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  • Il faut sauver le soldat Gobert

    Il faut sauver le soldat Gobert

    Comment l’Équipe de France masculine de basket peut-elle perdre un match après avoir réussi 10 tirs sur 14 à 3 points en première mi-temps? Un match somptueux, une adresse phénoménale des deux côtés (les Lettons ont réussi 9 tirs sur 18 à trois points en première période) et seulement deux points d’écart à l’arrivée (86-88). Comme la France, la Lettonie risquait l’élimination si elle perdait. Il a donc suffi d’un rien pour changer la destinée des deux pays, une victoire historique pour les Lettons et un échec dramatique pour les Français. Que s’est-il passé?


    Le déséquilibre extérieur-intérieur

    Privés de notre troisième pivot (Vincent Poirier venu dépanner puis aussitôt reparti) et avec notre deuxième grand en berne (Moustapha Fall, pivot remplaçant de 2.18m, n’a joué que 5 petites minutes sans peser sur le match), c’est sur les épaules de Rudy Gobert (pivot, 2.16m), Mathias Lessort (ailier, 2.06m) et Guerschon Yabusele (ailier fort, 2.04m) que reposait notre secteur intérieur lors du match couperet contre la Lettonie dimanche 27 août 2023. Très mobile et demandeur de ballons en sortie de pick & roll (l’action qui démarre notre attaque le plus souvent), souvent présent dans la raquette et même sous le panier adverse avec les bras levés, Rudy Gobert aura passé son temps à attendre un ballon qui n’est que très rarement venu. Sylvain Francisco a réussi à trouver le pivot titulaire français sous le cercle letton pour un trop rare dunk. Du haut de ses 2.16m, le pivot du Minnesota propose des solutions rares du fait de sa condition physique hors-normes, qui semblent passer au-dessus des adversaires (qui le laissent circuler librement et parfois l’oublient totalement) mais également, et c’est plus inquiétant, de ses propres coéquipiers. Il fait inlassablement les bons déplacements et des appels de balle clairs, mais soit le porteur de ballon ne le voit pas, soit il l’ignore sciemment. Un sort incompréhensible pour un joueur qui a maintes fois sauvé l’Équipe de France par son activité et son efficacité au plus près du cercle lors des compétitions internationales (à Tokyo pour les JO de 2020 joués en 2021, à Berlin pour l’Eurobasket 2022).

    Depuis le début de la préparation à Montpellier (contre le Montenegro de Sasha Vucevic), le pivot titulaire français s’emploie à venir poser un écran sur le porteur de ballon derrière la ligne à trois points et à repartir aussi vite vers le panier, les bras systématiquement levés, passant d’abord au poste haut au niveau de la ligne des lancers-francs, puis traversant la raquette pour aller se poster aux abords du panier, le regard toujours vers le ballon, prêt à recevoir une passe et à marquer, le plus souvent sans opposition. En effet, la défense tend à se concentrer sur le porteur de balle, danger immédiat, et le pivot français sans ballon bénéficie régulièrement d’un relâchement temporaire de la défense, laissant son vis-à-vis dans le vent en tête de raquette et rencontrant même assez peu d’opposition sous le panier. Si le porteur de ballon trouve une solution de son côté, soit un tir à trois points ouvert, soit un coéquipier démarqué qui peut enchaîner un mouvement, pourquoi pas. Mais ce que propose Gobert à cet instant précis est redoutable: un panier facile, dès lors qu’il reçoit le ballon en mouvement vers le cercle ou installé à proximité du panier adverse, en transmettant le ballon rapidement par-dessus la défense. D’où la notion de « pont aérien ». Mais cela demande une coordination très précise.

    Le meilleur pivot FIBA / NBA au monde en exercice

    Rudy Gobert, c’est une surprise, un choc, un pont aérien qui prend de vitesse l’adversaire en exploitant parfaitement son avantage de taille et de puissance, quand tout s’enchaîne bien. C’est son atout majeur, cet incroyable physique à la fois athlétique, endurant et puissant, construit d’année en année, qui lui permet de rester en mouvement constant pendant tout le match. Pourquoi gâcher de telles ressources ?

    Si la France veut décrocher l’or à Paris aux JO de 2024, Rudy Gobert doit assurer 15-20 points par match. Et donc, recevoir le ballon régulièrement pour y parvenir.

    Avoir un tel atout à l’intérieur n’empêche aucunement de briller à l’extérieur. En première mi-temps, évidemment, avec 10 tirs à trois points réussis sur 14, on ne peut contester les choix des artilleurs français, en état de grâce. Mais dès lors que l’adresse s’enraye (4/12 à 3 points en deuxième mi-temps pour les français) et que la défense réagit en pressant encore davantage les extérieurs, c’était l’occasion de capitaliser sur le secteur intérieur. Malheureusement, les habitudes n’ayant pas été prises au préalable, en période de stress, avec un adversaire particulièrement remonté et jusqu’à la dernière seconde du match, les joueurs n’ont pas bénéficié des automatismes qui auraient permis d’inverser la tendance et peut-être de l’emporter. Au lieu de trouver Gobert démarqué sous le cercle dans les cinq dernières secondes pour arracher la prolongation, l’Équipe de France a une nouvelle fois joué sa qualification sur une ultime tentative à 3 points. Bien entendu, si le tir était réussi, c’était l’exploit, la victoire et les félicitations. Mais comme ce n’est pas passé, on peut regretter que Rudy Gobert, ayant passé toute la seconde mi-temps démarqué sans pratiquement jamais recevoir le ballon, a été une nouvelle fois totalement ignoré alors qu’il était littéralement sous le cercle adverse, sans opposition, quand le ballon a quitté les mains de Fournier en direction de Francisco. Il était pourtant au bon endroit, au bon moment.

    L’énigme Gobert pas si complexe

    Rudy Gobert ne dispose pas d’une palette offensive des plus variées, d’aucuns faisant régulièrement la liste des armes qui manquent à son arsenal (verre à moitié vide). On ne lui demande pas de devenir Pat Ewing ou Hakeem Olajuwon du jour au lendemain. Mais c’est un pivot très mobile et dynamique qui marque ses lancers-francs, dont on peut parfaitement utiliser les qualités (verre à moitié plein). Et on ne peut se satisfaire d’un poste 5 à si haut rendement (plus de 60% de réussite aux tirs) sous-utilisé faute de recevoir le ballon où il faut et quand il faut (1 seul tir tenté en 26 minutes, 7/8 aux lancers-francs). Ne serait-ce que pour obliger l’adversaire à défendre sur lui pour libérer un peu plus nos extérieurs.

    Pivot titulaire de l’Équipe de France, Rudy Gobert n’a pu tenter qu’un seul tir dans le match fatal contre la Lettonie. En 26 minutes. Un dunk sur passe décisive.

    Comme le ballon ne venait jamais à l’intérieur, la défense lettone a mis le paquet sur les shooteurs français et annihilé tout espoir. En tous cas, juste assez pour revenir au score et finalement, l’emporter. En oubliant ou refusant de donner le ballon à l’intérieur, nos extérieurs pensent peut-être s’être créé plus d’opportunités, mais ils se sont en fait compliqué la tâche considérablement. Dans une compétition aussi relevée dès le coup d’envoi, il n’y a aucune place à l’hésitation ou à l’approximation. Le ballon doit circuler très vite, les pivots français doivent être utilisés à bon escient.

    De Gobzilla à Gobmamba

    Est-ce que Rudy Gobert sera prêt? Est-ce que le héros des JO de Tokyo (2020) a vraiment conscience de son pouvoir gigantesque et des responsabilités qui vont avec? Est-il prêt à recevoir le ballon où il veut, mais aussi là où les adversaires des Bleus en FIBA et des Minnesota Timberwolves en NBA l’obligeront à aller? Quand les défenses se resserrent, aura-t-il la réponse? Le pivot français doit être fiable à 110%. Fini Gobzilla, le pivot qu’on oublie sous le cercle avec les bras levés; bienvenue à Gobmamba, le pivot indispensable à toute équipe qui vise les sommets. Le géant agile qui marque systématiquement, rapidement, qui prend tous les rebonds, qui défend comme une brute, qui ne perd pas le ballon en spin-moves improbables et qui ne se présente plus sous le cercle avec un move faible, qui se laisse bousculer par l’adversaire. Et c’est un pivot qui shoote. S’il est capable de marquer à trois points à l’entrainement, pourquoi ne tente-t-il pas sa chance sur le pick and roll, après avoir posé son écran, dès lors qu’il reçoit le ballon au niveau de la ligne des lancers-francs, au lieu de partir systématiquement en dribble? Rudy Gobert n’a plus de temps à perdre, tout doit se mettre en place cette année, avec les Timberwolves puis avec les Bleus aux JO de Paris 2024. Ses objectifs? Un titre de champion NBA et une médaille d’or olympique à Paris.

  • Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Rudy Gobert, l’anti-héros des Bleus

    Pivot all-star des Timberwolves du Minnesota, trois fois élu meilleur défenseur de la NBA en 9 saisons avec le Jazz de l’Utah qu’il a emmené en playoffs chaque année, Rudy Gobert est l’un des sportifs français les mieux payés au monde. Mais attention, en Équipe de France comme aux États-Unis, il n’a qu’un objectif, la victoire. Un atout majeur qui sait se faire étonnamment discret.


    Tout pour lui? Pas vraiment…

    Avec son CV, Rudy Gobert pourrait débarquer en équipe de France chaque été (et désormais pendant les fenêtres internationales qui ponctuent l’année très chargée des basketteurs) avec un appétit gargantuesque. Tout pourrait être organisé pour lui garantir des performances individuelles en rapport avec son statut de star américaine. On verrait Rudy recevoir le ballon à l’intérieur au minimum 20 fois par match en isolation sur un côté pendant que le reste de l’équipe attire la défense à l’opposé, le temps de se frayer un chemin vers le cercle. Il l’a fait contre Kevin Durant aux derniers JO, contre Doncic et tous les pivots internationaux lors de cet Euro, il n’a peur de personne. Il pourrait facilement dominer les raquettes européennes et aligner des statistiques de star américaine, dès les matches de préparation. Dans quel but? Confirmer son statut individuel? Faire parler de lui? Décrocher la une de L’Équipe? Pendant que le reste du groupe le regarde? Ce n’est pas du tout l’esprit.

    Rudy Gobert contre la Turquie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    Une superstar du collectif

    Non seulement Rudy Gobert n’a aucune exigence vis-à-vis du staff français, il joue systématiquement collectif, à en oublier totalement son statut individuel. Un pivot sans ego. Pratiquement jamais le ballon ne reste dans ses mains. Il circule. On le voit ainsi recevoir le ballon au poste bas, face au pivot adverse, parfois démarrer un dribble, jouer son vis-à-vis en un-contre-un. Mais pendant ce temps-là, les ailiers français s’activent, et le premier qui coupe vers le panier recevra le ballon. Rudy Gobert n’a pas le temps de faire un move qu’il voit déjà le coéquipier traverser la raquette et lui sert une passe impeccable, dans le bon timing. C’est sa qualité de passe qui fait toute la différence. Moins de points, une position pas optimale au rebond, mais un ballon qui circule librement et un collectif qui fonctionne. Un naturel de champion. Du coup, ses statistiques individuelles sur le tournoi peuvent paraître moyennes, car ce n’est pas sa priorité. Il ne cherche pas à être le meilleur marqueur de l’équipe, il laisse bien volontiers la place à Fall et Poirier, qui ont le temps de trouver leur rythme et d’avoir un réel impact, avec la confiance d’un titulaire pas pressé de revenir sur le parquet. Chacun trouve sa place, et si les autres marchent bien, Rudy se contente de 7 points et d’une victoire.

    Le trade

    Cet été, Rudy Gobert, roi de la raquette incontesté dans l’Utah depuis ses débuts, se retrouve en binôme avec une superstar locale, Karl-Anthony Towns. Un grand gabarit avec qui il devrait naturellement s’entendre, puisque KAT aime se placer à l’extérieur en attaque et pourra désormais s’appuyer totalement sur un poids lourds dans la raquette. En duo, les deux grands vont poser un sérieux problème de mismatch à toutes les équipes de la ligue américaine, à la fois par la taille, leur volume au rebond et leur vivacité en attaque. Rudy Gobert est toujours prêt à recevoir la balle près du panier, pour un alley-oop, un move rapide ou une passe aux ailiers qui coupent, avec désormais la possibilité de ressortir à 3 points pour Towns. Quand on voit comment fonctionne la relation Gobert-Poirier en Équipe de France, on se dit qu’avec un monstre comme KAT, Gobert va vivre ses meilleures saisons en NBA. Enfin un grand qui le comprendra et ne l’oubliera pas. Si le staff des Timberwolves est au point et conscient du potentiel de Rudy Gobert, la saison pourrait être grandiose pour les joueurs et le club, qui a au minimum une base ultra-solide.

    Rudy Gobert contre l’Italie à l’Eurobasket 2022. Crédits photos: ©FIBA 2022

    L’option Embiid

    Si l’Équipe de France reçoit un jour la candidature très attendue de Joel Embiid, la place est prête. L’effectif français compte actuellement 3 pivots très complémentaires (Gobert, Poirier et Fall), avec chacun un style différent, qui assurent une continuité pendant tous les matches. Mais c’est bien Rudy Gobert qui se détache lors des phases finales de cet Euro et qui a porté l’équipe lors des derniers JO à Tokyo. Et malgré tout, force est de reconnaître qu’un joueur comme Joel Embiid apporterait une dimension supplémentaire à l’intérieur.

    Plus haut, plus fort, plus gourmand, Embiid changerait nécessairement la direction de l’attaque, obligeant toute l’équipe à approvisionner plus régulièrement le pivot sans attendre forcément une passe en retour. Ce que Gobert n’a jamais prétendu faire, accaparer le ballon, deviendrait une priorité. Un point de fixation à haut rendement, voire de domination, qui réduirait dans un premier temps les possibilités à l’extérieur, mais obligerait aussi la défense adverse à respecter le secteur intérieur français et à s’y opposer davantage, ouvrant à terme des espaces plus importants aux ailes. Plus de points dans la raquette, plus de rebonds, une attaque plus efficace, avec un rendement minimum garanti à chaque match. Un véritable choc culturel qui pourrait installer la France au sommet du basket européen, et même mondial, pendant 10 ans.

    Une superstar timide mais clutch

    La sélection française est arrivée en demi-finale de l’EuroBasket 2022 au prix de matches intenses et très disputés. Dans les moments importants, c’est bien Rudy Gobert qui a fait la différence avec des rebonds offensifs cruciaux et de paniers salvateurs, parfois au milieu de trois défenseurs adverses. Tout naturellement, son rendement est en augmentation à mesure que le niveau monte (20 points et 17 rebonds en 30 minutes en huitième de finale contre la Turquie puis 19 points et 14 rebonds en 34 minutes en quart de finale contre l’Italie, le tout à 15/22 aux shoots, 68% de réussite, 4 passes décisives pour 7 balles perdues). Un joueur capable du meilleur comme du pire (6 balles perdues face à la Bosnie-Herzégovine qui avait parfaitement ciblé sa prise à deux et neutralisé ses moves ballon en main), qui peut être gêné par les fautes, notamment celles provoquées par des adversaires coquins abusant les arbitres, selon la méthode espagnole bien rodée (on a vu des joueurs se jeter sur Gobert, rebondir, tomber au sol façon football, et obtenir une faute offensive). Cible de critiques de toutes parts (notamment la sortie inattendue de Tracy McGrady dans le podcast de Gilbert Arenas) qui peinent à reconnaître le travail accompli, en veulent toujours plus, le pivot français trace calmement sa route et vise l’or à cet EuroBasket et au Jeux Olympiques de Paris en 2024.