz 2018-2019,  une « croche » sur la poitrine. Source : compte Instagram du joueur, rudygobert27. 

    De même, impossible de passer outre la note de musique fièrement arborée sur le maillot du Utah Jazz. La ville mormone de Salt Lake City a « volé » l’identité visuelle de la Nouvelle-Orléans, ville pionnière de ce genre musical, lors de sa délocalisation en 1974. 

    Pick and Rock (& Roll)

    “Balance, Balance, Balance Balance toi.”. Ne nous éternisons pas. “Tony  P” n’est pas le seul joueur à avoir tenté une excursion vers le Rap. 

    A la fin des années 1990, le phénomène Allen Iverson initie la grande ligue à la culture Hip-Hop. Depuis, une généalogie d’athlètes revendique cette musique, véritable marqueur identitaire pour toute une communauté. Le Rap américain appartient à l’imaginaire des quartiers américains. Le genre est la bande son des playgrounds à travers le pays et le basket, comme la musique, représente un moyen d’expression privilégié pour les afro-américains.  

    Certains NBAers contemporains s’illustrent ainsi par leur polyvalence technique. Ils sont à la fois athlètes et artistes. Les auditeurs curieux écouteront Damian Lillard. Officiant sous le pseudonyme de Dame D.O.L.L.A, le joueur de Portland se présente comme un des meilleurs “meneur-rimeur” de sa génération. 

    « Être l’élu m’a fait l’effet d’une bénédiction, comme une interception. Ma ville était connue pour ses homicides, sa population en dépression. Je me butte à la salle afin de survivre à la récession » 

    Extrait traduit de l’anglais du premier couplet de « Rap on sway in the morning » Dame Dolla. 


    Depuis la conférence Est, Victor Oladipo surprend par sa voix suave et posée, véritable plaisir coupable pour les amateurs de R&B à la sauce NBA.

    Victor Oladipo, se mettant en scène dans son clip « Song For You » en septembre 2017


    Michael Jackson,  Marvin Gaye, Snoop Dogg ou Elvis ? Les Américains ont fait de leur industrie musicale un empire. La NBA est un spectacle vivant qui atteste de cet héritage culturel car la musique sublime l’événement sportif. À quatre heures du matin, c’est aussi cette intensité sonore qui nous donne des frissons sur notre canapé. Lorsque au son du buzzer, sur un tir héroïque, toute une salle explose en choeur.