Au terme d’une préparation captivante et couronnée de 5 victoires en autant de matches, les Bleus de Frédéric Fauthoux ont inquiété et rassuré en montrant deux visages bien distincts, souvent en première et deuxième mi-temps (92-77 contre la Grèce après une première mi-temps à 43-49). Le coach, successeur de Vincent Collet (honoré à Bercy le 16 août dernier pour son parcours exceptionnel à la tête des Bleus), est bien en place et réussit déjà de belles choses avec un effectif annoncé comme défaillant. En effet, avec les défections initiales d’Evan Fournier, Matthias Lessort et Rudy Gobert, la retraite internationale de Nando De Colo et de Nicolas Batum, puis les blessures de Vincent Poirier et Matthieu Strazel, d’aucuns comptaient déjà les lacunes et les absences plutôt que de compter sur les présents. Heureusement, la jeune génération est déjà là et n’a pas fait le déplacement pour rien. C’est son heure, tout simplement.

Une nouvelle génération très précoce et sans complexes
Arrivé discrètement en Équipe de France dans le même wagon que Victor Wembanyama, comme lors de son passage à Boulogne-Levallois et même à son arrivée en NBA, Bilal Coulibaly évolue tranquillement sous les radars avec des qualités hors-normes et une sérénité caractéristique de sa génération. Il a la taille, la rapidité et la détente, il glisse dans les airs et prend tranquillement ses shoots à trois points. C’est un ailier/arrière athlétique qui n’est pas sans rappeler l’américain Clyde Drexler, jusque dans ses attitudes sur et en dehors du terrain – la force tranquille. Il s’impose déjà par petites touches, sans croquer le ballon, fait encore des passes un peu hasardeuses et n’a pas explosé les compteurs, mais il prend ses marques au sein d’une équipe en construction, sans marcher sur les pieds ou les têtes des autres, il est déjà en place, travaille patiemment et attend son moment pour briller.
Les deux visages de l’Équipe de France contre la Grèce (préparation à l’Eurobasket).
Première mi-temps : 43-49 (-6)
Deuxième mi-temps : 49-28 (+21)
28-12 en troisième quart-temps (+16)

Les rois de la draft 2024 en Bleu
Rappelons que Zaccharie Risacher (2,03m, 20 ans, #1 de la draft 2024 avec les Hawks d’Atlanta) et Alexandre Sarr (2,13m, 20 ans, #2 avec les Wizards de Washington) ont été draftés très haut en NBA et ont réussi leur intégration dans leurs clubs respectifs. L’Équipe de France récupère donc cet été les deux premiers choix de la dernière draft NBA aux postes d’ailier et de pivot, des grands gabarits très à l’aise avec leur taille et qui ont la même facilité à alterner intérieur et extérieur. Les Hawks et les Wizards ont dû choisir, la France prend les deux ! Pas la peine de leur dire d’aller sous le panier, on entend déjà les commentaires d’experts qui voudraient que Sarr impose plus sa taille sous le cercle, comme un pivot traditionnel dans un registre cadré et prévisible, mais cette génération-là pratique un basket imprévisible et très éclectique, proposant tout un arsenal de solutions éprouvées. Sur une action contre la Grèce, Alexandre Sarr a tenté un tir à trois points, Zaccharie Risacher a récupéré le rebond et a fini sa course derrière la ligne à trois points pour un second tir qui a à peine effleuré le filet. Le pivot rate sa cible, pas de problème, on saisit une seconde chance et on marque. Simple, rapide, efficace. Ça passe ou ça casse. On se crée des opportunités, sans pression inutile, on joue, quoi. Leurs défauts apparents sont donc en fait leurs plus grandes qualités et le gage d’une grande progression à venir. Les Bleus de demain sont déjà là et ils n’ont pas à s’excuser. Ils vont vous étonner.

Très à l’aise dans l’ombre de Wemby
Alors que nombreux se lamentaient de l’absence pourtant programmée pour raisons évidentes de santé du prodige Wemby à l’Eurobasket 2025, l’effectif français en pleine transition affiche un potentiel très alléchant. Bien évidemment, le niveau est si relevé avec la Serbie de Jokic hors-concours et des équipes toujours dangereuses comme l’Allemagne de Schrœder, la Slovénie de Doncic et l’Espagne du tandem Hernangomez (qui n’a pas dit son dernier mot après les deux défaites face à la France en préparation). C’est typiquement l’année où l’Équipe de France se révélera au dernier moment, elle peut parfaitement briller ou se faire rattraper par sa jeunesse – et une défaite agaçante contre les Espagnols en quarts de finale, comme d’habitude. Et on aura toutes les excuses du monde si ça ne passe pas. Mais les fondamentaux sont excellents, les perspectives sont toutes tracées. Et on n’est pas à l’abri d’une belle surprise dès cette année.

Un cinq majeur de haut niveau et des talents d’expérience
Mine de rien, en quelques années, l’Équipe de France a renouvelé son cinq majeur et consolidé ses talents à tous les postes. Au poste de pivot, on a donc Sarr, Jaiteh et Wembanyama avec Gobert et Poirier en renforts. En ailier fort, on a Yabusele et Hoard. À l’aile, on a Risacher et Luwawu-Cabarrot avec Fournier en embuscade. À l’arrière, on a Okobo, Coulibaly et Cordinier avec Hifi en joker. Et en meneur, on a Francisco, Maledon, Strazel et Albicy en cas de pépin. Sachant que sur la préparation, faute d’intérieurs, Fred Fauthoux a parfois aligné un cinq avec trois arrières/meneurs en faux small ball (pas de pivot mais de la taille, avec 2 mètres minimum à chaque poste. Non seulement l’équipe de France est jeune, elle est très grande, très athlétique et très affûtée au tir extérieur à tous les postes. Et elle n’est plus dépendante d’un ou deux vétérans pour avancer, c’est tout un groupe de prodiges parfaitement compatibles qui forme désormais un socle solide et cohérent, qui saura intégrer les revenants lors des prochaines compétitions. Cet Eurobasket annoncé comme difficile est donc bien l’opportunité pour les jeunes français de s’installer au sein de leur Équipe de France, de porter fièrement le maillot bleu et de se frotter au gratin du basket européen avant de rejoindre les championnats les plus relevés au monde.